‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 90 sur 152 · LA GUEUUE EN PIÉMONT · texte numérisé non relu

LA GUEUUE EN PIÉMONT

profiter de ce retour Je fortune pour renoncer aux aventures, imposer à ses voisins une paix durable, et réparer dans son royaume les maux de la guerre ou de l'invasion. Il implora de nouveau l'alliance de Soliman, dont les janissaires' (Fig-. 223) rivalisaient de bravoure et de dis.npline avec l'infanterie espagnole, et il s'aliéna ainsi ceux des princes allemands que le despotisme et l'intolérance de Cliarles-Quint auraient pu jeter dans les bras de la France.

LA GUERRE EN PIÉMONT ('l542-io45j.

Les dix dernières années du règne de François P' appartiennent aux lettres, aux ans, aux intrigues politiques ou aux persécutions religieuses, plutôt qu'à l'art militaire *.

Néanmoins, la tactique française lit, pendant cette période, des progrès importants, grâce à des capitaines

* En 1362, Amurat I'^' avait formé rinfanterie des janissaires avec de jeunes chrétiens, convertis de force à l'islamisme, et exercés, dès l'enfance, au maniement des armes. Sous Soliman le Magnifique, c'était une milice de plus de GO. 000 combattants, répartis en bandes {ortas) de piquiers et d'arquebusiers. Le sultan Bajazet, ayant attaclié la manche blanche de sa robe au bonnet d'un janissaire qui s'était dislingué, tous portaient, depuis 1389, le talpack au lieu du turban (Fig. 223).

2 La guerre, interrompue par la trêve de Nice (18 juin 1S38), recommença en 1542. François 1", afin de conquérir les limites naturelles de la Gaule, leva plus de 120.000 hommes, qui opérèrent dans le Ilainaut, le Luxembourg et le Roussillon, pendant que les galères de Barberousse venaient s'unir à la tlotle française, i)Our menacer l'Italie impériale; Perpignan résista, mais Landrccies, Luxembourg et Nice furent pris.

L'Empereur contracta alors avec Henri Vlll une étroite alliance, afin d'atlaquer la France par trois côtés.

habiles comme Guillaume de Langey, Guignes de Boutières, Pierre Strozzi, Martin du Bellay, Ludovic u3 Birague, Biaise de Montluc et tant d'autres, qui, sans argent, presque sans soldats, maintinrent bravement en Piémont les enseignes françaises. Aussi raconterons nous en détail la victoire de Cérisoles, gagnée par l'armée d'Italie, et qui résume tous les progrès tactiques accomplis pendant ce long règne militaire.

François de Bourbon, comte d'Enghien \ lieutenant général de François P' en Italie, assiégeait Carignan, avec une armée de 14.000 hommes, lorsque le marquis del Guasto vint lui offrir la bataille.

D'après le plan d'invasion, convenu entre l'Empereur et le roi d'Angleterre, le marquis avait à s'emparer de la vallée d'Aoste, pour marcher sur Lyon par la Savoie et la Bresse, pendant que Charles-Quint envahirait la Champagne, et Henri VIII la Picardie. Les trois armées devaient ensuite se réunir sous les murs de Paris.

L'élite de l'infanterie française était en Piémont, et il ne restait, sur les frontières menacées, que « gens nouveaux et légionnaires* ». Le conseil du roi voulait rap-

' Frère d'Antoine de Bourbon, père de Henri IV.

2 Ce qui n'était pas très rassurant; car, l'année précédente, 10.000 légionnaires de Cliainpagne et de Picardie, assiégés dans Luxembourg, avaient déserté en masse, abandonnant aux Impériaux cette place importante. Frani,;ois V, comme Louis XI après Guinegatte, avait cassé les capitaines et fait pendre les déserteurs; le sentiment populaire approuva ces rigueurs, et rendit aux légionnaires le sobriquet de francs-

CÉRISOLES (H avril 1544). 399

peler le comte d'Enghien, ou au moins lui défendre de livrer bataille ; mais le capitaine Montluc, au nom de l'armée d'Italie, vint supplier François P' de consentir à cette bataille ' ; il entraîna le conseil par son éloquence martiale, fit partager au roi son ardeur, « et obtint congé de combattre ».

