‹ Les batailles des Plaines d'Abraham et de Sainte-FoyeChapitre 10 sur 14 · LE MARECHAL DE LEVIS · texte numérisé non relu

LE MARECHAL DE LEVIS

pénétrant et rassis, il avait déjà envisagé d'un coup d'oeil juste et sûr sa situation et celle de la colonie. Le 1er octobre, il écrivait : " Si le roi ne juge pas devoir nous donner du secours, je dois vous '•' prévenir qu'il ne faut plus compter sur nous à la fin du mois de mai. " Nous serons obligés de nous rendre par misère ; manquant de tout, " il nous reste du courage, sans aucune ressource pour le mettre en " usage."

" Il ne tiendra pas à moi, ajoutait-il plus tard, que nous le défen- " dions (le Canada) jusqu'à la dernière extrémité, mais, si vous ne ' faites la paix d'ici au printemps, il ne faut plus compter sur nous."

Son plan était arrêté. C'était simplement d'investir Québec au printemps, d'empêcher Murray de s'y retrancher au dehors et d'attendre des secours de France en hommes, vivres et matérie* de guerre suffisants pour un siège en règle. Ses préparatifs commencés dans ce but paraissaient insensés et étaient désignés par les ignorants comme " la folie de Lévis." Ce qui ne l'empêcha pas de s'en occuper tout l'hiver avec toute son activité,. son talent militaire et les ressources d'invention que requérait son dénûment.

En effet, la Colonie épuisée manquait non seulement de vivres,, mais même du nécessaire pour équiper et faire camper les troupes. Ce fut avec une peine infinie qu'il parvint à ramasser de tous bords et côtés l'indispensable pour mettre son armée en marche, tant par eau que par terre, à la débâcle des glaces, et il assura au soldat qu'il ne pouvait lui garantir que le pain.

Cependant, avec toute l'énergie de son courage, il n'imaginait pas dans son flegme imperturbable, qu'une poignée d'hommes réduite à la dernière extrémité pouvait arrêter une destinée inévitable, lorsqu'elle se verrait encerclée par trois armées dirigées sur elle. Le siège de Québec qu'il projetait et ses suites dépendaient uniquement d'un secours efficace d'outremer.

Aussi bon tacticien qu'il était, il entrevoyait de même avec raison que Murray devait se borner à se fortifier en dedans de Québec, et se retrancher au dehors pour attendre, de son côté, soit des secours d'Angleterre, soit la jonction d'Amherst. — Tous deux, comme hommes de guerre, savaient l'inutilité d'une bataille qui anticiperait les secours attendus, persuadés que les vaisseaux, premiers arrivés des forces

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rivales, décideraient du sort de Québec et du pays. Car, sans secours, tout, pour Lévis, était inutile et perdu.

Se berçant de cet espoir éventuel, il appela à lui du fort de la Présentation le capitaine Désandrouins, ingénieur en second sous Pontleroy, ingénieur en chef de la Nouvelle-France, et le choisit pour aide-de-camp. Désandrouins était un officier de mérite, estimé de son chef, et devint plus tard maréchal de camp. (Cf. Vie de Désandrouins, par l'abbé Gabriel). Il eut la confidence de son général sur l'exécution de ses dessins et s'occupa spécialement de la question du siège de Québec.

Deux mémoires qu'il a rédigés à ce sujet reçurent l'approbation du chevalier de Lévis. On les trouve imprimés parmi les manuscrits, de ce dernier.

Désandrouins a tenu un journal à l'armée, lequel, malheureusement pour nous, est interrompu, " le 13 septembre, à 9 heures du matin," jour fatal de la première bataille des Plaines d'Abraham. Il n'a laissé aucune relation connue de celle du 28 avril, ni du siège de Québec qui la suivit. Cependant l'on sait qu'il revenait fréquemment sur ce sujet, et qu'il dût en causer souvent avec son général. U fit un plan de cette bataille et de la pose du siège, qu'il lui adressa.

Voici ce qu'il en écrit au maréchal duc de Lévis. (Cf. Collection

des manuscrits du maréchal de Lévis. — Lettres et Pièces Militaires, pp.

" A Sarrelouis, le 26 août 1778.

Monsieur,

Ayant trouvé à Paris l'hiver dernier, un plan de Québec gravé à Londres, i! m'est venu en idée d'en faire une copie, sur laquelle j'ai tracé votre sanglante et glorieuse bataille du 28 avril 1760, selon l'idée qu'il m'en est resté (1). Vous prendrez, peut-être, mon général, quelque intérêt à ce travail ; c'est pourquoi j'ai l'honneur de vous l'adresser sous un contre-seing. Ce n'est pas que je ne puisse y avoir commis des erreurs, car premièrement je ne réponds en aucune manière de l'exactitude du plan original qui me parait fautif en plusieurs endroits essentiels, surtout à l'égard de la fortification de

(1) Note de l'éditeur. — Ce plan de Désandrouins ne s est pas trouvé parmi lea manuscrits du maréchal de Lévis.

Québec, mais pour ce qui regarde le combat, on pourra y faire les additions et corrections que vous jugerez convenables, la campagne où il s'est livré me paraissant rendue assez naturellement. Si j'étais à portée, je prendrais ce soin sous votre direction, afin que vous puissiez le conserver comme un monument exact et précis ; mais si vous y faites des changements considérables, faites-moi la grâce, mon général, de me les faire connaître, ayant dessein d'en avoir aussi un plan. C'est une des actions dont j'ai été témoin, à laquelle je pense le plus volontiers "

Nous croyons avoir sous la main une copie de ce plan, sans le contre-seing ci-haut mentionné, copie faite à Québec, vers janvier 1889, par M. L- P. Yallerand ; elle se trouve aux archives du Secrétariat à Québec.

On voit que le squelette du plan a été calqué sur l'original qui se voit dans Mante, The History of the laie Tî'ar in North America, p. 233, gravé à Londres, en 1772, par T. Kitchin, hydrographe de Sa Majesté, et qui mesure 34 pouces x 16.

Désandrouins a intitulé son plan comme suit :

" Carte d'une paitie du Cours du fleuve St-Laurent où se trouve

" le PLAN de la Ville de Québec et de la bataille donnée le 28 Avril

" 1760, Gagnée par les troupes du Roy Commandées par Mr. le

" Chevalier de Lévis contre l'armée Anglaise Commandée par le

Général Murray."

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