‹ Les bataves à la Nouvelle-ZembleChapitre 25 sur 45 · UN BAISER · texte numérisé non relu

UN BAISER

)» Un seul baiser , belle Corinne , Calmerait de mon cœur les soupirs douloureux ;

Un seul baiser , fille divine !

Voilà tout mon espoir , ma prière , mes vœux ;

Ah ! dans l'ardeur qui me domine ,

Un seul baiser , je suis heureux !

Ton œil si caressant , si tendre A vu dans mes regards la flamme du désir ; Tu m'as vu palpitant des frissons du plaisir , Et d'un feu renaissant tu n'as pu me de'fendre. Non , non ! tu n'as point apaisé Cette chaleur qui me consume , Et, dans mon sein plus embrasé, Une ardente fièvre s'allume.

. Corinne , un seul baiser de toi Verserait sur mes maux un précieux dictame.

i38 UI^ BAISER.

O ma Corinne ! laisse-moi Sur ta bouche aspirer ton ame Et goûter le nectar des Dieux.

Un seul baiser de toi : c'est tout ce que je veux. »

Ainsi j'expirais dans l'attente ; Mon regard suppliant se fixait sur le tien ; Je t'approchai : ton cœur battait contre le mien ; Ma bouche avide errait sur ta bouche tremblante ;

Mon sang roulait précipité..*..

Ton baiser redoubla mes transports, ma tendresse,

Et , dans ma turbulente ivresse ,

Je bus des flots de volupté !

Plus brûlant et plus agité , J'ai reçu ces baisers que je savoure encore , Et d'un mal plus cruel je me sens tourmenté : Arrache de mon cœur le trait ensanglanté ,

Éteins le feu qui me dévore I

Quelle est cette vierge plaintive Qui , sur cette orageuse rive , Languit sous le poids des douleurs ?

Dans ses yeux se peint la souffrance ; Mais la fugitive espérance Brille encore a travers ses pleurs.

C'est toi , Mina ! chaque soirée Te voit , sous son ombre azurée , Chercher un amant qui n'est plus :

Vain espoir ! l'insensible abîme Ne te rendra pas sa victime , Et tes regrets sont superflus.

Pourquoi flétrir tes yeux de larmes ?

Pourquoi confier tes alarmes

î4o MINA.

Aux flots , auteurs de son trépas?

Laisse en paix ses malheureux restes :

Crois-tu que ces vagues funestes Le ramèneront dans tes bras?

Vois-tu pas , fille infortunée , Comme cette mer mutinée Se joue , hélas ! de tes tourmens ?

Cet objet que ta faible vue Découvre au loin dans l'étendue , C'est l'écunie de ses brisans.

î> Dieu ! c'est lui ! le voilà , dit-elle. Dieu ! finis ma douleur mortelle ! »

Tremblante , elle prie à genoux ; Mais le perfide météore Court sur la vague qu'il colore Et s'éteint dans l'onde en courroux.

Elle , dans sa tristesse amère , D'un air sombre fixe la terre ; Déjà la mort est dans son cœur.

L'œil sec , le front pâle et tranquille , Elle est Ih , muette , immobile , Comme l'image du malheur.

En vain de brillantes étoiles La nuit a parsemé' ses voiles ; En vain Phe'be' lance ses feux :

On dirait que , de maux lassée , Sa vague et lugubre pensée A repris son vol vers les cieux.

Mina ! douce et tendre affligée , Ne reste pas ainsi plongée Dans un abîjne de dou'eur.

Lève-toi ! le ciel devient sombre ; Lève-toi ! n'attends pas que l'ombre Redouble sa noire épaisseur.

Mina ! déjà l'orage gronde.

Entends comme la mer profonde Soulève ses flots agités !

Ne tarde plus : l'éclair rapide, Signal de la foudre homicide , Luit et serpente a tes côtés.

Elle écoute. La foudre roule , Et, sur la dune qui s'écronle, Éclate et tombe dans les flots.

Elle se lève. L'épouvante

A glacé son ame tremblante ; Un long cri sort du sein des eaux.

Eperdue , elle croit entendre La voix d'un amant cher et tendre , A travers le souffle des vents.

Elle s'ëlance , et dans l'abîme Dont son amant fut la victime , Roule au grë des flots e'cumans !

