CONFINS ET QUARTIERS PERMANENTS
César avait compris l'importance de ce grand fleuve, derrière lequel grondaient déjà de terribles menaces contre l'empire qu'il voulait fonder.
Aussi fut-il le premier à en organiser la défense, à en faire la base d'opérations des armées romaines, qui combattaient en Germanie.
Par son ordre, les confins rhénans se hérissèrent de castellum, qu'on relia bientôt par une ligne presque continue d'ouvrages permanents.
« Sur la rive droite, des tètes de pont ou des hauteurs fortifiées; en arrière, sur la rive gauche, des vallées défendues par des travaux de seconde ligne et reliées par des routes stratégiques, et plus loin, en Gaule, des arsenaux et des manufactures d'armes et d'engins.
(( A l'abri des murailles, les quartiers d'hiver, hiberna, pourvus de casernes, de magasins, d'hôpitaux ; puis, en avant, sur les lignes d'attaque, les camps de manœuvres, œsiiva.
« Au milieu de ces œuvres accumulées par l'art de la guerre, vivaient les légions, les cohortes indépendantes et la cavalerie.
« Tout, hommes et choses, était toujours prêt. La vie entre soldats, le culte rendu au Dieu de la force et aux aigles sacrées, de rudes exercices, le voisinage de l'ennemi, une discipline de fer entretenaient parmi les
légionnaires un esprit militaire, qui survécut longtemps à la décadence intérieure de l'Empire.
« Lorsqu'il y avait lieu d'envoyer des troupes hors des confins, on formait des détachements qui, suivant leur effectif, gardaient le numéro et le surnom de la légion, ou qui tiraient leur nom du vexillum qu'on leur donnait.
«. Les soldats de ces détachements s'appelaient alors des vexillaires.
« Le centre de la légion, son dépôt, restait sur la frontière, au milieu de ses magasins. Le dépôt recevait les recrues, les exerçait et gardait toujours son titre de légion, son surnom et son numéro d'ordre.
« Ainsi, les confins étaient de véritables provinces habitées par des soldats, des vétérans et des auxiliaires. La population non armée y était peu nombreuse et soumise à l'autorité militaire '. »
Ce n'était pas assez d'avoir passé le Rhin, César voulut franchir la Manche.
Il choisit le port de Boulogne {Portus Itius) pour le rassemblement de sa flotte, composée de quatre-vingts vaisseaux de charge {actuariiim), qui lui paraissaient devoir suffire pour le transport de deux légions. Les
1 Charles Robert, do l'Institut, Les armées romaines et leur emplacement pendant l'Empire. Paris, Pillet, 1873.
Cab. Hiradx, d'après Jules Duvaux, Fig. 64.
galères furent données au questeur, aux lieutenants et aux préfets.
Car. IliRAUx, d'après J. Duvaux,
Fig. 65.*
Il y avait encore dix-huit autres vaisseaux, retenus à huit milles de là par les vents contraires ; César les destina au transport de la cavalerie.
La garde du port fut confiée à Sulpicius Rufus, avec les troupes qu'il crut nécessaires.
César leva l'ancre à la troisième veille (minuit) et il
» Les figures 64 et 63 ont été empruntées au Dictionnaire du comte de Chesnel.
arriva avec sa flotte en vue des côtes de Bretagne, vers la quatrième heure du jour (10 heures du matin).
« Toutes les collines parurent couvertes d'hommes armés. La mer en cet endroit {près de Douvres) était tellement dominée par les hauteurs voisines, que les Bretons pouvaient facilement, de leur poste, empêcher le débarquement à coups de traits. »
César, en attendant les vaisseaux qui portaient sa cavalerie, manda près de lui ses lieutenants et ses tribuns, pour leur recommander de prendre, dans le combat, promptement conseil des circonstances.
« Dans une opération maritime, sujette à de brusques variations, il ne voulait pas que l'exécution de ses ordres souffrît le moindre retard.
(( Le vent et la marée devinrent enfin favorables ; César donna le signal, leva l'ancre et alla mouiller, à huit milles du point de départ, sur une plage unie et découverte.
« Les Bretons, qui observaient les manœuvres des Romains, envoyèrent, en toute diligence, leur cavalerie et leurs chariots, en avant de leurs troupes.
« Ce qui retarda le plus notre débarquement, ce fut la grandeur de nos vaisseaux, qui ne pouvaient s'approcher de la côte, de sorte que nos soldats, sur cette plage inconnue, chargés de leurs armes et les mains embarrassées, avaient à la fois à sauter à la mer, à résister aux flots et à combattre les ennemis.
a Les Bretons étaient sur la terre ferme, et même,
quand ils s'avançaient un peu dans l'eau, ils marchaient, les mains libres, sur un terrain connu. Aussi lançaient-ils leurs traits avec plus d'assurance et foulaient-ils les assaillants sous les pieds de leurs chevaux.
« Les Romains, étonnés de toutes ces choses nouvelles pour eux, ne montraient ni leur gaieté ni leur ardeur ordinaires.
« Alors César fit avancer ses galères. Il leur ordonna de s'embosser sur le flanc de l'ennemi, afin de l'attaquer à coups de fronde, de traits et de machines. Les Bretons, efl'rayés à la vue de ces galères et de ces machines qu'ils ne connaissaient pas, reculèrent. »
Le porte-enseigne de la 10" légion sauta à la mer; les soldats le suivirent, soutenus par les chaloupes des galères et par les bateaux légers.
A peine les Romains eurent- ils abordé la terre ferme, qu'ils fondirent sur les Bretons et les dispersèrent.
César fut frappé de l'habileté avec laquelle les Bretons dirigeaient les chevaux et les chars.
a Pour combattre sur leurs chariots, ils commençaient par courir çà et là, en lançant des traits, essayant de rompre nos rangs, autant par la crainte des chevaux que par le bruit des roues.
<c Quand ils avaient réussi à pénétrer au milieu d'une troupe de cavalerie, ils sautaient à bas de leurs cha-
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riots et combattaient à pied. Alors, les conducteurs s'écartaient un peu de la mêlée, mais ils se plaçaient assez près de leurs maîtres pour que ceux-ci pussent facilement se réfugier vers eux, s'ils étaient trop pressés.
« Les Bretons unissaient ainsi la légèreté de la cavalerie à la solidité de l'infanterie.
« Un exercice continuel les avait si bien formés à ce genre de combat, qu'ils excellaient à contenir leurs chevaux, à modérer leur course dans une descente rapide, à les faire tourner à droite ou à gauche. Ils savaient courir sur le timon, se tenir sur le joug et, de là, remonter d'un seul bond sur leurs chariots, n
Les Anglais sont restés fidèles à ces traditions de la vieille Bretagne.