‹ Les batailles des Plaines d'Abraham et de Sainte-FoyeChapitre 5 sur 14 · MAISON ET BATTERIE SAINT-MICHEL · texte numérisé non relu

MAISON ET BATTERIE SAINT-MICHEL

dite de Samos.

afin d'être promptement informé par le cavalier d'ordonnance qu'il lui donnait de tout ce qui pourrait survenir de sérieux. Il était foit inquiet de son convoi de vivres attendu par eau, vu qn'il n'avait plus que pour deux jours de provisions, et se tint debout tout la nuit en se promenant sur le chemin du Sault, avec Poulhaiiès et Johnstone, son autre aide-de-camp adjoint depuis le dépait de Lévis; fort préoccupé en même temps il était d'une attaque et descente simulées habilement dirigées et soutenues par les matelots de la flotte devant lui. Ce danger appréhendé ayant disparu avec le retrait delà marée devenue basse, et voyant le mouvement des barges ennemies pour s'éloigner, il fit rentrer les soldats sous leurs tentes. Ils avaient ainsi passé toute la nuit aux retranchements. Puis lui-même se retira dans ses quartiers qui se trouvaient près de l'église, sur un point dominant, à la maison aujourd'dui de M. François Parent (1).

Après avoir pris quelques rafraîchissements avec Johnstone il désirait prendre quelque repos. Mais peu après on entendit le bruit du canon venant de Samos. Inquiets et ne recevant aucune nouvelles de Vaudreuil, tous deux montèrent en selle pour aller le rejoindre. Vers six heures et demie, Vaudreuil venait d'apprendre que les ennemis étaient rendus sur le chemin Sainte-Foye, où on pouvait en apercevoir quelques-uns. Aux premières nouvelles celuici n'en voulut rien croire, ne pensant pas l'affaire sérieuse et se contenta d'envoyer une centaine des milices pour reconnaître et soutenir les postes ; foit tranquille, il se mit à éc ire à Bougainville lui demandant des nouvelles et lui souhaitant le bonjour à six heures et trois quarts.

Montcalm prévenu en chemin par Boishébert se hâta d'accourir et, apercevant des quartiers de Vaudreuil, les habits rouges sur le coteau Sainte-Geneviève, il s'écria dans son étonnement " /affaire est sérieuse " : " Ils sont là où ils ne devraient pas être." Sans plus tarder, il envoya Johnstone avec ordre de faire marcher toute la gauche de l'armée avec la plus grande diligence vers les Hauteurs et de ne laisser que 200 hommes à la garde du ravin de Montmorency. Il dirigea aussitôt le Guienne, campé à droite vers les Hauteurs et se

(1) On sait néanmoins que le 3 septembre, il s'établit, mais de sa personne seulement, à la maison de M. de Salaberry.

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mit' à réunir toutes les troupes de ce côté pour les suivre au plus tôt lui-même. Puis il fit une course pour se rendre compte en personne et sur les lieux de la situation. Il fut étonné et fort surpris de voir les ennemis déjà en possession des Hauteurs et tenus en échec seulement par quelques^soldats du Guienne, des milices sorties de la ville et quelques sauvages répandus dans les bois. Les avantpostes échangeaient déjà le feu avec des Canadiens éparpillés dans les taillis. Retournant aussitôt il vint hâter la marche de ses troupes.

Johnstone ayant rencontré en chemin Poulhariès lui montra l'ordre de Montcalm; en retour celui-ci lui tendit un autre ordre de Vaudreuil signé de " Montreuil," son aide-de-camp, portant "que pas un homme de la gauche ne devait bouger du camp." Cependant Johnstone fit battre la générale et toutes les troupes reprirent successivement les armes avec ordre de hâter la marche avec toute la diligence possible pour faire face à l'ennemi. Johnstone, pp. 39 et 41. H devait être alors plus de sept heures du matin.

D'après les ordres, contre-ordres, va-et-vient et délais dans le camp, rapportés par Johnstone, il devait dépasser les huit heures quand le gros de l'armée se mit en marche. Nous concevons que Montcalm et son état-major à cheval aient pu passer par la porte du Palais ; mais nous ne voyons pas la nécessité de faire marcher toute l'armée par cette route (Parkman, II, p. 9 et l'abbé Casgrairi), en allongeant ainsi inutilement son chemin d'un mille, lorsqu'il s'agissait de couper au plus court, pendant que Wolfe n'était qu'à peine tenu en échec, et lorsque, deux heures après, les mêmes troupes redescendaient en masse, à toutes jambes, directement par le coteau Saint-Geneviève. H nous paraît certain que les Sauvages qui furent s'embusquer plus loin, en arrière de Townshend, dans le défaut du même coteau, n'ont pas été induits à faire ce long détour simplement pour aller parader dans la ville avec leurs pendeloques.

