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LE TROISIEME VOYAGE DE NAPLES

Italiens réussirent à se faire jour à travers les Impériaux, et rejoignirent dans les Abruzzes Renzo deCeri, qui tint bravement la campagne jusqu'à la paix.

Dans le Milanais, le comte de Saint-Pol, qui avait conduit au delà des Alpes les renforts amèrement implorés par Lautrec, avait été battu le 21 juin et fait prisonnier par Antonio de Leyva, à quelques lieues de Milan.

C'était le quatrième désastre que les Français essuyaient en Italie depuis l'avènement de François P'.

Cependant Charles-Quint, menacé en Allemagne par les progrès de la réforme religieuse, et en Autriche par l'invasion musulmane \ consentit à signer avec François P'" la paix de Cambrai ' (5 août 1529), qui lui livrait l'Italie ^

' Le sultan Soliman assiégea Vienne le 13sopteniDre 1529 : mais une diversion d'André Doria en Grèce le força à lever le siège.

2 On l'appela la Paix des Dames parce qu'elle fut négociée par Louise de Savoie, mère de François I"', et par Marguerite d'Autriche, tanic de Charles-Quint.

5 Charles-Quint, débarqué à Gènes le 12 août 1529, reçut l'hommage du duc de Milan, François Sforza, traita avec les Vénitiens, et, après avoir mis à sac la noble cité de Florence qui avait osé lui fermer ses portos, il reçut à Bologne la couronne impériale des mains du pape Clément VIL

Nous avons \u dans la galerie des Ufflzi, à Florence, une très ancienne gravure sur bois, de 9 mètres de longueur sur 0'",30 de hauteur, représentant l'entrée de Charlcs-Qiiint l'i Bologne le 5 novembre 1529. Ce

Ce fut une trêve de 6 années, pendant laquelle les deux rivaux se préparèrent à recommencer la lutte en

document précise rarmemenl, la composilion et l'ordre de marche des troupes impériales en 1529 :

6 chevaliers, armés de toutes pièces et montés sur des chevaux non bardés, ouvrent la marche; ils ont à la main des lances ornées do longues banderoles ;

Viennent ensuite : 4 trompettes à cheval (leurs instruments ont la forme d'un S), 3 porte-étendards et 300 hommes d'armes;

3 lieutenants de l'Empereur suivis de 6 écuyers ;

2 gros canons de siège, montés sur de lourds affûts à 4 roues [seinblahles à celui de la figure 191, page 248); le canonnier, son boule-feu à la main, est assis sur l'affût ;

iOO pionniers {guastadori), nu-tête et sans armes, avec la pelle ou la pioche sur l'épaule;

3 capitaines allemands à cheval, coiffés de riches toquels ornés de plumes, et le bàlon de connnandement sur la cuisse;

10 pièces de campagne (2 basilics, 4 demi-basilics et 4 faucons);"

100 pionniers tenant à la main une branche de laurier;

Les arquebusiers allemands, sans armes défensives; leur arquebuse, à crosse droite et à serpentin, a un canon do 0™,î^0 environ, donl la bouche est évasée ; longue épée avec la garde en croisière ;

Antonio de Leyva, goutteux, est porté dans une chaise par 4 soldats et escorté par des piquiers (piques de 6 mètres environ) et des hallebardiers;

Les 3.000 lansquenets de la garnison de 31ilan (piquiers ou liallebardiers) sont précédés de tambourins , de hfres et de porte-enseignes : (ces piquiers ont la salade, le halecret et les cuissards, comme les lansquenets de la figure i 95, page 275) ;

Deux cavaliers, armés de toutes pièces, portent : l'un, la grande bannière impériale avec l'aigle à deux têtes, l'autre, une bannière sur laquelle est peinte une croix latine ; trois chevaliers les escortent, la lance fi la main ; sous le fer des lances, une houppe au lieu de banderole ;

400 hommes d'armes espagnols sans lances; la |)luparl des chevaux sont bardés;

25 grands seigneurs en habits de gala, n'ayant d'autres armes que l'épée ; (ils porlent de grands feutres à plumes);

CAVALKUIE DE FHAiNCE (i;i3ij. 34<j

perfectionnant, dans leurs Et.-its, l'armement et les institutions militaires.

