‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 98 sur 152 · chevau-légers et 10 enseignes d'infanterie française · texte numérisé non relu

chevau-légers et 10 enseignes d'infanterie française

* Fac simile d'un croquis de Walhausen. Cet ordre de marche en échiquier, où les lances, les chevau-légers et les piquiers sont échelonnés en profondeur de manière à se prêter un mutuel secours, nous a paru utile à reproduire. Les escadrons, à intervalles de déploiement, sont disposés sur 3 lignes; chacun d'eux, formé sur 6 rangs de G files, est précédé du capitaine entouré de 3 trompettes et d'un écuyer qui tient un cheval de main. L'enseigne ou le guidon est à la gauche du premier rang. Les lances forment le premier front et couvrent le flanc le plus menacé; l'infanterie est en 4° ligne.

Le duc de Savoie Philibert-Emmanuel*, lieutenant générai de l'Empereur en Picardie, n'ayant pas de forces suffisantes pour livrer bataille , leva son camp de Doullens et repassa l'Authie. Mais il côtoya l'armée du Roi et conserva le contact avec elle^ jusqu'à Bapeaume et Cambrai; d'où, après avoir jeté des renforts dans la ville libre impériale, il alla prendre position sous les murs de Valenciennes, en construisant au bord de l'Escaut un formidable camp retranché'.

Le Roi déploya son armée devant les remparts de

1 Philibert-Emmanuel, devenu duc de Savoie en 1553 par la mort de son père Charles lîl le Bon, était le cousin germain de François I" et le neveu de Charles-Quint. « Charles le Bon, dit Brantôme, ayant perdu la plus grande partie dé son Etat, se retira à Nice, et son fils, M. le prince de Piémont, avec l'Empereur, qui lui fit un très bon traitement, le tint en sa cour fort honorablement, l'éleva en lui faisant voir les armes, et lui donna pour devise : « Spolialis arma supersunt ! »

« En son jeune âge, Philibert-Emmanuel, étant aux armées de l'Empereur, se plaisait fort parmi les soldats espagnols et était avec eux le plus souvent jusqu'à porter la harquebuse et le fourniement comme eux et aller aux escarmouches ; à quoi l'Empereur prenait tous les plaisirs du monde. Le prince de Piémont s'étant fait bien expert aux armes, son oncle en eut telle opinion qu'il lui donna à mener l'avantgarde avec le duc d'Albe en la guerre des protestants; puis il le fit son lieutenant général aux guerres de Picardie •>.

2 « L'armée impériale nous côtoyait à 5 ou 6 lieues près, étant la rivière d'Authie comme une barre et séparation entre nous; elle faisait toujours autant de chemin que nous, se logeant en lieux forts, marécageux ou environnés de bois ou de rivières, parce qu'elle était beaucoup moindre que la nôtre. » (Rabutin.)

3 « Le camp des Impériaux était à la portée d'une coulevrine de Valenciennes, moitié en pendant'du côté de cette grande et riche ville, moitié en fond, le long de l'Escaut; il était tracé en carré et entouré de tranchées et levées de la hauteur d'une pique avec fossés de 10 à 12 pieds. » (Idem.)

Cambrai (8 septembre) afin d'intimider les habitants; mais ceux-ci fermèrent leurs portes et tirèrent leurs canons. Alors, comme la saison était trop avancée pour entreprendre un siège en règle, Henri II remonta la rive droite de l'Escaut, et alla provoquer les Impériaux dans leur camp de Valenciennes.

L'armée s'arrêta le 17, et prit sa formation de combat sur deux lignes :

« A V avant-garde, dit Rabutin, étaient deux bataillons carrés. Celui de droite, composé de 24 enseignes françaises, était flanqué extérieurement par les 600 hommes d'armes, en 3 régiments, du connétable, du duc de Montpensier et de l'amiral de Coligny, précédés d'une .partie des nobles de l'arrière-ban et de 300 arquebusiers à cheval. Le bataillon de gauche (19 enseignes de lansquenets) avait pour aile les 3 régiments de gendarmerie des ducs de Vendôme, de Nevers et d'Enghien, lesquels, un peu plus rentrés que l'autre aile de cavalerie, avaient devant eux le reste de l'arrièreban et les arquebusiers à cheval.

« A la bataille, étaient deux autres bataillons carrés : à droite, 25 vieilles enseignes, flanquées par la maison du Roi, les gardes et le régiment de gendarmerie du maréchal de Saint-André.

