MONUMENT DE WOLFE
Plaines d'Abraham.
Il en était là quand on lui annonça que la commandement lui était dévolu.
Monckton venait d'être mis hors de combat. Au moment où les Français lâchaient pied, il fut atteint à la poitrine, en tête du Lascelles, par un tirailleur caché dans le petit bois, et fut retiré dangereusement blessé vers la réserve.
L'action fut moins sévère sur Paile de Townshend à gauche, ainsi qu'il le dit.
Suivant Lévis la déroute aurait commencé de ce côté là. " Notre " droite, écrit-il, plia, et fut suivie successivement de toute la gauche " avec la plus grande confusion." {Journal, 20, Joannès) le dit aussi : " Après avoir fait esssuyé 3 ou 4 décharges à portée de pisto- " let, la droite plia et entraîna le reste de la ligne." C'est-à-dire que la ligne plia ensemble de, tous côtés (everywhere).
Knox cite l'extrait d'un journal d'un officier français, trouvé dans Québec, qui confirme le fait : " Nos troupes donnèrent le pre- " mier feu, les Anglais le second, et l'affaire fut finie. Notre droite " tourna le talon ; le centre courut après, et entraîna avec lui l'aile " gauche ; et ainsi la bataille fut perdue en moins de temps que je " le raconte." (Vol. 11, p. 98.)
C'est ce qui explique le peu de pertes des Anglais sur leur gauche jusque là. En effet PAmherst ne perdit que 2 hommes tués, et n'eut , que 52 blessés en toute l'action ; le 60ième, le Lawrence, seulement deux soldats blessés. Le 58ième, Anstruthers, et le 2ième bataillon du Royal-American perdirent davantage, surtout en blessés ; d'abord en acculant le La Sarre et les milices sur leur centre, puis les refoulant au bas du coteau et vers la porte Saint-Jean ; mais leur perte la plus forte eut lieu en portant ensuite secours aux Ecossais dans la vallée.
Entre-temps les vainqueurs pressaient les fuyards de toutes parts à la baïonnette, et les montagnards écossais avec leur terrible claymore les hachaient pêle-mêle jusqu'aux portes de la ville et dans les fossés. (Saunders.) Cependant le feu des ramparts les arrêta là ainsi que PAnstruthers, qui reculèrent en désordre et furent ensuite ralliés par Townshend.
Si la panique entraîna les régiments réguliers, il faut rendre
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hommage à leurs officiers, qui, en faisant tous leurs efforts pour les rallier, périrent en se défendant jusqu'à la fin, entre autres le colonel Duchastcl, le plus ancien en rang, et les chefs de brigade St-Ours, et Senezergues; ce dernier, mortellement blessé, mourut prisonnier le lendemain à bord de la flotte anglaise.
Montcalm, quoique déjà blessé deux fois, essaya en vain de diriger la retraite. Entraîné par le courant vers la ville et près d'arriver à la porte Saint-Louis, il reçut dans le bas des reins et la cuisse un dernier coup de feu (ou éclat .de mitraille) mortel. Ses soldats le soutinrent sur son cheval pour rentrer dans la ville.
Il ne restait pas de chef qui prit le commandement ; personne ne voulut plus reconnaître d'autorité ou d'ordre quelconque. " Ce fut un pêle-mêle général, une déroute sans nom." ' La postérité aura peine à le croire," ajoute Daine.
Vaudreuil, dans sa lettre au ministre, du 21 septembre, 1759, donne en trois lignes la part personnelle qu'il prit dans l'affaire. " Lorsque j'arrivai, Monseigneur, au champ de bataille, la fuite " était si générale que je ne pus arrêter le soldat. Je ralliai environ " 1,000 canadiens, qui par leur bonne contenance arrêtèrent l'en- " nemi dans sa poursuite K
Cette lettre d'une brièveté sèche et péniblement étudiée pendant huit jours, contient une vantardise, de perfides insinuations et réticences, et cache, sous des inculpations fausses versées sur autrui, la portée de son inepte et inerte conduite, sa lâcheté, sa peur subséquente, par dessus tout, sa fuite honteuse.