M. de Sénezergues, le second après Lévis, qui commandait la gauche amena après beaucoup de pourparlers, quoiqu'il en fût, le Royal-Roussillon ; et Vaudreuil retint 1500 hommes de milices pour sauvegarder le camp.

Arrivé sur les Hauteurs avec les troupes, Montcalm fit demander à^Ramsay, le lieutenant du Roi dans Québec, les pièces de celles de

campagne sur les ramparts; celui-ci refusa, ne voulant pas lui en fournir plus de deux, en hésitant, et seulement sur les neuf heures, " ne voulant pas, dit-il, dégarnir sa ville." Il avait 189 canons dans Québec ! !

Les régiments français vinrent se ranger au fur et à mesure sur lesButtes-àr-Neveu, à commencer à gauche par le Guienne, puis Béarn, Languedoc et LaSarre, tirant tous en ligne vers la droite. Le Royal- Roussillon, campé près du Sault, arriva le dernier vers neuf heures et demie, après une marche forcée de deux lieues et demie, et prit place, encoie hois d'haleine, à gauche, en-deça des milices de Montréal et de Trois-Rivières, lesquelles contournaient le bord du cap vers le fleuve/ Les troupes de la colonie et les milices de Québec s'étendaient le long du coteau Sainte-Geneviève, à partir du moulinât vent et faisaient face à la gauche des Anglais et au corps de réserve de Townshend. Les sauvages fuient s'embusquer dans le défaut du coteau en arrière de Townshend. Les deux ailes françaises s'appuyaient sur des bois qui longeaient chacune des cimes du cap. Les cinq régiments de l'armée régulièie étaient formés en front de bandière dans une direction en ligne ( boite de la Tour actuelle No. 2, à l'Hôpital-Général.

Montcalm se plaça au centre pour commander et se tiouvait en ligne de la continuation de la rue Saint-Amable, à mi-distance ent r e les tours Nos. 2 et 3.

M. de Sénezergues de la Rode, commandant du second bataillon de la Reine, avait le commandement de la droite, et Dumas, major des troupes de la marine, sous lui, était en tête des milices de ce côté. Le brigadier St. Ours commandait en second le centré sous Montcalm.

Fontbonne, lieutenant-colonel du Guienne, tenait charge de la gauche, avec Herbin qui avait sous lui les milices de Montréal et de Trois-Rivières.

Sans les sauvages M. de Montcalm aurait pu compter en tout environ 5,800 hommes disponibles, dont 1620 étaient les seules troupes régulières qui lui restaient à la main; les autres étaient des milices canadiennes, en y comprenant les 1500 hommes retenus au camp de Beauport par Vaudieuil. Toutes ces tioupes étaient réduites depuis le 22 août à une ration de trois quarteions de pain,

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et, pour les canadiens et les sauvages, à " un misérable d'eau-de~vie." On peut se demander si, sortant des retranchements, " le jour étant fait," quel repos et rafraîchissement le soldat eut le temps de prendre quand il entendit alors battre la générale. L'endurance était une de ses solides qualités et se montra en réponse à leur brave général qui, parcourant les rangs à cheval et les encourageant, s'informait d'eux, s'ils étaient bien fatigués; " on ne Test pas en face de l'ennemi," fut la réponse de tous.

Montcalm braqua à dioite ses deux pièces de campagne. Posté sur une éminence (1) il se trouvait de plus adossé aux divers bastions de la ville, savoir le cap Diamant, la Glacière, Saint-Louis, Saint- Ursule, Saint-Jean et la Potence, lesquels ne lui servirent pourtant de rien. Fraser, p. 21.

