‹ Les bataves à la Nouvelle-ZembleChapitre 41 sur 45 · A EMILIE · texte numérisé non relu

A EMILIE

Est-il bien vrai? vous voulez , Emilie , Que l'amitié règne seule en mon cœur ? Ce sentiment embellit notre vie ; Quelquefois même il suffit au bonheur.

Mais pensez-vous que l'ardente jeunesse Puisse goûter sa paisible douceur ?

Laissons ce bien à la sage vieillesse.

Ecoutez-moi : l'impitoyable Temps N'a point encor, de sa faux éternelle , Osé flétrir les roses de nos ans :

Un Dieu puissant sous ses lois nous appelle. Ce Dieu punit les cœurs indiflérens ; Mais aux mortels qui brûlent de sa flamme , 11 sait promettre et donner tour à tour Mille plaisirs , délices de notre ame. Ce Dieu puissant , quel est-il? C'est l'Amour.

Eh oui ! l'Amour. A ce nom plein de charmes

Pourquoi , déjà , pourquoi frémir de peur?

Ne tremblez point et soyez sans alarmes :

La confiance est le calme du cœur.

Tous ces trésors , adorable ÉmiUe ,

€e doux sourire et ces yeux enchanteurs ,

Ce pied mignon , cette main si jolie ,

Tous ces trésors sont autant de faveurs

De cet Amour , de ce Dieu de la vie.

Pour enchaîner à jamais les amans ^

Il sut aussi , par un heureux caprice ,

A tant de grâce , a tant d'appas charmans ,

Unir en vous l'esprit et la malice.

Et vous croyez que ces rares préseiis ,

Dons si flatteurs , et surtout quand on aime ,

De l'amitié doivent être le prix !

Ah ! revenez de cette erreur extrême.

Lorsque le temps à nos sens affaiblis

jN'e promet plus de vive jouissance ,

L'amour finit et l'amitié commence.

Cette saison est si loin de nos jours !

îs 'y pensons pas ; profitons du bel âge ;

Et retenons cet avis doux et sage :

Bonheur qui fuit est perdu pour toujours,

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