‹ Les beautes de la foiChapitre 9 sur 33 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

EXPOSITION DU MYSTÈRE

§ II. — Les particularités qui accompagnèrent la conception et la naissance de Jésus - Christ ne l'ayant fait connaître pour Dieu qu'à un petit nombre de personnes, il fallait un signe particulier pour Vannoncer au monde entier; et ce signe a été V étoile apparue aux Mages. Nouveau prix que nous devons attacher à cet astre miraculeux.

Le fils unique de Dieu , dès son apparition dans le monde , a présenté en lui , dit saint Maxime, une suite si merveilleuse , un contraste si surprenant de misères et de grandeurs , d'humiliation et de gloire qu'en prouvant qu'il était homme, il prouvait en même temps d'une manière indubitable qu'il était Dieu; c'est ainsi qu'il a voulu rendre sensible en quelque manière et mettre en action ce dogme fondamental delà Religion : « Qu'il est vrai homme et en même temps vrai Dieu* . Mais comme l'observe

' Unigenitus Altissimi sic iiumililer ingressus est in miinrium, indubitata Divinitatis suae rtoferrot inclina (De Fpiph.^.

saint Léon , ces prodiges , preuves de la divinité de sa personne dans l'infirmité de notre chair, ne furent d'abord manifestés qu'à un petit nombre, tout au plus , à la famille de Marie et à celle de Joseph ' . Il fallait donc une autre preuve , un signe public, éclatant et solennel qui le fit connaître pour homme-Dieu au monde entier; et ce signe ajoute saint Maxime, fut l'étoile miraculeuse dans laquelle il apparut tout resplendissant de gloire dans les cieux , tandis que sur la terre il reposait dans une humble crèche : dans cette étoile il se montrait comme Dieu, tandis que dans Marie dont il venait de naître, il paraissait comme homme2.

Oadmirable profondeur des desseins de Dieu , s'écrie le même docteur! Pour confondre d'avance l'incrédule qui oserait révoquer en doute le miracle étonnant de l'enfantement dune vierge , il le fait publier du haut des cieux par un miracle qui

1 Praecesserant quidem multa documenta, quae corporalem Domini Dativitatem declararent ; sed haec paucis tantum videntur innotuisse personis, quae vel ad cognationeni Yirginis, vel a sancti Joseph! familiara périmèrent (5, Epiph.)-

1 Jacebat in praesepio, sed in sidère rutilabat; ut hominem illum, Deumque esse, et terrena mater et sisniim coeleste monstrarel Loc cit-.

ne pouvait être nié par les Gentils ni enseveli dans l'oubli par les Juifs f .

La mission des autres étoiles est particulièrement de faire connaître la divinité du Créateur ; mais la mission de celle des Mages, dit Origène, fut de faire connaître la divinité du Rédempteur, d'être son premier prédicateur, son premier apôtre, son premier évangéliste2.

Oh ! comme elle a bien rempli cette noble et grande mission par ses qualités et ses privilèges étonnants! car, selon l'observation des Pères et des interprètes, cette étoile n'avait de commun avec les autres que le nom seul , comme nous pouvons nous en convaincre en considérant ses merveilleux attributs.

1° Son origine. Elle ne fut point une des ces étoiles produites par la volonté générale du Tout-Puissant, dans le quatrième jour de la création , mais une nouvelle étoile , dit Saint- Augustin, que le Verbe fit luire du haut des cieux dans la nuit où il prit naissance sur la terre sans

1 Quam profundse cogilationes Domini ! Q "i ne perfidia partuni virginis irapugnaret, dédit ex excelso signum, quod nec Geotiirtas refutare posset, nec Judaea celare (Hom. 3, Epiph.)

1 Deitatis ejus indicium siellam illam fuisse opinor (Jn 24 Numer.)-

avoir un père terrestre, Lui qui, sans mère céleste, né de son Père de toute éternité , avait créé le ciel et la terre ' .

2° Sa matière. Elle fut un météore formé par les anges, d'un air condensé et lumineux, ou comme veulent saint Jean-Chrysostôme et saint Rémi, un ange même qui apparut aux Mages en forme d'étoile comme il était apparu aux pasteurs sous une forme humaine ; ou comme d'autres pensent encore , cette étoile aurait été l'Esprit-Saint lui-même qui serait apparu aux Mages sous la forme d'une étoile, comme il descendit sur Jésus- Christ en forme de colombe , et en langues de feu sur ses apôtres2.

