‹ Les batailles des Plaines d'Abraham et de Sainte-FoyeChapitre 9 sur 14 · P.-B. CASGRAIN · texte numérisé non relu

P.-B. CASGRAIN

que Johnstone et les autres narrateurs n'exagèrent pas en disant que les soldats étaient mêlés, éparpillés, dispersés et plusieurs enivrés, tous courant aussi vite qu'ils pouvaient, comme si les Anglais étaient sur leurs talons.

Les milices désertaient en grand nombre pour retourner à leurs foyers et faire leurs récoltes, paraissant s'inquiéter peu désormais d'un changement de maître. La faim et le besoin en entraînaient plusieurs au pillage dans les campagnes.

Vaudreuil avait eu soin dans l'après-midi d'envoyer un exprès à Lé vis, à Montréal, lui demandant de descendre en toute hâte le rencontrer à Jacques-Cartier. C'était l'homme de la circonstance.

Montcalm se voyant près d'expirer, comptait sur lui lorsqu'il avait dit : " Je meurs content, car je laisse les affaires du Roi, mon cher maître, entre bonnes mains ; j ai toujouis eu une haute opinion du talent et de la capacité de M. de Lévis."

En effet, Lévis arrivait à l'a mée le 17. Le nombre de fuyards qu'il avait rencontrés et an êtes sur son chemin l'avait préparé au désordre qu'il y trouverait. " Je ne connais pas d'exemple pareil," écrit-il. " On avait généralement tout abandonné au camp de Beauport, tentes, marmites et tous les équipages. Cependant, quoique manquant de tout, la condition de l'armée ne le découragea pas dès qu'il sut que Québec n'était pas p. is. Il blâma hautement la retraite. " On n'abandonne pas," dit-il, " dix lieues de pays pour " une bataille perdue. Il faut, sur l'heure, ma 1 cher en avant, secourir " Québec, et tout hazarder pour en empêcher la piise, ou le détruire " de fond en comble pour que l'ennemi n'y puisse passer l'hiver. Il " faut ranimer le courage de tout le monde et empêcher l'évasion " entière des Canadiens et des Sauvages."

Sa seule présence rétablit l'ordre. Son allure tout à fait militaire et son ton assuré remirent en vigueur la routine du commandement et firent revenir en même temps les troupes de leur panique insensée.

Dès le lendemain, au petit jour, l'armée, munie de quatre jours de vivres, revenait sur ses pas, racolant les fuyards, et s'en allait rejoindre Bougainville demeuré au Cap-Rouge. Des courriers furent dépêchas au commandant de la ville pour l'informer qu'on marchait à son secours et qu'on lui envoyait des vivres par la cavalerie de la

Rochcbeaucouit. En effet, 114 sacs de biscuit y parvinrent en fa sant le détour par Beauport.

Le 19, Lévis était rendu à Sa'nt-Augustin lorsqu'on vint, de nuit, lui annoncer que Ramezay avait capitulé et que Québec était aux mains des Anglais. Son indignation éclata en ternies des plus amers. Mais le mal était sans remède.

Nous n'avons pas à débattre ici la conduite de Ramezay et des citoyens de la ville. Il semble difficile de la condamner après celle de Yaudreuil, qui avait rems d'avance les aiticles de capitulât on à Ramezay, pour rendre Québec 48 heures après le dépait de l'armée. Johmtone, Coll. M. S. S., p. 239. Et, en fuyant, il avait abandonné à son sort la ville déjà affamée 1 , sans vivres, sans hommes et sans munitions. Le découragement y était général ; les milices refusaient de se battre et désertaient. Tous les habitants se voyaient cei tains d'être passés au fil de l'épée si la ville était emportée d'assaut.

Après la reddition de Québec, il no restait plus d'autre parti à prendre, pour le moment, que de se fortifier sur la rivière Jacques- Cartier.

Lé vis y fit commencer un fort et y laissa une garnison sous Bourlamaque. Les Canadiens retournèrent à leurs foyeis et Vaud euil se retira à Montréal. Les troupes furent cantonnées pour 'hiver dans les districts de Montréal et de Trois-Rivières, où les habitants, sans égard à leur pauvreté, les refirent " comme leuis enfants."

Malgré la peite de leur capitale, malgré leur dénûment presque complet, la iu ne et la dévastation du bas Québec, (1) les Canadiens ne parlaient pas de se rendre et se tenaient prêts à retourner au combat avec le courage du Spaitiate et Topiniâtieté du Vendéen.

Lé vis leur rend cet hommage, que les malheuis n'avaient point

diminué leur courage ni leur zèle. ' Je ne dois pas vous laisser

" ignorer," écrivait-il à la suite au ministre, (le 10 novembre 1759)

u que dans tous ces revois de fo:tune ]x k i sonne ne s'est plaint de son

' sort Je dois vous exposer que la misère des troupes est extrême."

Quant à lui, comme capitaine, homme d'état, d'un esprt froid,

(1) Cf. Inscription imparfaite de la misère du Canada. Adresse de l'évêque de Québec, à Montréal, 5 novembre 1759.

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