MES SOUHAITS
Ah ! si, comblant un jour mes désirs et mes vœux , Un propice destin devait me rendre heureux ; Les grandeurs , la richesse et la vaine puissance Ne troubleraient jamais ma douce jouissance. Quel trésor ici-bas vaut la simplicité?
Loin de moi l'opulence et la célébrité !
Que ne puis-je, inconnu, vivre libreet tranquille, Éloigné du fracas , des ennuis de la ville , De ces lieux oîi l'on voit le sourire apprêté , Les dédains orgueilleux et la sotte fierté , Les peines , les soucis, la noire jalousie, L'amitié défiante et la haine polie!
Paisible en ma demeure , exempt de vains projets ,
23é POÉSIES DIVERSES.
Ma vie au sein des champs passerait sans regrets. D'un berceau de tilleuls l'ombrage tutélaire D'abord protégerait ma maison solitaire ; Les folâtres Zéphyrs exhalant la fraîcheur , Répandraient à l'entour une suave odeur , Et le bruit d'un ruisseau fuyant dans la prairie , Porterait dans mes sens la tendre rêverie.
Quel spectacle charmant et quel vivant tableau ? Le cigne et sa compagne ici voguent sur l'eau ; Là , le coq agitant ses aigrettes flottantes , Rassemble autour de lui ses poules glapissantes ; Plus loin , redressant l'or de son col azuré , Le pigeon, plein d'amour , roucoule sur mon pré; Et 5 d'un air caressant , tous , près de ma fenêtre , S'empressent d'accourir à la voix de leur maître. Les oiseaux familiers , par mille accens divers. De leurs chants amoureux formentde doux concerts. Admirant la nature et ses rares merveilles j Dans un coin de ma cour j'ai voulu des abeilles. Quel séjour convient mieux à leurs riches travaux? Elles craignent le bruit et cherchent le repos. Dans mon verger voisin , sur la fleur odorante , On entend bourdonner leur troupe diligente.
Tout près de ma maison , mon jardin est placé; Je n'y veux point d'apprêt, point de travail forcé. Un peu d'art seulement , secondant la nature , Sans la rendre bizarre embellit sa parure. C'est là que, retiré sous un ombrage frais, Mon cœur aime à jouir des charmes de la paix ; C'est là qu'admirateur de leur touche divine , Je relis tour à tour et Voltaire et Racine. Quand l'air est rafraîchi par les vapeurs du soir , J'aide mon jardinier ; je reprends l'arrosoir ; Et m'occupant alors de mes fleurs , de mes plantes , Je relève avec soin leurs tiges languissantes. Oh î que ne puis-je encor , sur de rians coteaux , Voir la vigne s'unir à de jeunes ormeaux , Et des épis nombreux couvrir un champ modeste ! Voilà tous mes souhaits : que m'importe le reste ? Loin , loin de mon logis le politicpie Orgon , Cet être enflé d'orgueil et vide de raison ! Et toi , fourbe Damis , amant de l'étiquette , Ne viens pas visiter ma paisible retraite. Insensible Mondor , ne m'approche jamais : Le pauvre vainement implora tes bienfaits ! Mais oîi suis-je ? oîi m'entraîne une sombre tristesse? Revenez , revenez , innocente allégresse j
Dissipez ce chagrin qui pénètre en mon cœur ; Rendez-moi ma cabane où règne le bonhenr. Qu'un simple villageois , rustique , mais sincère , Devienne mon voisin dans une humble chaumière : Borné dans mes désirs , content de peu de bien , Peut-être mon bonheur égalera le sien.
Voyez ce bon vieillard au sein de sa famille : Un fils respectueux , une sensible fille , Prévenant à l'envi ses goûts et ses besoins , Sur ce père adoré répandent tous leurs soins. Son épouse , a son tour , estimée et chérie , Prend plaisir à charmer les momens de sa vie. Je suivrai bien souvent cet heureux laboureur : Qu'il est doux d'écouter le chant du moissonneur , Lorsque, sur le déclin d'un beau jour de l'automne, Tout le hameau gaîment le suit et l'environne ! Quand l'hiver ra'ôtera ces joyeux passe-temps , Je saurai sous mon toit ejnployer mes instans. Sur un ton sérieux je monterai ma lyre , Et chanterai les vers que ma muse m'inspire : Si des jours du printemps les attraits sont vantés , La nature endormie offre aussi des beautés.
Mais quel bruit imprévu vient ébranler ma porte;?
J'ouvre.Ociel ! qu'ai-je vu? le plaisir me transporte! C'est mon meilleur ami qui me serre la main. Il s'assied près de moi ; nous causons ; et soudain Mille vieux souvenirs nous reviennent en foule. J'apporte quelques mets; à grands flots le vin coule ; Et ce repas , offert avec simplicité , Nous plaît mieux qu'un festin avec art apprêté. « Voici , lui dis-je , ami , l'asile solitaire Où je veux achever ma tranquille carrière. Cet enclos m'appartient ; et les tristes soucis N'habiteront jamais mon modeste logis.
Lorsque viendra l'instant de quitter cette vie , Ami , j'aurai vécu sans remords , sans envie. Alors , si le destin a conservé tes jours , D'un ami qui n'est plus ressouviens-toi toujours. Tu vois ce lieu paisible où ce saule s'incline? Viens rêver quelquefois auprès de la colline ; C'est là que mon tombeau sera couvert de fleurs : Arrêtes-y tes pas et verse quelques pleurs ! »