A EMILIE
Est-il bien vrai? vous voulez , Emilie , Que l'amitié règne seule en mon cœur ? Ce sentiment embellit notre vie ; Quelquefois même il suffit au bonheur.
Mais pensez-vous que l'ardente jeunesse Puisse goûter sa paisible douceur ?
Laissons ce bien à la sage vieillesse.
Ecoutez-moi : l'impitoyable Temps N'a point encor, de sa faux éternelle , Osé flétrir les roses de nos ans :
Un Dieu puissant sous ses lois nous appelle. Ce Dieu punit les cœurs indiflérens ; Mais aux mortels qui brûlent de sa flamme , 11 sait promettre et donner tour à tour Mille plaisirs , délices de notre ame. Ce Dieu puissant , quel est-il? C'est l'Amour.
Eh oui ! l'Amour. A ce nom plein de charmes
Pourquoi , déjà , pourquoi frémir de peur?
Ne tremblez point et soyez sans alarmes :
La confiance est le calme du cœur.
Tous ces trésors , adorable ÉmiUe ,
€e doux sourire et ces yeux enchanteurs ,
Ce pied mignon , cette main si jolie ,
Tous ces trésors sont autant de faveurs
De cet Amour , de ce Dieu de la vie.
Pour enchaîner à jamais les amans ^
Il sut aussi , par un heureux caprice ,
A tant de grâce , a tant d'appas charmans ,
Unir en vous l'esprit et la malice.
Et vous croyez que ces rares préseiis ,
Dons si flatteurs , et surtout quand on aime ,
De l'amitié doivent être le prix !
Ah ! revenez de cette erreur extrême.
Lorsque le temps à nos sens affaiblis
jN'e promet plus de vive jouissance ,
L'amour finit et l'amitié commence.
Cette saison est si loin de nos jours !
îs 'y pensons pas ; profitons du bel âge ;
Et retenons cet avis doux et sage :
Bonheur qui fuit est perdu pour toujours,