PRISE D'HARFLEUR
On disposa devant Harfleur grande abondance de canons, de frondes et d'engins. Pour servir cette artillerie , le roi d'Angleterre avait exercé son droit de presse non-seulement sur les matelots, mais encore sur tous les fabricants d'arcs, les charpentiers, les serruriers et les maçons, que ses recruteurs avaient pu saisir et enrôler pour une année.
Les Armagnacs étaient au pouvoir ; c'étaient eux qui dirigaient le conseil de Charles VI.
Ce conseil investit messire Charles d'Albret, connétable de France, « de semblable puissance comme le roi, pour ordonner ei disposer toutes choses à sa pleine
' Fig. no, p. 313.
volonté. » Il donna au maréchal Boucicaut ' le gouvernement de la Normandie et celui de la Picardie à l'amiral Clignet de Brabant.
* « Charles d'Albret, connétable de France, et de bonnes gens d'armes avec lui, vinrent bien près de l'armée des Anglais, mais le connétable allait trop souvent boire et manger en l'ost du roi ; ce dont plusieurs seigneurs de France ne se tenaient pas pour contents.
« Tant fut le roi anglais devant la ville d'Harfleur que les gens de cette ville se rendirent, sauves leurs vies.
« On disait communément que l'amiral Clignet de Brabant et le connétable de France avaient vendu Harfleur aux Anglais. »
Henry V y entra le 21 septembre ; il en fit sortir les femmes, les enfants et les prêtres, après leur avoir donné à chacun dix sols parisis. Il fît crier à la trompette qu'on épargnât les habitants sous peine de la corde.
* « Un peu plus tard, il fit conduire en Angleterre la plus grande partie des bourgeois d'Harfleur. »
De tout temps, en France, on a cherché dans la trahison l'excuse de la défaite. Charles d'Albret n'était
1 Maréchal de France depuis d391. Nous l'avons vu faire brillamment ses premières armes avec du Guesclin (page 387j.
DHAUFLLUK A CALAIS. 461
pas un traître, mais un incapable. Au lieu d'armer les bourgeois et les paysans normands, qui demandaient à courir sus aux Anglais, il attendit nonchalamment à Rouen que la noblesse féodale eût répondu à son maiidement de guerre.
On avait publié à son de trompette, par tout lo royaume, « que tous, nobles, hommes, accoutumés de porter les armes, voulant avoir honneur, allassent nuit et jour devers le connétable, où qu'il fût. »
Mais les Anglais arrivèrent aux bords de la Somme avant que la cohue féodale se fût rassemblée en Picardie.