CAVALERIE DE FHANCE (153i;.

La chevalerie était morte à Pavie et à Naples ; c'en était fait de l'élan individuel, des brillants coups de lance et de la charge en haie sur un rang.

Cependant le Roi chevalier, par ordonnance du T' février 1534, conserva les compagnies de gendarmerie, en lîxant le maximum de leur effectif à 100 hommes d'armes ' et 1 50 archers. L'excédent des archers d'ordonnance fut incorporé dans les compagnies de chevaulégers * .

100 hommes d'armes bardés et empanachés, en superbe ordonuaucc;

La garde à pied de l'empereur ;

Les trompettes et les tambourins à cheval ;

Les massiers à cheval flanqués par une haie de hallebardicrs ;

Le grand maréchal du palais, tenant l'épée de justice;

L'Empereur à cheval, le sceptre à la main, l'épée au côté, la couronne sur la tète, sous un dais d'or porté par quatre grands seigneurs armés de toutes pièces ;

Les pages de l'empereur ;

25 gentilshommes de Bologne ;

Le comte de Nassau et 100 hommes d'ai'mcs ;

300 arquebusiers espagnols, ayant la salade sans cuirasse (enseignes, tambourins très gros et petits bfrcs).

' Les hommes d'armes devaient porter l'armure complète (solerets, bavières entières, cuissots, cuirasse avec tassettes, gorgerin, armet à grèves, gantelets, avant-bras, goussets et grandes pièces (figure 209, page 353). Les 25 gentilshommes les plus robustes de la compagnie montaient des chevaux bardés à la tète, aux flancs et au poitrail, qui avaient au moins 6 palmes et 4 doigts (l"',5i) de hauteur.

2 < Les chevau-légers seront bien à cheval, auront le hausse-col et

Depuis Louis XII, ces compagnies s'étaient recrutées, peu à peu, de tous les gentilshommes qui aimaient mieux servir comme officiers dans la cavalerie légère que comme soldats dans la gendarmerie.

Montés sur de bons courtauds et revêtus d'une demiarmure de fer, les chevau-légers maniaient l'épée, la masse d'armes et « un fort et raide épieu». Quelques uns portaient déjà à l'arçon de leur selle la petite escopette à rouet ' nommée pistole , « diablerie récemment adoptée par la cavalerie italienne. »

Fig. 207.

L'emploi de cette diablerie allait bientôt faire sup-

le lialecret avec les lassettes jusqu'au-dessous du genou , les gantelets, les avant-bras, les grandes épaulières et une salade forte et bien couverte, à vue coupée; leurs casaques seront aux couleurs de l'enseigne ; ils porteront l'épée large au côté, la masse à l'arçon, et la lance bien longue au poing. » {Discipline militaire de Guillaume du Bellay, seigneur de Langcy. Galiot du Pré, Paris, 1548).

1 Dans la platine à mèclie ou à serpentin {page 315, fig. 200). un simple mouvement de bascule mettait la détente en communication avec le chien (serpentin), pour faire tomber la mèche enflammée sur la poudre d'amorce. En 1520, un arlllleur d'Augsbourg inventa la platine à rouet, qui fut bientôt perfectionnée à Nuremberg par "Wolf Danner. Une pierre à feu remplaçait la mèche dans les mâchoires du serpentin ; un ressort faisait tomber le chien sur le rouet, petite roue d'acier dentelée, qu'un second ressort faisait tourner lorsqu'on appuyait sur la détente, et le frottement de la pierre sur l'acier produisait des étincelles qui enflammaient la poudre d'amorce, contenue dans un bassinet à cou* vercle mobile. Il fallait, après chaque coup, remonter la plUine en en^

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primer la lance et modifier complètement l'équipemenl et la tactique de la cavalerie européenne.

Des compagnies d' estradiots et d'arquebusiers à cheval devaient faire les reconnaissances, servir d'éclaireurs et de flanqueurs. Au besoin, ces cavaliers mettaient pied à terre et s'aidaient de lazagaieou de l'arquebuse pour engager l'escarmouche.