Il avait ainsi l'avantage du tenain et un appui certain sur ses derrières. Il n'avait lien à perdre en maintenant sa position pendant quelque temps, tandis que Wolfe s'exposait à être attaqué en queue et en flanc par Bougainville, qui, dès qu'il serait aveiti par des estafettes, pourrait dans peu de temps (2) accourir du Caj>-Rouge; alors Wolfe se verrait pris entre deux feux et sans retraite possible. Il lui fallut alois vaincre au plus tôt ou péiir, et en eiïet ce fut là le cri de guerre de» ses soldats. Montcalm pouvait aussi se replier sur la ville, ou sur l'heure en tirer 650 hommes ( Knox) de la garnison, comme support et persister à obtenir le contingent de 1500 hommes retenus dans le camp. Sans doute qu'il était forcé de chasser Wolfe au plus vite et à tout pnx, cependant deux heures de plus d'attente faisaient arriver Bougainville à temps, comme on sait. (Jue se passaitil dans son esprit ? Nous laissons à d'autres, qui prétendent le deviner, le soin d'en rendre compte. Voyons ce qu'il a fait : inutile de chercher ce qu'il aurait pu ou dû faire, ou à ce que Lévis aurait fait à sa place.

Retournons maintenant suivre Wolfe sur le plateau et laissons

(1) Ce point était d'une telle importance stratégique que Montcalm. dans son plan de défense, avait songé en premier lieu à s'y retrancher.

Murray lui-même dit qn'il n'eut pas le temps de le faire à cause de la terre trop durement gelée et qu'il aurait pu s'y défendre contre une forte année. Lettre du 5 mai 1760. et son journal, p. 6.

(2) Suivant le Col. Wood il se serait présenté à 11.00 hrs. sur l'arrière de Townshend. (Cf. II. Composite Plan—êthe Fight for Canada.

parler dans son journal le capitaine Knox, le meilleur témoin présent avec lui. Vol II, p. 96.

" As soon as we gained the summit ail was quiet and not a shot " was heard, owing to the excellent conduct of the light infantry

" under colonel Howe it was by this time clear day light.

" Hère we f ormed against the river and the south country to our rear, " (1) our right extending to the town, our left to Sillery and halted " a few minutes."

" We then faced to the right and marched towards the town " by files till we came to the Plains of Abraham, an even pièce of '" ground, which Wolfe had made choice of when we stood forming '" upon the hill. Weather showery, about six o'clock the enemy " made their appearance (Le Guyenne déployé en tirailleurs et les " milices de la ville) between us and the town ; whereupon we halted, " and wheeled to the right, thereby forming the Une of battle."

Il décrit cette première formation de la ligne, laissant une partie de Pinfanterie légère postée dans des maisons à Sillery (Saint-Michel et Samos) et le reste occupant d'autres maisons favorablement situées pour défendre la gauche vers le chemin Sainte-Foye. Le général fit ensuite avancer quelques pelotons du Bragg et des grenadiers de Louisbourg pour intercepter l'ennemi sur le versant du plateau qui menaçait d'enfiler entre lui et la cime du côté du fleuve Pour s'y fortifier d'avantage il y ajouta le 35me Otway aussitôt que celui-ci fut arrivé et où il servit en même temps de réserve, ld. p. 69.

Cet auteur qui, — nous le citons, — est le témoin et l'écrivain sur les lieux le plus compétent, et plus authentique que la moyenne de tous les plans sur lesquels on veut s'appuyer, fait observer (vol. 11, p. 69) que, quoique cette disposition fût ensuite changée, néanmoins la situation de l'armée demeura alors la même quant à l'ennemi et à la scène de l'action.

Il est plus parfaitement corroboré par le lieutenant ensuite colonel Fraser, du 78me, alois commandé par son parent le colonel Simon Fraser.

Lorsque le complet des derniers régiments fut arrivé, Wolfe rangea son armée en bataille, la divisant en trois brigades. Sa pre-

(1) Facing the road in front and the river to our back — (Fraser).

