‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 91 sur 152 · LE ROI SOLDAT · texte numérisé non relu

LE ROI SOLDAT

Henri II était un soldat et un organisateur. Ses premiers actes de roi indiquèrent qu'il voulait déchirer le traité de Crespy, et tenter à son tour la fortune contre le vieil Empereur.

Dès 1547, il divisa la frontière du royaume en trois départements militaires, administrés chacun par un 11. ,27

maréchal de France * ; il renouvela avec les cantons suisses la convention qui lui assurait un contingent de 6 à 16.000 hommes, formés en régiments'^ comme les lansquenets \ et il répartit toutes les bandes à pied françaises et étrangères entre cinq colonels et capitaines-généraux *. L'infanterie française en eut deux,

1 Carracciolo, prince de Melphi, eut le Dauphiné, la Bresse, la Savoie, le Piémont et les autres villes et lieux nouvellement conquis delà les monts ;

Robert de la Mark, seigneur de Sedan, la Bourgogne, la Champagne, la Brie et autres terres enclavées ;

Jacques d'Abon de Saint- André, le Lyonnais, leForey, le Beaujolais, les Bombes, la Marche, le Combraille, l'Auvergne, le Bourbonnais, le Berry et le bailliage de Saint-Pierre-le-Moustier. o Lesquels maréchaux chevaucheront et visiteront lesdits pays toutes etquantes fois que besoin sera et que commodément faire le pourront, (une fois par an au moins), pour faire ou faire faire en leur présence, par les commissaires ordinaires de nos guerres, les montres générales de notre gendarmerie, recevoir les doléances de nos sujets, faire observer les ordonnances et édits sur le fait de notre gendarmerie, assiette des garnisons, fournissement des vivres et munitions, punitions des vagabonds ou autres mauvais garçons trouvés en flagrant délit. {Ordonnance d'Anet, du 26 juin 1547.)

2 A partir de 1549.

5 II est déjà question de régiments de lansquenets en 4523, dans les mémoires de Martin du Bellay : mais ce ne fut qu'à partir de Henri II qu'on appliqua le mot régiment a la réunion de plusieurs bandes françaises sous le commandement temporaire d'un seul chef. Régiment signifiait, en 1552, régime, direction, commandement; on disait par exemple : « Les bandes de Picardie du régiment de M- de Châtillon, ou les chevau-légers du régiment du duc d'Aumale. »

■* Ordonnance du 29 avril 1547. Avant cette date, c'était un olHcd temporaire; à l'armée de Roussillon, en 1542, Charles de Gossé-Brissac avait été commissionné pour exercer la charge de capitaine et colonel général des gens de pied des vieilles bandes françaises de Piémont. En

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dont la charge devint permanente : en deçà des monts ^ Gaspard de Châtillon, comte de Coligny ; delà les monts, François de Gouffier, seigneur de Bonnivet. Chaque colonel général ^ avait pour assisteur un mcstre de camp général'^ , un sergent de bataille"^ et un grand prévôt des bandes.

Claude de Lorraine, duc d'Aumale, fut nomme colonel général de la cavalerie légère \ La gendarme-

1S43, Jean de Taiz avait le môme titre à l'armée d'Italie, et quand il fut appelé au camp de Boulogne, le 1'"' octobre 1544, pour y commander 120 enseignes françaises tant de çà que de là les monts, il prit le titre de colonel général de toutes les bandes françaises vieilles ou nouvelles. Les colonels généraux arborèrent renseigne blanche, privilège du commandement suprême , et confièrent la garde de cette enseigne à deux compagnies d'élite, nommées enseignes-colonelles.

1 Les trois autres étaient : pour l'infanterie italienne, Pierre Strozzi, seigneur d'Épernay (maréchal de France en 1534) ; pour l'infanterie corse, San Piero di Bastelica ; pour les lansquenets, François de Clèves, duc de Nevers.

2 Les premiers mestrcs de camp généraux (1545) furent, en Piémont, Guillaume de VillelVanche, et en Picardie, Biaise de Montluc. « Le mestre de camp, dit le général Susane dans son excellente Histoire de V Infanterie française, transmettait aux capitaines de bandes les ordres du colonel général , dirigeait les marches, choisissait l'assiette du camp, y maintenait les règlements et le bon ordre, terminait les différends qui survenaient entre les capitaines, et, les jours de combat, désignait la place de bataille des divers bandes. L'action engagée, il secondait le colonel général, et prenait quelquefois, sous ses ordres, la direction d'un mouvement particulier. »

3 C'était le second du mestre de camp, Vofp,cier supérieur spécialement chargé de la régularité des formations et du maintien de l'ordre de bataille; la charge avait été créée en 1515.