Gërisoles ('l'I avril 1344).

La rencontre eut lieu, le lundi de Pâques, dans la

taupins, qui avait fait disparaître sous le ridicule les francs -archers de Louis XI.

Un franc taupin un si bel homme était,

Borgne et boiteux pour mieux prendre visée,

Et si avait un fourreau sans épée,

Mais il avait les mules au talon.

Deriron, vignette sur vignon !

Un franc taupin un arc de fresne avait, Tout vermoulu, la corde renouée; Sa tlèchc était de papier empennée, Ferrée au bout d'un ergot de chapon.

Deriron, vignette sur vignon !

Un franc taupin chez un bonhomme était,

Pour son dîner ayant de la morue,

Il lui a dit : « Jarnigoy ! je te tue,

« Si tu ne fais de la soupe à l'ognon ! »

Deriron, vignette sur vignon !

Un franc taupin de Hainaut revenait; Sa chausse était au talon déchirée.

Et si disait qu'il venait de l'armée, Mais onc n'avait donné un horion.

Deriron, vignette sur vignon ! etc.

' ■■ Une armée de 12 à 15 000 hommes, lui dit-il, peut en aflrouler

plaine ondulée et marécageuse, située entre Cérisoles et Sommariva.

L'armée française, « ordonnée en trois corps, avantgarde, bataille et arrière-garde », se déploya face au sud-est, parallèlement à la grand'route de Pignerol à Alexandrie; elle couvrait le pont des Sablons, sur le Pô, que le marquis del Guasto voulait franchir pour pénétrer dans le pays de Saluées.

Vavanl-gorde, sous le seigneur de Routières, se composait de 80 hommes d'armes, de 640 chevau-légers ', de 4.800 hommes de pied des vieilles bandes françaises* et des 4.000 Suisses de M. dé Saint-Julien; elle avait 8 pièces de campagne, conduites par M. de Gaillac.

La bataille comprenait le reste de la gendarmerie de

« une de 30.000; car, ce n'est pas le grand nombre qui vainc, c'est le « bon cœur, et, un jour de bataille, la moitié ne combat pas. Nous • sommes 5 à 6.000 Gascons^ or, comptez, sire, qu'il n'est pas de sol- '■ dats plus résolus que ceux-là. Il y a 13 enseignes de Suisses, qui tous •■ vous enverront leurs noms, afin que, s'il y est quelqu'un qui ne tasse « pas son devoir, il soit dégradé des armes. Voilà 9.000 hommes, Sire, ■■ qui combattront jusqu'au dernier soupir de leur vie. Quant aux Ila- « liens et Provençaux qui sont avec M. d'Escros, et aux gensdcGruyères, ^' je ne vous en assurerai pas, mais j'espère qu'ils feront tout aussi bien <• que nous quand ils nous verront rendre les mains. Vous avez en Pié- . mont 400 hommes d'armes et 5 à 600 chevau-légers, sous quatre « capitaines, 3IM. de Thermes, d'Aussun, Francisco Bernardino et More « de Novate. Qui voulez- vous qui tue 9 ou 10.000 hommes et 1.000 ou < 1.200 chevaux, tous résolus de mourir ou de vaincre! » {Commentaires de Montluc.)

1 « Sous la charge de M. de Thermes, colonel de la cavalerie légère. - Marlin du Bellay.)

2 < Dont était colonel le seigneur de Taiz. Au premier rang se mirent plusieursgenlilshommes venus en poste de la cour, qui n'avaient

CliiRlSOLES (M .ivril Ifiii). 401

France' et 150 chevau-légers. Sous la cornette^ du comte d'Enghien(£'), se groupaient une centaine de volontaires des meilleures familles du royaume'; «ils avaient passé les Alpes pour servir le roi de leur épée et de leur argent, et ce fut un grand secours, car la

p. Merle, d'après un croquis d'E. Hardy.

