‹ Les batailles d'autrefoisChapitre 34 sur 203 · COMBATTRE · texte numérisé non relu

COMBATTRE

fuit à son tour et Timasion le poursuit avec ses quarante cavaliers improvisés.

Les Grecs construisirent à la hâte sur le champ de bataille, avec les dépouilles de l'ennemi, un monument qui consacra leur victoire.

Plialan^îc lacédi'monir^nne. Balaillo de Cunaxa. —Phalange lli(?baine. Bataille de Leucires. — Phalange macédonienne. Passage du Granique, Issus, Arbelles. — Conclusions.

rnALAKGE LACÉDÉMONIENNE.

Il n'y a peut-être qu'une seule bataille livrée par les Grecs, qui nous ait été rapportée par un des combattants.

A ce titre, le récit de la journée de Cunaxa par Xénophon est à retenir tout entier.

Cyrus ', deuxième fils de Darius II, roi des Perses, veut, à la mort de son père, disputer la couronne à son frère aîné, Artaxercès Mnémon.

Il envahit la Perse (iOl avant J.-C.) avec une armée composée d'Asiatiques et de 13.000 auxiliaires grecs.

« La plupart des soldats grecs n'avaient pas été conduits par la misère, ou par l'attrait de la solde, à s'embarquer avec Cyrus. C'était le bruit de sa générosité qui les avait attirés. Les uns entraînaient à leur suite

■• Qu'il ne faut pas confondre avec lo grand Cyrus, fils de Cambyse cl vainqueur de Crésus.

des dissipateurs ruinés, d'autres se dérobaient à la sévérité paternelle, quelques-uns abandonnaient leurs femmes et leurs enfants, avec la pensée de leur revenir avec une fortune » \

Après quelques jours do marche, l'armée des Grecs rencontra l'ennemi.

Bataille de Cunaxa {'tOi avant J.-C.)«

« C'était environ l'heure où Vagora (le marché du camp) est remplie. On approchait du lieu où l'on voulait asseoir le camp, lorsqu'un des écuyers de Cyrus arriva à bride abattue, criant, en langue barbare ou en grec, qu'Artaxercès s'avançait avec une nombreuse armée, pour engager le combat- »

De là, grand tumulte. Les Grecs et tous les autres craignent d'être chargés, avant de s'être formés.

« Cyrus descend de son char, endosse sa cuirasse, monte à cheval, saisit des javelots et ordonne à chacun de s'armer et de prendre son rang.

« On se forme à la hâte. Cléarque commande l'aile droite, qui est appuyée à l'Euphrate; Prcxène le rejoint, suivi des autres stratèges. Méiion est à l'aile gauche.

« Les cavaliers paphlagonicns, au nombre do mille environ, couvrent la droite de Cléarque.

ï Xénophon, idem

BATAILLE DE CUNAXA (401 avant J.-C.)- "î*

e Ariée, lieutenant de Cyrus, est à l'extrême gauche avec le reste des barbares.

« Cyrus se place au centre (C), avec six cents cavaliers d'élite, couverts de grandes cuirasses [H); tous ont le casque en tète, à l'exception de Cyrus. C'est l'usage des princes persans d'affronter, tête nue, les dangers de la guerre.

« Tous les chevaux de la troupe de Cyrus ont la tête et le poitrail bardés de fer. Les cavaliers sont armés d'épées grecques. •»

Cependant on est déjà au milieu du jour, et l'ennemi no s'est pas montré.

« Tout à coup, dans l'après-midi, un nuage de poussière s'élève au-dessus de la plaine. L'airain brille, les piques se dressent, les rangs se dessinent ; c'est Artaxercès, c'est la cavalerie, à cuirasses de fer poli, do son aile gauche.

« Derrière cette cavalerie marchent les troupes légères, puis les oplites égyptiens, avec leurs grands boucliers de bois, qui tombent jusqu'aux pieds.

« Après l'avant-garde, de nombreux cavaliers et des bandes d'archers, rangés par nations, en colonnes pleines.

« Bien loin, en avant, courent des chars, dont les essieux sont armés de faux, dirigées obliquement à droite et à gauche.

« Quelques-unes de ces faux sont placées sous le siège du char et sont inclinées vers la terre, pour tout raser sur leur passage. »

Car. IIiuAux, d'après Jules Devaux i.

Fi;; 10.