3° Sa position. Elle ne parut point avec les autres étoiles dans la partie élevée du firmament, mais dans la basse région de l'air ; car , sans cette position, dit saint Chrysostôme, elle n'aurait pu indiquer le chemin aux Mages, ni leur désigner un

1 Ipse natus ex maire de cœlo, terrae novum sidus ostendit, qui natusex Pâtre cœlum terramque formavit (Ser. 54, de Temp.).

2 Imo nec Stella, sed quaedam invisibilis virtus in specie sideris figurata (Chrys- in Matth-). xonnulli dicunt fuisse Spirilum Sanc tum, ut ipse qui postea super baptizatum Dominum descendit. Alii dicunt fuisse Angelura, ut ipse qui apparaît pastorifous, apprmii elrâarMagis {Remig. in Calcn. Anr.^.

lieu si petit et si humble, comme était la grotte de Bethléem où reposait le divin enfant1.

4° Son mouvement. Elle décrivait une ligne droite du septentrion au midi , selon la position de la Perse relativement à la Palestine, différant en cela des autres étoiles qui ont un mouvement circulaire d'Orient en Occident2.

5° Temps où elle apparaissait. Elle brillait le jour comme la nuit sans ê.re effacée ni obscurcie parle soleil3.

6° Variété de sa lumière. Elle apparaissait tantôt dans toute sa lumière et tantôt elle se couvrait ; elle s'arrêtait avec les Mages , et reprenait son cours quand ils reprenaient leur marche , paraissant ainsi à la disposition de leur volonté et de leurs besoins comme aurait été un fidèle serviteur4.

7° Sa durée. Les autres étoiles ne s'éclipsent

1 Non in excelso cœli constituta, sed inferiorem aeris partem tenens, neque enim tam humilem locura et tam brève lugurium designare potuisset, nisi ad inferiora venisset (Loc. cit.).

3 Caetera astra ab oriente ferri in occidentem orania videmus ; haec vero a septentrione in meridiem Stella veniebat, sic enim Palestina spectabat ad Persiden {Loc. cit.).

' Neque enim solum in nocte eernebatur, sed lucente prorsus die, sole fulgente (Loc. cit.).

'Nunc occultabatur, nunc toto fulgore radiabat : et cum eos videret pergere, ipsa pergebat; cum vero stare conspexerat, stabat , ad voluntatem viantium et utilitatem cuncta di^pcnsans (Loc cit.)

jamais pour ne plus reparaître, et celle-ci ne parut que pendant le voyage des Mages, c'est-à-dire pendant treize jours. Elle s'éclipsa entièrement après l'arrivée des Mages à Bethléem ; etcomme la colombe du baptême de Jésus-Christ, elle n'est plus reparue, comme elle n'était point apparue auparavant ' .

8° Sa beauté. Elle était d'une forme si agréable que, malgré son éclat, sa lumière était si tranquille, si transparente, si douce, que c'était une privation d'en détourner les regards; elle ravissait et mettait en extase tous ceux qui la fixaient 2 ; et tout en charmant la vue, elle inondait le cœur d'une joie inexprimable, comme les Mages l'éprouvèrent *.

9° Son éclat. Elle jouissait, dit saint Jean- Chrysostôme, de la propriété toute particulière d'obscurcir le soleil4. Et, bien avant saint Jean- Chrysostôme , saint Ignace martyr , qui vivait peu de temps après Jésus-Christ, et par là était bien

1 Sicut columba quae apparuit in baptismate Domini , nec antea nec postea visa est (Haimon. inMatth.).

2 Illustrior caeteris pulchriorque sideribus, in se intuentium oculo, animosque converteret [S. Léo., 1, de Epiph.).

3 Videntes stellam gavisi sunt gaudio magno valde (Matth., 2).

4 Solisetiam radios proprioquodam prsecipuoque splendore su perabat (Hom. i.>

instruit de la tradition, a écrit qu'on ne pouvait donner une idée de la lumière de cette étoile si remarquable, qui non-seulement effaçait le soleil et les autres étoiles par l'abondance de sa lumière, mais encore semblait les avoir à ses ordres comme d'humbles servantes '.

§ III. — La nouveauté de l'étoile a prouvé que Jésus- Christ était un être nouveau, c'est-à dire homme en même temps que Dieu. L'étoile des Mages nous ré vêle et nous prouve clairement cette grande vérité.

Toutes les particularités qui accompagnèrent l'étoile, nous démontrent qu'elle était non-seulement un prodige , mais un ensemble de prodiges des plus étonnants et des plus élevés. Et comme la naissance d'aucun homme n'aété annoncée ni avant ni après Jésus-Christ par une telle étoile, il est évident , dit saint Augustin , que ni avant ni après Jésus-Christ, il n'est apparu dans le monde un tel personnage 2 ; et par conséquent ce signe tout à

1 Lux stellae arat inenarrabilis. Omnia autem reliqua astra una cum sole et luna chorus fuere Stella? ipsius : ipsa vero claritate suporabat omnes (Epist- u, ad Ephes.).