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mi ère ligne fut formée comme suit : la droite, sous Monckton, par le Otway, 35me, .lieutenant-colonel Fletcher, contournant sur le fleuve et en réserve au besoin ; par les trois divisions des grenadiers de Louisbourg, lieutenant-colonel Carleton et par le Bragg, 28me, lieutenant-colonel Walsh. Le centre, sous Murray, fut composé du Kennedy, 43me, lieutenant-colonel James, du Lascelles, 47me, lieutenant-colonel Haie, et des Montagnards écossais, 78me, lieutenant-colonel Fraser; la gauche sous Townshend, comprenait PAnstruthers, 58me, major Agnew et Amberst, 15me, major Irvine, contourné en potence vers le coteau Sainte-Geneviève. L'infanterie légère de Howe postée dans un bois et des maisons à 800 pas en anière, (Montcrief, dans Doughty, S. of Q.j V., p. 188, et ordres du jour, 7 sept.,) faisait face à la iivièie SaintrCharles. La seconde ligne, celle de réserve, contenait deux bataillons du Royal Ameiican, 60me, sous le colonel Young et protégeait Paile gauche. La droite et le centre avait pour suppoit à 200 pas (ordre du jour, 7 sept.) le corps de réserve du Webb, 48me, lieutenant-colonel Burton, posté en plein sur les plaines (champ de courses) et aligné en huit divisions largement espacées. Le 3me bataillon du Royal-Ameiican protégeait à Marchmont les communications avec la flotte et servit en même temps cP arrière-garde. On doit ajouter pour former la force totale d'une compagnie de PArtilleiie Royale, canonniers, bombardiers, et matrosses (matras) ; aussi une compagnie d'ingénieurs qui survint et dont le nombre n'est pas donné. Sans ces derniers toute Tannée sur les Hauteuis comptait, à paît de Pétat major de 13 officiers, 4826 hommes de tous grades et rangs, dont 3111 hommes formaient la ligne de front sur deux rangs de hauteur ; la réserve pouvait contenir environ 1500 hommes et le reste était posté à Saint- Michel et ailleurs. Nous langeons donc la formation de cette ligne avant et lors de sa première maiche à un mille de la ville environ (Fraser) à commencer près de la cime du cap à dioite et appuyée sur le chemin d'en bas du terrain des coin ses, (Thomson et Fraser) traversant celui-ci et la Grande Allée, puis longeant de près PA venue des Erables et dépassant un peu le chemin Sainte-Foye à P Asile Findlay et celui de PAvenue. Pour couvrir Pétendue de dix-sept arpents de ce front les divers bataillons étaient espacés de quarante verges. (Sergent Johnson.)

En longueur le champ de bataille couvert par cette armée s'éten-

dait depuis Parrière garde du Royal- American (sur Marchmont) jusqu'à son front, quand elle s'arrêta en bataille sur Péminence de la prison, sans tenir compte des avant-postes et des éclaireurs n'excédant pas vingt-arpents ; et à mi-distance entre deux était placée la réserve du Webb, 48me, suivant Fraser et divers plans de la bartaille, — entre autre, celui de Wyld, de 1841 — et celui des trois ingénieurs royaux de 1759. (Copie photographiée.)

Avant et pendant ces formations, mouvements et marches que divers avant-postes protégeaient, les Français avaient continué la fusillade depuis le matin, puis commencé la canonnade, qui ensemble durèrent plus d'une heure avant d'en venir aux mains. Dans cet intervalle de temps l'armée anglaise ainsi rangée en bataille s'avançait lentement par des marches et des haltes successives, durant une demi-heure avant l'action, ainsi que le colonel Fraser le décrit en détail. On peut dire que, depuis les huit heures, la bataille était engagée un peu partout ; car les pelotons des milices s'élançaient sur les avant-postes et faisaient un feu sûr et bien servi, gaUing fire. Des tirailleurs canadiens et des sauvages, éparpillés de tous côtés dans les fredoches (Malartie, p. 484) et cachés dans un champ de blé en avant de la droite de Wolfe lui tuaient beaucoup de fantassins. D'autres miliciens étaient embusqués en grand nombre dans le petit bois {coppicé) en face de son centre. Etant proches et tirant juste, ils abattaient à coup sûr les soldats visés et on les voyait tomber dru (fast). (1) Our men fell fast. Townshend, p. 228.

Un de ces Canadiens, au dire de Montcalm, vaut ainsi trois soldats disciplinés. Ils n'en étaient cependant pas moins bons combattants, car par des sorties et attaques vigoureuses ils firent reculer, puis fuir en désordre, les avant postes au-devant du Lascelles et de l'Anstruthers, ce qui mit la confusion dans les rangs. Wolfe accourut pour y remédier au désordre et c'est en revenant qu'il fut atteint d'une balle au poignet, qu'on lui vit envelopper d'un mouchoir.

(1) Hawkins, suivant nous, n'a pas tort d'étendre le champ de bataille à partir de l'estrade des courses, puisqu'avant l'action les Anglais avaient déjà perdu i usque là plus de monde qu'ils n'en perdirent dans la suite de la bataille, " had alreadv lost more men in killed and wounded in skirmishing than in the gênerai action. - Monlcrief, V, p. 54, S. of Q.

" 1500 of their best marksmen kept on continuous fire upon our line for some time before the battle became gênerai." Id. t pp. 103-4, — Johnson.

