LA VEILLE DE CRÉCY
c Anglais. Sachez qu'ils sont mis et arrêtés en trois ce batailles, bien et faiticement', et ne font nul semc blant qu'ils doivent fuir, mais vous attendent, à ce « qu'ils montrent. Je conseille, sauf meilleur avis, que « vous ordonniez à toutes vos gens de s'arrêter ici c sur les champs et de s'y loger pour cette journée ; <c car, avant que les derniers puissent vous rejoindre « et que vos batailles soient ordonnées, il sera tard, « vos gens, lassés et harassés par la marche, seront « en désordre, tandis que vous trouverez vos ennemis c frais et nouveaux et tout pourvus de savoir quelle « chose ils doivent faire. Le lendemain matin, vous « pourrez ordonner vos batailles plus mûrement et c< mieux aviser, par ]3lus grand loisir, à la meilleure c manière de combattre vos ennemis; car vous pou- <c vez être sûr qu'ils vous attendront. »
« Ce conseil plut grandement au roi de France ; il commanda qu'on fit ce que le chevalier demandait.
« Les deux maréchaux chevauchèrent aussitôt, l'un devant, l'autre derrière, en disant et commandant aux bannerets :
« Arrêtez bannières % de par le roi, au nom de Dieu
et de monseigneur Saint-Denis ! »
<'- Ceux qui étaient les premiers, s'arrêtèrent à cette
' Habilement.
- Les nobles qui devaient au roi le service niililairc se divisaient en
ordonnance, mais les derniers chevauchèrent toujours avant, en déclarant qu'ils ne s'arrêteraient point jusqu'à ce qu'ils fussent aussi avant que les premiers étaient; les premiers en les voyant s'approcher, chevauchèrent encore plus avant.
« Ni le roi ni ses maréchaux ne purent être maîtres de leurs gens, car ils étaient si nombreux et il y avait tant de grands seigneurs, que chacun voulait là montrer sa puissance.
« Ainsi ce fut l'orgueil et la vanité qui conduisirent les choses, car chacun voulait surpasser son compagnon, et ne put être crue ni ouïe la parole du vaillant chevalier : ce qui coûta bien cher.
vassaux de la couronne et en vassaux domaniaux. Ces vassaux étaient chevaliers à bannière ou chevaliers à pennon. Celte distinction remonte à 960, époque des sous-inféodations.
« Tout homme libre, dit le général Susane, qui possède une masure au soleil, est vassal d'un voisin plus puissant que lui. Il se donne, pour sa propre défense et pour le service de son suzerain, une lance ou une masse d'armes, une cotte de mailles et un cheval et le voilà chevalier. Si la fortune l'a fait assez riche, assez intlucnt pour qu'il ait à sa dévotion quelques compagnons, milites minores, (seigneurs menors, p. 272. — 7" vers), il est chevalier à pennon. Si son autorité s'étend à la fois sur de simples chevaliers et sur des chevaliers à pennon, il est chevalier à bannière ou banneret, et il ne reconnaît plus au-dessus de lui que le roi et les grands feudataires de la couronne. <■
Au XIIP siècle, pour lever bannière en bataille, il faut amener au moins 50 hommes d'armes, « avec tous les hommes, les archers et les arbalétriers qui y appartiennent. Le chevalier qui en dispose doit, à la première bataille oii il se trouvera, apporter un pennon de ses armes (c'est-à-dire un triangle d'étoffe de soie brodé à ses armoiries) et venir au connétable, ou aux maréchaux, ou à celui qui sera lieutenant de