-' Xumquam lali Stella quisquam B&l sigDificatus . quia aumquam talis est natus {Lib. 27, Hom. l).

fait nouveau, unique et particulier, prouve évidemment et d'une manière sensible que cet enfant de Bethléem est un homme unique et particulier. Comme il le dit lui-même > Je serai un être unique dans ma carrière terrestre ' » ; être que, selon le prophète Jérémie, Dieu devait créer et donner en spectacle à la terre comme un homme nouveau 2.

Remarquons avec saint Maxime qu'un homme quelque comblé qu'il soit de qualités , de privilèges, de biens, de dignités ne sera jamais un homme unique , particulier , nouveau tant qu'il ne sera qu'un homme. Ainsi, la nouveauté de l'étoile annonçant dans Jésus-Christ un homme absolument nouveau , le fait aussi connaître comme homme , mais en dehors des lois ordinaires de l'humanité, homme au-dessus de l'homme , homme Dieu en même temps, parce qu'étant vrai fils de Dieu, il s'est revêtu de la chair sans la génération charnelle, ayant eu ainsi, comme homme, un commencement dans le temps , tandis que comme Dieu, il n'a point commencé d'être dans l'éternité. Telle est la vraie et surprenante nouveauté , la manière unique d'exister de Jésus-Christ-

' Singularité»- sum ego, donec tran^eam (Psat. 140). 'Creavit Dominus novun <uppr terrain Hier., 5f)«

dont l'étoile a été l'annonce et la manifestation \ Mais pourquoi Jésus-Christ a-t-il préféré une étoile à tout autre signe pour manifester au monde la nouveauté et le mode unique d'exister de sa divine personne? Pour bien comprendre cette conduite de Jésus-Christ , il suffit de se rappeler qu'il a dit de lui-même dans l'Apocalypse : » Je suis le fils de David et Y Étoile du matin2; et qu'il s est donné ce nom, parce que, dit saint Jean Chrysostôme, de même que l'étoile du matin termine la nuit et annonce le jour ; de même Jésus-Christ naissant a dissipé les ténèbres des erreurs et de la mort qui planaient sur le monde , et a donné naissance au jour précieux de la Foi et du salut éternel5; ou, comme dit encore le vénérable Bède, parce qu'après la nuit de ce siècle ténébreux et obscur Jésus-Christ fera luire , pour les élus , le grand jour de la vie éternelle4. En outre, Jésus-Christ est le Seigneur du ciel invisible et spirituel, comme

1 Nova Stella novum adveniasse hominem revelabat ; et ita rêvera novum, ut, cum esset Dei filius, indueret carnem sine generatione carnali, et haberet secundum hominem tempus nascendi, qui seeundum Deum nativitatis initium non haberet (Hom.} 2).

3 Ego sum genus David, et Stella matulina {Apoc, 22).

' Quiaper nativitatis suœ ortum, discussa ignoranliœ nocle.in salutem mundi, tanquam fulgidum sidus emicuit Nom. 1, ex Var.).

4 Christus est sttlla matulina, quia transacta morte soeculi, lucem vitae sanctis promillit et pandit aelernae.

les étoiles sont l'ornement du ciel, matériel et visible. Il éclaire les âmes comme les étoiles éclairent les corps; en un mot, Jésus-Christ est dans l'ordre de la grâce ce que les étoiles sont dans l'ordre de la nature. Ainsi, dit saint Maxime, il n'y avait point de signe pour rendre mieux témoignage de sa condition que celui d'une étoile1.

Remarquons cependant que Jésus-Christ n'exerce ces mytérieuses fonctions d'étoile qu'en sa qualité de Verbe de Dieu; car saint Jean* dans son Evangile , ne lui donne la sublime qualification de vraie lumière qui éclaire tout homme qui vient en ce monde, que parce qu'il est le Verbe de toute éternité; qu'il a toujours été près de Dieu et qu'il est Dieu lui-même2. Ainsi, en disant que Jésus-Christ est l'étoile, c'est dire que Jésus-Christ est le Verbe de Dieu , la lumière de Dieu , la sagesse de Dieu , en un mot , Dieu comme le Père et l'Esprit : et en paraissant avec lui, en s'arrêtant sur lui , l'étoile nous montre ouvertement que Jésus-Christ est dans Tordre spirituel ce qu'elle est dans l'ordre matériel:

■ Xecesse erat, ut cœlorum Dominum testimonium rœlesie praecederet ; et auclorem lucis signum luminis revelaret [tfowi , 5^.

