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ce débarquement ! et que le plus léger contre-temps aurait anéanti toute cette stratégie clans un moment en différentes occasions !
Pourtant les dispositions de Montcalm pour îepousser toute descente de Wolfe au-dessus de Québec avaient été bien piises et étaient suffisantes si elles eussent été suivies; car ses postes avaient été tous bien garnis et stratégiquement posés aux bons endroits pour former une chaîne complète. Le 6 septembre il écrit à Bougainville, " Voilà encore 200 grenadiers que je passe à la batterie de Samos à votre disposition." Malheureusement Vaudreuil remplace ce même jour par Vergor, le brave St-Martin qui tenait la garde de l'Anse-des-Mères et celle du Foulon avec cent hommes. En tout il y avait alors de Québec au Cap-Rouge 500 hommes {Lettre, Vaudreuil, 5 sept.) et environ 1,500 autres surveillant au-dessus. Nous savons aussi que Montcalm avait établi le même jour (5) le Guienne pour stationner en réserve sur le grand chemin déni ère Saint-Michel et Sillery, afin d'être à portée de secourir la droite et la gauche au besoin.
Vaudreuil intervient encoie pour faire rentier le Guienne le lendemain, " dans la ciaintc, dit-il, qu'étant un corps pesant il écrase " en poursuivant les maiches de Bougainville ; et quant à le laisser " à l'Anse-des-Mèies, cela ne se peut, car il n'y a pas de bois." C'est le même Vaudreuil qui donne le contre-ordre de laisser le Guienne aller se poster dès le matin du 12 sur les Hauteurs. " Nous y verrons demain, dit-il." Ce demain assura le triomphe de Wolfe.
On sait de plus que dès que Wolfe eût montré son dessein de faire une descente plus haut que la ville, Montcalm ordonna au Guienne de partir journellement avant le jour et se porter sur les lieux où les ennemis paraîtraient essayer de descendre, et que Vaudreuil s'y opposa.
Bougainville, avec la fleur de l'armée, plus de 2,000 hommes de pied et 200 hommes de cavalerie, sous la Rochebeaucourt, défendait ce soir-là la ri vi ère et les abords du fleuve en amont du Cap- Rouge, là où il y avait aussi 200 hommes sous Beaubassin. Le chevalier de Rumigny, capitaine aide-major du la Sarre, se trouvait au poste de Sillery avec deux canons ; ensuite Douglas, capitaine du Languedoc, à Samos et à St-Michel avec les quatre canons déjà dits et un mortier. L'imbécile et lâche de Vergor de Chambon,
d'abraham et de ste-foye 67
capitaine des troupes de la colonie, était chargé de veiller à l'Ansedu-Foulon et l'Anse-des-Mères. Son piquet à l'Anse-des-Mères, placé le 27 août (Panet, p. 22) pour veiller soit d'en haut ou d'en bas sur la grève, avait déserté ou était comme disparu ce jour-là. Tous ces postes étaient supposés récemment garnis en plus de 100 hommes chacun.
Montealm loin d'être secondé fut entravé malheureusement, dans tout le cours de sa défense. Tel était l'état désastreux du gouvernement du pays et du commandement de l'armée, que " c'était pitié de voir la situation des choses," comme l'avouent les français du temps.
" La correspondance était si mal établie de l'un à l'autre des " postes de M. Bougainville et entre ceux-ci et le camp de Beauport, " que les Anglais avaient, veis les cinq heures du matin, tourné et " dissipé les détachements que commandait M. de Vergor à l'Anse- " du-Foulon, et étaient déjà en bataille sur les Hauteurs de Québec,
" qu'on ignpiait encore dans nos camps qu'ils voulussent
" nous attaquer de ce coté-là ; M. de Bougainville, qui n'en était " éloigné que de deux lieues, ne l'appiit, à ce qu'il dit, qu'à huit 11 heures du matin, et M. de Vaudreuil, qui en était à beaucoup moins "de la moitié de cette distance, n'en fut- exactement informé qu'à " six heures et demie. L'armée, sur un mouvement que l'on avait " vu faire aux barges ennemies, rentrait dans ses tentes." (Ev. de la (!., ]>. 65.)
" La fortune» sembla en cette occurrence s'accorder avec le " peu d'ordre qui régnait parmi nos troupes pour lui (Wolfe) en " faciliter l'accès." (Ev. de la (7., p. 65.)
" Ce mélange» de malheurs et de désordres dans notre service " prépara la fatale catastrophe, qui, par une suite» de nouvelles fautes, " en nous faisant perdre le fruit de tant de fatigue et de dépenses, " mit le comble à notre humiliation." (Journal, p. 65.)
" Au lieu de les chercher dans une fatalité que la suj)erstition " aperçoit toujours dans ce qui arrive de fâcheux aux hommes, je " crois pouvoir, sans rien hasarder, me flatter de les trouver dans " les passions auxquelles nous avons eu le malheur d'être trop sujets, " ou plutôt, dans les désordres qui en sont les suites nécessaires." (Ev. de la G., p. 73.)
Dans son journal Montcalm dit carrément qu'il n'y a ni discipline ni subordination dans l'armée.
Pour nous, ajoutons que ce fut, dès le principe, le partage de l'autorité et du commandement entre des chefs rivaux, jaloux, ambitieux et vaniteux à l'excès, dont les animosités et l'antagonisme éclataient ouvertement ; et de plus ce grand manque de discipline qui amenèrent la ruine.
D'un côté Vaudreuil, qui ignorait les maximes du gouvernement civil et militaire, imposait sa volonté. Il favorisait les troupes de milices ; de l'autre, Montcalm ne pouvait les traiter et s'en servir sûrement comme de soldats bien disciplinés. De là, entre autres, des discordes et récriminations entre eux qui s'envenimaient de jour en jour.
La suite du peu d'ordre qui régnait aussi dans les différentes branches du service est mentionnée à maintes reprises.
Ce défaut de discipline et d'entente ne pouvait manquer d'amener les désastres qui s'ensuivirent.
C'est ainsi que Wolfe ne rencontra aucune résistance dans la surprise du poste de Vergor et n'eût pas à tirer un seul coup de fusil. De même qu'il n'y avait pas là une seule oie du capitole pour donner l'éveil. A qui la faute ? '
Vaudreuil avait le commandement supérieur et Montcalm était tenu de lui obéir.
Nous laissons au lecteur à juger par lui-même sur lequel des deux pèse le plus de responsabilité dans la perte de la colonie.
Tout ce que nous oserions, nous-mêmes, reprocher à Montcalm serait d'avoir hasardé la bataille et de ne pas avoir attendu l'arrivée de Bougainville.
Quant à Vaudreuil, les faits parlent par eux-mêmes et n'ont pas. besoin de nos commentaires.
Aujourd'hui que la défaite de Montcalm est devenue un honheur pour tout le Canada, quelle est la voix canadienne-française qui s'élèverait pour le lui reprocher ?