‹ Les batailles d'autrefoisChapitre 151 sur 203 · LE CONNÉTABLE OLIVIER DE CLISSOX · texte numérisé non relu

LE CONNÉTABLE OLIVIER DE CLISSOX

« Le roi ouït sa messe, et aussi firent plusieurs seigneurs; tous se mirent en prières et en dévotions envers Dieu, pour qu'il leur fit gagner honneur eu cette journée.

c< Il y avait une brume si épaisse, qu'à peine voyaiton à un arpent de distance. »

Clisson profita de cette brume pour reconnaître la position et l'ordonnance des Flamands, en compagnie de l'amiral de France et de Guillaume de Poitiers.

Ces trois vaillants chevaliers «et usés d'armes » chevauchèrent les plaines sans escorte, et rencontrèrent l'ennemi en marche.

En effet, à huit heures du matin, « les Flamands, n'ayant pas de nouvelles des Français et se voyant ensemble en une si grosse bataille, avaient quitté, par orgueil et outrecuidance, le fort lieu où ils avaient bivouaqué, pourrequerre et combattre l'armée royale.»

Les trois chevaliers les découvrirent au moment même où ils tournaient le petit bois pour se déployer dans la plaine. Ils côtoyèrent leurs flancs à droite et à gauche, et ils avisèrent le long et l'épais de leurs batailles, qui se rassemblèrent à moins d'un trait d'arc près d'eux.

— « Sire, dit Clisson, revenu auprès de Charles VI, réjouissez-vous, ces gens sont nôtres; nos gros varlets en auraient raison ! s>

Et, pour entourer plus facilement cette masse épaisse et peu mobile, il établit l'avant-garde et l'arrière-garde à droite et à gauche de la bataille du roi, et sur son prolongement, de manière à former une longue ligne (C. A. E.), dont les ailes devaient, au premier signal, converser sur le centre, pour assaillir les flancs de la phalange ennemie (F). (Fig. 120.)

Bataille de Roosebecke (29 novembre -1382).

A dix heures, Pierre de Villiers déploya solennellement l'oriflamme devant le roi.

Alors, une coïncidence heureuse fit croire à un prodige accompli par la pieuse enseigne de Saint-Denis : le brouillard se dissipa, et les Français, pleins de confiance et d'enthousiasme, virent venir à eux les Flamands « enlacés bras à bras, chacun portant son èâlon tout droit devant lui. »

Quand ils vinrent à joindre la bataille du roi, Arteveld fit tirer ses arbalétriers et tonner ses bombardes et canons '.

' Juvénal des Ursins raconte que le front des Gantois était protégé par des ribeaudaux.

« Ces ribeaudeaux, dit-il, sont broueltcs hautes, bardées de fer, à longs picots de fer devant, qu'ils ont coutume de mener et brouetter avec eux. Ils les arroulèrent devant leur balaille et là dedans s'enclorent. •

C'était dans les créneaux de ces remparts mobiles que les bombardes étaient mises en batterie.

BATAlLLb: D1-: KOOSEIiF-CKK (29 novembre 138'i). -117

Les gros carreaux portaient juste ; beaucou^D de chevaliers tombèrent.

Alors les Flamands, « qui descendaient orgueilleusement et de grand'volonté les rampes de la montagne d'Or, se boutèrent de l'épaule et de la poitrine, comme sangliers forcenés à travers les hommes d'armes. Ils étaient si fort entrelacés ensemble qu'on ne les pouvait ouvrir ni dérompre.

Le centre français recula*.

Mais les deux ailes firent le mouvement de conversion ordonné par le connétable : chevaliers ou écuyers de l'avant-garde et de l'arrière-garde commencèrent à pousser de leurs longues lances, à fers de Bordeaux, longs et durs, pour crever les cottes de mailles et pénétrer dans les chairs.

Les Flamands, enlacés entre eux, ne pouvaient dégager leurs bras ni se servir de leurs épées.

Les blessés voulurent fuir, mais ce mouvement de recul augmenta la presse ; les deux flancs, poussés sur le centre, arrêtèrent et renversèrent ceux qui voulaient aller plus avant. La phalange entière, broyée par ses propres convulsions, ne fut plus bientôt qu'un immense monceau de gens qui s'étaient écrasés mutuellement*.

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