Artaxercès dirige le gros de ses forces contre les bataillons grecs.

« Cyrus, qui a harangué les Grecs, pour les prévenir de ne pas s'effrayer des cris des barbares, est trompé dans son attente. Les Perses s'avancent dans le plus profond silence, lentement, tranquillement, d'un pas égal.

« Alors Cyrus passe sur le front de la ligne, avec son interprète et trois ou quatre officiers. Il crie à Cléarque de conduire l'aile droite contre le centre des ennemis, où doit se trouver Artaxercès.

« C'est là qu'est la victoire, lui dit-il; le centre forcé, tout est à nous. »

1 Figure empruntée au Diclîonnaire des armées de terre et de mer, du comte de Chesncl. Paris. Armand Le Chevalier et Roussel jeune, 186b.

Cette encyclopédie mililaire et maritime est un précieux aide-mémoire pour les études mililairos historiques. Les 1700 eaux-fortes qu'elle contient complètent le texte, en égayant la science.

IJATAILLE DE CUNAXA (iOI avanlJ.-C. 73

Mais l'armée des Perses est si nombreuse que son centre dépasse l'aile gaucho de Cyrus, et c'est à l'ailo droite que se tient le roi (A).

Cléarque ne veut pas abandonner le point d'appui que lui donne l'Euphrate. Il n'ose pas s'aventurer si loin dans la plaine ; il a peur d'y être enveloppé. Il resLe immobile, mais il promet à Cyrus de tenir ferme, jusqu'à la fm.

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p. rdcastee '

P. U£.".LE, a après un croquis de E. Ilardij.

Fi?. 17.

Cependant l'armée des Perses s'approche en bon ordre. La phalange grecque n'a pas bougé ; les soldats accourent, les rangs se complètent {P).

Cyrus passe à cheval, examinant les deux armées, tantôt la sienne, tantôt celle de son frère.

« Un cavalier volontaire, Xénophon d'Athènes, lui

7i FASTl'S DE LA PIIALAXGI' GRECQUE.

demande alors s'il a des ordres à porter, Cyrus s'arrête, et dit à Xénophon de publier que les entrailles des victimes présagent un heureux succès. Au moment même, une rumeur parcourt les rangs et vient jusqu'à lui.

« Qu'est-ce? dit-il.

— « C'est le mot d'ordre, répond Xénophon, il passe pour la seconde fois.

— « Le mot d'ordre ! Qui donc l'a donné? Quel est-il'''

— « Jupiter sauveur et Victoire !

— « Eh bien ! soit, je l'accepte ; puisse-t-il être d'un bon présage ! »

Cyrus se porte alors au poste qu'il a choisi.

Il ne reste que trois ou quatre stades (de S50 à 740 mètres) entre les deux armées, lorsque les Grecs enionnentlG pcan et s'ébranlent, pour marcher à l'ennemi.

« Une partie de la phalange s'avance comme une mer houleuse ; le reste prend le pas de course pour conserver l'alignement, et bientôt tous les Grecs courent en avant, en criant : « Héleleu ! » et en frappant leurs boucliers de leurs piques, aûn d'effrayer les chevaux persans.

« Ils no sont pas à portée de trait que la cavalerie barbare tourne bride et s'enfuit. Les Grecs la poursuivent a toutes jambes. On les entend crier entre eux

« Pas de désordre, gardons nos rangs ! »

Les chars persans, abandonnés par leurs conducteurs, passent au galop, les uns à travers l'ennemi, les

BATAILLE DE CU\AXA (401 avant J.-C). 75

autres à travers la ligne dos Grecs. Mais les oplitcs, en les voyant venir, ouvrent leurs rangs.

« Un seul, un étourdi, qui se croit sans doute à l'hippodrome, se laisse heurter par un char; il en est quitte pour la peur.

« Déjà Cyrus se réjouit en voyant les Grecs poursuivre la cavalerie, qui fuit devant eux. Déjà ses commensaux le saluent du titre de roi.

« Cependant il ne se laisse pas entraîner à la poursuite, et, gardant compactes ses six cents cavaliers, il parcourt des yeux les rangs ennemis, pour découvrir son frère.

« Tous les chefs de ses auxiliaires barbares se tiennent, comme lui, au centre de leurs troupes, parce que c'est la place la plus sûre, celle qui est couverte des deux côtés, et que, s'il y a un ordre à donner, il faut moins de temps pour qu'il parvienne.

