Ltr. xcvi
Mais, mes Frères, ces larmes que font couler nos simples affections naturelles, sontelles, par elles-mêmes, ces larmes auxquelles le divin Maître promet la béatitude ? Vous le voudriez, mes Frères, et je ie conçois. S'il en était ainsi, combien seraient élargies les portes du ciel ! Car qui donc, parmi nous, n'a jamais éprouvé quelque douleur dans son corps ou dans son âme, perdu quelque parent, quelque ami, et versé des larmes sur une tombe ?
Toutefois, si ces larmes, quand .elles sont contenues dans les bornes de la raison et ne sont pas pour nous une cause de péché, ne sont point un obstacle à la grâce de Dieu, tout en soulageant notre faiblesse, s'ensuit-il nécessairement que nous ayons quelque mérite à les répandre et que Dieu doive le ciel pour récompense à ce qui n'a pas été souffert pour lui ? Non, mes Frères. Voulez-vous donc qu'elles deviennent méritoires et vous acquièrent des titres à la miséricorde divine ? offrez-les à Dieu, versez-les aux pieds de Dieu, qu'elles deviennent pour vous un exercice de foi et d'cs-
BEATI QUI LUGKNT
pérance, qu'elles soient des expiations acceptées; que, de forcées et d'involontaires qu'elles étaient, elles deviennent, unies aux souflrances de Jésus, des « sacrifices volontaires : Sacrijîcîum Deo spiritus coîitribtilatus^ »; » alors elles seront pour vous non pas seulement un soulagement permis, mais un gage de la grâce céleste. Alors la consolation qu'elles apportent changera de nature et doublera tout à la fois de douceur et de prix. Quelle n'est pas la puissance de consolation renfermée dans cette pensée : je fpleure, mais mes larmes, si je le veux, ne couleront pas en vain ; je pleure devant quelqu'un qui me voit, qui m'entend, qui m'aime et qui est tout-puissant pour me consoler ; je pleure, mais aucune de mes larmes n'est perdue si je reçois avec résignation, avec amour, de la main de Dieu, l'épreuve qu'il m'envoie ; je pleure, mais mes larmes me rendent puissant devant Dieu si elles deviennent une prière, et si je puis dire avec le Psalmistc: