LA REVANCHE DE CIIAUIJ'S-QUINT
vinces; puis, à la têto do 60.000 hommes, il s'achemina vers Metz, qu'il voulait assaillir avec une artillerie formidable.
La goutte l'obligea à s'arrêter à Thionville, et ce fut le duc d'Albe qui vint mettre le siège, le 19 octobre, devant la noble cité de Clovis et de Charles-Martel.
Mais, dès le 17 août, le duc François de Guise était entré à Metz avec l'élite de la noblesse française * ; il avait mis ces deux mois à profit pour pousser activement les travaux de terrassement, et faire partager à la garnison * et aux habitants sa ferme volonté
1 Artus de Cossé, seigneur de Gonnor, gouverneur de Melz, le mar quis d'Elbeuf, le prince de la Roche-sur-Yon, les deux fils du connétable, le duc Horace Farnôse, le comte de La Rochefoucauld, les deux seigneurs de Randau, Jean Gontaud de Riron, Paul-Rapliste Frégosc, le comte de Martigues, le seigneur de La Rrosse, d'Entragues, de Saint- Luc, du Parroy, de Marigny, de Montpha, de Silly, de Clermont, de Suze, de Ruffec, La Paye, Toucheprès, Sainle-Gemme, Duras, Dachon, Morlemart, Saint-Sulpice, Nantouillet, Roquefeuillc, Fogeon, Simon de Lee, le comte de Charny, Ouarty, Saint-Phal, Riberac, Torcy, Grcquy, La Roche-Chalez, Navailles, Chastelct, Monserie, les deux Bourdcillcs, La Gouldre, Dampierre, Sambarnon, La Roue, Verigny, Estrée le jeune, Sandricourt, Malicorne, Saint-Geniez, les frères d'Argence, etc.
Monsieur de Guise est dedans, Avec beaucoup de noblesse; De Vendôme les deux enfants, Et Nemours plein de hardiesse.
Le seigneur de Strozzi, sans cesse Se promène sur les remparts, Nuit et jour, plein de grand adresse, Faisant Metz fort de toutes parts.
2 220 hommes d'armes, 440 chcvau-légers, 100 arquebusiers .'i chc-
m LE CONNÉTABLE DE MONTMORENCY.
d'une défonsG à outrance. En même temps, le connétable de Montmorency, confiant au patriotisme de leurs défenseurs les villes nouvellement conquises dans les Trois-Évêchés ou dans le Luxembourg, ainsi que les places frontières de Picardie et de Champagne, avait réuni au camp de Saint-Mihiel toutes les forces disponibles de la France et en avait formé une armée d'observation.
C'était à Metz, en effet, que la partie décisive était engagée.
Pour mettre en lumière cette page célèbre de notre histoire, il suffira de résumer le récit qu'un membre de l'Institut, l'intendant général Charles Robert, a emprunté à des documents authentifiues.
* SIÈGE DE METZ (44 octobre 4352).
La ville, très étendue, était enveloppée seulement d'une vieille muraille, flanquée de tours, qu'une faussebraie ne renforçait pas partout * . Des constructions
val du capitaine Lanque et 4.500 hommes de pied, dont le mestre de camp était Favars, et les capitaines, Glenay, Gordan, Cantelou, Saint- André, Abcs, Saint-Estèphe, Deschamps, Haucourt, La Queusière, Biques, Bahut, Cauzère, Verdun, Soley, Pierre Longue, Saint- Ouen, Ambres, La Cranche, Choqueuse, Béthune, Maugiron, La Môle, Cornay, Salcèdc, Voguedemar.
1 « L'enceinte de Metz, dont on a fait remonter la construction au XII* siècle, suivait à une distance variable, mais toujours assez faible, les bords de deux petites rivières, la Moselle et la Seille. Elle se composait d'un mur isolé, surmonté d'un double parapet en pierre, porté par des corbeaux et qui protégeait une galerie de couronnement. De distance en distance, des tours renforçaient la muraille et une large
SIÈGE DE METZ (14 octobre -1552). '" 443
s'adossaient à cotte muraille, oneombraiont les fossés et s'étendaient dans la campagne * .
Le duc de Guise, dès son arrivée, avait fait raser tout ce qui gênait l'œuvre du canon ; mais, malgré ses efforts, il n'avait pu renforcer par des terrassements que la partie de l'enceinte qui faisait face à l'Allemagne.
