‹ Les Battuécas (volume 2)Chapitre 3 sur 4 · IIS BATTU EC A S. 1 VJ · texte numérisé non relu

IIS BATTU EC A S. 1 VJ

je ne vous quitterai point pour un rang élevé et une grande fortune :

mais trouvez-moi un mari honnête homme, et français, qui vous convienne, je l'épouserai sans hériter.

Chère Léontine, repris-je, ne nous pressons point : je ne conçois rien à la conduite d'Adolphe, mais vous l'aimez toujours. A ces mots ses yeux se remplirent de larmes, et pour toute réponse elle me serra la main. Je m'attendris avec elle sur la fatalité d'une passionsi malheureuse. J'en triompherai, dit-elle; et du moins j'en pourrai conserver sans honte le souvenir : ce n'est point par des foiblesses que j'en ai montré la constance et l'énergie!....

Le soir de ce même jour, au mot ment où j'allois me coucher , on m'aps porta un paquet qui renfermoit deux lettres d'Adolphe; l'une pour moi, et l'autre pour Léontine, Transporté de joie, je volai à l'appartement de

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Léontine; je lui donnai la lettre d'Adolphe , qui contenoit ce qui suit :

« Je suis parti sans vous voir!....

« Mais, ai-je besoin de vous parler « pour être entendu, et pour que <* vous sachiez ce qui se passe dans « mon cœur! O vous qui avez voulu « donner votre vie pour sauver la « sienne ! vous , chère et généreuse * Léontine! vous n'aviez pas besoin « de ce billet ; il ne vous apprendra « rien.

« Le plus grand effort des amitiés « communes est de pouvoir mutuel- « lement se deviner. Nous faisons « mieux, nous n'avons qu'une même « pensée ; et , pour trouver la vôtre , « je descends au fond de mon ame , « et je suis sûr de ne pas me trom-

« per! J'ai voulu porter un véri-

« table deuil : et le pouvois-je auîi près de vous!.. Avec quelle amer- « tume je pleure! — Je l'ai perdue ,

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« et je ne vous vois pas !... Nous n'ait vous pu recueillir les cendres révé- « rees de celle dont la dernière voie lonté fut une pensée divine, puis- « qu'elle vous a transmis ses droits et « ma tendresse!... Du moins hono- « rons sa mémoire par une solitude « volontaire , profonde, et des larmes « amères !.. Dans six mois nous nous « reverrons f et pour ne plus nous « séparer. »

Cette lettre justifioit Adolphe, et rendoit à Léontine la certitude d'être aimée : en même temps elle trouvoit que dans cette occasion l'arae d'Adolphe étoit supérieure à la sienne, et elle en éprouvoit une sorte de dépit quirefroidissoit un peu sessentimens.

Nos belles actions peuvent être pures ; mais lorsqu'un amour propre exalté n'en est pas le motif, il en est presque toujours le résultat. On ne quitte pas sans peiiîe le premier rôle pour en

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