« Artaxercès était resté au centre de son armée, avec six mille cavaliers {S). Il so trouvait encore bien au delà de la gauche de Cyrus.

« Ne voyant pas d'ennemis devant lui, il avait ordonné à son centre et à son aile droite une grande conversion, pour envelopper l'armée de son frère.

« Dès que Cyrus voit ce mouvement commencer, il craint que ses Grecs soient pris à dos et taillés en pièces, et il se hâte de donner à ses six cents cavaliers l'ordre de charger et de piquer droit sur le roi. »

Tout cède devant cette charge ; les six mille hommes

do la garde d'Artaxercès s'enfuient en désordre ; Cyrus tue leur chef de sa propre main. Malheureusement, ses six cents cavaliers se dispersent pour la poursuite.

« Cyrus, resté seul avec ses commensaux S aperçoit à quelque distance le roi et ses gardes.

— « Enfin, voilà cet homme ! » s'écrie-t-il.

« Il fond sur lui, le frappe à la poitrine et le blesse à travers sa cuirasse ; mais au môme moment il reçoit au-dessus de l'œil un javelot, qui le blesse mortellement. Il tombe, et avec lui, huit de ses principaux officiers. Artapatès, le plus dévoué de ses porte-sceptre, saute à bas de son cheval et couvre Cyrus de son corps. Il est égorgé ; ou bien, comme on l'a dit, il se donne la mort avec son cimeterre à poignée d'or.

« Artapatès portait un collier, des bracelets et d'autres ornements ; chez les Perses, c'est la coutume des grands.

« Des commensaux de Cyrus il ne survécut qu'Ariée, commandant la cavalerie de l'aile gauche. A la nouvelle de la mort de son maître, il quitta le champ de bataille avec ses barbares et se réfugia dans le camp.

« Cette aile gauche poursuivie ne tenta même pas de résister; elle s'enfuit honteusement jusqu'à la précédente étape, à 4 parasanges du camp (28 kilomètres environ). »

1 Nous retrouverons chez les Gaulois, chez les Germains et chez les Franks, ces fidèles du chet ou du roi, qui mangent à sa table, combattent à ses côtés et se font tuer sur son corps. Ils s'appelleront Antrustions. Convives du roi, Leudcs.

1JATAILL1-: DR CL'IVAXA (401 av.nnt .(.-C). 77

Les Perses pillent le camp des barbares, mal défendu par les troupes légères ; mais le détachement grec, laissé à la garde des armes, lait une résistance sérieuse.

« Entre le roi et la phalange il n'y avait pas plus do 3 stades (555 mètres). Lui, laissait piller ses gens comme s'ils n'avaient plus personne à vaincre ; elle, poursuivait l'ennemi comme si elle était complètement victorieuse. »

Pourtant, quand le roi apprend que les Grecs ont mis en déroute l'aile gauche de son armée, il rallie ses troupes, pour prendre la phalange à revers. Celleci fait volte-face (P).

« Le roi hésite, il essaye de tourner la phalange en se prolongeant sur sa gauche ; mais il lui laisse ainsi le temps de se reconnaître, et quand il veut la faire attaquer de front par sa cavalerie, comme au début de la bataille, les Grecs entonnent le péan et chargent avec une nouvelle ardeur. »

Les barbares s'enfuient, plus vite encore que la première fois, jusqu'à Cunaxa, village dominé par une colline, au pied de laquelle le roi s'est arrêté avec le reste de sa cavalerie.

« A l'approche do la phalange, tout se disperse. Cléarque prend poste au pied de la colline, la fait re-

connaître, et quand les éclaireurs lui ont rendu compte que les Perses fuient de toutes parts, il fait poser les armes à terre pour prendre quelque repos, en attendant les ordres de Cyrus, qu'il croit engagé à la poursuite de l'ennemi.

« Un seul soldat grec a été blessé dans la bataille s».

A l'heure du souper, la phalange retourne à son camp, qu'elle trouve pillé, et elle apprend la mort de Cyrus.

La retraite des Dix mille va commencer.

La lecture de ce rapport, si net, si précis, nous apprend la tactique de combat de la phalange lacédémonienne, tout en résumant l'art de la guerre, au IV* siècle avant Jésus-Christ.

