JEHANNE LA PUCELLE
Le même jour et les suivants, elle dirigea les sorties. Son étendard à la main, Jeanne ne cessa de donner l'exemi^le pendant les furieux assauts, que Dunois, Saintrailles, Gaucourt, LaHire etBoussac, livrèrent aux Anglais. D'assiégeants dans leurs bastilles, ceux-ci étaient devenus assiégés.
D'après Viollet-le-Duc.
Fig. 126.
« Ce voyant, Talbot et les autres capitaines anglais issirent de leurs bastilles, sous cinq à six étendards, pour faire lever le siège dudit Saint-Loup, jusques près du pavé de Fleury, entre Saint-Loup et leurs bastilles, en belle bataille.
« Alors tout homme issit hors d'Orléans pour aller enclore les Anglais; mais, ce voyant, ceux-ci rentrèrent, à grand haste en leurs bastilles.
« Ils avaient de dix à onze bastilles : les Tournelles, les Augustins, Saint Jehan le Blanc, le champ rfaint-Privé, celle de l'isle Charlcmagne, Saint-Laurent et Londres, le Pressoir brûlé, Paris et Saint-Loup. »
{Chronique du siège d'Orléans, publiée dans l'Annuaire du Loiret de I80O.)
id'6 JEANNE DARC,
Le 6 mai, Jeanne chassait les Anglais de leurs lignes du Sud ; le 8, Suffolk et Talbot évacuaient les bastilles du Nord, en abandonnant munitions, artillerie, bagages, prisonniers et malades I ^
Orléans était délivré.
Jeanne Darc avait rempli, en cinq jours, la première partie de sa mission. Il lui restait encore à faire sacrer le dauphin a Reims, et « à bouter les Anglais hors de toute France », comme elle l'avait annoncé à Bedfort, dans sa sommation du 24 avril 1429.
Mais elle comptait sans l'indolence et les hésitations de Charles VIT, sans le mauvais vouloir et la jalousie des courtisans.
Le 1 0 juin cependant, elle se mit en campagne avec
1 « Le lendemain dimanche, 8 mai, au lever du soleil, toutes les troupes anglaises quittèrent leurs retranchements et se formèrent en deux batailles : à cette vue, peuple et soldats sortirent en foule d'Orléans pour les assaillir. Jeanne (blessée à l'épaule, la veille, à l'assaut des Tournelles) se leva malgré la douleur de sa blessure, passa une légère cotte de mailles et courut arrêter ses gens.
— « Pour l'amour et l'honneur du saint dimanche, leur dit-elle, s'ils veulent partir laissez- les aller et ne les occisez point ! qu'ils se départent; leur partement me suflit. •
< Elle fit dresser un autel et célébrer deux messes sous le ciel en présence des deux armées. Comme la seconde messe finissait, Jeanne, toujours prosternée, demanda :
— ■< Les Anglais ont-ils le visage ou le dos tourné vers les Français ?
— « Ils ont le dos tourné; ils s'en vont !
— « Or, laissez-les partir, et allons rendre grâces à Dieu ! • (Henri Martin, Histoire de France. Tome vi, page 170.)
1.200 lances et les milices enthousiastes des villes de la Loire, pour assiéger Meung-sur-Loire et Jargeau, où les Anglais s'étaient réfugiés.
Le duc d'Alençon, Dunois, le comte de Vendôme, le maréchal de Boussac s'étaient faits volontairement les lieutenants de la Pucelle d'Orléans.
Jargeau fut emporté d'assaut le 14 juin.
Le 15, Jeanne Darc vint mettre le siège devant Beaugency.
Là, elle fut rejointe par le connétable de Richemont qui, en apprenant la merveilleuse délivrance d'Orléans, avait résolu de braver la haine de la Trémoille et la disgrâce du roi, pour servir la France quand même. Il amenait à la Pucelle un renfort de 400 lances et de 800 archers bretons ^
' Voici comment Guillaume Gruel, biographe du connétable, raconte l'entrevue de Jeanne Darc avec Arlus de Richemont.
« Cependant monseigneur chevaucha en belle ordonnance, et tous furent ébahis qu'il fût arrivé. Vers la maladcrie de Bcaugency, la Pucelle arriva vers Uiy, avec monseigneur d'Alençon, monseigneur de Laval, monseigneur de Loliéac, monseigneur Dunois et plusieurs capitaines, qui luy firent grand'chère, et furent bien aises de sa venue. La Pucelle mit pied à terre et le connétable aussi, et vint la Pucelle embrasser mon dit seigneur par les jambes. Et alors il parla à elle, et lui dit ;
— « Jehanne, on m'a dit que vous me vouliez combattre; je ne sais si . vous êtes de par Dieu, ou non. Si vous êtes de par Dieu, je ne vous « crains en rien, car Dieu sait mon bon vouloir. Si vous êtes de par le « diable, je vous crains encore moins ! »
« Lors ils dirigèrent de compagnie droit au siège, et on ne bailla pas au connétable de logis pour cette nuit, mais il eut le guet avec ses gens, car vous savez que les nouveaux venus doivent le guet. •
bOO JEANNE DARC.
Le château de Beaugency capitula dans la nuit du 17 juin.
Environ une heure après le départ de la garnison, vint en l'ost des Français la nouvelle que Talbot, Scales, Jehan Falstolf et plusieurs autres seigneurs et capitaines d'Angleterre, suivis de 4 ou 5.000 hommes, étaient passés par Yenville-en-Beauce, pour venir droit à Meung-sur-Loire, et de là, combattre ceux du siège de Beaugency.
« Aussitôt, furent mis chevaucheurs ^ en chemin, pour savoir de ce la vérité plus à plein.
« En même temps, le duc d'Alençon, le connétable de Richement, le comte de Vendôme et Jehanne la Pucelle faisaient tirer l'ost aux champs, hors de la ville de Beaugency, pour mettre leurs gens en bataille.
« Les chevaucheurs ne tardèrent pas à revenir, rapportant qu'ils avaient rencontré, près du pont de Meung, les Anglais s'en allant droit à Yenville avec la garnison qu'ils avaient au château de Meung *. »
Le connétable et les capitaines, sur les instances de Jeanne Darc, décidèrent qu'on donnerait immédiatement la chasse à l'armée anglaise, « pour la combattre quelque part qu'on la pût trouver. »
1 20 lances fournies sous la conduite de Pierre de la Ramée et do Pierre Dangi. (Denis Godefroy, Histoire de Charles VII. Paris, 1661.)
2 Guillaume Gruel.