‹ Les batailles d'autrefoisChapitre 35 sur 203 · PHALANGE MACÉDONIENNE · texte numérisé non relu

PHALANGE MACÉDONIENNE

Alexandre avait vingt-deux ans, lorsqu'il conduisit à la conquête de l'Asie l'armée confédérée des Grecs.

Plutarquo. Vie de Pélopidas.

S2 FASTKS DK LA PHALANGE GRECQUE.

Cette armée, composée des contingents de toutes les cités, à l'exception de Sparte, comptait 16.000 oplites, 8.000 peltastes, 4.000 psylites, 4.500 cavaliers, en tout 32.500 combattants, qui emportaient des vivres pour un mois.

La phalange macédonienne formait le corps de réserve.

Le trésor contenait 70 talents (389.200 francs).

Passage du Granique (334 avant J.-C).

L'armée des Perses veut défendre le passage du Granique.

« Alexandre s'élance dans le fleuve, suivi de treize îles de cavalerie, et il nage, au milieu d'une grêle de traits, vers le rivage, très-escarpé, qui est défendu par de l'infanterie et de la cavalerie. Il lutte avec effort contre le courant, et il conduit ses troupes « plutôt en furieux qu'en général prudent ».

A peine Alexandre a-t-il passé le fleuve, qu'il est obligé de combattre corps à corps. L'ennemi charge, avec de grands cris, les cavaliers macédoniens, à mesure qu'ils prennent pied, sans leur laisser le temps de se former.

Les lances rompues, les deux cavaleries s'abordent à l'épée.

Alexandre, « que l'éclat de son bouclier et le cimier de son casque, surmonté de deux ailes d'une grandeur et d'une blancheur admirables, signalent de loin aux coups ennemis, » est atteint, au défaut de sa cuirasse.

PASSAGE DU GRANIQUE (334 avant J.-C. ). 83

par un javelot, qui ne lui fait, d'ailleurs, aucune blessure.

Deux officiers de Darius viennent à la fois l'attaquer. Il évite l'un et porte à l'autre un coup de javeline, qui fait voler sa cuirasse en éclats, puis, mettant l'épée à la main, il charge avec fureur. Mais l'un de ses adversaires le prend en flanc, se dresse sur son cheval, et assène sur la tète du jeune héros un coup de hache, qui abat une aile de son cimier *.

Le casque est fendu et le tranchant de la hache pénètre jusqu'aux cheveux. Clitus intervient à temps; il perce un ennemi de sa javeline et Alexandre tue lo second d'un coup d'épée.

Pendant cette mêlée de cavalerie, la phalange macédonienne a passé le fleuve et a mis en fuite l'infanterie des Perses.

Les mercenaires grecs de Darius, retirés sur une colline, demandent grâce; mais Alexandre ne veut rien entendre. Il se jette, le premier, au milieu d'eux, et son cheval est tué sous lui.

« Ce fut le seul point où il y eut des morts et des blessés, parce qu'on avait eu aff'aire à des hommes pleins de bravoure et qui se battaient en désespérés \»

1 La chevalerie du moyen âge ne combattra pas autrement, et nous retrouverons ces grands cimiers macédoniens sur le baume des bannercts.

2 Ne croirait-on pas lire le passage du Rhin par l'armée de Louis XIV, en 1672? Là aussi, Finl'anteric hollandaise demandera quartier aux fougueux gentilshommes, qui viennent de franchir le fleuve à la nage,

ttrOTte )

p. Merle, d'après un croqu's de E. Hardy. Fig. 19.

Après le passage du Granique, Alexandre fit graver, sur le monument qui consacrait sa victoire, cette inscription :

« Alexandre, fils de Philippe, et les Grecs, à fexcep- « tion des Lacédémoniens, ont gagné ces dépouilles « sur les barbares qui habitent l'Asie '. »

Bataille d'Issus (333 avant J.-C).

Darius, au lieu d'attendre la petite armée d'Alexandre et de l'écraser, par le nombre, dans les grandes plaines découvertes où il avait rallié plus de 500.000 hommes, s'engagea dans les montagnes de la Cilicie. La rencontre eut lieu dans les défilés d'Issus.

Alexandre prit le commandement de l'aile droite et, pour ne pas être enveloppé, il lui fit déborder la gauche des ennemis.

et, chargée par eux, elle fera une décharge qui tuera le duc de Longueville et blessera le grand Condé.

1 Plutarque. Vie d' Alerandre le Grand.

BATAILLE DARBELLES (33-1 avant J.-C. )• 8ô

Il combattit encore au premier rang et, quoique blessé, il mit les barbares en fuite.

Bataille d'Arbelles (33i avant J.-C.)-

Après avoir conquis l'Egypte et les provinces maritimes des Perses, Alexandre a franchi l'Euphrate, afin de porter les derniers coups à Darius.

Il le rejoint près du village de Gangamèle, sur un affluent du Lycus.

La bataille d'Arbelles, qui livra l'empire des Perses à Alexandre, résume la tactique du vainqueur et celle des Asiatiques.

Plutarque et Arrien nous l'ont racontée d'après les historiens grecs, contemporains d'Alexandre :

« L'armée grecque marchait entre le Tigre et les monts Gordiens, lorsque ses coureurs signalèrent un gros de cavaliers persans. »

Alexandre chargea cette avant-garde, à la tête des hétères, et il fit des prisonniers, qui lui révélèrent les dispositions de Darius.

Près d'un million d'Asiatiques étaient rassemblés dans une vaste plaine. On comptait plus de 40.000 cavaliers, la plupart archers à cheval, 200 chars armés de faux et 15 éléphants '.

1 Pour donner aux éléphants un aspect plus terrible, on posait les tours qu'ils portaient sur des housses de drap rouge. Gomme ces ani-

Tu. CÉ.NAZET.

Fig. 20.

Darius campait en rase campagne, sans avoir pris la peine de fortifier son camp ; cependant, il avait fait aplanir tous les obstacles, qui auraient pu gêner les manœuvres des chars ou de la cavalerie.

« Alexandre fait halte à 60 stades (11 kilomètres) de Darius, dans un camp retranché, où il donne quelque

maux, lorsqu'ils sont irrités, dressent et étalent leurs larges oreilles, on teignait ces oreilles avec des couleurs éclatantes. On bardait de plaques de fer la trompe, la tête, les flancs et le poitrail des éléphants ; on adaptait des pointes d'acier à leurs défenses, et on armait leur poitrine d'un long- éperon. On enivrait les éléphants au moment du combat. Aussi devenaient-ils quelquefois plus dangereux pour leurs conducteurs que pour l'ennemi.

Les éléphants jouèrent un grand rôle dans les guerres puniques; Annibal leur fit passer les Alpes , et les Romains s'en servaient encore au temps de César.

BATAILLE D'AllBELLES (33-1 avant J.-C.) 87

repos à ses troupes. Puis, vers la seconde veille de la quatrième nuit (9 heures du soir), il se met en marche, en ordre de bataille. » Ses soldats laissent au camp les gros bagages et les non-combattants. Ils n'emportent que leurs armes.

A peu de distance du camp de Darius, c tout éclairé par les flambeaux, et d'où s'échappe un tumulte semblable au bruit d'une mer agitée, » Alexandre déploie silencieusement son armée, dans les ténèbres. Ensuite, à la tête de quelques troupes légères et de ses hétères, il fait, en personne, la reconnaissance de la position ennemie et du terrain où il veut livrer la bataille.

Au retour, il refuse à ses généraux de tenter une attaque de nuit et il s'endort, en disant :

« Je ne dérobe pas la victoire. »

L'armée de Darius reste rangée en bataille, sur deux lignes rapprochées, pendant toute la nuit : « Cette longue attente sous les armes développe chez elle la peur, qui se réveille toujours à l'approche d\me bataille * ».

Le lendemain, Darius, entouré de sa famille et des grands de son empire, est assis sur un magnifique char très-élevé (D), au centre d'un immense mélange de cavalerie et d'infanterie, réunies par nations.

Devant le char, des archers (Fig. 21); derrière, les mercenaires grecs, la seule troupe qu'il puisse opposer à la phalange macédonienne.

* Arrien. Anabase (V Alexandre.

Tu. BÉMAZET.

Fig. 21.

L'aile gauche, opposée à Alexandre, est couverte par la cavalerie scythe.

Mille Bactriens, cent chars armés de faux et les éléphants couvrent le centre. Le reste des chars, la cavalerie de l'Arménie et de la Cappadoce sont déployés devant l'aile droite.

L'armée d'Alexandre est formée aussi sur deux lignes.

La première comprend, à l'extrême droite, les hétères (Z/); puis, de droite à gauche, la compagnie

BATAILLE D'ARBELLES (331 avant J.-C.)-

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^ Armée d'Alexandre

i*. Meele, d'après uti croquis de E. Hardy. Fig. 22.

royale (iî), la cavalerie de Philotas (C), la phalange (P), l'infanterie légère (L), la cavalerie alliée et les archers à cheval thessaliens.

Parménion, commandant de l'aile gauche, a près de lui les cavaliers d'élite pharsaliens.

La deuxième ligne, composée des troupes légères, doit faire volte-face, si les Perses tentent d'envelopper l'armée. Des psylites agriens et macédoniens, précédés de cavaliers légers, couvrent le front et lancent leurs traits contre les conducteurs des chars de guerre.

A la pointe de l'aile gauche, sur un front oblique, derrière la cavalerie alliée, l'infanterie thrace couvre les bagages et forme une petite réserve {T).

L'armée d'Alexandre, plusieurs fois renforcée depuis

eo FASTES DE LA PHALANGE GRECQUE.

le commencement de la campagne, compte 40.000 fantassins et 7.000 cavalière.

Le combat s'engage, à l'aile gauche des Grecs, par une charge impétueuse de la cavalerie persane et par une démonstration contre les bagages.

Parménion, forcé de reculer, s'inquiète et demande, une première fois, des renforts à Alexandre.

Celui-ci, posté en face de Darius, appuie à droite {C R' H').

Darius se conforme à son mouvement, étend son aile gauche et lance, sur le flanc extérieur des Macédoniens, ses cavaliers scythes couverts de mailles, et les nombreux escadrons bactriens.

La cavalerie auxiliaire d'Alexandre repousse cette attaque et dégage l'aile droite.

Alors, les chars armés de faux sont lancés contre la phalange, mais les Agriens et les frondeurs baléares renversent les conducteurs, saisissent les rênes et tuent les chevaux.

Quelques chars parviennentjusqu'au front des oplites. Les rangs s'ouvrent, comme l'a prescrit Alexandre, puis ils se referment : les chars sont pris.

Darius donne le signal de l'attaque générale ; Alexandre court au-devant lui, à la tête de ses hétères, formés en coin {H"). Derrière eux, la phalange, qui a entonné le péan, charge piques basses.

Tout plie devant cette troupe d'élite.

Les brillants escadrons, qui entourent le char de Darius, prennent peur et se débandent. Quelques braves

BATAILLE D'ARBELLES (334 avant J.-C). 9'

se font tuer, mais leurs corps entassés empêchent le

char de tourner pour fuir.

L'attelage, enfoui sous un

monceau de cadavres, se

cabre et n'obéit plus au

frein.

Darius saute sur une jument et s'échappe à grand'peine, pendant qu'Alexandre, sollicité de nouveau de secourir Parménion , court à l'aile gauche avec les hétères.

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Cependant, une partie de

, . . ,. , Fig. 23.

la cavalerie indienne et persane s'était faitjour jusqu'aux bagages et elle avait jeté le désordre parmi les Thraces, qui les gardaient. Ceuxci, confiants dans les deux lignes qui les séparaient de l'ennemi, avaient été surpris sans armes, et les nombreux prisonniers persans s'étaient tournés contre eux. Mais la seconde ligne de l'armée grecque, faisant volteface, était promptement accourue ; les Perses, pris à dos au milieu des bagages, avaient été tués ou mis en fuite.

Alexandre vint donner dans les fuyards avec ses hétères {H'"). Le choc fut terrible ; les barbares, combattant en désespérés, comme des gens qui disputent leur vie, renoncèrent à leurs évolutions ordinaires ; au

lieu de se défendre de loin à coups de javelot, ils heurtèrent de front les Macédoniens et s'efforcèrent de les écraser par leur masse.

Soixante hétères périrent, mais la valeur de cette troupe d'élite l'emporta; Alexandre put passer.

Quand il rejoignit Parménion, la cavalerie thessalienne avait rétabli le combat et les Perses fuyaient sur toute la ligne. La victoire était gagnée.

Alexandre fit camper, au delà du Lycus, son armée épuisée de fatigue, et il courut en personne, pendant 600 stades (91 kilomètres), à la poursuite de Darius, avec ses cavaliers les mieux montés.

Parménion s'empara des innombrables richesses que contenait le camp de Darius.

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