LA JEUNESSE DE LOUIS XL
« et qu'il s'était clos de son charroi ; que faire sa re- « traite sur la bataille était impossible, car, s'il se
Fig. 133.
«mettait en chemin, ce semblerait être fuite. Or « cette retraite mettrait en danger toute la compa- « gnie. »
Charles lui envoya un renfort commandé par le Bâtard de Bourgogne, puis il rejoignit l'avant -garde vers sept heures du matin '.
1 « Quand In comte de Charolais aperçut sur le Mont-le-II(^ry, le
HATAILLI-: DI' MONTI.IIKRY (17 iinllel 1 'i-G5i. 355
« Déjà 5 OU 6 enseignes du Roy étaient arrivées au bord d'un grand fossé qui séparait les deux armées.
« Le comte de Cliarolais trouva Saint-Pol à pied ; ses Bourguignons se mettaient à la lile à mesure qu'ils arrivaient. Tous les archers étaient déhoussés, chacun ayant un pal planté devant lui.
« Il y avait plusieurs pipes de vin pour les faire boire.
« Tous les engins à poudre étaient affûtés devant le front des archers '.
roy de France et son ost, il assembla tous ses gens et fit aussi trois batailles :
» La première était menée par le comte de Saint-Pol ; la deuxième, par le prince en personne, et la tierce par Antoine, bâtard de Bourgogne. Il fit joindre ces batailles ensemble, et les fit cnclorre de son charroi par derrière, et ajfaster toits ses engins à youdre devant. Chaque archer avait un jiieuchon pour ficher en terre devant luy, et empocher les chevaux qu'ils n'enfondrassent sur eux, quand le roi et son armée viendraient lem' courre sus et combattre. » {Du Clercq.)
Remarquons que, pour remjjlir le large intervalle qui sépare l'avantgardc bourguignonne (Saint-Pol) du corps de bataille (Charolais), ce sera l'arrière-garde (Bâtard de Bourgogne) qui formera le centre de la ligne de bataille. (Fig. 133, page 5u4.)
1 ■■ Le roi de France et son ost furent, en l'espace de 4 heures ou plus, sans assaillir le comte de Charolais, bien qu'ils fussent à un trait d'arc près l'un de l'autre. Pendant ce tenq^s, le comte de Charolais faisait jeter ses engins sur les gens du roi ; ils en tuèrent plusieurs.
Les gens du roi ne descendirent ni ne firent mine d'assaillir, mais le roi fit aussi jeter ses engins à "poudre, dont il n'avait pas autant que le comte, car tous n'étaient pas encore venus, et quand tous eussent été venus, il n'y en aurait eu que guère, au regard de ceux du comte. » {Du Clercq.)
ooG LA JEUNESSE DE LOUIS XL
« Messire Philippe de Lalain s'était mis à pied avec plusieurs bons chevaliers et écuyers, car entre les Bourguignons c'était un honneur de descendre avec les archers, afin que le peuple en eût plus d'assurance et combattît mieux.
« Ils tenaient cela des Anglais, avec lesquels le duc Philippe le Bon avait fait la guerre en France pendant sa jeunesse.
« Cependant le plus grand nombre des hommes d'armes bourguignons ne tarda pas à remonter à cheval ; cette double opération leur porta grand'perte de temps et dommage.
« Les gens du Roy venaient à la flle, par la foret de Torfou. Ils n'étaient pas 40D hommes quand nous les vîmes ; si on eût marché à eux incontinent, il semble qu'il n'y aurait pas eu de résistance, parce que ceux qui étaient derrière n'y pouvaient venir qu'à la flle. Toutefois toujours croissait leur nombre \
« Pendant qu'autour du comte de Charolais, chacun disait son avis, il s'engagea une forte escarmouche au bout du village de Montlhéry, entre les archers des deux partis.
« Ceux du Roy, conduits par Poncet de Rivière,
I « Durant ce temps, plusieurs des gens du roi commencèrent à tourner autour de l'ost du comte, comme pour l'advironner ou pour lui donner le soleil dans l'œil. » {Du Clercq.)
«ATAILLE DE MONTLHKRY (17 juillet <465). 557
étaient tous archors d'ordonnance orfavérisés et bien en point.
« Les Bourguignons étaient plus nombreux, mais à pied, sans ordre et sans commandement, comme volontiers se commencent les escarmouches ' .