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A leur droite les Français attaquèrent de bonne heure et vivement la maison Borgia où les ennemis se tenaient retranchés et par où ils protégeaient leur ligne et leur aile gauche. La résistance fut opiniâtre et ensuite soutenue par Townshend. Il fallut du canon pour revenir à la charge et les déloger. Les Canadiens mirent le feu aux deux maisons, et, poussant outre avec une trentaine d'hommes du la Sarre, forcèrent cette avant-garde à reprendre sa première position à l'Avenue-des-Erables.

Plus loin, en arrière, le colonel Howe et son infanterie légère quoiqu'abrité, dans un bois et des maisons, se trouvaient aux prises avec une bande de Sauvages et de Canadiens qui fourmillaient devant lui et sur ses côtés. Ils lui enlevèrent une des maisons qui protégeaient le front de Townshend; mais elle fut reprise sur eux, tous ceux qui s'y trouvaient furent passés au fil de l'épée. Life of Tovmshend f p. 227.

Wolfe, tant pour cacher l'état de ses forces et attirer Montcalm au combat, que pour épargner des pertes inutiles donna l'ordre de se coucher à terre et les soldats se virent plus à l'abri du feu, et demeurèrent à couvert dans cette position pendant quelque temps derrière des ravins peu profonds, attendant, dit le sergent Johnson, l'approche de l'ennemi, " et posté, dit Lévis, derrière de petites " hauteurs." Journal, pp. 209-274.

" En effet les deux armées séparées par une petite colline (le site de la prison actuelle, il n'y en a pas d'autie,) se canonnaient " depuis environ une heure. L'éminence sur laquelle la nôtre " était rangée en bataille dominait dans quelques points celle qu'oc- " cupaient les Anglais qui y étaient couverts, soit par des ravins peu " profonds, soit par des clôtures de champs en palissades." Evénements de la guerre, p. 60.

Et ajoutons, cachés aussi à Montcalm par le petit bois qui séparait les deux centres. Joannès, qui en était, raconte que les deux armées se fusillaient pendant longtemps " dès avant les dix heures du matin."

Le colonel Fraser dit de même :

" VVe had several skirmishes with the Canadians and Savages " till about ten o'clock when the army was formed in line of battJe." Fraser, 20.

Ce qui s'entend quand l'armée se mit en arrêt de bataille après s'être avancée sur l'éminence. Lévis énonce au clair la position. " Les ennemis, qui, à notre mouvement, avaient gagné la crête des hauteurs, firent un feu considérable." (Journal, p. 209).

Wolfe était parvenu à placer près de l'éminence dont il s'était emparé un petit canon de bronze de 6, grimpé à bras du Foulon par des matelots. C'était toute son aitilleiie de service.

On peut observer avec quel soin et quel exactitude est fait le plan de la bataille qui se voit dans Jefferys. Il indique l'endroit* de cet unique canon et corrobore ainsi Townshend, Fraser et autres sur ce point. Les deux pièces des Français y sont de même marquées, et leur front de bandière, en ligne avec chaque drapeau ou guidon en tête du rég'ment, est paifaitement dessiné.

Nous attirons l'attention spéciale sur ce po nt mportant et débattu, puisqu'il se rattache directement à l'endroit où Wolfe fut frappé à mort et où il s'agit de lui élever un monument. Il nous parait évident que la igné de Wolfe s'était abr tée derrière a butte de la prison et dépassait peu la borne Est des Plaines ; ce qui se confirme davantage par !e simple aspect des lieux ou par l'inspection du plan que nous avons montré, (1) dont es chiffres des différents niveaux indiquent là les ondulations du sol, différence entre 321, 292 et 200 pieds, c'est-à-dire une trentaine de pieds de baisseur à l'ouest au bas de l'éminence.

(1) Ce plan, de 10 pieds x 8, échelle de 100 pieds au pouce, servait de démonstration à la conférence et il est fait sur celui du cadastre officiel, et celui récent des ingénieurs royaux à Québec qui s'accordent.

Borgia

est beaucoup trop à l'est, puisqu'il doit se trouver exactement en ligne avec la tour No. 2 et l' Hôpital-Général. L'étendue sur la longueur n'est pas plus correcte pour le point où W olfe aurait été frappé à mort qu'elle ne l'est pour la maison Borgia. L'étendue doit nécessairement être inexacte sur ces cartes puisque le texte de la version de Wood en diffère et donne pas beaucoup moins d'un demi mille ou 2,640, pieds et la mesure exacte est de 3,300 pieds.