« A l'aile gauche, 30 enseignes de Suisses ou de Grisons ' étaient flanquées par les régiments de gen-

* Armés pour la plupart de corselets, de brassards, cabassets ou secrètes, et les mieux en (équipage qui vinrent en France de longtemps.

LA TACTIQUE EN Vo'ôi. 461

darmerie du prince de Ferrare et du duc de Guise.

« Les capitaines Momas et Enard, deux des plus vieux et expérimentés, conduisaient les enfants perdus. »

« Le pays étant, fort à propos, une plaine de près d'une grande lieue, toute l'armée était si également compartie qu'elle marchait d'un même pas et mesure. Les limites et espaces entre les batailles des gens de pied et les rangs de la gendarmerie étaient conservés avec une si parfaite industrie qu'il ne pouvait y advenir désordre. L'ordonnance des bataillons était tant bien dressée que les premiers rangs devaient, s'ils étaient repoussés, se retirer dans les seconds, et les premiers avec les seconds dans les troisièmes (Fig. 214, p. 379), pour combattre jusqu'aux derniers rangs à la façon des légions latines. Chaque bataillon avait des flancs de piquiers et d'arquebusiers, pouvant faire tète à tous endroits et secourir tant la gendarmerie que le corps de leurs bataillons. Quant à la gendarmerie, chaque régiment était déployé sur un front de 200 hommes d'armes, avec leurs archers au dos ; de sorte que, si un homme d'armes eût été renversé, son premier archer eût pris sa place. Les enseignes étaient au milieu du rang des hommes d'armes et les guidons au milieu du rang des archers.

« La cavalerie légère était divisée en 4 escadrons : L'escadron des avatil- coureurs, à l'escarmouche; Le second, sous M. de Sansac, embusqué à main gauche, dans un petit ravin ;

M. de Nemours se tenait avec le troisième entre notre armée et le camp ennemi ;

Le quatrième, au prince de Condé, était embusqué en un petit fond, sur la route de Valenciennes, pour empêcher qu'on vînt de ce côté.

Fig. 235. 1

« L'artillerie de l'avant-garde était sur le front de l'aile droite et celle de la bataille sur le versant d'une colline, à gauche du bataillon suisse et grison. » *

Philibert-Emmanuel se contenta d'envoyer sa cavalerie légère escarmoucher avec les avant-coureurs français, et prouva au connétable par une violente canonnade qu'il était en mesure de défendre ses retranchements. «Il resta dans son fort\ où le conseil du

• Fac simile d'un croquis de Walhausen. "^ Rabutin.

3 8 Les piquiers de l'infanterie impériale se mirent en un seul bataillon carré à l'intérieur du camp ; l'arquebuserie fut répartie sur les

Roi, prenant l'exemple des batailles de Poitiers et de la Bicoque, ne fut pas d'avis de l'attaquer. »

L'armée française s'en retourna par Cateau-Cambrésis et la vallée de l'Oise jusqu'à Saint-Quentin, pour y être « départie » le 20 septembre 1S53.

L'arrière-ban et les Suisses, « bien payés et contentés », eurent leur congé ; une partie de la gendarmerie fut logée dans les garnisons de la frontière ou renvoyée dans les gouvernements de ses capitaines. L'autre partie avec la cavalerie légère, les vieilles enseignes et les 4 régiments de lansquenets du Rhingrave, s'assembla à Aucliy-le-Château sous le maréchal de Saint- André, « pour parachever le dégât et la ruine totale du bailliage d'Hesdin, de la comté de Ponthieu et du reste du pays d'Artois * . »

Pendant que « la Gaule Belgique endurait toutes les misèr(is et calamités que les dissensions des grands princes apportent au pauvre peuple», le maréchal de Brissac acquérait une gloire immortelle en maintenant une discipline admirable dans l'armée du Piémont, devenue, au dire de Montluc, la plus belle école de l'Europe. Il imposa au général ennemi, Ferdinand deGonzague, une capitulation de bonne guerre"^, qui rom-

tlancs et se disposa comme pour l'assaut d'une ville. Une partie de rartilleric était sur des cavaliers en terre qui tiraient contre une colline placée de notre côté. » {Idem.)

*■ Rabutin.

- Cartel d'échange des prisonniers de guerre du 16 août 1553.

* Tous mestres de camp généraux d'infanterie, cavalerie et artillerie,

pait avec les traditions habituelles de meurtre, de pillage et d'incendie, en sauvegardant les villes et les villages. Cette nouvelle trêve de Dieu assura aux Français des ressources nouvelles et valut au maréchal des succès inespérés.

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