QUI ESURIUNT ET SITIUNT JUSTITIAM
Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Bcati qui esiiriiint et sitiunt jiistitiam, quoniam ipsi satiirabiintiir. (Matth., v, 6.)
'CELLE est, mes Frères, cette justice dont Notre-Seigneur nous invite à avoir faim et soif ? cette justice, plus précieuse que tous les biens de la terre, que tout ce qui fait l'objet des avides désirs de l'homme ici-bas ? Est-ce seulement cette vertu qui consiste à rendre à chacun ce qui •lui est dû et qui est distincte de la charité ? Est-ce la charité elle-même ?
Mes Frères, c'est cela et bien plus que tout cela. Le mot justice, dans l'Écriture sainte, désigne tout l'ensemble des vertus chrétiennes, comme si, dans ses rapports avec Dieu, le chrétien devait comprendre qu'en stricte justice, il ne doit rien retenir, qu'il
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doit tout ce qu'il possède et se doit tout entier. Rendre à chacun ce qui lui est dû, c'est la justice à l'égard des hommes; mais comme toutestdûàDieu,que nous avons tout reçu de lui, comme un dépôt, et que tout lui appartient, rendre tout à Dieu, c'est-à-dire vouloir accomplir tous les commandements sans en excepter un seul, désirer satisfaire à toute l'étendue de la loi sans restriction, sans distinction, sans limite; c'est là la justice chrétienne, et bienheureux celui qui en a faim et soif, car il sera un jour rassasié pleinement dans la patrie, où il en possédera le principe et la source béatifique, qui est Dieu même. « Beati qui esurhtnt justitiam, qiioniam ipsi satiirabiintur. »
Voilà donc la justice qu'il faut non seulement désirer, mais dont il faut avoir faim et ' soif. Que veut dire cette parole énergique ? Elle signifie, selon saint Jérôme, « que nous ne devons jamais nous croire assez justes, mais être sans cesse affamés d'accomplir les œuvres de la justice. » C'est, en d'autres termes, la même parole que Notre-Seigneur dit, en un autre passage de son Evangile :
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« Estote perfecti sicut et Pater vestris cœlestis perfectiis est, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait », c'est-à-dire, tendez sans cesse à une perfection plus haute, tendez sans cesse à réaliser en vous quelque trait, quelque ombre de cette perfection dont votre Père céleste est la plénitude.
En un mot, mes Frères, ce progrès dont on vous parle tant aujourd'hui, l'Evangile nous fait, depuis deux mille ans, un devoir strict de l'aimer, de nous y attacher, de le réaliser en nous; et le progrès qu'elle nous prêche n'est pas un progrès stérile, tournant sur lui-même sans avancer, c'est un progrès qui aboutit et qui arrive à la plénitude : saiurabimtur ; ainsi la béatitude qui fait l'objet de ce discours, à la fois nous prêche la nécessité du progrès constant dans la justice, c'est-à-dire dans la foi et les vertus chrétiennes sans exception, et en même temps nous en montre le moyen, et nous en fait voir le terme et la récompense. Ce seront ces trois réflexions qui feront le partage de cet entretien.
C'est une vérité bien connue de vous tous et bien des fois répétée, mes Frères, qu'il n'est jamais permis de s'arrêter dans la voie qui mène à Dieu. Le chemin du ciel est un chemin montant et rude ; qui ne fait pas d'effort cesse à l'instant de monter; qui s'arrête un instant reculera bientôt. « Que le point où vous êtes arrivé ne vous satisfasse jamais, dit saint Augustin, si vous voulez parvenir plus haut. Un moment de complaisance pour vous est un moment d'arrêt. Si vous dites « c'est assez », vous êtes perdu : Si autem dixeris « sufficit, » periisti ' . »
D'où vient donc cette nécessité de ne jamais s'arrêter ? D'où vient que la seule ambition légitime du vrai chrétien soit
I AUG,. V, Q-if).