D'après Malartic, tout ce que Vaudreuil accomplit fut de faire remonter les Canadiens sur la hauteur, qui, après s'être fusillés avec les Anglais, furent forcés de se retirer : " About two hundred brave " and resolute Canadians rallied on the hollow near the bake house " and returned upon the heights." Johnstone, p. 44. Vaudreuil n'est pas dit les avoir suivis.
Il n'était pas avec eux lorsqu'ils tenaient en échec ces mêmes Anglais dans le fourré près de la porte Saint- Jean, pendant plus d'une demi-heure, ce qui permit aux troupes de regagner le pont. (Bigot)
M. de Vaudreuil au lieu d'écrire à Montcalm de l'attendre (1) n'avait qu'une chose à faire, aller le rejoindre en personne avec les 1,500 hommes de la milice de Montréal, qui s'étaient avancés cependant jusqu'à la rivière Saint-Charles quand il les laissa là pour se rendre à l'armée, où il monta seul, pour rencontrer en chemin les fuyards. Que faisait-il depuis 7 heures à 10 heures ? Voici son aveu : " Je faisais l'arrière-garde et hâtais le pas aux troupes et "aux milices qui étaient sur ma route" ; tandis que ses quinze cents hommes bondissaient de rage en voyant l'armée taittée en pièces sans pouvoir lui porter secours. On ne peut ajouter foi à l'excuse tardive qu'il donne d'un contre-ordre venant de Montreuil. (Lettre du 5 oct., 1759). Il était trop près ; dans un quart d'heure il pouvait faire marcher tout son monde. " Ces Canadiens, de la " valeur, de l'adresse et de la docilité desquels, bien modifiés, il " n'est rien que l'on ne peut attendre, auraient peut-être sauvé la " journée."
Il ne dit pas non plus qu'il était au milieu d'eux, ni à leur tête, quand, après avoir été refoulés, pied-à-pied dans la baisseur au détour de la côte d'Abraham, ils arrêtèrent les Ecossais revenus à la charge, renforcés du 58ième et du 2ième bataillon du Royal-American, se défendirent autour du moulin du Roi et la boulangerie, vis-à-vis l'ouvrage-à-cornes, (Johnstone, p. 44) et profitant de la sapinière infligèrent là la plus grande perte à l'ennemi, principalement aux Ecossais, dont 166 fuient mis hors de combat, c'est-à-dire un quart du régiment.
Avec une bravoure et un acharnement à se faire presque tous tuer sur place, ils sauvèrent ainsi la vie à un grand nombre de fuyards et donnèrent le temps au reste de l'armée de se réfugier dans l 'ouvrage-à-cornes.
Ils prirent même la précaution de mouiller les poudres déposées
(1) Cette lettre nous semble écrite après coup : C'est une contre-vérité. Voici ce qn'on lit dans les mémoires déjà cités, p. 165 :
" M. de Montcalm donnait l'exemple et se trouvait partout ; il envoya ordre sur ordre pour que toute l'armée marchât et gagnât le haut du coteau avant que l'ennemi l'en eût cliassé. M. de Vaudreuil donna au contraire ordre aux Canadiens de rester et leur défendit de passer la rivière, ne voulant pas risquer une bataille, par la persuasion de Cadet et de quelques autres qui y avaient un intérêt particulier." Ceci s'accorde avec la remontrance de Montreuil à Montcalm qn'on vient de voir et qui semblait tenir pour Vaudreuil dont il était aide-de-camp.
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dans la grange du moulin du Roi avant de se retirer à la suite de l'armée.
De son côté Murray s'était mis à la tête des Ecossais revenus alors à l'eue roit même sur la ligne où ces Ecossais s' étaient auparavant rangés, et les fit marcher à travers le bois, près de la porte Saint- Jean, vers l'Hôpital-Général. Le canon du bastion Sainte-Ursule fut dirigé contre eux mais ne leur fit aucun mal. Cependant des tirailleurs dans les buissons et derrière les maisons du faubourg lui tuèrent quelques soldats et blessèrent des officiers. Ce que voyant, Murray ramena son bataillon sur les plaines, au chemin Saint-Louis, et le fit passer à couvert au-delà de l'autre bois et jusqu'à la côte d'Abraham. Là les Canadiens embusqués sur le revers et dans les broussailles du coteau, firent un feu si bien dirigé et soutenu qu'ils abattirent beaucoup de ces montagnards et blessèrent leurs officiers, même les forcèrent à reculer en désordre.
Néanmoins, s'étant reformés, ils revinrent à la charge, appuyés du 58ième et du 2ième bataillon Royal-American, et refoulèrent les Canadiens dans la vallée ; là, ils rencontrèrent de nouveau cette résistance opiniâtre qu'on vient de voir, qui fut assez effective pour terminer la poursuite et assurer finalement le passage du pont.
On ne peut se faire une idée du désordre, de la confusion, de la peur et de la consternation qui régnaient dans l'ouvrage-à-cornes. Le chevalier Johnstone survint à temps pour empêcher qu'on ne coupât le pont de bateaux. " Mais, dit le journal tenu à l'armée, " si les fautes que fit M. de Montcalm ont été funestes à nos armes, " nous dirons qu'elles nous semblent avoir été déshonorées par la "conduite de ses successeurs." Peu s'en fallut que Vaudreuil, soutenu par Bigot et ses affidés, ne capitulât sur le champ pour toute la colonie. (Johnstone, p. 50.) Poulhariès intervint résolument et fit changer la capitulation en une retraite sur Jacques-Cartier.
Townshend, sûr do la victoire, rallia ses trouas que la poursuite avait dispersées et revint les ranger sur le même terrain qu'elles occupaient lors du combat. 11 n'avait plus affaire qu'à Bougainville, qui se montra, de Sainte- Foye, un peu avant midi sur ses derrières, avee les 900 hommes dont il pouvait disposer au Ca|>- Rouge. Celuici, averti avant huit heures par des fuyards des postes culbutés, s'était attardé en envoyant Le Noir de Rouvray, capitaine du régi-
ment de la Sarre, avee un détachement attaquer une maison en pierre, à deux étages, tenant à la batterie à Saint-Michel. Elle était occupés, comme on Pa vu, par le piquet d'infanterie légère qui s'y était retranché, qu'il pensait pouvoir faire prisonnier, et qu'il ne voulait pas laisser derrière lui. Ayant été repoussé il était revenu avec un canon, mais sans pouvoir s'en servir : on avait oublié les boulets. (1) Cependant il attaqua vivement ce poste, et y perdit Brignolet, lieutenant du La Sarre et plusieurs volontaires de la Compagnie de Duprat. Si l'on en croit le Journal abrégé d'un A. de C, les deux officiers qui commandaient en cette occasion les cents volontaires, furent abandonnés par la plus grande partie de leur détachement, et restés avee dix-huit soldats furent écharpés ou faits prisonniers.
M. de Rouvray, y fut grièvement biessé. Ne pouvant se rendre maître du lieu, Bougainville prit le parti de le faire masquer, et continua sa marche vers la ville.
Pour le rencontrer Townshend fit faire volte-face à la réserve de Burton, à l'infanterie légère et au 3ième bataillon du Royal- American, qui s'avancèrent contie lui avec de nouvelles pièces de canon amenées dans l'intervalle. (2)
On ne peut s'empêcher de conjecturer ce qu'une forte diversion de ce côté en queue de Wolfe, aurait pu amener de changement dans le résultat de la bataille si Montcalm eut attendu seulement deux heures de plus.
Une bonne contenance et quelques volées de canon arrêtèrent Bougainville, qui, voyant la journée perdue, se retira sans coup férir et se replia sur la Vieille-Lorette.
Townshend était resté maître de tout le champ de bataille, et sa communication avec la flotte était libre et assurée.
Les Sauvages blottis sur le défaut du coteau étaient restés isolés
(1) Non pas ; mais ils ne faisaient pas. " Jacau (Fiedmont, le capitaine d'artillerie) croit s être trompé en vous envoyant des gargouses croit que celles reçues
ne soient pas de calibre." Montcalm à Bougainvûle , 2 sept. 1759. Il jouait de malheur jusqu'à la fin.
(2) La même mésaventure arriva à Townshend pour ses boulets : ils étaient trop petits : il fallut pointer haut.
Que de légers incidents peuvent affecter le sort d'une bataille !
Le tempe que Napoléon perdit pour s'emparer d'une habitation fortifiée permit à Wellington de se reconnaître et à Blucher d'arriver à son secours l'après-midi de Waterloo.
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en corps et ne paraissent pas avoir pris part à l'affaire. Ils n'affrontent pas l'ennemi en rase campagne et n'inquiètent pas les vainqueurs ; mais ils savent se cacher en s'approchant et tirent juste.
Townshend ne songea plus à la poursuite, mais ayant vu à ses morts, et à ses blessés qu'il s'empressa de faire transporter à ses hôpitaux? à Lévis, il commença aussitôt à se retrancher. Et afin de commander le retour de l'ennemi par le pont et la vallée, il se hâta de fortifier par une batterie la cime du coteau derrière le moulin Manseau, à l'endroit actuel de la tour No. 4. Il tint ses troupes sous les armes toute la nuit sur le champ de bataille, où il resta retranché tout le 14, voyant les tentes toujours debout à Beauport ; puis il s'occupa de se mettre hors de portée du canon de la ville. Il fit reculer le 78ième à une plus grande distance des ramparts, plus près du bois de Sillery, parce qu'il était trop exposé. (Fraser). En même temps il faisait monter ses vivres et munitions de la flotte. Il fit raser et nettoyer le terrain des touffes et broussailles autour du camp, qu'il fortifia à l'entour de plusieurs redoutes, entre autres une près de la rampe du Foulon, et une autre plus haut, vis-à-vis, à 500 pieds au nord-ouest du chemin Saint-Louis actuel, près de ou sur la propriété de M. Ross ; cette dernière est indiquée sur le plan de Holland. Hawkins en mentionne plusieurs autres, particulièrement celle bâtie en flèche dont les restes existaient visiblement, en 1830, près de l'estrade des courses. (Hawkins), Elle commandait le chemin Saint-Louis et une sortie de la ville ; on a cru qu'elle était probablement montée avec la batterie enlevé à Samos. Le camp ainsi retranché embrassait tout le plateau entre la prison, la rampe du Foulon et le chemin Sainte- Foye. Le 3ième bataillon du Royal- American campa le 13, à l'endroit même où l'armée était montée le matin, afin de protéger les convois. Les tentes debout faisaient croire le camp toujours occupé à Beauport.
Le même soir, Townshend, en personne, alla sempaier de l'Hôpital-Gédéral, après avoir dissipé la garde au pont de bateaux, et y déclara tous les blessés prisonniers de guerre.
L'appel du jour constata de son côté 61 morts et 603 blessés.
Pendant cette même nuit, Vaudreuil, sans prendre le temps de lever son camp, à la suite de l'avis d'une espèce de conseil de guerre tenu vers midi dans l'affolement indicible du premier
moment, — et qu'il tint silencieusement caché jusqu'à la dernière heure du départ, — s'enfuyait à la sourdine et en toute hâte avec la droite de son armée en débris vers Lorette et Charlesbourg, pour retraiter derrière la rivière Jacques-Cartier. Il abandonnait ses morts et ses blessés par centaines sur le champ de bataille, ses vivres et tout l'attirail du campement.
La droite était déjà en marche que la gauche n'en savait rien. Vaudreuil s'était esquivé sans donner d'ordres. Il fallut que Poulhariès fit avertir de la retraite tous les postes de Beauport au Sault. Il faisait nuit noire au départ de ces derniers.* Heureusement que les bonnes religieuses de l'Hôpital-Général recueillirent les blessés. M. James Thomson, alors sergent d'hôpital et chargé des blessés, rapporte dans ses Mémoires l'aspect horrible qu'offrait le champ de bataille :
" Where a gretft many of the French lay killed or wounded " (we killed seventy-two officers alone) ; it was horrible to see the " effect of the blood and dust on their white coats."