« Ils gagnèrent une maison, prirent deux ou trois huis (portes) et s'en servirent de pavois, puis ils descendirent dans la rue et mirent le feu à une maison. Le vent les servait, poussant la flamme vers les gens du Roy, qui commencèrent à désemparer, à monter à cheval et à fuir.
c< Sur ce bruit et cri, le comte de Charolais se porta en avant.
« Ceux du Roy étaient vers le château de Montlhéry, avec une grande haie et un fossé en avant d'eux. Les champs étaient pleins de blés, de fèves et d'autres grains très-forts, car le territoire y était bon.
« Il avait été convenu dans l'armée bourguignonne qu'on marcherait en trois fois, à cause de la distance qui séparait les deux lignes.
« Tous les archers du comte de Charolais marchaient à pied devant lui et on mauvais ordre. Au lieu de se reposer deux fois en chemin pour donner haleine aux gens de pied, le comte marcha tout d'une boutée.
' C'est le combat en tirailleurs.
558 LA JEUiNESSE DE LOUIS XI
« Dieu montra en cela que les batailles sont en sa main et qu'il dispose de la victoire à son plaisir.
« Les gens du Roy, tous hommes d'armes', passèrent ia haie par deux bouts, et quand ils furent assez près pour mettre les lances en arrêt, les hommes d'armes bourguignons rompirent leurs propres archers et passèrent pardessus, sans leur donner loisir de tirer une seule flèche.
« Or les archers étaient la seule espérance de leur armée, car parmi les hommes d'armes, il n'y en avait pas 50, (à cause de la longue paix qu'avait eue la Bourgogne) qui eussent appris à coucher une lance en arrêt, et il n'y en avait pas 400 armés de cuirasses.
« Dieu voulut que l'aile droite, vers le château où était le comte de Charolais, vainquît sans trouver nulle défense.
« A l'aile gauche, il semblait au comte de Saint- Pol qu'il n'avait pas assez d'hommes d'armes pour
' « Le roi fit partir environ 300 hommes d'armes, la lance sur la cuisse, sans un valet, qui vinrent donner du côté du comte de Charolais. Celui-ci les chargea, leur porta moult grand dommage et poussa presque seul jusqu'au château. Au retour, il fut assailli par plusieurs Français qui lui crièrent de se rendre; mais, courageusement, il soutint l'assaut de ses ennemis. Alors, le fils de son médecin, nommé Robert Cotereau, monté sur un fort cheval, voyant son maître en ce danger, se vint fourrer au milieu de ce débat, l'épée au poing, et il fit éloigner de cette place le Français qui tenait le comte moult de près. Le comte fut ainsi garanti pour cette fois, et prestement il fit chevalier ledit messire Robert Cotereau. {Mémoires d'Olivier de la Marche, de 1435 à 4492.)
BATAILLE DE MûNTLIII^:RY (17 juillet 1405). 5o9
résister aux yens qu'il avait devant lui ; mais on était si rapproché qu'il ne pouvait plus songer à changer son ordre de combat.
« L'avant-garde bourguignonne fut rompue à plate couture et chassée jusqu'au charroi, où se rallièrent quelques gens de pied.
« Le plus grand nombre s'enfuit jusqu'à la forêt qui était à près d'une demi-lieue, poursuivi par les nobles du Dauphiné et de la Savoie et par les gens d'armes des compagnies d'ordonnance.
« De son côté, le comte de Charolais poursuivit presque seul les gens du Roy jusqu'à une demi-lieue au delà de Montlhéry. Personne ne se défendait devant lui, et il croyait déjà tenir la victoire.
« Deux de ses gentilshommes vinrent le chercher et le firent retourner à grand'peine.
« En traversant Montlhéry il trouva une flotte de gens de pied qui fuyaient. Il les chargea, bien qu'il ne lui restât pas 100 chevaux en tout. »
Blessé à la poitrine d'un coup de vouge, à la gorge d'un coup d'épée, Charles faillit être pris, devant la porte du château de Montlhéry, par les archers écossais de la garde du roi et par une quinzaine d'hommes d'armes (Fig. 136, p. oGO).
« Il fut dégagé par les quarante archers qui restaient autour de son enseigne, et par le bâtard de Bourgogne,