Fir;. 224.

solde était en retard, et les Suisses ne consentaient à se battre qu'à la condition d'avoir été payés.

A V arrière-garde, le seigneur de Dampierre disposait

eu moyen de recouvrer chevaux, entre aulres les trois l'rèrcs Bonnivct et Genlis le jeune. » (Martin du Bellay.)

1 « Les compagnies d'Assier, de Grussol, de Mont-Ravel cl les 150 salades du seigneur d'Aussun. » {Idem.)

2 Portée par le seigneur de Rubempré. » La cornclle blanche doit se tenir à côté du lieutenant général du Roy : c'est l'enseigne du cliel' d'armée. » (Du Bellay-Langcy.)]

5 Saint -André, Chàtillon, Jarnac, le vidame de Chartres, Bour-

de tous les archers à cheval des compagnies d'ordonnance, de 3.000 hommes de pied du comté de Gruyères, de 3.000 Italiens et de 8 canons.

800 arquebusiers avaient été donnés à Montluc pour faire le service d'enfants perdus.

« Martin du Bellay, gouverneur de Turin, était chargé d'aller de la bataille à l'avant-garde ou à l'arrièregarde, afin de faire marcher nos gens selon que l'ennemi se gouvernerait' ».

L'armée impériale venait de Sommariva « en trois gros bataillons de gens de pied, ayant chacun leur aile de cavalerie » .

Le premier bataillon, commandé par le prince de Salerne et composé de 7.000 piélons italiens, flanqués par 700 lanciers florentins, se heurta, dès 7 heures du matin, aux enfants perdus de Montluc, sur un coteau boisé qui couvrait l'aile droite de l'armée française.

Le marquis del Guasto ordonna au prince de Salerne d'arrêter sa marche, et fl.t engager l'escarmouche par l'arquebuserie espagnole, pour donner au reste de ses troupes le temps d'entrer en ligne.

Le corps italien devint son aile gauche\ au centre, il

dillon, llochctbrt, Des Cars, Luzarches, Lussigny, Le Hunaudayc, Gcnlis aîné, Saiat-Ainand Rochechouart, et autres. « 11 n'y a prince au monde qui ait la noblesse plus volontaire que la nôtre; un petit sourire du maître réchauffe les plus refroidis, et. sans crainte de changer prés, vignes et moulins en chevaux et armes, on va mourir au lit que nous appelons le lit de Vhonneur. • (Montluc, liv. II, chap. i.) 1 Martin du Bellay.

CÉRISOLHS (H iivril 1544). 403

mit 10.000 lansquenets, dirigés par Alisprand de Madruce, et, à Vaile droite, sous Ray mon de Cardona, G. 000 vieux soldats espagnols ou allemands, qui avaient fait ensemble les expéditions de Tunis et d'Alger.

Les chevau-légers espagnols, allemands ou napolitains flanquaient l'infanterie.

Le marquis concentra toute son artillerie dans l'intervalle qui séparait les lansquenets des vétérans de l'aile droite ; 20 pièces de canons furent placées audessus de la route, « en un lieu si avantageux (|ue nos gens ne pouvaient marcher à elles, sans être tirés de haut en bas. »

L'artillerie de l'arrière-garde française fut contrainte de déloger; son commissaire, M. de Mailly, alla renforcer la batterie de l'avant-garde, au sommet du coteau boisé de l'aile droite.

« L'escarmouche, entretenue par 4 ou 5.000 arquebusiers, tant d'un côté que de l'autre, dura l'espace de 4 ou 5 heures, pendant lesquelles Italiens et Espagnols tâchèrent de venir gagner le flanc de nos batailles, comme ils avaient fait à Pavie. » Mais l'habileté de Montluc, la ferme attitude des bandes françaises, et une charge heureuse du comte d'Enghien déjouèrent les plans du marquis del Guasto.

Il y avait sur le coteau une maisonnette, en arrière de laquelle Montluc avait disposé en échiquier (avec 200 pas d'intervalle entre elles), trois troupes d'enfants perdus, précédées par des tirailleurs *.

