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lence, ni amertume, ni faiblesse : voilà les trois écueils de cette vertu ; voilà les trois obstacles qui ferment, pour la plupart des hommes, la voie qui mène à cette béatitude : Beati mites, quia possidebiuit terram.
Dominer les hommes, avoir de l'empire sur leurs cœurs, c'est un grand point pour le bonheur ; pourtant ce n'est pas assez. Il faut encore que nos projets ne soient point trop souvent déjoués par la fortune, nos espérances trop souvent déçues par les événements.
Mais, direz-vous, en quoi la douceur chrétienne nous rendra-t-elle capables de dominer la fortune, de vaincre les puissances ennemies de notre repos et de notre bonheur, de réussir dans nos entreprises ? Mes Frères, quand même nous ne pourrions lé comprendre, il faudrait le croire parce que
Notre-Seigneur Ta dit : « Beati mites » ; il faudrait le croire encore parce que nous le voyons : « Beati mites ».
Oui, mes Frères, s'il y a quelque part icibas des entreprises heureuses, des succès qui étonnent, des bonheurs qui semblent un défi jeté aux caprices de la fortune et aux vicissitudes de cette vie, cherchez-en les causes, vous les trouverez dans la patience et la persévérance. Sans patience et sans persévérance, il n'y a pas de succès possible pour personne, en rien, nulle part, ni jamais : or, ni la patience, ni la persévérance ne sont possibles sans la douceur: ii Beati mites )).
La patience d'abord, cette vertu fondamentale, sœur et fille de la charité: ncaritas patieiis est »; la patience que Notre-Seigneur a tant recommandée à ses disciples, comme l'armure nécessaire du chrétien au milieu des épreuves de cette vie : « in patientia vestra possidebitis animas vestras ' » ; la patience qui est nécessaire « pour porter les fruits de
Luc, XXI, iv
salut: fnictum afférent in patieritia ^ w ; la patience qui, selon la parole du Psalmiste, (( doit tôt ou tard réussir : Patientia paupermn no?i peribit injîyiem -, )> comment est-il possible de la conserver au milieu des contradictions de cette vie, si on ne s'est exercé à la douceur ? « Sans la douceur on ne saurait garder la patience ^ » dit saint Augustin.
Et, en effet, qu'est-ce que la douceur, sinon un continuel exercice de patience ? Ne point parler rudement à nos inférieurs, ni brusquement à nos égaux, ni sans respect à nos supérieurs ; savoir se contenir devant un refus, savoir attendre devant un obstacle, savoir se taire devant une colère injuste et, au lieu de jeter de l'huile sur le feu par une réponse emportée, laisser la mèche fumer et la colère s'exhaler inoffensive : voilà les actes de la patience, voilà les œuvres de la douceur chrétienne. Mais sans cette qualité fondamentale, quelle est Tœuvre que vous