La journée avait coûté aux Français environ 900 hommes y compris 250 à 300 prisonniers, (Entik,, 4, p. 125,) donne les noms des prisonniers, savoir : officiers, 14 ; soldats, 144 ; de la marine 189. On pourrait ajouter 60 de plus pour les soldats à fin de former le nombre de 204 aussi donné. Nous n'avons pas l'appel exact du soir, qui doit dire beaucoup plus. (Malartic, p. 287.)
Rentrant dans la ville blessé et tout sanglant, soutenu sur son cheval par deux fantassins, Montcalm entendit, en passant par la rue Saint-Louis, parmi les femmes sorties en émoi, crier en s'apitoyant sur lui : " Oh, mon Dieu, le Marquis est tué." Pour les rassurer, il leur répondit en les regardant : " Ce n'est rien, ne vous affligez pas pour moi, mes bonnes amies." On le descendit à la maison d'André Arnoux, chirurgien-major du Roi, située sur son chemin tout auprès. Le jeune Arnoux, en l'absence de son frère avec Boulamarque, prit soin du blessé. Pendant qu'on le pansait il s'informa d 'Arnoux, qui après avoir examiné la blessure l'avait déclarée moi telle, combien il pensait qu'il pouvait lui rester d'heures à vivre, et d'être assez bon et ouvert pour lui dire franchechement la vérité. Sur la réponse qu'il pourrait aller jusque vers les trois heures du matin, " Tant mieux, dit-il, je ne verrai pas les
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" Anglais dans Québec." S'adressant ensuite à M. de Ramezay, lieutenant du Roi à (Québec, qui vint avec d'autres officiers le visiter: " Je remets entre vos mains l'honneur de la France. Je n'ai plus " d'ordres ni avis à donner sur terre ; je ne veux pas intervenir " davantage. J'ai beaucoup d'affaire à mettre en ordre et qui sont " beaucoup plus importantes que l'état de votre misérable garnison. " Puis regardant son ami Poulhariès, colonel du Royal-Roussillon, " il lui dit : le temps presse et je veux passer la nuit avec Dieu " et me préparer à la moit : ainsi je vous prie de me laisser." L'abbé Réehc, chapelain des Uisulines, vint l'assister à ce moment suprême, et après lui avoir rendu les services d'aumônier, il présida à l'inhumation et attesta au registre qu'il mourut muni des sacrements qu'il a reçus avec beaucoup de pi/'té et de religion.
Ce héios vraiement giand et digne, rappoite Johnstone, son aide-de-camp, entendit prononcer sa sentence de moit d'un âme stoïque et d'un cieur intrépide ; son esprit demeura calme et serein ; une expiession douce et souriante montra en lui une indifférence complète soit de vivre, soit de mourir.
Son dernier acte fut de dicter à Marcel, son secrétaire, qui se tenait à son chevet, la lettre suivante pour être remise au successeur du commandement anglais qu'on ne connaissait pas encore.
" Monsieur,
11 Obligé de rendre Québec à vos armes, j'ai l'honneur de reu commander à la bonté de votre Excellence nos malades et nos 11 blessés et de vous demander l'exécution du cartel d'échange con- " venu entre Sa Majesté Très Chrétienne et Sa Majesté Britannique. 11 Je prie votre Excellence d'être assurée de la haute estime et rcs- " pectueuse considération avec lesquelles j'ai l'honneur d'être,
" Votre très humble et obéissant serviteur,
44 M<)NÏ«'ALM."
Puis il adressa ses derniers adieux à sa famille au château de Candiac, nommément à sa vieille mère, sa femme et chacun de ses enfants, qui virent se réaliser encore une fois leur légende :
li La guerre est le tombeau des Montcalm."
{Collection PhUèaë Oagnon)