Ce fut, en effet, au nord-est que se présenta le duc d'Albe. Il établit son corps de bataille sur le plateau de Griment (0), et son avant-garde sur les hauteurs de Belle-Croix (C)' qui, dominant la porte de Sainte-
bermc était ménagée entre elle et les rivières. » (Cosseron de Ville noisy. Essai historique sur la fortification. Paris, Dumaine, 1869).
* « Il n'y a nulle forteresse parfaite en France ; les meilleures sont de grands terrains flanqués de tours. Un gouverneur, arrivant à l'improviste, ne peut faire que des éperons au dehors pour flanquer la contrescarpe, des traverses et des casemates dans le milieu du fossé; il construira des plate-formes aux angles, pour empêcher qu'ils ne soient battus en courtine par les assiégeants, qui pourraient hausser des ca^ valiers et y loger leurs pièces. Le gouverneur doit se résoudre à défendre ces grands terrains sans se fier aux retranchements, et bien loger son artillerie pour les contre-batteries. Quand une ville n'a pour se défendre ni terrain militaire ni bastions, il faut l'entourer de retranchements et de casemates, flanquer les contrescarpes, faire des dehors et des tranchées en avant des contrescarpes pour tenir l'ennemi au loin. L'ennemi ne voyant pas le pied des murailles, il lui faudra du temps pour se loger sur la contrescarpe, pour y amener du canon et pour battre les retranchements. Pendant ces travaux, on sera secouru ou l'on fera composition honorable après avoir enduré un assaut. L'ennemi ne peut pas, par une première brèche, entrer dans une ville où il y a un retranchement (intérieur) ; il est contraint de se loger sur les ruines de la muraille et d'y amener son canon. » (Gaspard de Saulx- Tavanncs.)
2 Le mardi devant la Toussaint,
Est arrivée la Germanie
4i4 LE CONNÉTABLE DE MONTMORENCY.
Barbe (Z)), prennent des vues de revers sur l'ile Cliambière, formée au nord de la ville par les deux bras de la Moselle (^4), Cette avant-garde avait construit des tranchées et des batteries (P) ', et son artillerie avait déjà ouvert le feu contre la ville \ lorsque, le 2 novembre, le duc d'Albe, laissant au camp de Griment les 12.000 hommes de pied et les 3.000 chevaux envoyés des Pays-Bas par la reine de Hongrie, força le passage de la Seille au pont de Magny {M) et établit le gros de ses forces entre la Moselle et la Seille, dans la plaine ondulée du Sablon (0)'.
A la Belle-croix de Messin, Faisant grande escarmouchcrie.
Mais les Français, de chère hardie, Au devant d'eux s'en sont allés ; C'était pour rompre leur folie De reconnaître nos fossés.
* « Je suis niarry, sire, écrivait le duc de Guise, le 29 octobre, du ■ peu de moyens que j'ai de festoyer l'ennemi comme je le désirerais, « car j'ai déjà 4 pièces d'artillerie crevées ou éventrées sur les 7 que « j'ai fait tirer. Aussi je suis bien délibéré de ne plus les tirer qu'à t. demi-charge, et de m'en servir pour donner crainte h l'ennemi plus » par le bruit que par l'effet, en m'aidant des fauconneaux et autres « pièces pour la défense des brèches et du fossé, et même de pierres, « pour ne rien omettre du service que nous espérons vous faire en ce « lieu. ■> (Mémoires-Journanx.)
2 Doubles canons ils ont mené A la Belle-Croix dessus dite, Pour battre le palais de Metz, Les grans églises et les petites.
Mais ils ont trouvé les reliques, Aux Carmes et aux Cordeliers, De deux pièces d'artillerie.
De quoi on les a salués.
3 « L'armée ennemie campa à Saint-Clément; une partie des Espa-
SIÈGE Di: METZ (1oo2). 445
Il avait, pour changer son point (ratta({ae, deux
Fig. 231. 1
motifs importants : 1" le sol du Sablon était moins im-
gnols à Saint-Arnoult, certaines bandes de bas-Allemands au pont rie RIagny, don Loys d'Avila avec la cavalerie espagnole à la Maladrerie, le maréchal de Moravie avec les chevaux bohémiens à Bléry, le demeurant à Oléry, à Saint-Priech, à la Grange- aux-Dames, à la Grangcaux-Merciers et autres lieux à l'environ. » (Salignac).
