‹ Les batailles d'autrefoisChapitre 10 sur 203 · LA GUERRE DE CENT ANS; TACTIQUE DES ANGLAIS · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE CENT ANS; TACTIQUE DES ANGLAIS

Les Normands avaient vaincu à Hastings (10(i6), en rusant avec les Saxons.

Après plusieurs attaques infructueuses contre la position d'Harold, ils avaient fait semblant de fuir. Le stratagème, tout vieux qu'il fût, avait réussi : les Saxons, s'élançant en désordre à leur poursuite, étaient venus prêter le flanc à la réserve intacte de Guillaume le Bâtard.

C'est ainsi que l'Angleterre fut conquise.

Ces traditions tactiques se conservèrent chez les Anglo-Normands. Dans leurs invasions périodiques sur notre sol, ils adoptèrent une méthode uniforme, qui faillit leur faire gagner le royaume de France.

« Ils choisissaient une bonne position, appuyaient leurs flancs et attendaient l'attaque de la cavalerie ennemie. Quand celle-ci avait été mise en désordre par le tir des archers bien postés, les hommes d'armes cliaj^geaient en haie, sous la protection des terribles archers, répandus sur leurs flancs '. »

• Viollol-lo-Duc.

TRANSFORMATIONS SUCCESSIVES DE LA TACTIQUIv 23

La cavalerie française, formée en colonnes massives, essayait en vain de trouer le centre ennemi. Ébranlée par les traits des archers, elle venait se briser contre la muraille de fer et les longues lances des chevaliers anglais, qui avaient mis pied à terre et s'étaient formés en phalange.

Le prince Noir avait donc pris connaissance de la tactique des Grecs.

On crut alors, en France, que combattre à pied était le seul moyen de vaincre.

A Poitiers (1356), le roi Jean donna l'exemple, et ses chevaliers l'imitèrent; mais, moins heureux que leurs ancêtres, les leudes de Charles Martel, ils ne surent pas s'ébranler sans se rompre, et présenter aux lances ennemies « ce rempart de glace » qui avait fait reculer l'invasion arabe.

Emprisonnés dans leurs lourdes armures, ils marchèrent en désordre, sur une rampe glissante et détrempée. Les Anglais montèrent à cheval, chargèrent et firent un grand carnage.

Du Guesclin comprit que la guerre était une science plutôt qu'un jeu de hasard ou qu'un brillant tournoi à armes discourtoises.

A son tour, il employa la ruse, et il n'attaqua qu'à bon escient, quand il était le plus fort.

Dès ses premières campagnes (J3G4), il déconcerta

les capitaines anglais par la rapidité de ses manœuvres et surtout par l'emploi qu'il sut faire de l'infanterie. Bien conduites, les grandes compagnies de pillards et de routiers battirent les archers anglais.

Après du Guesclin, l'indiscipline et le désordre reparurent dans les bandes françaises, et causèrent de nouveaux désastres.

Il fallait un miracle pour que le petit roi de Bourges conservât sa couronne.

Dieu fit ce miracle.

Jeanne Darc rendit la confiance aux vieux capitaines {['écorcheurs; elle ranima l'énergie des bourgeois des bonnes villes, et son oriflamme, comme la bannière de saint Denis à Bouvines, groupa autour du « gentil Dauphin » les chevaliers découragés, les paysans ruinés et misérables.

Tous coururent sus à l'Anglais, cause de tant d'infortunes, et, grâce aux bombardes des frères Bureau, le sol de la France fut reconquis peu à peu sur l'envahisseur (Victoires de Formigny et de Castillon, 1450-53).

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