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Guicciardini, liv.'III, chap. vi

i52 LES BATARDS DE BOKGIA

bres !... Je vais aller rire et deviser un peu d'amour chez Cressida... en attendant mieux.

Le cardinal de Ségovie se hasarda à frapper encore à la porte du pape.

— Saint-père, dit-il, entendez-vous la voix d'un serviteur fidèle?... saint-père, voici trois jours que l'Eglise est privée de vos lumières... saint-père, ayez pitié de votre peuple... saint-père, ayez souci de votre gloire I...

Un profond silence suivit ces paroles suppliantes du prélat ; puis, au bout de quelques minutes, on entendit le bruit des verrous qu'on tirait de l'intérieur.

Une vive exclamation de joie se répandit partout ; et bientôt Alexandre VI, entr'ouvrant la porte, apparut, pâle, faible et se soutenant à peine.

— Entrez, cardinal, dit-il, vous seul.

Le cardinal de Ségovie entra dans la chambre, dont la porte se referma sur eux.

Une heure après, le cardinal sortit et donna des ordres pour qu'un consistoire de cardinaux s'assemblât aussitôt, et fit signe aux officiers de bouche qui, de jour et de nuit, se trouvaient près de la porte, d'entrer chez le pape avec les mets qu'ils avaient entretenus constamment.

— Rien n'est désespéré, dit Gaetano, qui était resté, à l'oreille de Corneto, car monseigneur de Ségovie a donné aussi l'ordre de faire venir mesdames Vanoza et Lucrezia.

— Mon fils, dit l'évèque, il résultera de tout cela une chose : c'est que dans deux jours on ne parlera plus du duc de Gandia.

— Çà, qui va lui succéder comme général des armées de l'Eglise? Un Guelfe ou un Gibehn, un Orsini ou un Colonna? Je penche pour les Colonna.

— Mon enfant, reprit Corneto, ce sera mieux que cela.

— Qui donc ?

— Un homme nouveau.

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