C'est ici l'occasion de corriger l'avancé de MM. Doughty et Wood, Chapais et Chambers, à l'adresse de Hawkins, sur le vrai site de la bataille quand ils disent :

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Bien plus, Wolfe avant l'action envoya s'emparer de cette élévation parce qu'elle lui obstruait la vue de l'ennemi de ce côté. La lettre du 7 oct., 1759 de» James Henderson, volontaire dans les grenadiers de Louisbourg sous Murray, lequel fut promu ensuite comme officier par Amherst, ] ettre qui a été écrite peu après la bataille en fait preuve : " Upon the gênerai viewing the position of the two " armies, he took notice of a smaM rising ground between our right " and the enemy's left, which concailed (sic) their motions from us " in that quarter, upon which the General did me the honor to detatch " me with a few grenadiers to take possession of that ground, and " mantain it to the last extremity, which I did until both armies was (sic) engaged ; and then the General came to me ; but, oh.... " that great and ever mémorable man, whose loss cannot be enough " ever regrettée!, was scarce a moment with me when he received " his fatal wound." (Hawkins, pp. 360-361, and Doughty } ).

La lettre du 19 novembie 1759, du lieutenant Hem y Brown, des mêmes grenadiers, corrobore exactement celle d'Henderson ; car ce fut lui qui l'aida à transporter Wolfe une centaine de verges en arrière aussitôt qu'il fut frappé à mort.

Cette position au bas de Péminence est aussi confirmée par Know (Journal, sept., 13*A) : " The gênerai then advanced some " platoons from the grenadiers and the twenty-eight régiment below " the heiffht on our right." (1) We were now ordered.

" The author of ail the modem miseonception about the true site of the battlefield " is Hawkins, in whose Picturcn of Queber, 1834, the scène of the action is absurdly " giveu a»** the présent Plains or Park. Tins blunder has been repeated again and " again up to the présent. The Dominion Covernment lent it their officiai sanction " in 1901, when thev bought this ' historié ' ground from the Ursulines and gave it " to the city of Quenee." Wood. Fight for Canada, p. 335.

Voici ce que Hawkins écrit, p. 357 : " The severest fighting took place lietween " the right of the race-stand and the Martello Towers." Ce que nous croyons être exact, comme vis-à-vis les tours Nos. 1 et 2. Notons que le bois copjricc couvrait l'endroit de la rue de Salaberry.

L'examen de ce plan toniposiU fait voir que le front de la ligne française est aussi raccourci d'au moins un tiers et contraire aux plan.* originaux connus.

(1 ) Sur cette emmenée, où est bâtie la prison, il y avait autrefois une redoute appelée " Wolfe's redoubt," telle que marquée sur le plan du major Holland. Construite immédiatement après la bataille, ses rest< s sont disparus pour faire place à la récente construction, ("est la même que celle mentionnée par HawKins, à l'encoignure sud de laquelle a été plantée, en souvenir de Wolfe qui reçut là son coup de mort, li premier»* !>.»rr.< <ie la méridienne tirée par le major Holland suivant son plan île 17W). Cette borne se trouve po>ée dans la cour intérieure de la prison. (>n trouve également le tracé de cette redoute sur le plan de John Adanis, artilleur, fait vers 1.S20. plusieurs années aj»rès celui de Holland, mais non daté.

M. CampU'll. ancien protonotaire, et M. Lampson. avocat, tous deux élevés auprès, me disent avoir souvent joué dans les ruines de cette redoute. Sa forme était en pentagone ou parallélogramme, avec une corne à double flanc, dirigée en front vers l'ouest, et semble mesurer de MX) à 1/iO pieds sur ses faces.

De même cette élévation ne pouvait se rencontrer sur le terrain que Wolfe avait choisi pour déployer son armée, " an even pièce of " ground, which Wolfe had made choice of , while we stood forming " upon tlie hill." Know, II, p. 68.

Cependant, sur les neuf heures et demie, les deux armées déployées à une portée de mousquet, s'étaient ébranlées et rapprochées d'un peu plus près ; les Anglais s' étant levés, et avançant leur première ligne de quelques pas, prirent pied sur l'éminence et s'y arrêtèrent en bataille. Us n'étaient plus qu'à 5 à 600 verges des Buttesà-Neveu où se tenait la gauche de Montcalm. (Knox, 13 sept, 59.)

Wolfe vint se placer, pour commander, au sommet de l'éminence, entre le Bragg et les grenadiers de Louisbourg qui étaient son corps d'élite ; delà son œil rayonnant de joie dominait toute sa ligne ; et pour mieux faire faoe à la courbure des rangs ennemis s' étendant sur la berge des Buttes-à-Neveu, il arrondit de même son aile droite.

