‹ Les bataves à la Nouvelle-ZembleChapitre 35 sur 45 · LE DELUGE · texte numérisé non relu

LE DELUGE

DÉJÀ les flots vengeurs inondent les campagnes Et vont ensevelir les tours et les montagnes. ^ Seul et dernier abri pour quelques malheureux . S'e'lève , au sein des eaux , un rocher sourcilleux; Les uns, avec effort, veulent gravir sa cime ; Les autres , succombant , retombent dans l'abîme. Sous mille aspects divers la mort est sur les flots , Et frappe les humains de sa terrible faux. Là , le fds expirant cherche à sauver son père ; Ici, la fille en pleurs périt avec sa mère !.... Accablé de fatigue , abattu de douleur , Sur l'aride sommet du rocher protecteur , Sémin , rempli d'amour , de force et de courage , Arrache son amante à cet affreux ravage.

23o POESIES DIVERSES.

Tout meurt! ils restent seuls ! ô spectacle d'horreur! Cette effroyable scène épouvante leur cœur. L'onde à leurs pieds mugit ; la foudre est leur tête. Les flots, charge's de morts , à travers la tempête, Sur les flancs du rocher se brisent à leurs yeux. Le )our fuit 5 et la nuit se re'pand autour d'eux. Sur son cœur agité , Sémire défaillante Presse son tendre amant ; et , d'une voix mourante. Lui dit ; u mon cher Sémin , plus de salut pour nous, Plus d'asile ! ô malheur ! l'Éternel en courroux A maudit les humains. Cette mer en furie Va bientôt pour jamais nous priver de la vie. 0 Sémin, soutiens-moi , soutiens-moi dans tes bras! Regarde ! vois ce flot précurseur du trépas ! Nous mourons ! )> Elle dit ; et tombe inanimée. Son amant sur son sein reçoit sa bien-aimée. Ces horribles tableaux , l'univers englouti Cessent d'épouvanter Sémin anéanti ; Sémin n'aperçoit plus que sa tendre Sémire : Hélas ! à chaque instant il craint qu'elle n'expire. 11 l'appelle en pleurant : «f Sémire , éveille-toi. Sémire ! que ton œil se tourne encor vers moi. N'entends-tu pas ma voix? Que ta bouche chérie, Avant qu'à mon amour le trépas t'ait ravie ,

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Me répète un aveu naguère , hélas ! si doux , Que ton cœur est a moi , que je suis ton époux ! »>

Elle l'entend, et jette un regard de tendresse Sur l'amant généreux qu'elle aime avec ivresse. Tout-à-coup , s'approchant des flots avec effroi , Elle s'écrie : <c ô Dieu! malheur! malheur à moi ! Enfin, j'ai tout perdu! Que d'heures fortunées, Sémin , devaient peut-être embellir nos années î Il n'est donc plus d'espoir : c'en est fait pour toujours. J'ai vu , j'ai vu la fin de l'auteur de mes jours ; Oui , là j non loin de moi , sur les eaux mugissantes, Il invoquait son Dieu de ses mains suppliantes ; Pour la dernière fois il voulut me bénir , Mais au milieu des flots mes yeux l'ont vu périr. Hélas î tous ont péri sur cette triste terre î Et pourtant.... ô Sémin , le monde solitaire • Heureuse près de toi , possédant ton amour ,

Serait pour ta Sémire un fortuné séjour !

Dieu, pardonne les pleurs d'une faible mortelle! Je ne redoute pas ta justice éternelle ; Mais mon cœur trop séduit par un espoir flatteur, Du moins pour ma jeunesse attendait le bonheur. Je sais qu'il faut mourir ; et mon ame innocente ,

a32 POÉSIES DIVERSES.

O mon juge ! ô mon Dieu! devant toi se presente. > — «' Chère et tendre Sëmire ! oui , le monde périt ; Oui , tout être vivant à jamais est détruit ; Nous seuls nous respirons; mais la mort qui s'avance Saura bien nous ravir un reste d'espérance. Elle vient ! je la vois !... Sémire , tu frémis î Ranime ton courage et calme tes esprits. Pour la tant regretter , qu'est-ce donc que la vie ? Ah ! Sémire , quittons cette terre ennemie : La demeure du juste est au-delà descieux. C'est là , là seulement , que nous serons heureux. Bénissons notre sort.... 0 moitié de moi-même, Is'e crois-tu pas toucher à cette heure suprême Ou notre ame vers Dieu va prendre son essor?.., Mais ce dernier instant n'arrive point encor. Sémire, embrasse-moi.. Maintenant, noirs abîmes, Ouvrez , ouvrez vos flots , voici d'autres victimes. Oui , je sens un courage au-dessus d'un mortel : Le bonheur nous attend aux pieds de l'Éternel. »

Il finit ; et Sémire à l'espoir est rendue. Sur ses traits plus sereins la joie est répandue. Puis élevant ses mains : iimonDieu, quel changement Opère dans mon cœur la voix de mon amant !

La mort n'a plus pour moi cet aspect si terrible ; Ma frayeur se dissipe ; et mon ame paisible Déjà ne ressent plus les maux que j'ai soufferts. Nous allons donc revoir ceux qui nous étaient chers! Le ciel s'ouvre pour nous; le Très-Haut nous appelle Et nous allons jouir de sa gloire éternelle. Abîme , flots affreux , qui me faisiez frémir , Non , je ne vous crains plus ; venez nous engloutir. . . Mon bien-aimé! vois-tu cette vague effrayante? G est lamort!.. Elle approche, horrible, dévorante. Elle vient... cher époux , ne m'abandonne pas. Elle vient... la voilà ! serre-moi dans tes bras ! Embrasse-moi, Sémin ! Sémin! l'onde m'entraîne î » — « Je t'embrasse , dit-il » ! et , respirant à peine , Il veut la soulever , il succombe ; et tous deux Retombent dans les flots qui se ferment sur eux.

Mortels ! reconnaissez la céleste vengeance : Le monde entier n'est plus qu'un Océan immense*

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