‹ Les bataves à la Nouvelle-ZembleChapitre 26 sur 45 · URSIN ET VALENTIN · texte numérisé non relu

URSIN ET VALENTIN

CONTE

Au retour du printemps, quand les filles de Flore, Au souffle des Zéphyrs vont s'empresser d'éclore , On ce'lèbre à l'envi le jour de Valentin. L'aul3€ à peine entr'ouvrait les portes du matin , Et le prince des Francs , sorti des murs de Renne , Sur un ardent coursier foulait au loin la plaine. Aux plaisirs de Diane, escorte' de sa cour , Il veut avec éclat consacrer ce beau jour. Bientôt , dans la forêt , un cri part , l'airain sonne : Son cortège royal le suit et l'environne ; Et tandis qu'au travers des taillis ténébreux , Ils guident , à grand bruit , leur vol impétueux , tin enfant , qui paraît à sa première aurore , S'offre sur le gazon qu'un doux rayon colore. La pourpre enveloppait ses membres délicats.

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Les chasseurs étonnes , précipitant leurs pas , Interrogent des bois l'épaisseur solitaire : Ils appellent en vain , ils cherchent. . . point de mèref De l'enfant qui sourit le Roi s'est approché : » Tendre orphelin, dit-il, que mon cœur est touché ! Sans doute un noble flanc t'a donné la naissance. Oui , le ciel sous ma garde a mis ton innocence. Aimable enfant, peut-être es-tu le fils d'un roi : Eh bien ! que mon palais s'ouvre à l'instant pour toij En l'honneur de ce jour , dans l'antique chapelle , Du nom de Valentin je veux que l'on t'appelle. Allez ; empressez-vous ; que parles plus doux soins, Une mère étrangère apaise ses besoins ; Que l'on n'épargne rien, et qu'en prince on le traite.» Déjà le jeune enfant joue au sein qui l'allaite ; Et , sous les yeux du Roi , par les plus tendres soins , Une mère étrangère a prévu ses besoins.

De la cour adoré , sous un heureux présage , Valentin grandissait et devançait son âge. Son regard était vif, son port majestueux; La franchise éclatait dans ses traits gracieux. Son air était affable , et la plus noble flamme , De vertus et d'honneur alimentait son ame.

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Plein de fierté, mais doux, courageux, mais prudent, Il re'glait a son gré les vœux d'un cœur ardent , Et son naissant amour pour les jeux de Bellone , Promettait h son Prince un ferme appui du trône. Il sortait de l'enfance ; et , d'un duvet le'ger , Son menton commençait à peine à s'ombrager , Que déjà Yalentin , respirant la victoire , Du nom de chevalier veut mériter la gloire. » 0 Prince ! une faveur , dit-il ! une faveur ! Que le premier danger signale ma valeur. )• — i> Tu combles mes désirs , dit Pépin , avec joie , Et qu'au premier danger ta valeur se déploie. »

Quelques jours avaient fui, lorsque trois pèlerins, Élevant vers le ciel leurs suppliantes mains , Entrent dans le palais. Encor pleins d'épouvante , Ils guident vers le Roi lenr démarche tremblante : )» Bon Prince , disent-ils , ayez pitié de nous ! » Et tous trois de Pépin embrassaient les genoux. u Ah! voyez ces lambeaux qui nous couvrent a peine! îs'ous sortons, demi-morts, delà foret prochaine. Dans ces bois , se cachant h la clarté des cieux , Vit , au milieu des ours , un sauvage hideux. Le repaire d*un ours est sa demeure horrible ;

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Sa taille est gigantesque et sa force invincible ; Il chasse avec les ours et s'abreuve de sang. Sa poitrine est velue , et son e'norme flanc Résiste aux coups du fer. Maigre' notre courage , Un de nous est tombé victime de sa rage ; Et nous , si de la mort nous sommes préservés , De ce péril certain un Dieu nous a sauvés ! » A ces mots^ Yalentin que ce récit enflamme , Se lève , et, souriant au danger qu'il réclame, Se dispose au combat. >» Va , mon flls , dit Pépin ; Accomplis , j'y consens , ton glorieux dessein. »

Un blanc coursier frémit sous le mors qui le guide. Tout fier de son armure , et , d'un vol intrépide , Aussi prompt que les vents , Valentin disparaît Et plonge ses regards au sein de la foret. Le sauvage , rongeant les restes de sa proie , Rassasiait de chairs son homicide joie.

Le sang de ses deux yeux bordait l'affreux contour ; Ses ongles ressemblaient aux serres du voutour. \ l'aspect du héros , il roule un œil farouche ; Un long mugissement est sorti de sa bouche. Le tronc noueux d'un chêne arme son bras nerveux. Tel , pressé par la faim , un tigre audacieux

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Attaque un voyageur et prélude au carnage ;

Ainsi sur Yalentin vient fondre le sauvage.