Le capitaine le plus instruit de cette grande époque guerrière, messire Guillaume du Bellay, seigneur de Langey*, nous apprend, dans son livre très précieux sur la Discipline militaire^ où en était l'instruction de la cavalerie en 1534.

« Exercices des (jens de cheval. — Les arquebusiers doivent s'adonner à l'arquebuse ; s'étudier à tirer sûrement et droit, de toutes mains ^ ou en arrière, même quand leurs chevaux courent, et aussi à descendre soudainement pour garder un pas, comme feraient les arquebusiers à pied. » Voilà ?ws premiers dragons.

« Les estradiots doivent savoir se servir de la zagaie à toutes mains, en frappant d'abord d'une pointe et ensuite de l'autre.

gagcanl une clef dans l'essieu du rouet pour le tourner de gauche à droite, dégager le chien et fermer le bassinet.

1 « Guillaume du Bellay vivant France était en telle félicité que tout le monde avait sur elle envie; tout le monde s'y ralliait; loul lemondc la redoutait. Soudain, après son trépas, elle a été en mépris de tout le monde bien longuement. » (Rabelais, livre IV, ch. XXVI).

2 En avant, à droite ou à gauche.

« Les chevau-légers s'adonneront, comme les hommes d'armes, à bien mener et manier un cheval, à bien courir une lance, à s'aider de l'épée ou de la masse, quand il en sera temps.

Les hommes d'armes * s'exerceront à monter à cheval, armés de toutes pièces, la lance au poing, à descendre à droite ou à gauche sans étrier et sans aide. A ces fins, ils pourront avoir quelque cheval de bois, sur lequel ils s'exerceront au moins une heure par jour.

1 (I II faudrait prendre garde à l'erreur qu'on commet aujourd'hui (1534) dans nos ordonnances, en y admettant des jeunes gens au sortir de pages ou de l'école. Tous les jeunes gentilshommes qui veulent être des bandes à cheval, sans autre exception que les princes, devraient être, à partir de dix-sept ans, arquebusiers pendant deux ou trois ans, estradiots autant, puis chevau-légers ; c'est dans ces trois conditions de soldat qu'ils apprendraient les choses nécessaires à tout bon homme de cheval. Ils auraient ainsi jeté leur feu de jeunesse, et seraient assez froids et modérés pour savoir se gouverner sagement parmi les hommes d'armes , avec lesquels ils devraient rester trois ou quatre ans sans se pouvoir licencier. Ce temps passé, ils deviendraient hommes d'armes par raison de leur fief, seraient tenus de quitter la gendarnnerie et de se retirer chez eux pour répondre, jusqu'à soixante ans, à la convocation du ban ou de l'arrière-ban.

« Pour qu'on ne pîit pas alléguer la cherté des chevaux, le roi devrait fournir un cheval à chaque cavalier, le remplacer quand il se perd à son service, et le changer à mesure que l'arquebusier devient estradiot, chevau-léger ou homme d'armes; car la taille et la valeur des chevaux changent avec chaque espèce de cavalerie. Les haras royaux fourniraient coursiers et roussins pour hommes d'armes, chevaux turcs, valaques, polonais, cosaques et espagnols pour chevau-légers ; barbes, maures et genêts d'Espagne pour estradiots, et les plus petits pour les arquebusiers, à la condition qu'ils fussent légers et vites. » [Discipline militaire, livre I, chap. xi).

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pour ôtrc prompts à descendre ou à remonter au premier signe des capitaines.

Fig. 208.

« Les arquebusiers, les estradiots, et même les chevau-légers, s'exerceront à passer, à cheval et tout armés, les plus grosses rivières à la nage, à gravir les montagnes les plus raides et les plus difficiles, et à les descendre au trot.

3o4 LES LEÇONS DE PAVIR.

« Quant aux hommes d'armes, ils ne feront guère jamais cet office, mais ils tiendront ferme, ainsi qu'un fort, pour résister à tout venant et pour fracasser et rompre les assaillants. L'escarmouche appartient aux chevau-légers et non pas aux gens d'armes ; et encore les chevau-légers doivent-ils être toujours accompagnés d'estradiots et d'arquebusiers à cheval. » '

Les possesseurs de flefs du ban et de l'arrière-ban furent astreints à des revues annuelles % et formèrent la réserve de cavalerie.

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