Montcalm n'avait pu distinguer exactement les forces de l'ennemi; il se figura, sur ouï-dire, qu'il commençait à se retrancher et qu'une fois maître du terrain U ne pourrait plus le déposter, (Montreuiï) ce qui pour lui était le point principal à enlever incontinent et à conserver à tout prix, vu que ses vivres se trouvaient interceptés. H craignait aussi vu le mouvement de Townshend vers la maison Borgia et le moulin à vent, d'où le chemin descendait à la rivière Saint- Charles, que sa droite pût être tournée et sa retraite coupée: sur ce il se décida, avant d'avoir réuni toutes ses forces, à hasarder le combat. On en vint là sur avis, a-t-on dit, d'un conseil de guerre, et où on résolut d'attaquer en bandière et non pas en colonnes.

Cependant le major Montreuiï, l'aide-jfccamp et ami de Vaudreuil, prétend lui avoir représenté qu'il n'aroit pas les forces nécessaires ; néanmoins, il ordonna le combat.

Au signal d'une charge générale et à la suite de Montcalm à cheval, Pépée à la main devant eux, les bataillons se portèrent en avant de bonne grâce, au pas de charge, et avec la vivacité coutumière des Français, le centre dirigé contre Murray et la gauche contre Monckton. L espace un peu creux à franchir était difficile, embarassé, inégal et entrecoupé de broussailles. Us tinrent leur ligne jusqu'à la rencontre du bois qui s'allongeait un peu vers leur droite et séparait les deux armées, où il fallut la rompre et s'avancer comme

en trois colonnes. L'une, la première, dépassa au sud, et les deux autres du côté nord. Cet obstacle étant dépassé les rangs cherchèrent à se reformer en plaine, mais étant reserrés, la mitraille bien servie et bien dirigée du petit canon les empêchait fort. Avant d'y parvenir, les troupes de la première colonne lâchèrent de trop loin un feu irrégulier, en peloton, tirant en enfilade vers les ailes, tout en avançant hardiment, hurlant des cris de guerre, épaulant et pointant leur fusils. Leur décharge n'eut que peu d'effet. Les Canadiens, incorporés et nombreux dans les rangs, accoutumés à mettre ventre à terre pour recharger, augmentèrent par là le désordre.

Les soldats de Wolfe qui avaient enduré, tout le temps sans broncher, la fusillade des tirailleurs, reçurent avec intrépidité cette première décharge. Ils attendirent, chargés à double balle, 1'ennemj descendu dans le ravin entre les Buttes-à-Neveu et la prison, "qui s'approchait résolument, mais en mauvais ordre. Quand les premiers rangs furent rendus à belle portée, une quarantaine de verges environ, ils furent reçus par un feu simultané de toute la ligne, " comme un coup de canon," et si bien nourri en s'avançant encore de quelques pas, (Malartic, p. 285 et Sanders,) qu'il fut des plus meurtriers ; tellement qu'au bout de 6 à 8 minutes, quand la fumée se dissipa, on les vit dans une entière confusion. Les premiers rangs de la première colonne étaient criblés et abattus. Les canadiens, ventre à terre, paraissaient augmenter le nombre des morts ; la panique s'empara des autres restés debout, qui tournèrent le dos et s'enfuirent éparpillés, dans le plus grand désordre, quelques-uns vers la ville et la plus grande partie vers le pont de bateaux. Us entraînèrent sur leur passage l'aile droite et le reste dans une fuite précipitée.

Wolfe profita de la confusion qu'il aperçut dans les bataillons en désarroi devant lui. Sûr de l'effet de son premier feu il ordonna aussitôt, sans attendre que la fumée eût tout-à-fait disparu, de charger à la baïonnette. A l'instant une seconde balle l'atteignit dans l'aine et le fit chancelier sous le choc, sans pourtant l'arrêter. Comme il allait s'élancer au pas de charge à la tête des grenadiers de Louisbourg il fut frappé d'une troisième balle en pleine poitrine qui le renversa blessé à mort. Les grenadiers n'en continuèrent pas moins la charge avec ardeur, sans paraître s'en être aperçus.

Ses compagnons d'armes relevèrent aussitôt leur général à sa demande : " Soutenez-moi, leur dit-il, pour que mes braves ne me voient pas tomber." Alors le lieutenant Brown et James Henderson, le soutenant dans leurs bras, l'aidèrent à se transporter dans le ravin à environ cent verges en arrière. N'en pouvant plus il demanda de Peau et d'être déposé à terre à l'endroit même où est érigé son monument. On courut vite lui en chercher à un puits, cent cinquante pieds au nord, et on l'adossa contre une pierre (1).