' « Je baillay, dit Montluc, 40 ou 50 arquebusiers k un mien scr-

Wt LKS LHflONS DK l'AVlK.

Les arquebusiers espagnols, soutenus par les lanciers de Florence (PL), enlevèrent la maisonnette après quatre heures de combat' ; mais un renfort de « 85 salades, tous lanciers », permit à Montluc de reprendre ce poste et de rejeter, par un brusque retour offensif, arquebusiers et florentins sur l'infanterie du prince de Salerne, qui était demeurée immobile pendant cette longue escarmouche.

Il était près de midi; le marquis del Guasto, voyant ses arquebusiers reculer, dirigea une violente canonnade contre la position française, et donna le signal d'une attaque générale sur toute la ligne de son armée.

Les 10.000 lansquenets devaient assaillir les Suisses, qui n'étaient que 4.000, pendant que les vétérans de Ramon de Cardona achèveraient la déroute des Gruyens' de M. de Dampierre, lesquels, « étonnés avant d'avoir combattu, se fussent enfuis sans coup férir, si le comte d'Enghien ne s'était tenu à leurs côtés avec la gendarmerie et la noblesse volontaire'. »

Les corselets (piquiers et hallebardiers) des bandes françaises supportaient eux-mêmes avec inquiétude le feu bien dirigé des batteries impériales, auxquelles

genl, nomme Arnaut de Saint-Clair, homme vaillant et qui savait bien prendre son parti, et je les soutenais. »

1 « Parfois ils me ramenaient jusques à la maison; d'autres fois je les ramenais jusqu'à leur bataillon : il semblait que nous jouions aux barres. » (Montluc.)

•2 « Les Gruyères sont voisins des Suisses, mais il n'y a pas plus de comparaison que d'un ànc à un cheval d'Espagne. • (Idem.)

•'» Martin du Bellav.

CÉRISOLRS (M avril 1o'i4). 405

M. de Mailly répondait de son mieux du tertre de la maisonnette.

— « Menez-nous au combat, Monsieur ! criaient les « capitaines gascons à M. de Taiz, leur colonel. Mieux « vaut mourir main à main, que d'être tué à coup d'ar- « tillerie ! »

M. de Taiz, entraîné par ses soldats, marcha, piques baissées, contre le bataillon italien, toujours immobile; il était déjà à un quart de mille en avant des Suisses, lorsqu'il fut arrêté par Montluc, qui avait vu les lansquenets franchir le chemin pour les attaquer.

« Je priai, dit Montluc, les corselets de mettre tous le genou à terre et leurs piques bas, car je voyais les Suisses derrière, couchés tout de leur long, et qui ne paraissaient pas. De là, je m'encourus à l'arquebuserie, et je dis aux capitaines Brueil et Gasquet, qui la commandaient, de se retirer peu à peu vers l'artillerie, afin de faire place aux piquiers; puis je retournai à notre bataille française.

« Les Allemands marchaient droit à nous. Je mis pied à terre, car j'avais laissé un mien laquais devant le bataillon avec ma pique.

« M. de Taiz et tous ses capitaines me criaient :

— « Remontez à cheval, capitaine Montluc, remon- « tez, et vous nous conduirez au combat! »

« Je leur répondis que « si j'avais à mourir ce jour- « là, je ne pouvais mourir en plus lionorable lieu qu'avec eux, la pique au poing! »

« Je criai au capitaine La Burte, sergent-major ', qu'il courût autour du bataillon, quand nous nous enferrerions^ et qu'il criât, lui et les sergents, derrière et par les côtés :

D'après Philippoteaux.

Fig. 225. 2

— « Poussez ! soldats, poussez ! afin de nous avancer « les uns les autres ! »

' « Le sergent-major sera obéi des capitaines, officiers et soldats, en ce qu'il commandera pour son office, et ce, sous peine, si c'est un capitaine ou officier, d'être puni arbitrairement par le colonel général; si c'est un soldat, de demander pardon au roi, au colonel et au sergentmajor devant toutes les compagnies, et d'être dépouillé et dégradé de toutes armes et banni des bandes. » {Ordonnance de Gaspard de Coligny, colonel général d'infanterie française, 154-7.)

