‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 97 sur 152 · SIÈGE DE METZ (1«B · texte numérisé non relu

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son quartier, Charles-Quint entendait leurs cris de douleur et de colère.

Cette lois encore l'ambitieux Empereur l'ut obligé de s'avouer vaincu.

Le 6S* jour de l'arrivée du duc d'Albe et le 45" de l'ouverture du feu, « Charles d'Autriche, reniant Dieu, accusant les hommes, et tant maladif qu'à grand' peine pouvait-il retenir son âme », se décida à ordonner la retraite. Il retourna, le 1*'' janvier, à Thionville, d'où il se réfugia à Bruxelles, sous l'escorte de 1.500 chevau-légers.

Les régiments wallons du camp do Griment se retirèrent dans le Luxembourg, et le duc d'Albe passa la Moselle au pont de Moulin pour rentrer à Thionville. Son camp offrait le plus misérable spectacle.

« De quelque côté qu'on regardât, dit Bertrand de Salignac, on ne voyait qu'hommes morts ou mourants ; on entendait une infinité de malades se plaindre dans leurs loges, qui, à cette occasion, avaient été laissées entières. Chaque quartier avait de grands cimetières fraîchement labourés ; les chemins étaient couverts de chevaux morts, de tentes, d'armes et de meubles abandonnés : il y avait partout une telle misère que les plus acharnés ennemis en avaient compassion.

« Au lieu de faire mettre le feu par tout ce camp ' ,

1 " On trouva dans le camp 12.000 pains et d'autres vivres gâtés ce qui prouve la merveilleuse providence de l'Empereur, qui avait si longuement et en hiver entretenu un tel peuple en pays déjà ruiné et détruit. » (Salignac.)

le duc de Guise envoya assembler les malades et or-

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donna une charitable aumône pour les nourrir, les

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guérir et donner sépulture aux trépassés. Il fit savoir au duc d'Albe que s'il voulait envoyer de ses gens pour leur pourvoir et les conduire à Thionville, il les accomoderait volontiers de bateaux bien couverts pour les y mener. Le défenseur de Metz s'est donné ainsi un renom d'humanité qui rendra sa mémoire immortelle. »

Les Allemands d'Albert de Brandebourg quittèrent les derniers le Ban Saint -Martin' et se dirigèrent vers Trêves, poursuivis, d'après la chanson d'un soudart ^ de la garnison,

Par grand nombre de cavalerie, Que le noble seigneur de Guise Sur la queue leur fil aller Pour les apprendre à cheminer.

Le 9 janvier 1553, Metz-la-Pucelle victorieuse avait payé de son sang le droit d'appartenir à la France.

En Picardie, le comte de Rœuxbrfila, du 10 au 20 octobre, 5.000 bourgs, hameaux ou fermes \ sans oser

1 Nous jugions Ji 20.000 hommes les pertes dos .? camps ennemis, mais depuis les prisonniers nous assurèrent que ce nombre approchait de 3S.000.

2 Celui qui a fait la chanson

Est un soudart, je vous assure,

Étant à Metz en garnison,

Nuit et jour couché sur la dure,

Endurant aux pieds grand froidure

Et voyant l'ennemi de près ; »

Lui souvenant de son* amie

Pensant ne la revoir jamais!

^ Entre Fonsonne (près Saint-Quentin), Ghauny, Noyon (dans la val-

attaquer La Fère, où le duc de Vendôme s'était enfermé. Un mois plus tard, il reçut des renforts et assiéga Hesdin, qui capitula après une trop courte résistance.

A cette nouvelle, le connétable envoya son neveu, Gaspard de Coligny, avec une partie de l'armée d'observation, pour renforcer le duc de Vendôme et reprendre Hesdin. Le comte de Rœux, qui campait encore aux environs, battit en retraite à l'approche de Coligny, et la garnison allemande rendit la place après deux jours de canonnade (19 décembre).

En Italie, Ferdinand de Gonzague ' n'avait pas réussi à reprendre San-Damiano. Sur toute l'étendue de nos frontières, l'année 15S^ se terminait glorieusement pour les armes françaises.

Les commentaires de Montluc, de Boyvin du Villars et de François de Rabutin nous permettent de suivre jour par jour les remarquables opérations militaires, qui se sont accomplies, de 1553 à 1559, dans le bassin du Pô et dans les Pays-Bas.

lée de l'Oise), le château de Guny (près de Coucy), la résidence royale de Folembray (bâtie par François I"), Roye et Nesle.

1 Montluc et Bonnivet, avec 400 hommes d'armes, 1.200 chevau-légers et 10.000 gens de pied italiens et espagnols, s'établirent aux environs du camp ennemi, et le harcelèrent avec tant de courage et de persévérance qu'ils obligèrent Gonzague à lever le siège le 22 janvier

lis nous montrent des soldats incomparables, dirigés par des capitaines expérimentés qui, après une étude constante de l'art de la guerre, ont établi des règles- et posé des principes généraux ayant à peine varié depuis Henri II. Il faut franchir plus de deux siècles et aborder la grande épopée de la Révolution et de l'Empire, pour rencontrer à la fois dans l'histoire autant d'hommes de guerre à admirer et autant d'exemples à retenir.