3 In principio erat Verbum, o\ verbum erat apurl Deuni, et Deu^ erat Verbum... Erat lux fera qna? illumine! omnom hominem venientem in banc mundum.

et en se montrant comme étoile , elle proclame Jésus-Christ vrai Dieu.

Ce raisonnement est de Procope, car, nous ditil, .< l'Écriture n'appelle Jésus-Christ Orient, Lumière , Soleil de justice , que sous le rapport de la divinité, car, c'est comme Dieu qu'il est la vraie lumière qui éclaire tout homme qui vient en ce monde; par là l'étoile des Mages nous montre en Jésus-Christ un Dieu qui est venu remplir le monde d'une lumière toute divine et toute céleste1.» Origène a bien nommé cette étoile en l'appelant le signe de la divinité visible de Jésus-Christ 2 ; et , selon saint Jean-Chrysostôme, elle est le portrait fidèle, le symbole expressif, la devise, les armoiries de Jésus-Christ suspendues sur la cabane de Bethléem , cour terrestre de son amour , comme on voit les armoiries des grands de la terre figurer au frontispice de leurs palais. Ainsi l'étoile de la cabane indique la divinité , la puissance de Jésus- Christ, comme les armoiries des palais indiquent la noblesse, les titres, la gloire, les hauts faits de leurs

1 Stella significavit Deum eœlitus illuminantera. Secundum divinitatem enim passim prophelia illum Orientent et Lumen et Soient Jusl t'fî'œappellat*: utpote qui illuminât omnem horoinem venientem in hune mundum (In -24, Num-).

1 Divinitatis ejus indiciuin hanc stellam fuisse opinor.

possesseurs ' . Et comme dit encore saint Maxime . dans son langage poétique : cette étoile brillait d'une lumière plus vive et plus réjouissante que toutes les autres, démontrant ainsi comme elle se complaisait, combien elle éprouvait de joie de remplir des fonctions aussi sublimes ; elle semblait comprendre l'importance , l'honneur, la gloire de la mission d'annoncer aux hommes que l'enfant de Bethléem était le vrai Fils de Dieu 2.

O prodige étonnant, s'écrie saint Maxime, ô mystères ineffables! et qui pourra jamais en sonder la profondeur, en admirer la sagesse et la gloire î Quelle bonté de la part de notre Dieu , qui pour soutenir notre foi, fondement de notre salut, a voulu faire briller à nos yeux dans le ciel une nouvelle créature au moment où lui-même, qui en était le créateur , commençait à répandre sur la terre sa lumière invisible et spirituelle 3.

Si l'admiration de la terre fut à son comble à la vue de cette nouvelle étoile brillant dans les cieux.

1 Supra ubi erai puer index Stella consistit [Hom. i, ex Far.).

* Quis enim dubilet, ipsam stellam laetiori lumine, et fulgentioribus radiis coruscasse, quae cœli terraeque lumen humanis oculis ingerebat (Hom. 5).

' Quis hanc investigare miraculorum gloriam possel, quod pro remedio salutis nostrœ uno eodemque momento creatura lucebat in icelo et creator splendebat in terris (Loc cit \

quel dut être l'étonnement des cieux en voyant luire dans l'enfant nouveau-né un nouveau soleil sur la terre * ! Cette étoile miraculeuse , dit Cornelius-à-Lapide , peut encore se considérer comme le signe, l'expression de ce prodigieux étonnement des cieux à la vue du roi de gloire , du Verbe de Dieu revêtu de notre chair 2. En cela , dit le même interprète , nous voyons clairement l'accomplissement de la prophétie d'Aggé, qui fait dire au Seigneur : « Encore un peu de temps, et j'ébranlerai le ciel et la terre , et viendra le Désiré de toutes les

§ IV. Analogie entre le miracle de V étoile et celui de l'éclipsé de soleil arrivée à la mort de Jésus- Christ, Ces deux prodiges prouvent sa divinité , de même que la joie des anges à sa naissance et leur deuil à sa mort.

L'étoile des Mages prouve la divinité et la grandeur de Jésus-Christ , non-seulement par ses glo-

' Mirabatur quidem terra, quod novam stellam videretin cœlo ; sert plus mirabatur cœlum, quod solem novum videret in terris (L. c).