- Ce capitaine est revêtu d'une demi-armure : son casque est la bour-

r.ÉRISOLES (1i avril i54i). 407

« Les Allemands venaient à nous à grands pas et trot; mais leur bataille était si nombreuse que tous ne pouvaient suivre ; nous y voyions de grandes ouvertures, et beaucoup d'enseii?nes restaient bien en arrière,

« Tout à coup nous nous enferrâmes avec les lansquenets, et tous ceux des premiers rangs, soit du choc ou des coups, furent portés par terre.

« Je pensai être le plus fin capitaine de la troupe, parce que j'avais inventé de mettre un rang d'arquebusiers entre mon premier et mon second rang de piquiers, pour tuer les capitaines ennemis*. Mais, comme moi, les lansquenets en avaient mis, et les leurs, de même que les nôtres, ne tirèrent qu'à longueur de pique. Là se fit une grande tuerie : il n'y avait coup qui ne portât.

« Le second et le troisième rang furent cause de notre

gïiignote à crêle, visière, orcillères et couvre-nuque; le colletin, haussecol à lames de fer, rejoint les épauUères; le plastron bornb*'; s'articule à des tassettes arrondies, qui reposent sur la trousse (large culotte bouffante, recouverte de bandes d'étoffe bariolées) ; les avant et arrièrebrassards sont réunis entre-eux par les cubitières ; les gantelets ont les doigts séparés. L'écharpe de commandement est passée en sautoir; le capitaine, armé de l'épée et de la demi-pique, a dans le bras gauche une rondadie d'acier, matelassée intérieurement de velours et garnie de franges de soie.

< « Les lansquenets avaient été contraints, au passage du marais, de se mettre un peu en désord.'-e; ils furent tirés par quelques arquebusiers à rouet, cachés derrière le premier rang des piquiers français. Ces piquiers chargèrent tous ensemble, aidés des Suisses qui donnaient par le flanc, si courageusement en tenant leurs piques par la moitié, qu'ils rompirent le grand bataillon de lansquenets. » {Mémoires de Gaspard Saulx, seigneur de Tavannes.)

gain, car les derniers rangs les poussaient en avant*, et, à mesure que notre bataillon avançait, les ennemis se renversaient.

«Les Suisses se levèrent enfin et, furieux comme sangliers, ils donnèrent par un flanc des lansquenets, tandis que M. de Boutières attaquait l'autre flanc avec ses 80 hommes d'armes 2, et que M. de Thermes, à la tête des chevau-légers, renversait les lanciers florentins, qui voulaient nous prendre à revers'.»

« Au même moment, à l'extrême gauche, M. de Dampierre, rompait, avec les archers d'ordonnance, les chevau-légers napolitains, « qui faisaient épaule aux vétérans espagnols. »

L'infanterie italienne \ en voyant sa cavalerie dis-

1 « Je ne fus jamais si habile ni si dispos, et j'avais bon besoin de Tôtre, car je donnai plus de trois fois du genou en terre. » (Montluo * • Jamais la gendarmerie franvaise ne fît plus de vaillance ni d'efforts que ce jour-là, car M. de Boutières et 40 hommes d'armes, ayant leurs chevaux morts, combattirent à pied plus d'une demi-heure avec la masse et le coutelas. ■■ (Carloix, chap. XLII.)

5 <. Le sieur de Thermes, avec la cavalerie légère, qui était à la main droite des bandes françaises, voyant la cavalerie de Florence marcher pour donner par les tlancs au bataillon des Français, à l'heure que les batailles se viendraient à joindre, ne voulut altendre cet inconvénient; il les chargea de telle furie, qu'il les rompit et les renversa sur le bataillon du prince de Salerne. Tellement que le sieur de Thermes, pensant être suivi, donna jusqu'au milieu du bataillon italien, où son cheval fut tué et lui pris. Ladite charge servit beaucoup; car il est apparent que, sans icelle, le prince de Salerne eut marché sur les flancs de notre bataillon de Français : il en fut empêché par la cavalerie de Florence, qui lui tomba sur les bras. » (Martin du Bellay.)

