D'HARFLEUR A CALAIS
*« Après la Saint-Rémy {V^ octobre 141S), le roi Henry avait quitté Harfleur, qu'il laissait bien garnie de bonnes gens d'armes et d'archers, et il avait pris son chemin vers Abbeville, pour y passer la rivière de Somme.
« Les navires hollandais et zélandais étant retournés dans leurs pays, et les navires anglais ayant été effondrés, en totalité ou en partie, par une grande tempête, l'armée anglaise ne pouvait revenir en Angleterre que par Calais.
« Mais tous les gués et passages de la Somme étaient barrés' ; les Anglais durent s'en aller par l'Amiénois et le Beauvaisis, en remontant la rivière.
* Consullor la figuro 111, page 317.
« Les Français les suivirent et les côtoyèrent, sur la rive droite, sans rien entreprendre contre eux, mais en pillant et dévastant villes, monastères et abbayes. »
Les Anglais, en revanche, observaient une discipline sévère: le pillage, le viol, la désertion, la désobéissance aux chefs étaient punis de mort et de dégradation. Henri V ne demandait aux petites villes et aux bourgades que du pain et du vin.
Il comptait franchir, comme Edouard III en 134G, la Somme au gué de Blanche-Tache, mais il crut sur parole un prisonnier qui lui affirma que ce gué était gardé par 6.000 combattants, et il remonta la rivière pour trouver quelqu'autre passage.
Le connétable était à Péronne avec 14.000 lances.
Cette fois encore comme avant Crécy, l'armée anglaise, acculée à la Somme et à ses places fortes par une armée très-supérieure en nombre, fut sauvée par un traître.
Un paysan, payé, dit-on, par le duc de Bourgogne, qui ne voulait pas que les Armagnacs gagnassent une grande victoire, indiqua aux Anglais, parmi les marais de la Somme, le gué de Béthencourt à une lieue de Ham.
Le 19 octobre, les Anglais jetèrent dans l'eau les échelles, les portes et les fenêtres du village pour passer plus facilement.
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Le connétable, immobile dans son camp de Péronne, n'apprit le passage que lorsque les Anglais étaient déjà retranchés sur les hauteurs d'Athies, sur la rive gauche de la Somme'.
Il délogea aussitôt de Péronne, pour aller prendre position dans le comté de Saint-Pol et leur barrer la route de Calais.
Son armée, « en dehors de 14.000 lances nobles, n'était, d'après le Religieux de Sainl-Denis, qu'un ramassis de bandits. »
Paris avait offert 6.000 volontaires des compagnies bourgeoises, parfaitement équipés ; mais les ducs de Bourbon et d'Alençon* avaient dédaigneusement refusé ce renfort « de boutiquiers. »
* « Cependant, le comte de Nevers vint, à très-belle compagnie, pour combattre les Anglais, qui s'étaient arrêtés à Maisoncelle, vers Blangy-en-Ternois, en grande disette de boire et de manger, et très-forts fa-
1 ■ • Tant chomincreiit les Anglais qu'ils se trouvèrent à haulcur de Péronne. Ils passèrent la Somme près de la ville de Doingt, bien paisiblement; et pourtant, si on eût voulu les combattre au passage, il n'en eût pas échappé un seul.
« Mais le connétable se tenait dans les bonnes villes, et, au nom du roi de France, il faisait défendre à ses gens de combattre. »
'■i Jean 111, duc d'Alençon, descendait en ligne directe de Charles de Valois, fils de Philippe III le Hardi et frère do Philippe le Bel, Le comté d'Alençon avait été érigé en duché-pairie le i" janvier 1415.
ligués de chevaucher ou d'aller à pied , car il faisait très-laid temps de pluie et de vent. »
« Le connétable et plusieurs princes de France les devancèrent, et s'établirent à Azincourt pour les arrêter dans leur marche.
« La noble chevalerie ou gentillesse qui était avec eux était apprêtée à combattre les Anglais, le jeudi, 14 octobre, dans l'après-dîner, mais les courtisans ne le voulurent pas souffrir.
« Il dirent qu'il était trop tard, et qu'il valait mieux attendre jusqu'au lendemain.
«Dans la nuit de ce jeudi, les hérauts d'Angleterre vinrent en l'ost de France demander à faire, le lendemain, jour de saint Crépin et saint Crépinien, un parlement avec les seigneurs de France ; ce qui leur fut accordé.
« Toute cette nuit, il ne fit que pleuvoir.
« Le lendemain, le parlement dura peu. Les Anglais offraient de rendre Harfleur et toutes leurs forteresses, à l'exception de Calais et de 100.000 couronnes, pourvu qu'on les laissât s'en aller sauvément à Calais.
« Le connétable ne voulut rien accorder.
« Alors, les parlementaires se retirèrent en leur ost, et les Anglais se mirent en ordonnance pour combattre. Ils étaient logés sur jachères et en dure terre ; les Français, au contraire, étaient sur les blés , entre un bois et une palissade. Ceux de leur avant-garde étaient fort
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en détresse, car ils enfonçaient profondément leurs pieds dans la terre détrempée par la pluie.