1 Nova hac Stella cœlum quasi sluporem suum tanti régis orlu, puta Verbi incarnati ostendit (In Matth., 2).

5 Hoc est quod prœdixit Agga?us : Adhuc modicum ; et ego eommovebo cœlum et terram; ot veniot desideratas a ounetis gentihuç [Atf., 2).

rieuses particularités , mais encore par le temps de son apparition. Car, comme affirme saint Augustin, l'étoile parut dans le ciel dans le moment même où Jésus-Christ nacquit sur la terre ; et cette nouvelle lumière , qui paraît dans une étoile à sa naissance , nous rappelle naturellement la lumière ancienne du soleil qui disparaît à sa mort * . Or , qui oserait attribuer au hasard ces deux prodiges, l'étoile de Bethléem et l'éclipsé du calvaire, tous deux étonnants, publics, solennels et uniques dans leurs circonstances, tous deux apparus dans le ciel à deux temps déterminés et précis , aux deux extrémités de la vie mortelle de Jésus-Christ? Ils sont évidemment opérés pour Jésus - Christ ; ils démontrent que Jésus- Christ au berceau comme attaché à la croix , commande aux cieux et en dispose en souverain , en créant une nouvelle étoile à sa naissance et en éclipsant le soleil à sa mort : il fait servir ces deux prodiges à la gloire de sa personne ; la lumière de l'étoile à la conversion des Gentils, et l'éclipsé de soleil à la confusion de la perfidie judaïque i.

1 Eo nascente, lux nova est in Stella revelata ; quo moriente, lux anliqua est in sole velata (34, de Temp.). 3 Ille novam stellam déclara vit natus, qui antiquum solem ob.«-

Mais revenons à cette belle idée de saint Augustin, pour l'approfondir davantage, pour découvrir l'harmonie qui existe entre ces deux prodiges et les témoignages qui en résultent pour la gloire de Jésus-Christ. Les deux circonstances les plus humiliantes de la vie de Jésus-Christ, furent sa naissance dans une étable, et sa mort sur une croix. Dans l'étable, il se montre le plus pauvre, le plus abject des hommes, n'ayant pour compagnie que deux animaux ; et sur la croix, il paraît le plus scélérat, placé comme le plus coupable entre deux larrons, compagnons de son supplice. 0 profondeur d'humiliation! ô avilissement incompréhensible de Celui qui, comme fils de Dieu, était la sainteté même, la gloire même de Dieu! O Jésus, vos prophètes ont poussé des cris lamentables en voyant ainsi traité le fils du Très-Haut, le juste par excellence, le saint des saints ! Entendons Habacuc considérant en esprit le Fils de Dieu devenu Homme, et placé entre deux animaux, dans une crèche: « O Seigneur, j'ai considéré l'œuvre de votre miséricorde , et je suis demeuré saisi d'épouvante. Quoi donc! couché entre deux ani-

curavît occisus. Ma luco iocohata <>sl fidos gentium ; istis tenebris accusala est perfidia Judneorum (ni, de Temp.).

maux ! vous vous ferez reconnaître pour ce que vous êtes f ! « Et Isaïe , contemplant Jésus- Christ entre deux larrons, commence en ces termes l'histoire, plutôt que la prophétie, des douleurs et des humiliations du Sauveur sur la croix : " Qui pourra ajouter foi à mes paroles? Qui pourra reconnaître le bras du Seigneur dans les œuvres que je vais raconter? Le juste par excellence est mis au nombre des scélérats 2. »

Le divin Sauveur par ses humiliations, nonseulement expie nos fautes, mais encore nous instruit et nous confirme dans la Foi; il nous donne par là une preuve évidente de son humanité, car il n'a pu naître ni mourir ainsi sans être vrai homme. Mais il est en même temps vrai Dieu, et la foi dans la divinité de Jésus-Christ n'est pas moins indispensable que la foi dans son humanité.

Comment Dieu va-t-il manifester cette sublime et importante vérité d'une manière sensible, et nous la faire toucher, pour ainsi dire? Aux prodiges d'humiliation de son fils qui démontrent son humanité, il joint, pour annoncer sa divinité, deux

1 Domine consideravi opéra tua et expavi ; in medio duorum animalium cognosceris Abac.,ô. Apud a Lapid., in Matth., 2).

3 Quis credidit auditui nostro; et brachium Domini rui revrlntiinj eét? Juslus... coin ^relcratis reputatu? est (Tsai..r,:,s

prodiges de sa puissance, l'étoile de Bethléem et l'éclipsé du Calvaire; car l'étoile qui parut à la naissance de Jésus-Christ démontra, dit saint Jean Chrysostôme, que celui qui naissait, comme le dernier des hommes, dans une étable, était le fils de Dieu. Et parle soleil qui s'éclipsa à sa mort et parut en quelque sorte mourir en lui et avec lui , nous voyons clairement, dit Cornelius-à-Lapide , que celui qui meurt comme le dernier des criminels, est le vrai Soleil de justice, le Dieu, le Maître de l'univers1; car, ajoute le même interprète, qu'est-ce que la lumière de la nouvelle étoile, sinon la joie et l'étonnement de la nature à la vue de l'infinie bonté du Verbe de Dieu fait homme par amour pour les hommes? Et qu'est-ce que l'éclipsé si extraordinaire du soleil, sinon le deuil et l'horreur de la nature à la vue des cruautés exercées contre le fils de Dieu? Et c'est ainsi que la nature publie hautement que celui qui naît dans un état si pauvre et meurt d'un supplice si infâme, est son Maître, son Seigneur et son Dieu2. O accord ma-