1 Réduction du plan original des attaques et de la défense de Metz, publié en 1553 par l'imprimeur Ch. Etienne dans la relation de Bertrand de Salignac. (Charles Robert, Evènementa mililaires du règne de Henri IL Paris, J. B. Dumoulin, 1876).
praticable pendant les pluies d'automne que les rampes argileuses du nord-est ; 2° le grand ouvrage rectangulaire (IHG), qui défendait la ville au sud-ouest, n'avait qu'un fossé sec, et, sauf une plate-forme, il se composait de l'ancienne muraille sans terrassement; du côté de Griment, au contraire, la Seille {B) baignait le pied de l'enceinte, et, grossie par les pluies, elle rendait presque impossible le passage du fossé.
Le duc d'Albe traça le nouveau front d'attaque entre les portes Saint-Tliiébaut (G) et Cliampenèze (H). La tranchée fut ouverte en avant de l'abbaye de Saint- Arnould (iV) et poussée vers Saint-Tliiébaut, sous la protection de quatre batteries, qui entamèrent promptement la muraille, sans toutefois en voir le pied\
Les 20.000 Allemands d'Albert de Brandebourg, après avoir battu et pris le duc d'Aumale aux environs du
1 Le samedi, jour en suivant,
Est retournée la Germanie.
Les Espagnols, Italiens, Le duc d'Albe et sa compagnie Se sont campés en l'abbaye De Saint-Arnoult, près nos fossés ; C'était pour assiéger la ville Et la battre de tous côtés.
Ils ont fait faire gabions.
Mené canons en abondance :
C'est pour battre nos bastillons Nos remparts, murailles, défenses.
Tranchées, par bonnes ordonnance, Us ont fait, touchant nos fossés.
Pensant prendre soudards de France Et la noble cité de Metz.
S1ÈGI-: DE METZ (loSS). 447
Pont-Saint-Vinccnt', vinrent, le 10 novembre, camper
1 « Le 28 octobre, le duc d'Aumale, informé ([uc le marquis Albert de Brandebourg avait levé son camp de Toul pour s'aller joindre à l'Empereur, quitta, à la diane, avec 200 hommes d'armes et 500 chevau-légers, le pont Saint-Vincent sur la Moselle, où il avait couché, et se vint mettre en bataille au-dessus de ce marquis, sur le haut d'une montagne, appelée la Croix-du-Moustier. Après quelques escarmouches, Albert de Brandebourg, ayant eu son truchement tué à côté de lui d'une arquebusade, chargea, tête baissée, à la tête de ses pistoliers allemands, les compagnies de M. d'Aumale, lequel était en délibération de se retirer. Le malheur voulut que, de première abordée, les reîtres rencontrassent une troupe de valets, qu'ils mirent incontinent à vaude-route. Quant et quant ils chargèrent un escadron de chevau-légers et d'arquebusiers à cheval, qu'ils mirent pareillement en désordre ; ils trouvèrent ainsi ouverture sans combattre pour donner jusqu'aux rangs de la gendarmerie. Celle-ci, mal pourvue de lances pour la soutenir, fut enfoncée et contrainte de reculer à coups de pistolets, dont les reîtres portent grand nombre. M. d'Aumale, voyant sa cavalerie rompue fuir de tous côtés et prévoyant une malheureuse tin à cette entreprise, manda au seigneur de Brézé, lieutenant de sa compagnie, de se retirer le mieux qu'il lui serait possible et de sauver ses hommes d'armes. Puis, voyant le grand fou allumé près de lui et les reitres fort mêlés avec la principale troupe de sa gendarmerie, où étaient plusieurs gentilshommes bien renommés et vaillants jusqu'au bout) il courut à eux, leur criant avec un visage riant et assuré :
— « Mes compaignons et mes amis, bataille ! bataille !
« Au hasard de la fortune, sans respect de sa vie, l'épée au poing, il donna dans cette mêlée et fit tous les plus grands efforts qu'on pourrait dire de la nature humaine. Blessé de 2 ou 3 coups de pistolet au corps et à la tête, son cheval tué sous lui, il fut finalement abattu et pris. 200 gentilshommes y furent tués • parmi lesquels le prince de Rohun, les sieurs de Nancey, guidon de la compagnie de M. d'Aumale, de La Molte-Dusseau, de Saint- Forgeux, de Joncy de llochebaron, de Vaux et le baron de Couches. Les principaux prisonniers furent, avec le duc d'Aumale, les sieurs Desgully, mestre de camp des chevan-légers, Jean d'O et le baron des Guerres.
