RECONNAISSANCK DE LA POSITION ANGLAISE
Ribemont, Jean de Landas, Guichard de Beaujeu et Guichard d'Angles, et leur dit :
« Chevauchez avant, au plus près du convenant des « Anglais, avisez et regardez justement leur arroy, <i comment ils sont, et par quelle manière nous les <- pourrons combattre, soit à pied soit à cheval. »
« Adoncques, se partirent les quatre chevaliers, et chevauchèrent avant et si près des Anglais, qu'ils conçurent et imaginèrent une partie de leur convenant.
« Ils en rapportèrent la vérité au roi, qui les attendait sur les champs, monté sur un grand blanc coursier, en regardant, de temps à autre, ses gens et en louant Dieu de ce qu'il en avait si grand foison :
c< Entre vous, disait-il aux nobles chevaliers qui « l'entouraient, quand vous êtes à Paris, à Chartres, à « Rouen ou à Orléans, vous menacez les Anglais et « vous souhaitez d'être devant eux, le bacinet en la « tête. Or vous y êtes, je vous les montre; c'est le moc< ment de leur témoigner votre mécontentement, de « vous venger des ennuis et des dépits qu'ils vous « ont faits, car nous allons les combattre. »
Tous répondirent :
c Dieu y ait part! Nous y ferons de notre mieux. »
Les quatre chevaliers, envoyés en reconnaissance,
revenaient au même moment.
334 l^' PUINGE NOIR.
— « Seigneurs, quelles nouvelles? leur demanda le roi Jean.
— « Bonnes, Sire, répondit Eustache de Ribemont, « et vous aurez, s'il plaît à Dieu, une bonne journée « sur vos ennemis. Nous les avons vus et considérés. « Ils peuvent être estimés à 2.000 hommes d'armes, « 4.000 archers et 1.500 brigants. Ils sont en très-fort « lieu; nous n'avons vu et reconnu que leur première <.c bataille, mais ils ne l'ont que trop bellement et trop « sagement ordonnée. Ils ont pris le long d'un che- « min, fortifié malement de haies et de buissons, et ils « ont vêtu cette haie, des deux côtés, de leurs archers, « tellement qu'on ne peut entrer ni chevaucher en leur « chemin, sans passer parmi ceux-ci, et c'est la seule 'c voie à suivre si on veut les combattre. La haie n'a « qu'une seule entrée et issue, de la largeur du che- « min, où quatre hommes d'armes pourraient à peine Ci chevaucher de front.
« Aux environs de cette haie, entre vignes et espion nettes, où l'on ne peut aller ni chevaucher, sont « leurs gens d'armes, tous à pied. Devant ces gens c< d'armes sont les archers, en manière d'une herse. Ce c sont là, ce nous semble, trop sages dispositions, car « on ne pourra passer et entrer, par fait d'armes, jusce qu'à eux, fors que parmi ces archers, qui ne seront « pas légers à déconflre.
— « Mais alors, messire Eustache, dit le roi Jean, ce comment y conseillez-vous à aller ?
— « Sire, tous à pied, excepté 300 armures de fer
DISPOMTIONS D'ATTAC(;E. 3u5
« des vôtres, les plus apperts, hardis, durs, forts et
« entreprenants de votre ost, bien montés sur fleur de
« coursiers, pour dérompre et ouvrir ces archers. Puis
« vos batailles de gens d'armes suivront, tous à pied,
« pour venir sur les gens d'armes Anglais, main à
« main, et les combattre de grande volonté!
« C'est tout le conseil que, de mon avis, je peux
« donner et imaginer. Qui mieux y sait, si le die ! »