1 Haec eclipsis fuit index divinilatis Christi. Sol enim obscuratus, et quasi emoriens, significabat Christum Deum ac Dominum suum; qui est soljustitiae, in cruce emori (7n27, Aîalth.).

3 Nato Christo stupet ccelum ad hanc Domini sui philantropiam , m ut eadem de causa in passione Christi obscuratus est sol et luna 'il figniflcaret Deum suum mori (In 2, Matth).

gnifique! ô merveilleuse harmonie ! ô profondeur! ô clarté de la sagesse divine , dans l'enchaînement des mystères du Sauveur! La lumière de l'étoile qui éclaire le berceau de Bethléem, nous découvre un Dieu dans ce nouveau-né tremblant de froid entre deux animaux ; et les ténèbres du Calvaire nous montrent aussi un Dieu dans ce prétendu coupable qui expire entre deux scélérats. Et ainsi, l'étoile dans la joie, le soleil dans le deuil, le berceau et la croix, Bethléem et le Calvaire, semblent s'appeler et se répondre, réunir leur voix et leur témoignage pour proclamer cette vérité fondamentale : que le vrai homme qui naît et qui meurt ainsi est vraiment Dieu.

Rappelons-nous encore qu'à la naissance de Jésus-Christ, au moment oùl'étoile le faisait connaître aux Mages par sa lumière, les anges l'annonçaient de leurs voix aux pasteurs, et entourant son berceau, le louaient par leurs cantiques. De même, à sa mort, au moment où le soleil lui rendait hommage, en voilant sa lumière, les anges de paix pleuraient amèrement, tristement rassemblés autour de sa croix.

Or, les étoiles et le soleil étant les ornements des cieux et les anges ses habitants , comme il est

beau, dit Saint- Augustin, de voir les ornements; et les habitants des cieux chanter en chœur les gloires de Jésus-Christ, le dédommager des insultes des hommes, le proclamer Dieu dans le moment où il ne paraît pas même un homme ; car il ne peut être que Dieu, maître et souverain des cieux, Celui qui reçoit des habitants et des ornements des cieux un témoignage de louanges si magnifique et si solennel1.

Et telle fut en effet la conclusion que tirèrent les Mages du prodige de l'étoile qui leur apparut à la naissance du Sauveur; le Centurion en conclut de même, voyant le soleil s'éclipser à sa mort; car, selon l'Écriture, les Mages jugèrent en voyant l'étoile, que l'enfant né en Judée était un Dieu digne d'adoration 2 ; et le centurion qui commandait la cohorte romaine sur le calvaire , frappé à la vue des prodiges arrivés à la mort du Sauveur 5, reconnut et confessa que celui qui mourait comme le dernier des hommes était vraiment le fils de Dieu4.

' Coelos angcli habitant ; sidéra ornant; utrisque ergo cœli warrant gloriani Dei.

5 Vidimus stellam ejus et venimus adorare ' Viso terremotu et his quae fiebant {Matth., 27). ' DixitjVere hic homo Filius Dei eral [Marc . 15

Ainsi, conclut saint Maxime : Nous voyons Jésus-Christ aux deux époques de ses plus grandes humiliations recevoir les hommages les plus unanimes et les plus solennels : le ciel et la terre, les anges et les hommes, les créatures intelligentes et les êtres inanimés, toute la nature enfin le voyant naître et mourir comme homme, se prosternent devant lui. le confessent et l'adorent comme leur Créateur et leur Dieu1.

'. V. Les mage» comprennent aussi par l'étoile que Jésus-Christ est vrai roi. En l'appelant roi des Juifs, ils le reconnaissent comme Hoi Messie. La demande des Mages : où estle uoi des Juifs ? comparée à l'inscription de la Croix : Jésus de Nazaueth lioi Dts Jcifs. Le Berceau et la Croix sont deux trônes de gloire sur lesquels Jésus-Christ siège comme Dieu.