Des ëlémens rîvaux l'épouvantable guerre S'allie au bruit roulant des e'clats du tonnerre ; La Nature succombe en un mortel effroi. 1/ouragan des rochers brise les noires cimes , Et pousse leurs débris dans de profonds abîmes : Oh! combien ces horreurs ont de charmes pour moi!

Sur ces monts escarpés , sur ces scènes affreuses , La nuit va déployant ses ailes ténébreuses î Partout plane de Dieu l'ange exterminateur. Mais ces chocs, ces combats, ces ravages terribles Sont encor moins fatals, sontencor moins horribles Que l'orage brûlant qui gronde dans mon cœur.

A mes tristes regards , comme d'immenses voiles , Ces nuages flottans ont caché les étoiles ,

i44 LE DÉSESPOIR.

Et sur l'astre des nuits étendu leur noirceur. De momens en momens , un éclair homicide Fait serpenter dans l'ombre une clarté livide ; Sur le flanc des rochers roule un feu destructeur.

0 supplice ! ô destin ! quelles sombres ténel^res

Ont couvert ma raison de leurs crêpes funèbres ,

Égaré mon esprit et fasciné mes yeux !

Le malheur , comme un feu qui consume la vie ,

Epuise lentement ma force anéantie :

II m'a ravi l'espoir , soutien des malheureux !

A pas précipités , ne vois-je pas la Crainte Baisser son pâle front où la mort est empreinte , Et jeter autour d'elle un inquiet regard ? Sinistre et gémissant , au bruit de la tempête , Le nocturne hibou voltige sur ma tête , Et dans l'épaisse nuit plonge son œil hagard.

Que le tonnerre gronde , éclate ; que la foudre Disperse les rochers en tourbillons de poudre ; Que le globe vieilli s'ébranle à tant d'assauts ; Non , ce n'est point encor ce désordre , ce trouble Que rien nepeut calmer , que chaque instant redouble Dans un cœur écrasé sous le poids de ses maux !

Quand la Nature meurt , quand le bruyant orage ,

Pai' la destruction signale son passage ,

Quand partout le malheur semble marcher en roi ,

Un barbare plaisir apaise mon murmure ,

Et je me dis , content des peines que j'endure :

Oui ! tout ce qui respire est souffrant comme moi !

Raison , fatal present , torture de la vie , Combien de l'insensé' le sort me fait envie ! Il n'a jamais connu l'inflexible malheur; Jamais le fier orgueil , blessé de ses alarmes , Tarissant malgré lui la source de ses larmes , N'essaya d'étouffer le cri de sa douleur.

0 toi , toi qui détruis les sentimens de l'ame , De mon sein déchiré viens éteindre la flamme ; Ote-moi ma raison ; viens ! viens me délivrer De ce feu qui nourrit ma brûlante pensée ; Sur mon front embrasé pose ta main glacée ; Arrache-moi des fers qui me font expirer.

Frappé de mes regards , que tout mortel pâhsse j A mes rauques accens qu'il recule et frémisse ; Dans mes sens égarés verse ton philtre amer. Accomplis mon destin ; que mes Jarmes taries

Cessent de dévorer mes paupières fle'tries :

Viens donc ! franchis pour moi les portes dei'enferf

Je t'attends: qu'une fièvre ardente . inextinguible, S'allume pour jamais dans mon ame insensible ; ' Donne à mon faible bras la force d'un géant. Si mes traits du bonheur ont gardé quelque trace , Que ta sanglante main incessamment l'efface , Et découvre à mes yeux les gouffres du néant.

Que mes cheveux épars, au gré de la tempête, Comme d'affreux serpens se dressent sur ma tête; Débarrasse mon sein de ces lourds vêtemens : Nouvel hôte des bois, sans abri , sans pâture, Aux ardeurs des étés, aux traits de la froidure, J'offrirai , sans douleur, mes membres expirails.

Oui! là, de ces rochers je gravirai les cimes; Avec d'horribles cris, sur le bord des abîmes , J'imposerai silence à la voix des autans. Environné de feux prêts à saisir leur proie, Semblable à l'insensé qui savoure la joie, Je braverai , sans crainte , et la foudre et les vents.

Que la pâle Mi§ère et la Mort dévorante

LE DÉSESPOIR. i^j

Assurent , à leur gré , leur victoire e'clatante ; Que tout tombe et s'abîme à mes yeux endurcis ! Viens donc , fille d'enfer , inexorable Rage ; Ta victime t'attend : — frappe, détruis , ravage; Viens donc ! entoure-moi d'effroyables débris.

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