‹ Les bataves à la Nouvelle-ZembleChapitre 42 sur 45 · L^INDIFFERENCE · texte numérisé non relu

L^INDIFFERENCE

Grace à ta perfidie , ingrate Éleonore ,

La raison va calmer le mal qui me de'vore.

Je connais mon erreur : plus d'amour de'sormais !

Depuis assez long-temps ma douleur se prolonge : Ma liberté n'est plus un songe :

Mes fers sont rompus h jamais.

Quel heureux avenir ! Aujourd'hui plus tranquille , J'abjure, sans dépit, un amour inutile, Et je goûte un repos que j'avais méconnu. Ta beauté sur mes sens a perdu son empire :

Quelque jour , si ton cœur soupire ,

Le mien n'en sera pas ému.

La nuit , quand le sommeil a ferme' ma paupière , Ton image . autrefois et si tendre et si chère , Par une aimable erreur ne vient plus me charmer. Le matin , tu n'es plus ma première pensée.

Ta me'moire est tout effacée :

J'ignore si j'ai pu t'aimer.

Je te revois toujours sans plaisir et sans peine. C'en est fait : tu n'as plus de ruse qui m'enchaîne , Et je vis loin de toi sans désir de te voir. Mes rivaux dans mon cœur ne jettent plus d'alarmes;

Ils m'entretiennent de tes charmes ;

Je leur parle sans m'émouvoir.

Dans un triste séjour avec toi je m'ennuie ,

Et je me plais sans toi sur la rive fleurie.

Vois ma sincérité ! tes traits sont ravissans ;

Mais , malgré tes appas , tu me semblés moins belle ; Toujours une amante infidelle Perd à nos yeux mille agrémens.

Quand je brisai mes fers , (je l'avoue a ma honte) ! Mon cœur fut attéré ; je crus qu'une mort prompte Allait finir des jours qui n'étaient que pour toi ;

Mais rappelant enfin un reste de courage , Je sortis de cet esclavage Que je chérissais malgré moi.

Peut-être maintenant tu crois que je t'adore.

Sans feinte , sans détour , je te le dis encore ;

Ton pouvoir est détruit ; non , je ne t'aime plus»

Mais semblable au pilote échappé du naufrage , J'aime à parler de mon voyage Et des dangers que j'ai courus.

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