Le bienfait de la manifestation de la Foi ne se borna point pour les Mages à leur faire connaître un Homme-Dieu ; mais dans l'enfant de Bethléem, dans cet Homme-Dieu, elle leur découvrit un Roi et Seigneur, le vrai Messie de Jacob, le Rédempteur

1 Condiw.'iem sttnm otaequens nature icstatur [Hom- ô,

des hommes, le Sauveur du monde. Car les Mages en disant en entrant à Jérusalem : «Où est le roi des Juifs qui vient de naître, car nous avons vu son étoile et nous venons pour l'adorer , » donnent clairement à entendre, dit le savant Aymon, que, d'après les lumières dont le ciel les avait favorisés, ils avaient reconnu dans cet enfant, avant de l'avoir vu, trois qualités, trois caractères, trois conditions : le vrai Dieu, le vrai Roi, le Sauveur des hommes * ; ils le croyent homme, en disant qu'il est né ; car en parlant d'êtres raisonnables, l'expression naître ne convient qu'à l'homme*; et par ces paroles .«Nous sommes venus pour l'adorer5 » ; ils confessent sa divinité , car l'adoration ne se doit et n'appartient qu'à Dieu. Enfin ils le croyent roi comme ils le déclarent : « Où est né le roi des Juifs4? *

Enl'appelantroi des Juifs, lesMages n'entendent point un roi ordinaire qui doive régner à la manière des autres rois ; mais un roi Messie et Sauveur. Tous les prophètes avaient désigné le Messie sous

' A Domino illuminati, tririum eum crediderunt : homînem, Deum et Regem (In Matth., 2).

3 Crediderunt hominem quia dixerunt : « Qui natus est »; quia huniinis csl nasci.

' Deum crediderunt, addentes ; « Venimus adorare»; quia Deus débet adorari, non creatura.

Tegem crediderunt, subdeules :««ex Judaeorum» [In Matth., 2

les noms de C hrist et de Roi des Juifs; les Juifs euxmêmes l'ont toujours appelé de ce nom et c'est sous ce même nom qu'ils l'attendent encore. Or, cette croyance des Juifs, comme nous l'apprend l'histoire profane était, au temps des Mages, répandue dans le monde entier et principalement en Orient; les nations étaient dans l'attente d'un personnage extraordinaire, d'un réformateur sauveur du monde qui devait naître dans la Judée , sous le titre de roi des Juifs ; ainsi près des Juifs et des étrangers ce titre seul, sans aucune addition, indiquait le Messie. Ainsi en disant : « Où est né le roi des Juifs?» les Mages n'entendaient point un roi des Juifs purement temporel; car, à la naissance de tant de rois qui se sont succédés dans la suite des siècles, et récemment encore à celle du fils d'Hérode, destiné à régner sur les Juifs, personne n'était venu d'Orient leur rendre hommage. Et d'ailleurs, s'il ne se fut agi que d'un roi purement temporel , quel intérêt si grand et si impérieux, dit saint Augustin, pouvaient avoir trois rois à venir, des extrémités de l'Orient pour visiter un roi d'une nation étrangère, pour le reconnaître et l'honorer dans son berceau ' ? Les Mages vou-

1 Quiri est hoc ? N'onoc tam multi antea reges Judaeorum ? Quid lantopere alienae geotis regem nosse cnpierunt [30,</« Ternp-^?

laient donc parler d'un roi des Juifs Sauveur en même temps et dont le règne devait être éternel; autrement ils ne seraient point venus de si loin à sa recherche, ils n'auraient point démontré un désir si ardent de le voir'. En un mot, par le roi des Juifs ils comprenaient ce grand personnage que les Juifs désignaient sous le nom de Messie. Et, en effet, quand les Mages demandèrent où était né le roi des Juifs , tout Jérusalem comprit que ces étrangers parlaient du Messie; Hérode lui-même comprit dans le même sens la question des Mages ; car , ayant fait rassembler le Sanhédrin pour savoir ce qu'il devait leur répondre , et plus encore pour satisfaire sa curiosité, il prie simplement les docteurs Juifs de consulter leurs Ecritures et de lui dire où devait naître le Christ3. Ainsi , chez les Juifs , les mots Christ et Messie , s'employaient indifféremment, ayant le même sens. Ainsi, dans l'opinion même d'Hérode, ce roi des Juifs que cherchaient les Mages était le Messie.

Ce titre de roi des Juifs que les Mages donnent

' Nunquam lanta devotione requirerenl , tanto pielatis affecti; desiderarent, nisi eum agnoscerent regem Judaeorum, qui rcx es! ctiam saeculorum (30, de Temp.).

* Sciscitabalur ab eis ubi Climtusnasceretur.