* En temps de guerre, le ban et l'arrière-ban de la noblesse, organisés en compagnies de chevau-légers, étaient placés sous le commandement du colonel-général de la cavalerie légère.

rie ' continua à relever directement du roi et du connétable, sous l'inspection et le contrôle des maréchaux de France.

Charles de Cossé-Brissac, maître et capitaine général de r artillerie, et Jean d'Estrées, son lieutenant, réduisirent toutes les pièces en usage à six modèles exclusifs : le canon (Fig. 227), la grande coulevrine,

Fig. 227. «

la bâtarde, la moyenne, le faucon et le fauconneau ', qu'on appela, depuis 1351 , les six calibres de France.

' A dater du 12 novembre 1S49, le capilaine d'une compagnie d'ordonnance toucha 1.200 livres, le lieutenant 800, l'enseigne et le guidon 600, l'homme d'armes 400, l'archer 200. L'iiomme d'armes devait avoir 2 chevaux de 4 pieds et demi et deux doigts de hauteur, poil à poil, et l'archer un courtaud de 4 pieds et demi.

2 Les figures 227, 219 (p. 387), 217 (p. 385), 215 (p. 280), empruntées au bel ouvrage du général Favé, donnent exactement les proportions comparatives de la grosse et de la petite artillerie au temps de Henri II.

3 Ces pièces, avec leurs affûts, pesaient 8.000, 6.500, 4.400, 2.200, 1.340 et 800 livres; la longueur du canon variait de 9 pieds 10 pouces

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Les projectiles étaient des boulets de fonte, dont le poids variait de 1 à 34 livres.

Après une heureuse intei?vention en Ecosse', Henri II envahit le Boulonais% le 23 août loZiO, et s'empara, sans coup férir, de presque toutes les forteresses anglaises. Les ministres du jeune roi Edouard IV prirent peur et demandèrent la paix. Elle fut signée à

;i 6 pieds 4 pouces, et le diamètre de l'ànie de 6 pouces et 2 lignes à 1 pouce et 1 ligne. L'affût se composait de deux flasques réunis par 4 entretoiscs de chêne, de deux roues avec essieu en bois et de deux limons; le diamètre des roues avait de 5 pieds à 4 pieds 6 pouces. Le canon et la grande coulevrine étaient munis de plusieurs cordages, qui servaient à les traîner sur le champ de bataille; le principal, appelé combleau, de IS toises de longueur et de 4 pouces et demi de grosseur, était enroulé autour de la bouche ;\ feu. Les essieux des canons et coulevrines étaient réglés uniformément à 6 pieds, « pour que chaque pièce pût passer facilement, en campagne, à la suite des précédentes. » On chargeait l'artillerie au moyen d'un chargeoir, d'un refouloir et d'un écouvillon, dont l'extrémité était couverte d'une peau de mouton avec sa laine. La portée variait de 400 à 1.000 pas, et, à grande volée, de 3.000 à 10.000 pas, sans qu'on sût d'ailleurs utiliser ces portées. (D'après le général Favé.)

1 En juin 1548, un corps de 6.000 Français ou lansquenets, conduit par Montalembert d'Essé, débarqua en Ecosse pour défendre conlre l'armée anglaise, victorieuse à Pinkencleugh, la reine douairière Marie de Lorraine , veuve de Jacques V. Leur fille, Marie Stuart, enfant de six ans, fiancée au dauphin François II (qui en avait cinq), fut conduite heureusement de Dunbarton à Brest par l'escadre de Durand de Villegagnon.

2 . Le roi fut reçu dans son camp avec un merveilleux tonnerre de l'artillerie et de l'escopetterie de 40 enseignes de gens de pied des nouvelles bandes et de 32 enseignes des vieilles, sans les légionnaires de Normandie, de Champagne et de Picardie qu'on comptait à 44 enseignes. » (Carloix, livre II, ch. xxi.) ,

Guines, le 24 mars 1550; l'Angleterre consentait au rachat de Boulogne, et ne gardait plus en France que Calais.

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