LES FEMMES
Oui , je veux , d'un sexe adorable , Esquisser les traits enchanteurs ; Choisissons un modèle aimable Et qu'il subjugue tous les cœurs.
C'en est fait : Corinne m'inspire ; Ses beaux yeux animent ma lyre ; J'aperçois le sacré vallon :
Sa voix , comme une enchanteresse M'appelle aux rives du Permesse ; Corinne est mon seul Apollon.
Femmes ! recevez mon hommage !
L'univers vous doit des autels.
Accordez-moi votre suffrage ,
Et mes vers seront immortels.
Que n'ai-je votre plume habile Qui , sous vos doigts toujours docile , A votre gré changeant de ton , Tour à tour savante ou légère , Sait peindre comme La Bruyère , Ou badiner comme Hamilton !
Sexe adoré ! de nos alarmes , Vous êtes le consolateur ; Par votre esprit et par vos charmes , Vous calmez les peines du cœur.
Vos tendres soins , votre présence Embellissent notre existence ; Heureux qui fixe votre choix !
Charmer est votre aimable étude :
On n*aime plus la solitude , Quand on a vécu sous vos lois.
La femme , par un doux sourire , Soumet l'orgueilleuse fierté , Et ne doit jamais son empire Qu'à ses attraits , à sa bonté.
L'homme , fier amant de la gloire ,
Brûlant d'enchaîner la victoire , Veut-il régner sur l'univers ?
Superbe monarque du monde , C'est sur sa force qu'il se fonde , Et son pouvoir donne des fers.
De l'antique chevalerie , Combien j'aime le souvenir !
0 temps heureux où notre vie N'était qu*amour , gloire et plaisir Ivre d'exploits et de tendresse , Belles, la vaillante jeunesse Ne vivait alors que pour vous :
On dit même que la vieillesse , Rappelant une douce ivresse , Tombait encore à vos genoux.
Laissons aux despotes d'Asie La gloire d'être vos tyrans ; Leur inquiète jalousie Fait le supplice des amans.
A la puissance de vos charmes , Mortels soumis , rendons les armes ; Respectons votre volonté :
îîous sommes vos heureux esclaves ; Pourquoi vouloir , par des entraves , Enchaîner votre hberté ?
Que la femme soit l'ennemie Des philosophes ennuyeux ; Je plains leur aveugle folie :
Le bonheur est-il fait pour eux ?
Mais je hais un rimeur sauvage Qui des Dieux parlant le langage , Insulte au chef-d'œuvre des cieux.
Que le malheur soit sur ses traces !
Quand on ose affliger les Grâces , On est coupable à tous les yeux.