Henderson alors l'appuya sur sa poitrine ; ses yeux étaient éteints, sa tête retombait sur le côté ; il était presque en syncope.

Empruntons du Dr. Fisher le bref et admirable récit des derniers moments et héroïques paroles du guerrier mourant : —

" The charge still continued, when the officer on whose shoulder, " as he sat down for the purpose, the dying hero leaned, exclaiming : " They run ! they run ! Who run ? asked the gallant Wolfe with " some émotion. The officer replied : — The enemy, Sir ; they give " way everywhere ! What, said he, do they run already ? Pray " one of you go to Colonel Burton, and tell him to march Webb's " régiment with ail speed down to Saint-Charles River, to cutoff the " retreat to the fugitives from the bridge. Now God be praised, I " die happy. So saying the youthful hero breathed his last."

" Such was the death of Wolfe upon the plains of Abraham at " the early âge of thirty-two years."

Ainsi nous voyons que Wolfe fut retiré derrière sa première ligne, qui allait s' éloignant, et en avant de sa réserve du Webb, qui jusque là n'avait pu le devancer puisqu'elle n'avait pas remué. Avec une présence d'esprit admirable, dernière lueur expirante mais vivace de son brillant génie, il sut encore, éveillé par la victoire, commander à point en gardant jusqu'à la fin la sûreté de son coup d'œil de vrai capitaine.

Il n'est pas surprenant que Wolfe ait été atteint plusieuis fois ; sa haute taille, son costume écarlate, brillant au soleil, et sa place

(1) Cette pierre, pour erre conservée et l'empêcher d'être toute déchiquetée, a été enfouie sous le monument. Le puits est encore visihlc, quoique non utilisé maintenant ; on l'appela depuis '• Wolfe wtll." \('j. Trôna. H. Su. C. Vol IX, pp. 112-113/.

pour commander l'exposait comme point de mire aux francs-tireurs canadiens.

Une modeste colonne entourée d'un grillage, indique l'endroit précis où le héros est mort. Elle porte la simple inscription :

Hère Died Wolfe Victorious

La déroute des Français cependant notait devenue totale que parmi les troupes réglées.

Les Canadiens retirés en grand nombre, on dit 1,500, dans le petit bois, continuèrent leur feu meurtrier sur le centre et la gauche et ne délogèrent que lorsqu'ils se virent près d'être enveloppés par le Kennedy et le Bragg. Ils retraitèrent en combattant à la façon des Parthes, faisant volte-face de temps à autre, jusqu'à l'autre petit bois près de la porte Saint-Jean, où ils se rallièrent au nombre de 800 à 900, et par une nouvelle résistance firent éprouver des pertes à différents corps qu'ils forcèrent à se replier ; mais il fallut céder à la supériorité du nombre. Cependant ils avaient réussi en partie à couvrir la retraite. (Mante, p. 256).

Le gros de l'armée de Montcalm n'avait pas donné, à sa gauche les diverses premières escarmouches et l'attaque (ou plutôt la fuite qui s'en suivit), entre la première colonne et la droite de Wolfe, peuvent restreindre la bataille, si elle porte ce nom, à l'espace compris entre les tours Martello, Nos 1 et 2 et celui en ligne avec et en face de la prison vers la rue de Salaberry, où les Canadiens retirés dans le" bois fourré entre les centres, seuls avaient tenu bon comme on l'a vu.

Townshend, de son côté, n'avait eu jusque là que des escarmouches et des fusillades. Un détachement s'était avancé dès le matin, comme on l'a dit, jusqu'à la maison de Borgia, près du moulin à vent (1) sur le bord du chemin Sainte-Foye, et s'en était emparé ainsi que des deux maisons y attenant. Les Canadiens, malgré ses efforts pour s'y maintenir, l'en chassèrent et y mirent le feu. (Knox, 11, />. O.S.) Townshend n'eut guère de peine à empêcher la tentative de 1 ennemi de le tourner. Quelques pelotons du Amherst y suffirent.

(I) Ce moulin se trouve indinué sur plusieurs cartes et plans, entre autres par Villeneuve, 1685, par Lévis, 1760, Holland, 1785, par le plan gravé de 1775 sans nom d'auteur, et par le plan de Perrault, aux Ureulines, jusqu'en 1790.

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