L'HOMME D'ARMES ET LE PIÉTON
dans un crochet, suspendu par une forte courroie à sa ceinture et, en redressant les reins, il amenait cette corde dans l'encoche de la noix.
A ^i^p^ f rnirnmMirr.
VioUet-le-Duc.
Fis. 81. »
1 Nous devons des remerciements à M. Desfossés, gérant de l'importante maison Morel, qui, de concert avec M. Viollet-le-Duc, a bien voulu faciliter notre tâche, en nous communiquant un grand nombre de clichés.
« Archers et arbalétriers portent un grand pavois en osier ou en bois léger, de forme ovale ou quadrangulaire et de 0'",40 à 0'",60 de largeur.
« Dans les sièges, les arbalétriers s'avancent à portée de trait, fixent leurs pavois devant eux et tirent aux créneaux ou aux meurtrières pour en éloigner les défenseurs. Si les couronnements des tours et courtines sont bien munis, les machines de jet commencent par écrêter les défenses, puis les arbalétriers et les archers, couvrant de leurs flèches ou de leurs carreaux ces couronnements à peu près détruits, empêchent les assiégés de réparer les brèches.
VioIlet-le-Diic.
« Ces pavois servent encore à former la tortue quand on marche à l'assaut '. »
* Viollet-le-Duc, Mobilier. Volume vr, page 215.
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ÉDUCATION DU CllEVALIEI
Au moyen âge, la bravoure, l'adresse, la force, l'habileté du cavalier, jouent le premier rôle. Au lieu de faire apprendre à son fils la tactique savante des pédagogues de la Grèce ou du Bas-Empire, le noble baron ne veut même pas qu'il sache lire.
De bonne heure, il le met à cheval, il lui apprend à rompre une lance, à manier légèrement un lourd destrier, bardé de fer. Pendant les longues veillées de l'hiver, le chapelain raconte les exploits des aïeux, pour faire entrer dans l'àme du page ou de l'écuyer les sentiments de foi, d'honneur, de vaillance, que doit avoir un chevalier.
« Fay ce que doiz et aveingne que peut ! >>
S'écrie le parrain d'armes^ en donnant l'accolade à l'écuyer qui a gagné ses éperons et le nouveau chevalier prête, entie les mains de son parrain, le serment d'être toujours:
<c Courtois sans villenie, débonnaire sans folie, piteux vers les souffreteux, large et appareillé de secourir les indigents, prêt et entabulé de détruire les voleurs et les meurtriers, déjuger sans amour et sans haine. »
Il sait que :
« Chevalier ne doit, pour paour de mort, faire chose où l'on puisse honte cognoistre, et qu'il doit plus redouter honteuse vie que la mort. »
C'est le bon temps du courage personnel, do l'ar-
deur guerrière, de l'émulation généreuse, du mépris du danger.
C'est la grande époque chevaleresque; mais c'est aussi l'époque de l'affranchissement des communes et leurs milices combattent à côté des chevaUers.
Ces Gaulois aventureux, ces Kymris tenaces, ces Franks si fiers se sont peu à peu mélangés, en échangeant leurs qualités et leurs défauts '. Menacés par l'étranger, ils ont oublié les différences d'origine et, rangés sous l'oriflamme royale, symbole de la patrie, nobles et petites gens ont scellé, dans le sang versé en commun à Bouvines, ï avènement de la nation française.
JOUTES ET TOURNOÏS.
Pour manier l'épée, la masse d'armes et la lourde lance qui, à la fin du XIV° siècle, avait jusqu'à 15 pieds (5 mètres) de longueur, pour dresser le cheval de guerre, pour iiabituer les chevaliers à se former en escadrons sous les bannières, à se déployer en haie pour charger, à recevoir le choc de l'adversaire en présentant l'écu au fer de la lance, enfin, pour le combat d'ensemble comme pour la lutte corps à corps, il fallait de fréquents exercices.
* « Du sein de la plus épouvantable confusion, où se choquent pêlcmèlc les débris d'une civilisation détruite, les moeurs sauvages des hordes germaniques, les enseignements d'une religion nouvelle, nous voyons sortir un ordre inattendu, une organisation puissante et belle, la féodalité, couronnée de la chevalerie, son idéal. > (Demogeot, Idem, préface de 183J).
Ces exercices étaient le jeu, le passe-temps favori de la noblesse française. C'était d'ailleurs une tradition germaine.
« Dans toutes les assemblées, dit Tacite, des jeunes gens sautent nus au milieu des épées et des tramées menaçantes ; pour eux, c'est un jeu, dont l'habitude a fait un art. »
Les leudes de Louis le Germanique et de Charles le Chauve se livraient des combats simulés, pendant lesquels les deux princes, survenant avec une troupe d'élite, chargeaient les uns ou les autres, sans que jamais le jeu tournât à la rixe *.
Voilà bien l'origine du tournoi, simulacre du combat d'ensemble. Quant à la joute, c'est le combat singulier, le duel à la lance ou à l'épée (Fig. 83).
Dès le XP siècle, des règles précises sont établies pour empêcher ce plaisir de devenir trop dangereux ; les bannières opposées luttent à armes courtoises, c'est-à-dire avec des lances dont le fer est émoussé, des épées sans pointe ni tranchant et des masses de bois.
Le prince appelant convoque ses chevaliers et ses écuyers; puis il envoie, par son roi d'armes, au seigneur qu'il a choisi pour défendant^ une épée rabattue^ en signifiance du tournoy et hahoxirt, pour lequel il le défie devant dames et damoiselles.
Huit juges diseurs sont choisis pour arbitres, mais les
ï Yiol!ct-Ifi-Duc, Mobilier. Volume ni (v partie. Jeux, passe-temps).
dames au tournoi ont le droit de haute justice sur les chevaliers accusés de félonie, de mésalliance et surtout de médisance envers elles.
