L'OISEAU CAPTIF
Chantre harmonieux du bocage , Pourquoi ces lugubres accens?
Qu'est devenu ce doux ramage Qui , sous un dôme de feuillage , Portait l'extase dans mes sens ?
Naguère mon ame attendrie , En s'égarant au fond des bois , S'enivrait de ta me'lodie , Et dans sa vague rêverie , Restait suspendue à ta voix.
Hôte de la plaine éthe'réc , Tu gemis les nuits et les jours , Depuis qu'une cage dorde ,
Par une main dénaturée , Vint t'arraclier h tes amours.
Pauvre captif! plus d'allégresse Dans les chaînes de l'oiseleur !
Que ta solitaire tristesse Soupire , soupire sans cesse Et tes regrets et ta douleur !
Naguère , dans l'ombre naissante , Tu modulais tes airs joyeux ; Et , sur la branche vacillante , .
Libre alors , ton aile brûlante Caressait l'objet de tes feux.
Combien j'aimais cette harmonie Qui se perdait dans le lointain , Lorsque ta compagne chérie , Auprès de toi donnait la vie Aux germes que couvait son sein
L'amour n'agite plus ton aile ; L'écho ne redit plus tes chants ; Et cette rapide étincelle
Qui s'élançait de ta prunelle , S'e'teint dans tes yeux languissans.
Et toi , superbe cre'ature , Homme ! ravale ton orgueil :
C'est toi seul qui de la nature De'truis la plus belle parure ; C'est toi qui la couvres de deuil î
Oiseau ! que ta mélancolie Sait bien intéresser mon cœur !
Hélas ! tu perds plus que la vie :
Quand la liberté t'est ravie , Plus d'espérance de bonheur.