PROGRÈS DE L'ARMEMENT
La civilisation reculait, la science militaire n'existait plus ; il n'y avait de progrès en France que pour l'armement des gens de guerre.
* Charles VI l'insensé, Charles VI l'impuissant, a rayé d'un Irait de plume la féodalité militaire et tracé le programme qu'ont exécuté avec une patiente ténacité, avec une inflexibilité qu'appuyait au besoin la hache du bourreau, son fils et son pelit-lils, Charles VII et Louis XI. (Auguste Vitu.)
CHAULES VI.
En effet, avoir une armure bien trempée, c'était pouvoir piller et rançonner impunément les gens désarmés ; manier une bonne arbalète, c'était assurer le succès de l'embuscade et du guet-apens.
Au commencement du XV siècle, le fer battu est dé-
Viollet-le-Duc.
Fig. 121.
flnitivement adopté dans la fabrication des armures.
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« Un manuscrit de 1404 à 1407 nous montre les hommes d'armes entièrement couverts de cottes de fer, composées comme les tassettes, au moyen de lames à recouvrements, maintenues solidaires par des rivets latéraux. Ils portent encore la gorgerette de mailles attachée au bacinet'. ^>
L'arbalète s'est alourdie, mais elle est devenue une arme de précision.
Pendant la première moitié du XV" siècle, ï arbalète à tour ou à moulle sera surtout employée à la défense ou à l'attaque des places,
La longueur totale de cette arme est de O'",9o. L'arc d'acier a 0"',73 d'envergure ; sa largeur au milieu est de 0"',0I), son épaisseur de 0"',015.
Cet arc est solidairement maintenu au sommet de l'arbrier par deux bielles de fer.
La corde de chanvre est amenée jusqu'à l'encoche de la noix (faite de corne de cerf avec pivot et broche d'acier, pour recevoir l'extrémité de la gâchette) par un mécanisme qu'on appelle le tour ou la moufle.
C'est une boite de fer, fixée à la queue de l'arbrier, et munie latéralement de deux poulies, autour desquelles les cordes de tension sont enroulées.
' Yiollct-le-Duc. Mobilier, lomax, page 189.
1 Les plates composant ces coites devaient ôtre assez souples et élastiques pour s'ouvrir et permettre de passer le bras, car elles étaient fixées par derrière au moyen de fortes boucles et courroies, comme certaines brigantincs.
« (let habillement de guerre n'avait pas la résistance des corselets el des tasscltes, mais il coûtait moins cher, il était plus léger et il laissait plus de libei'li'' aux mouvemenls du corps » {Idem.)
Deux bielles maintiennent un petit treuil, qu'on fait tourner à l'aide de manivelles contrariées. Les cordes de tension sont reliées au tour, par un méca-
Fig. 122.
nisme mobile, composé de chaque côté de l'arbrier de deux poulies, retenues par des brides de fer et terminées par un double crochet avec entretoise.
En tournant les manivelles, on amène sans secousse la corde de l'arc dans l'encoche de la noix.
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L'arbalète une fois armée, l'arbalétrier retirait la moufle, qu'il posait à terre ou qu'il suspendait à sa ceinture, puis il visait, en passant l'extrémité de l'arbrier sous l'aisselle droite, et en tenant le renfort de la main gauche.
VioUet-le-Dac.
Fis. 123.
C'était long, difficile, et l'on comprend bien comment les archers l'emportaient le plus souvent, pour la vitesse et même pour la précision du tir, sur les arbalétriers.
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L'INVASION ANGLAISE DE iilS i,
" « Après Pâques, le roi d'Angleterre, Henri V de Lancastre, fît une très-grande et noble assemblée, tant de grands princes et seigneurs que de bonnes gens d'armes et d'archers, pour venir en France.
« Il amena avec lui deux de ses frères, le bâtard do Portugal, plusieurs princes d'Angleterre ou d'autres pays, et aussi une très-grande partie de la marine (flotte) de Hollande ou de Zélande^
« Cette flotte ancra longtemps sur la mer devant le port d'Harfleur en Normandie, pendant que l'armée du roi Henri l'assiégeait par terre. »
S'il faut en croire un témoignage contemporain, les
1 Le tome m des Archives historiques et littéraires du nord de la France et du midi de la Belgique {NAlcncicnnc^, 1834) contient un récit inédit de la bataille d'Azincourt.
Ce document, que nous reproduisons presque en entier, complète le texte d'Enguerrand de Monstrelet, qui, après un mûr examen, nous a paru être le chroniqueur le mieux renseigné au point de vue militaire.
Nous indiquons par un astérisque ' les fragments du document de Valenciennes.
2 Henri V s'était embarqué, le '13 août, à Soulhampton « avec 6.000 lances et 24.000 archers, sans les canonniers et autres usant de frondes et engin?, dont il avait grande abondance. »
La flotte aborda, le 14 août « à un havre, entre Hariïcur et Ilonfleur. où l'eau de Seine chct en la mer. • Les Anglais débarquèrent sur la plage où François reconstruisit, cent ans plus tard, le Ilavre-de-Gràce. Ils investirent aussitôt Harfleur par terre et par mer, et ils employèrent • dos machines lançant des pierres grosses comme des meules de moulin, (jui renversaient les remparts et effondraient les maisons. •
PU1SI-: D'UAHFLl!:UR. 450
archers de Henry débarquaient en assez piteux équipage.
« C'étaient gens jeunes et forts do plusieurs pays, marchant nu-pieds, sans chausses, à peine vêtus de méchants pourpoints de vieux coutil, avec une pauvre coiffette de fer sur la tête, un arc et une trousse de sagettes à la main, une épée tranchante au côté'. »
A ces archers, qui seuls avaient des armes, était mêlée « très-grand quantité d'autre menu fretin de toute origine. »