« Le marquis, le cœur enflé, reprit son chemin vers Nancy et retourna camper à Pont-à-Mousson, où l'Empereur lui envoya 2.000 chc-
au Baii-Saint-Martin {T) et complétèrent, sur la rive gauche de la Moselle, l'investissement de Metz.
Le 18, l'Empereur, croyant liâter par sa présence la reddition de la place, quitta Thionville et se fit porter
.>-* ^='Cr-^^-
Fig. 232. l
en litière au camp du duc d' Albe ' .
vaux pour lui faire escorte jusqu'à Metz. Il vint parquer le 13 novembre, dans les vignes au-dessus du pont des 3Iores, près de l'abbaye de Saint-Martin. » (Rabutin, livre IV).
1 F'ac simile emprunté à l'édition illustrée des Guerres de Belrjique Polemofjraphia Auraico Dehjica), de Guillaume Baudart. Amsterdam,
SlÈGl'] DE METZ (1oo2). 449
Il prolongea le front d'attaque jusqu'à la tour d'Enfer (y, flg. 231), qui formait saillie du côté de la Moselle, et amassa toute sa grosse artillerie sur des cavaliers en terre {S), élevés devant cette tour et le château Cliampenèze {H) *.
La muraille de la longue courtine intermédiaire {I£l) fut battue sans relâche; mais, à mesure qu'elle s'écroulait, le duc de Guise, secondé par son mestre de camp Pierre Strozzi, par ses ingénieurs Saint-Rémy * et Camillo Mazini, portant la hotte et donnant l'exemple aux pionniers, faisait construire un large retranchement intérieur.
Chaque jour, chaque nuit, des détachements intrépides, franchissant la Moselle {LJv) et la Seille {D,E,F), jetaient l'alarme dans les trois camps impériaux, où
1G22. L'Empereur, escorlé par les arquebusiers espagnols, est dans la litière à deux chevaux que nous avons vue au bas de la figure 231 (page 445). Tout est à remarquer dans celte précieuse estampe de Baudart : le tracé irrégulicr de l'enceinte du camp, la disposition des batteries, la forme des pavillons, les tentes-ahris (absolument semblables à celles que l'armée française vient d'abandonner), la formation des bandes à pied, des compagnies de gendarmerie, des rcitres, etc.
i Vingt et deux pièces ont amené
Tout auprès de nos fausses braies, De quoy ils nous ont canonné La Tour d'Enfer et nos murailles.
Le vieil gendarme Saint-Rémy, Nuit et jour cherche dans les caves. En écoutant sous les murailles L'ennemi qui nous veut miner; Mais il leur a donné la haie Car il les a conlreminés.
les souffrances d'un hiver précoce avaient introduit les maladies, l'indiscipline et la désertion.
Cependant, vers la fin de novembre, la tour d'Enfer s'entrouvrit sur une largeur de 20 pieds et les deux tours voisines s'écroulèrent avec un grand fracas. Mais, quand la poussière se fut dissipée, les assiégeants, formés pour l'assaut, virent se dresser en arrière de la brèche ( F) un rempart imprévu.
Il fallait recommencer le feu et les travaux de sape.
Les Impériaux cheminèrent jusqu'au fossé de la tour d'Enfer, et, à 40 pas de ce fossé, ils construisirent un dernier épaulement, qui reçut 2 canons et un grand nombre d'arquebusiers.
Le 7 décembre, au point du jour, la brèche avait 90 pas de largeur*. Mais quand le grand tambourin de l'Empereur eut réuni les colonnes d'assaut, le passage était couronné par l'élite de la garnison de Metz, dans une attitude si résolue que le duc d'Albe n'osa pas donner le signal de l'attaque.
Il recourut de nouveau à la mine et au canon.
Des alternatives de gelée et de dégel rendaient les tranchées intenables; les sentinelles, engourdies par le froid, se réveillaient avec les jambes gelées jusqu'au genou. Les lansquenets, réduits de moitié, se mutinaient, et, du château de la Horgne, où il avait établi
» Faisant des brèches assez larges
(Environ cent pas pour le moins), Mais ils n'ont pas eu le courage De venir combattre François.