Fig. 83. '
1 Joute. • Comment les deux parties sont hors de leurs pavillons, appor reillées pour faire leur devoir à la voix du maréchal qui a jeté le gant. »
D'après une miniature des « Cérémonies et gages de batailles •. Ma nuscrit du XV« siècle de la Bibliothèque nationale.
Emprunt fait au bel ouvrage de M. Paul Lacroix (bibliophile Jacob), Vie militaire et religieuse au moyen âge et à Vépoque de la Renaissance. Taris, Didot. 4876.
Un baron, désigné pour être leur chevalier dH honneur, porte au bout de sa lance l'écharpe de la Reine du Champ; il suffît que, sur un signe de cette Reine, il touche un tournoyeur avec l'écharpe, pour qu'aussitôt tous les autres aient le droit de fondre sur le ré-
D'après Viollet-le-Duc.
Fig. 84. 1
prouvé. On le frappe jusqu'à ce que les vengeances féminines aient trouvé satisfaction.
1 Tout est à lire et à retenir dans le Dictionnaire du mobilier : la société féodale, avec ses mœurs chevaleresques, y apparaît en pleine lumière, depuis l'époque carlovingienne jusqu'à la Renaissance. Le chapitre « Tournoi et joute » (tome ii, pages 333 à 407), est attrayant entre tous; c'est une étude littéraire autant qu'archéologique, car personne ne sait mieux que M. Viollet-le-Duc prêter à la science le charme du roman.
Quelquefois on oblige la victime à descendre de cheval pour rester, à califourchon, sur la barrière pendant toute la durée du tournoi.
Après cette épreuve, le chevalier est réhabilité, et nul n'a plus le droit de lui reprocher le meschief, pour lequel il a été recommandé.
Le champ clos est un vaste rectangle, fermé par une double barrière, qui permet aux valets de se garer des coups et d'éloigner la foule de l'enceinte.
Deux cordes parallèles séparent la lice en deux parties ; chaque troupe opposée a son côté et son entrée particulière.
La veille du tournoi, les deux troupes de tournoijenrs viennent successivement faire la montre devant les tribunes (Fig.80). Les chevaliers, n'ayant pour arme qu'un bâton, sont suivis de leurs porte-bannière, l'enseigne roulée. Seuls, les deux chefs ont leurs joewworîs au vent.
Tous jurent, en levant la main droite, par la foi et serment de leur corps et sur leur honneur, de ne pas frapper d'estoc ni plus bas que la ceinture, et de se conformer, en tous points, aux règles imposées par les juges.
Le lendemain, une demi-heure avant l'ouverture des lices, les dames se rendent aux tribunes avec le chevalier d'honneur, les juges et le roi d'armes; puis, l'appelant et le défendant entrent dans la lice à la tète des tournoyeurs, chevauchant deux par deux et suivis de leurs porte-bannière. Chaque troupe se forme contre
JOUTKS ET TOURNOIS 237
les cordes, sur une ou deux lignes, pendant que les écuyers à cheval et les valets à pied vont se ranger sur les côtés, derrière les porte-bannière.
Viollet-le-Due.
Fig. 85.
AiDrès le salut aux dames, les deux batailles reculent pour prendre champ. Les trompettes sonnent; le roi d'armes crie trois fois :
Coupez cordes! auriez batailles, quand vous voudrez 1.
Les cordes tombent et le tournoi commence.
Dès le premier choc, c'est une mêlée confuse ; les tournoyeurs s'animent, s'acharnent, quelquefois les armures sont faussées et le sang coule.
En 1240, dans un grand tournoi, près de Cologne, 60 chevaliers périrent suffoqués par la poussière ou écrasés par leurs chevaux.
Le rôle des écuyers est de donner à leurs maîtres des armes de rechange et, avec l'aide des valets, de les remettre à cheval quand ils sont désarçonnés.
Aussitôt que les juges font sonner la retraite, les écuyers, portant pennons ou bannières, sortent les premiers et les tournoyeurs doivent les suivre dans l'ordre où ils sont entrés.
Mais les vaillants consentent rarement à se séparer ainsi. Souvent, il faut que les chefs se jettent, la tète découverte et l'épée au poing, au milieu des combattants pour les départir.
Le soir, la plus noble dame remet au vainqueur un joyau pour prix du tournoi.
D'ordinaire, la fête commence par des joutes. Des bannières sont plantées au milieu du champ clos et deux chevaliers viennent rompre, jusqu'à trois lances, en l'honneur de la dame dont ils portent les couleurs. C'est dans une joute qu'Henri II fut mortellement atteint par Montgomery, son capitaine des gardes (1539).
Un autre exercice de la chevalerie est le 'pas cï armes. Une bataille défend un passage ou un pont contre une autre bataille qui veut le franchir. Quelquefois on dresse, au milieu de l'enceinte, une tour de charpente qu'il faut défendre ou attaquer : c'est le béhourt.
Pour amuser l'assistance, on fait courir la quintaine aux pages et aux écuyers. Un mannequin, armé de
Fig. 86.
1 Exercice de la quintaine, d'après une miniature des Chroniques de Charlemagne, manuscrit du XV^ siècle (Bibliothèque do Bourgo^^ne à Bruxelles). Paul Lacroix, idem.
toutes pièces, est monté sur un pivot au milieu do l'arène. Le jouteur, lancé au galop, essaye de le frapper en plein écu. S'il réussit, le mannequin tourne et lui livre passage, sinon les pièces de l'armure se disloquent et tombent sur la tête du maladroit, au grand plaisir de la noble assemblée.