4 € Ce ne sont pas les soldats qui sont mauvais en Italie, ce sont les chefs. Ces mêmes Italiens, qui se distinguent dans les duels et les com-

CÉRISOLRS (11 avril 1544). 409

persée et les lansquenets en déroute, commença à descendre le vallon et à gagner les taillis ; le prince de Salerne la rallia à grand'peine, et se mit en retraite vers Carignan.

Le marquis del Guasto suivait, avec 700 chevaux, le mouvement des lansquenets. Leur échec lui fit perdre la tête; il tourna bride et galopa jusqu'à Asti.

A une heure, l'avant-garde française était victorieuse.

Cependant, les 5.000 piquiers ou arquebusiers d'élite de Ramon de Cardona avaient tourné le marais qui les séparait de notre arrière-garde, pour attaquer les gens de pied Gruyens et Italiens.

Chemin faisant, ils passèrent devant le comte d'Enghien, qui les chargea furieusement par deux fois, avec la gendarmerie et la noblesse volontaire, « traversant leur bataillon d'un coin à l'autre, et ne laissant pas une enseigne debout ». La charge passée, les vétérans se rallièrent, serrèrent les rangs et se ruèrent sur le bataillon des Gruyens.

Tous les capitaines ou lieutenants de ce bataillon se firent tuer au premier rang, mais leurs hommes tournèrent le dos, avant d'avoir donné un seul coup de pique.

Alors, le comte d'Enghien, qui n'avait plus cent che-

bats singuliers par leur courage et leur adresse, ne font rien de bon dans les armées, parce que les chefs sont tellement insuffisants que les soldats qui savent leur métier refusent de leur obéir. • (Machiavel, Le Prince.)

WO LKS LEÇONS DE PAVIi:.

■vaux pour soutenir le choc des Espagnols victorieux, crut la bataille perdue ; au lieu de fuir comme le marquis del Guasto, il voulait charger une troisième fois, le bataillon ennemi, pour y mourir l'épée à la main, lorsque Saint-Julien, le colonel des Suisses, vint lui apprendre le succès de l'avant-garde.

Au même moment, Ramon de Cardona, instruit de l'échec des lansquenets et de la faite du prince de Salerne, faisait sonner la retraite.

Toute la cavalerie française, éparse sur le champ de bataille, se rallia pour charger ces braves Espagnols, qui firent tête, jusqu'à la dernière charge de poudre de leurs arquebusiers.

L'arrivée de trois compagnies italiennes d'arquebusiers à cheval (Fig. 226), accourus de Raconigi *, au bruit du canon, les décidèrent enfin à jeter leurs armes et à demander merci.

Les Impériaux laissaient dans la plaine de Cérisoles 12.000 morts, 3.000 prisonniers, 14 canons, leur équi-

1 Branlôme raconle que le capitaine tlorenlin, Pierre Strozzi, qui devint maréchal de France, avait amené à François I", au camp de Marolles, en 1542, une compagnie de 200 arquebusiers à cheval, « les mieux montés, les plus dorés et les mieux en point qu'on ait jamais vus; chacun avait deux bons chevaux de légère taille, qu'on nommait alors cavalins; ils avaient le morion doré, les manches de mailles, la plupart dorées, ainsi que les arquebuses et fourniments. Ces arquebusiers allaient souvent avec les chevau-légers et les coureurs, et y faisaient rage. Quelquefois ils s'aidaient de la pique, quand il en était besoin. C'étaient tous vieux capitaines et soldats, si bien aguerris sous les bannières et ordonnances du grand capitaine Jeannin de Médicis que, quand il fallait mettre pied à terre et combattre, il n'y avait pas besoin de commandement pour les mettre en bataille: ils s'y rangeaient

CKRISOLES (Il avril loU). 414

page de pont et l'important convoi qui devait ravitailler Carignan. C'était une grande victoire gagnée par un général de 24 ans, et, plus heureux que Gaston de

D'après Phillppoteaux .

Foix, le comte d'Enghien avait triomphé de la redou-

d'eux-mémes, et savaient si bien prendre leurs places qu'on n'y trouvait rien à dire. Il y avait parmi eux le Corse San-Pétro, Jean de Turin, le capitaine calabrais Moreli, Pétro Paulo, les capitaines Bernardo, Miquel de Candio, Mazino, Jacques de Ferrarc; cotte compagnie avait coûté plus de 50.000 écus ^ M. de Strozzi. »

442 r.ES LRÇONS DE PAVIE.

table infanterie espagnole, sans périr sous ses coups. La gendarmerie avait renouvelé les exploits de Marignan, et l'infanterie française, victorieuse des lansquenets, inaugurait la longue période de progrès qui devait aboutir, cent ans plus tard, au triomphe définitif de Rocroy.

PAIX DE CRESPY (18 scplembie 4344).

La journée de Cérisoles n'eut pas de résultats en Italie, mais elle termina glorieusement le règne militaire du roi chevalier.

François V, menacé jusque dans Paris par l'invasion, put appeler sur la frontière les troupes victorieuses et disputer encore à l'Empereur cette couronne « que Dieu, disait-il, lui avait fait payer si chère- « ment ! »

L'héroïque résistance des villes de Champagne et l'activité du duc Claude de Guise triomphèrent de la haine de Charles-Quint, qui, abandonné, sans vivres et sans argent, par son allié le roi d'Angleterre, au milieu de nos provinces dévastées, fut troj) heureux de signer une paix avantageuse pour lui'.

Le traité de Crespy ^ (18 septembre 1544) mit fin à la

' « Le vainqueur de rAllemagiie, de l'Asie, de l'Afrique, de laGueldre et dos Turcs, a borné son plus outre aux rivières de Marne et de Durance, et a fait naufrage en France avec deux grandes armées. « (Mémoires de Gaspard de Saulx-Tavannes.)

~ François I*"' renonçait à Naples, à la Flandre, à l'Arlois et au

PAIX L)h: CUESPY (18 septoiuhrc I5iii. 4-13

sanglante rivalité de François P' et de Charles-Quint ; tous deux étaient lassés, aucun n'était vaincu'.

La France en sortait meurtrie, mais glorieuse et respectée, et, quand « le Roi des gentilshommes y> mourut à Rambouillet, le 31 mars 1547, il sembla, à la douleur de son peuple, qu'on avait oublié ses fautes et ses revers pour ne songer qu'à Marignan et à Cérisoles !

Tournaisis ; il s'engageail à envoyer en Hongrie, contre les Turcs, 600 lances el 10.000 hommes de pied; l'Empereur rendait Hesdin.

La guerre avec les Anglais continua, entre Boulogne et Calais, jusqu'au mois de juin 1546. Henri VIII, vieilli, ruiné par le corps d'armée qu'il entretenait en France, consentit à la paix; il s'engageait à rendre Boulogne dans 8 ans, moyennant o. 000. 000 de livres.

* « François l"^, à l'ouverture d'une campagne, fondait sur l'ennemi comme un torrent qui renverse tout ce qu'il rencontre; Charles-Quint attendait pour agir que les forces de son riva! commençassent à diminuer; mais il recouvrait à la tin tout ce qu'il avait perdu, souvent même plus encore. François se laissait éblouir par l'éclat d'une entreprise; Charles ne songeait qu'à ses résultats. François fut humain, bienfaisant, généreux ; il avait de la dignité sans orgueil, de l'affabilité sans familiarité, de la politesse sans morgue ; c'était le gentilhomme le plus accompli de son royaume, et tout homme de mérite avait accès auprès de sa personne. Ses qualités lui ont valu plus d'admirateurs, que n'en ont eu le vaste génie et la politique heureuse d'un rival, plus habile mais moins digne d'être aime. » (Robertson , Histoire de Charles- Quint)

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