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Il y a des caractères plus froids, en qui même la froideur domine, et qui ne sont pas moins éloignés de la douceur chrétienne et du bonheur qui lui est propre, celui de dominer sur les cœurs des hommes, ce sont les caractères que j'ai appelés amers. Ne les connaissez-vous pas, mes Frères, ces esprits malheureux que rien ne satisfait, ni en euxmêmes, ni dans les autres ? Pas un défaut qu'ils ne relèvent, pas une faute qu'ils ne blâment, pas un tort qu'ils sachent pardonner. La Providence de Dieu, dans sa bonté inépuisable, se plaît, dit l'Écriture, « à dissimuler les péchés des hommes : dissimulans peccata homiyiiim^ » afin de laisser aux, hommes le temps de revenir à résipiscence : les tristes caractères dont je parle font tout le contraire de la Providence ; ils s'appliquent à faire ressortir, avec un plaisir malin et qui pourtant ne leur apporte aucune joie, toutes les misères, toutes les taches, toutes les ombres ; ils ferment les yeux au bien pour ne voir que le mal, comme Its hiboux qui détestent le jour et n'aiment que la nuit, et l'effraient encore par leur cri
sinistre! Et les hommes de ce caractère se plaignent de -n'être pas aimés! Ils s'étonnent que chacun s'obstine à ne pas reconnaître leur mérite et subir leur influence! Ils se plaignent d'être mal servis, délaissés, d'être craints, détestés peut-être de ceux qu'ils chargent sans cesse du fardeau de leur bile et du poids de leur mauvaise humeur. Ah ! plutôt qu'ils méditent sur la béatitude promise dès ce monde à la douceur chrétienne : Beati miles, quia possidebiint terrain. Bienheureux ceux qui sont doux : ils sauront trouver le chemin des cœurs. Mais pour ces caractères tristes et moroses, loin de faire naître l'affection, ils la tuent, ils la font périr dans son germe. Ce n'est pas cette tristesse que loue saint Paul parce qu'elle est selon Dieu; mais cette tristesse du siècle, mortelle pour l'affection, « tristitia sœculi », dont Tedet propre est de produire la mort : « tristitia sœculi mortem operatur '. »
Mais peut-être ceux-là sont-ils plus près 'de la douceur chrétienne, en qui la faiblesse