‹ Les batailles d'autrefoisChapitre 111 sur 203 · ÉTUDE COMPARATIVE DES DEUX ARMÉES · texte numérisé non relu

ÉTUDE COMPARATIVE DES DEUX ARMÉES

res de fer'. Le tout forme une charge de 70 à 80 livres "-

L'armée française est mal pourvue d'engins et de machines; elle n'a pas d'équipage de pont; ses vivres ne sont pas assurés. Philippe VI et sa noblesse croient que le courage supplée à la prévoj^ance et que l'élan chevaleresque franchit tous les obstacles.

Dans l'armée anglaise ', les chevaliers, pleins de confiance dans leur roi et dans les maréchaux qu'il a choisis, exécutent les ordres, quels qu'ils soient, avec le calme et le sang-froid de leur race. Au lieu de mépriser les gens de pied, ils ont pour eux les égards que méritent des compagnons d'armes vifs, alertes, adroits surtout. Dans les combats défensifs, ils ne dédaignent pas de mettre pied à terre et de raccourcir le bois de leurs lances, pour former, sur les flancs ou en arrière des archers, d'épaisses phalanges bardées de fer, qu'aucune charge ne peut entamer.

\J archer anglais jouera le rôle principal dans toutes les batailles de la guerre de Cent ans.

Légèrement équipé, il a la tête couverte par une cervelière de fer, ii porte une cotte de mailles à manches

» Fig. 82, p. 230.

2 VioUet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier. Tome v, p. 2G.

5 « La composition de cette armée, presque toute formée d'infanterie légère et de gens de trait, devait avoir une influence décisive sur le sort de la guerre ; mais rien n'indique, comme le dit M. Michelet, qu'il y ait eu calcul <à cet égard de la part d'Edouard III, ni que ce prince ait eu la moindre idée de faire une révolution dans l'art militaire. 11 avait en-

LiNYASION ANGLAISE.

courtes, par-dessous un corselet de cuir avec manches d'étoffe rembourrées aux épaules; ses chausses sont de peau ou de gros drap. Le carquois est passé à sa ceinture, ou bien il pend en verrou derrière son épaule gauche. Quelquefois l'archer tient une vouge dans la main droite.

Quand il veut obtenir un tir rapide, il place les flèches sous son pied gauche, de manière à les saisir de la main droite sans détourner les yeux du but. Alors il lance douze flèches pendant que l'arbalétrier tire un carreau.

La portée mojenne du grand arc anglais (Fig. lIOj est de 200 mètres environ ; à cette distance, tout bon archer d'outre-Manche se fait un point d'honneur de ne jamais manquer un homme.

Lorsque l'archer anglais ou l'arbalétrier gascon a pris sa place de combat, il enfonce en terre, devant lui, les pieux qu'il porte comme le légionnaire romain et il y appuie son pavois (Fig. 82, page 230).

« Ce pavois a 1"\00 de hauteur, (quelquefois plus), sur 0", 40 àO^jGO. Il est profondément nervé suivant son axe longitudinal, afln de présenter plus de résistance aux chocs, et de

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rôle force archers et coutillicrs, parce qu'ils lui coûtaient moins cher que des hommes d'armes, et parce que la noblesse anglaise était trop difficile à retenir longtemps sous les drapeaux. • (Henri Martin, Histoire de France. Tome v, page 81).

KTUUH COMPARATlVi: DES DEUX AiniÉES.

YioUeL-le-Duc.

Fig 110.

laisser un espace libre, pour passer le bras au besoin ou pour fixer le pavois sur le sol au moyen d'un pieu '. »

De cette façon, un front de bataille, offensif ou défensif, présente un rempart instantané, hérissé de fauchards, de vouges ou de bâtons aigus, et dont on ne peut s'approcher, à moins de 200 mètres, sans recevoir une volée de flèches ou de carreaux.

Le plus souvent l'armée anglaise se range en bataille derrière son charroi, et les machines de jet tirent par dessus cet obstacle, insurmontable pour la cavalerie. Le butin sagement réparti pourvoit à tous les besoins de l'armée et permet de ménager le convoi venu d'Angleterre.

« De petits bateaux de cuir et de bois, des cordes et autres habillements tout propices à faire ponts, sont chargés sur chariots. »

Froissard raconte qu'au passage de l'Oise « les Anglais boutèrent un batil en l'eau, et trois ou quatre passèrent la rivière bien doutablement [prudemment], lesquels attachèrent une forte corde, d'un borda l'autre, à tout petits poinçons {tonneaux), qu'ils avaient liés par le milieu. »

En résumé, dans leurs fructueux «t^oya^es de France^, Edouard III, ni le Prince Noir n'apporteront aucune innovation tactique ; mais à la fougue tumultueuse de

» Viollet-le-Duc, Mobilier. Volume vr, page 216.

MARCHE EN RETRAITE DES ANGLAIS. 3lo

la chevalerie française, qui se donnera pleine carrière jusqu'à du Guesclin, ils sauront opposer la prévoyance pour les approvisionnements, l'ordre et la discipline dans les marches, le choix des positions de combat, le tir ajusté, et sxrciowi une combinaison judicieuse de linfanicrie légère avec la chevalerie anglaise, qui sait combattre à pied aussi bien qu à cheval

Ce sont là des leçons d'art militaire, dont les Français profiteront à la longue, et qui leur permettront de chasser l'étranger, lorsque Jeanne Darc aura réveillé leur patriotisme, au bruit du canon d'Orléans.

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