L'armée de Cyrus, formée en avant de son camp, s'appuie à l'Euphrate. La phalange est au poste d'honneur, à l'aile droite ; les barbares à l'aile gauche. Entre ces deux corps, 600 cavaliers d'élite forment le centre. Cyrus se tient à leur tête afin de les porter au point le plus menacé.

L'armée des Perses, beaucoup plus nombreuse, marche à l'attaque sur un front trop étendu. Les chars de guerre précèdent l'avant-garde, composée de cavalerie cuirassée et d'archers, soutenus par de l'infanterie pesamment armée. Ces chars font plus de bruit que do mal.

Le corps de bataille se compose de bandes d'infan-

BATAILLE DE LELCTRES (373 avant J.-C). 79

terie et de cavalerie, formées en colonnes pleines, par nations. C'est ainsi que nous verrons marcher, huit siècles plus tard, les armées d'invasion venues de l'Orient à la conquête de l'empire romain. Ces peuples ont la même origine et leur tactique est la même.

La cavalerie s'avance au pas ; au lieu de charger la phalange, elle est chargée par elle, et elle s'enfuit, sans attendre le choc irrésistible des sarisses.

La phalange poursuit sans désordre. Les chefs veillent à l'alignement; aussi, quand elle est tournée par l'ennemi vainqueur sur un autre point, il lui suffit de faire face en arrière, pour intimider l'assaillant. Attaquée de nouveau, elle charge avec le même succès, sans perdre un seul homme, et elle met en fuite toute cette armée, qui se croyait victorieuse.

PHALANGE TIIÉBAINE.

Bataille de Leuctres (372 avant J.-C).

L'an 372 avant J.-C, la phalange lacédémonienne se fait battre à Leuctres, par la phalange thébaine.

Épaminondas, le général des Thébains, dispose de 6.000 oplites, de l.SOO peltastes ou psylites et de 500 cavaliers. Les oplites sont formés sur 12 de profondeur à l'aile droite et au centre, et sur 50, à l'aile gauche.

C'est la première colonne profonde à front étroit, la première colotine d'attaque.

L'armée Spartiate, quatre fois plus nombreuse, s'est arrêtée, après une longue marche, aux environs de

Leuctres, petite ville de la Béotie. La cavalerie forme la première ligne et l'infanterie la seconde.

Épaminondas déploie son armée devant les Spartiates, puis il fait poser les armes, comme pour camper.

Les Spartiates, fatigués, se réjouissent de ne pas en venir aux mains ; ils quittent les rangs et se dispersent.

Alors Épaminondas fait prendre les armes en silence et il envoie son aile gauche, renforcée par le bataillon sacré, attaquer l'aile droite des Spartiates.

Leur cavalerie, surprise, tourne bride et jette le désordre dans les rangs de l'infanterie. Celle-ci, profitant de sa supériorité numérique, veut s'étendre et former le croissant pour envelopper les Thébains, mais la colonne de 50 oplites de profondeur troue la phalange Spartiate, qui n'a que 12 hommes d'épaisseur.

En même temps, Épaminondas fait reculer son aile droite, et la dérobe au choc de l'aile gauche ennemie.

Cette disposition oblique déconcerte les généraux Spartiates, qui se sont fait une loi « de ne jamais changer leur ordre de bataille en présence de l'ennemi, d'accoutumer leurs soldats à pouvoir, quand le danger devient pressant, se servir les uns aux autres de lochagues, et à se tenir unis et serrés en combattant. »

« Dans cette occasion, la phalange d'Épaminondas n'ayant chargé que l'aile droite ennemie, sans s'arrêter aux autres troupes, et Pélopidas, de son côté, étant venu, à la tête du bataillon sacré, fondre sur eux avec une audace et une rapidité inexprimables, cette double attaque confondit tellement la science et la fierté des

PHALANGE MACEDOMENiSE.

Spartiates, qu'ils essuyèrent une déroute complète, et que les Thébains n'en firent jamais un si grand carnao-e ^ ».

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P. Merle, d'après un croquis de E. ïlardy.

Fig. 18.

Pour ces Spartiates aguerris et toujours victorieux, le courage est la base de la tactique ; ils n'en ont pas prévu les défaillances. Les plus braves se font tuer, car il en reste 400 sur le champ de bataille, mais le plus grand nombre s'enfuit.

Ce qui confirme la maxime de Xénophon : « Cest à la guerre surtout que F on voit la surprise se changer en terreur, même chez les plus forts. »

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