Il brandit sa massue et frappe le guerrier

Qui repousse le choc de son tranchant acier.

Le sauvage fléchit sous le fer qui l'accable.

Un second coup l'abat et l'étend sur le sable ;

Mais l'homme des forets, d'un bond impétueux,

Se relevé , roidit ses muscles vigoureux ,

Ressaisit sa massue , et , bouillant de colère ,

Assiège de nouveau son terrible adversaire.

Il s'élance , il s'approche , il tourne sans repos.

Valentin , avec art , évite ces assauts.

La massue , en tombant , a touché son armure :

L'air en a retenti , la foret en murmure.

La lance du héros se rompt , vole en éclats.

A pied , et disputant le terrain pas à pas ,

Le hardi chevalier le presse , le harcèle ;

Sous ses coups redoublés son épée étincelle.

Son ennemi s'irrite ; et , prompt comme l'éclair ,

Tout près d'être fj-appé , se jette sur le fer ;

Trois fois il se saisit de la lame acérée ,

Et trois fois elle échappe à sa main déchirée.

L'écho des bois répond a ses cris furieux.

Un déluge d'éclairs s'échappe de ses yeux-.

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Comme l'arc , dont le trait est lancé dans l'espace , Tout son corps est tremblant et de rage et d'audace. Par un saut impre'vu revenant sur ses pas , Il surprend Valentin , le serre dans ses bras , Et tel qu'un lourd rocher de tout son poidsl'entraîne: Ils tombent tous les deux sur la sanglante arène. Valentin s'en détache , et , redoublant d'efforts , Recommence l'attaque. Ils luttent corps à corps. Mais Valentin triomphe ; et son bras téméraire , Au compagnon des ours fait mordre la poussière , Enchaîne par vingt nœuds le sauvage écumant j Derrière son coursier l'attache fortement , Et l'entraîne au palais. Parmi la foule immense , Valentin vers le Roi modestement s'avance , S'agenouille , et pour prix d'un courage indompté j Lui présente un butin chèrement acheté.

Pépin , avec amour , l'embrasse et le relève. Il prend sa chaîne d'or , en pare son élève , Et lui donne un emblème oii le burin adroit Se plut a retracer cet immortel exploit ; ;> 0 mon fils ! si j'en crois le transport que j'éprouve, Tu m'appartiens , dit-il ; ton courage le prouve* «

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Par le sang qu'il perdait le vaincu s'affaiblit, Et , de'gagé de fers , lentement s'assoupit. Son courroux se calma ; ses fureurs s'apaisèrent , Et , dignes l'un de l'autre , enfin ils s'embrassèrent. Le se'jour du sauvage au milieu des forets, Lui fit donner un nom qui doit vivre à jamais.

Depuis lors , illustre par d'e'clatans faits d'armes, Valentin savourait un destm plein de charmes. Son casque , surmonte' d'un cerf majestueux , Jamais des ennemis n'avait frappé les yeux , Sans jeter dans leurs rangs l'alarme et l'épouvante. Son nom , que précédait une gloire éclatante , Était l'appui du faible et l'effroi des méchans. La tendresse du Prince et ses soins si touchans , Le respect de sa cour , les pompes triomphales Que prodiguaient pour lui les largesses royales, Tout ce qui d'un héros peut flatter legrand cœur, Comblait le chevalier de joie et de bonheur. Mais combien près des grands le souffle de l'envie Aisément d'un guerrier empoisonne la vie !

Une brillante fête où s'assemblait la cour , Avait peuplé du Roi le magique séjour;

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Tout resplendissait d'or. La piquante saillie ,

Aux mets les plus exquis se trouvait re'unie.

Parmi les chevaliers la gaîté circulait ,

Et la joyeuse coupe à longs traits se vidait.

Echauffe' par le vin , rongé de jalousie ,

L'un d'entre eux , employant la mordante ironie ,

Avec un ris moqueur , reproche a Yalentin

Sa douteuse naissance et son premier destin.

Cet affront du he'ros a blessé l'ame altière.

Il jure par l'honneur, par le jour qui l'éclairé,

De n'avoir de repos jusqu'au moment heureux

Oii ses pareus enfin s'offriront à ses vœux.

Il quitte donc la cour ; et , fort de son courage ,

Plein d'un avide espoir , commence son voyage.

Il marche : aux premiers feux de l'astre du matin ,

Chaque jour , au hasard , il poursuit son chemin ,

N'emportant avec lui que sa lance terrible ,

Son bouclier , son casque et son glaive invincible.

Il presse son coursier tout fier de son fardeau.

La pourpre , qui jadis entoura son berceau ,

Se découvrait encor sous sa brillante armure.

Ainsi ce chevalier errait h l'aventure.

Par sa tendre amitié, depuis long-temps Ursin

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