‹ Les batailles d'autrefoisChapitre 160 sur 203 · JEHANNK LA PL'CELLE · texte numérisé non relu

JEHANNK LA PL'CELLE

du royaume', se préparait à affronter les vengeances du terrible Suffolk.

Les gens de guerre avaient déclaré qu'il était impossible de secourir la noble cité, et la cour se résignait étourdiment à la perdre, lorsqu'une humble paysanne lorraine, Jelianne la Pucelle, vint dire à Charles VII :

— « Gentil dauphin, si vous me baillez gens do <c guerre je lèverai le siège d'Orléans et je vous mè- « nerai sacrer à Reims, car tel est le bon plaisir de « Dieu, que ses ennemis les Anglais s'en aillent en <c leur pays et que le royaume vous demeure ! »

Le 29 avril 1429, Jeanne Darc entrait dans Orléans avec un convoi de vivres et une faible escorte, aux acclamations de la foule, qui saluait en elle ïa?i(/e de la 'patrie.

L'armée anglaise, réduite à 4 ou 5.000 hommes, était dispersée dans une douzaine de bastilles, mal reliées et mal gardées.

• « Ce que les grands ne faisaient pas les petits le tirent.

" L'humiliation de la France et de son roi commençait à peser sur le cœur du peuple. Au contact de l'étranger, le sentiment de la nationalité s'éveilla en lui.

• Autrefois on était citoyen de sa ville, rien de plus; en face de l'étranger, on se sentit Français. Personne un siècle auparavant ne s'était inquiété de Calais assiégé par Edouard III, la France entière s'intéressait au sort d'Orléans. Angers, Tours et Bourges lui avaient envoyé des vivres; Poitiers et la Rochelle de l'argent; le Bourbonnais, l'Auvergne, le Languedoc du salpêtre, du soufre et de l'acier. • (Duruy, Ilisloire de France.)

Les plus nobles gentilshommes, aussi bien que les capitaines les plus rudes*, subirent l'ascendant de la vierge inspirée de Dieu.

« Sur son grand cheval noir, armée à blanc, tète nue, une petite hache à la main, et parlant d'une claire et douce voix de femme, elle se comportait, en fait de guerre, comme si c'eût été un capitaine qui eût guerroyé l'espace de 20 ou 30 ans, et surtout en l'ordonnance de l'artillerie ^ »

Le 2 mai, elle lit en personne la reconnaissance des lignes anglaises.

Le 4, elle alla au-devant d'un convoi et d'un renfort importants amenés de Blois, par le sire de Retz^

i Esticnne de YignoUes dit la Hire, Poton seigneur de Saintraillcs, Jean Lesgot. Pierre d'Augy, Raimond do Villars, Oudet de Rivière, Gulobre de Panassac, Giraut de la Pallière, le sire de Coraze, le sire de Graville, Mathias d'Arcbiac. (D'après un état de solde de 1429 retrouvé aux Archives nationales.)

2 Lettre de Guy de Laval, petit-tils de du Guesclin, à son aïeule.

5 « Le mercredi quatrième jour de mai, partit ladite pucelle pour aller au devant des autres vivres qu'amenait ie sire de Retz, et allèrent avec elle tous les capitaines, monseigneur de Dunois^ la Hire, messire Florent d'IUiers et le baron de Conches, jusques en la forêt d'Orléans.

* Il fallait passer au plus près de la bastille des Anglais, nommée Pai'is. Quand ceulx de la ville les virent venir, ils saillirent au devant pour les recevoir à grant joyc. Eux venus à Orléans, ils prirent leur réfection, et puis ils vinrent en l'ostel de la ville, requérir habillement de guerre, comme coulevrines, arbalestes, échelles et autres habillements, et partirent pour aller à Saint-Loup. En ce même jour fut prise d'assaut cetle bastille de Saint-Loup, oîi eslaient de six à sept vingt (120 à 140) Anglais combattants.

Page 1