Anne de Montmorency, Charles de Brissac, Jean d'Estrées, François de Guise, Gaspard de Coligny, Pierre Strozzi, Biaise de Montluc et Gaspard de Tavannes dans le camp français ; le duc d'Albe, Philibert- Emmanuel duc de Savoie, le comte d'Egmont, Ferdinand de Gonzague et Guillaume de Nassau sous les enseignes de l'Empereur, sont les véritables fondateurs de la tactique moderne.

L'espace nous manque pour raconter tous leurs exploits, mais nous emprunterons aux mémoires contemporains ' les faits les plus saillants et les pages les plus instructives.

* Nouvelle collection des mémoires relatifs à Vhistoire de France par MM. Michaud, de l'Académie française, et Poujoulat. Paris, Didier, 18o7. Les tomes de YI à X contiennent les mémoires de : François de Guise (1547-1501); Louis de Bourbon, prince de Condé (1559-1564); Antoine de Puget (1561-1596); Biaise de Montluc (1521-1574); François de Rabutin (1551-1558); Gaspard et Guillaume de Saulx-Tavannes (1515-1595); Bertrand de Salignac (1552); Gaspard de Coligny (1557); de la Chastre (1556-1557); Guillaume de Rochechouard (1497- 1558); Vieillcville, par Carloix (1527-1571); Jean de Mergey (1554- 1589); Boyvin du Villars (1550-1569); Philippe . de Chaverny (1553-

A cette époque, comme dans tous les temps, la réunion des grandes armées est difficile et leur entretien ruineux ; aussi voyons-nous, des deux côtés, les entreprises de longue haleine échouer au moment même où le but paraît atteint. Henri II, comme Charlesr Quint, hésite à engager l'action décisive, la bataille publique du moyen âge; leurs armées se côtoient, manœuvrent, envahissent et saccagent le territoire du voisin sans oser s'aborder. Une campagne dure trois mois au plus ; elle se réduit à trois ou quatre sièges, à quelques escarmouches, et se termine par la ruine totale du théâtre de la guerre. Il faudra l'imprudence inattendue du vieux connétable de Montmorency et le coup d'audace du jeune duc de Savoie pour que cette guerre de chicane aboutisse, après sept ans, à la journée de Saint-Quentin.

L'Empereur, voulant une revanche de son échec de Metz, envoya, au mois d'avril 15S3, son armée assiéger Thérouanne. Henri II avait laissé sans secours ce poste avancé de la France sur la frontière des Pays-Bas ; la ville fut prise ', le 20 juin, et détruite de fond en comble. Hesdin eut le même sort, le 28 juil-

1582). Il faut ajouter, pour faire une étude complète de cette époque, les deux volumes de Brantôme (édition J.-A.-C. Buchon. Paris. Panthéon littéraire. 1842).

* « Au rude assaut de Thérouanne, nos gens, fauchés et emportés, étant prêts à être tous mis en pièces, comme l'art et la coutume de la guerre le permettent, s'avisèrent de crier : — « Bonne guerre, compagnons ! « souvenez-vous de la courtoisie de Metz ! • Soudain les Espagnols courtois, qui faisaient la première 'pointe de l'assaut, sauvèrent les

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let ; puis les Impériaux ravagèrent le territoire français jusqu'à Doullens ', avec une barbarie renouvelée des Huns et des Vandales.

Les représailles ne se firent pas attendre. Le connétable forma pour la campagne d'automne 10 régimenifi temporairps de gendarmerie, composés chacun de 200 hommes d'armes et de 100 arquebusiers à cheval, réunis sous le commandement d'un prince ou d'un grand officier de la couronne " ; il rassembla à Corbie 2.000 chevau-légers , 3.000 gentilshommes del'arrièreban, 28.000 hommes de pied et 100 pièces d'artillerie grosses ou menues.

Henri II vint, le l" septembre, prendre le comman-

soldats, seigneurs et gentilshommes et les reçurent tous h rançon. » (Brantôme, M. de Gu\jse-le-Grand.)

* Sur l'Authie.

2 Le connétable, les ducs de Vendôme, de Nevers, d'Enghien, de Monlpensier et de Guise, les princes de La Roche-sur- Yen et de Ferrare, l'amiral de Coligny et le maréchal de Saint-André. « Il n'y avait guèrcs alors de compagnies particulières d'arquebusiers à cheval, parce que le Roi avait fait, en 1552, une ordonnance pour que chaque capitaine de 100 hommes d'armes levât 50 arquebusiers, armés de corselets, morions, brassards ou manches de maille, avec la scopetle ou arquebuse à mèche ou à rouet dans son fourreau de cuir bouilli (Fig. 226, p. 411). Ces arquebusiers, montés sur de bons courtaux, étaient divisés en deux bandes de 25 cavaliers, commandées chacune par un homme d'armes, élu parmi les plus expérimentés de la compagnie. II y avait dans l'Ordonnance du Roi environ 1 .500 arquebusiers à cheval. Chose bien inventée pour soutenir l'homme d'armes en lieu étroit et malaisé, et qui donnait grande grâce et parade à l'armée, parce que les arquebusiers à cheval étaient les premiers devant les compagnies avec la diversité do leurs accoutrements. » (Rabutin, liv. V.)

dément de cette belle armée et, le lendemain, il se mit en marche pour compléter l'expédition d'Austrasie par la conquête de Cambrai.

Le duc François de Guise, précédant d'une journée l'avant-garde, conduite par le connétable, faisait le service d'exploration avec 2 régiments de gendarmerie.

Fig. 234. 1

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