à Jésus-Christ naissant, nous rappelle naturellement, dit saint Augustin, le titre de roi des Juifs que Pilate donna à Jésus -Christ mourant. Remarquons le grand et admirable mystère caché dans ces deux déclarations faites dans des temps et des circonstances si différentes, et qui nous présentent un seul et même sens. Car ils étaient païens les Mages qui, à la vue de l'étoile, publièrent que le roi des Juifs était né; il était païen , Ponce-Pilate qui donna à Jésus-Christ et fit écrire sur sa croix le titre de roi des Juifs. Ainsi les païens ont été les premiers à la naissance et à la mort de Jésus-Christ pour le reconnaître et l'annoncer comme Messie et Sauveur du monde * .

Et remarquons ici que si la conduite des Mages fut noble et courageuse, en proclamant à Jérusalem la naissance d'un nouveau roi des Juifs , la manière d'agir de Ponce-Pilate ne fut pas moins ferme et mystérieuse ; il s'obstine à nommer Jésus-Christ roi des Juifs, au mépris de leur haine et de leurs clameurs. Les Mages méprisent la jalousie duroi, et Pilate l'opposition et la fureur du peuple. Le président ro-

1 Advertamus ergo magnum et mirabile sacramentum. Magi ex ^entibus erant ; ipse etiam Pilatus eratex gentibus. Illi stellam viderunt in coelo; iste titulum fixitin ligno : utrique tamen regem non gpntium, sed Jud^orumvPlagno^ebantvoiqua>rebant 30. de r^ttip.)-

main ne se contente point , dans toute la suite de l'inique procédure, de nommer le Sauveur le Roi des Juifs, il fait de ce titre l'objet d'une déclaration authentique et solennelle revêtue de toute* les formes. Car, selon le rapport de l'évangéliste, Ponce-Pilate faisant de nouveau comparaître Jésus Christ devant le peuple, s'assit dans son tribunal au lieu appelé en grec Lithostratos en hébreux Gabbatha. C'était le jour de la préparation de la Pâque, il était environ la sixième heure et il dit aux Juifs : « Voilà votre roi ' . •»

Or, toutes ces circonstances de personnes, de jour, d'heures, de lieu qui accompagnent cette déclaration et qui sont si minutieusement rapportées par l'Évangéliste , nous indiquent assez que Ponce-Pilate est, à son insçu, le ministre aveugle des desseins de Dieu et qu'il remplit une importante mission, prêtant son ministère à l'accomplissement d'un fait éminemment mystérieux.

En vain les Juifs frémissent, se voyant imposer pour Roi et pour Messie un homme qu'ils veulent châtier comme un esclave ; en vain s'écrient-ils en

1 Adduxit foras Jesum , et sedit pro tribunali in loco qui dicitui Lithostratos, hebraice aulem Gabbatha. Erat autem parasceve Pat chas, hora quasi sexta; et dixit Judaeis : Ecce rex tester

tumulte qu'ils ne veulent point de lui, qu'ils ne reconnaissent d'autre roi que César; Pilate, inébranlable dans sa résolution, maintient le titre quil a énoncé et leur dit toujours : « C'est votre roi , vous voulez que je crucifie votre roi1. » Et non content d'avoir donné à Jésus-Christ ce glorieux titre, il le fait inscrire au sommet de sa croix, dans les idiomes les plus usités alors. « Celui-ci est Jésus de Nazareth, roi des Juifs2. »

Quel admirable rapport ont entr'elles la question des Mages et la déclaration de Ponce -Pilate! C'est le grand secret, le grand mystère dévoilé ! Où est né le roi des Juifs, demandent les Mages? Le voilà! répond Pilate en le montrant au peuple et en lui faisant lire son titre sur sa croix : « Celui-ci est le roi des Juifs , Jésus de Nazareth. » Peu importe que les intentions de Pilate aient été différentes de celles des Mages; car, comme dit agréablement saint Augustin, de même que Dieu fit prêcher l'Evangile par le diable, dans la personne de Juda, ainsi a-t-il pu se servir et s'est réellement servi de Pilate pour prêcher Jésus-Christ et écrire sur la croix son vrai titre de grandeur et de

' Regem veslrum crueifigam.

Hic est Jesu? Nazarenus, roi Judaeorum

gloire qui est d'être le Messie et le Sauveur du monde. C'est donc le paganisme qui s'informe, dans la personne et par la bouche dès Mages, et c'est le paganisme qui répond par la bouche et dans la personne de Pilate. Ainsi le païen instruit le païen; les ténèbres d'Occident et celles d'Orient se parlent entr'elles , se recherchent et se communiquent la vraie science , la connaissance du Messie , du Rédempteur du monde ; et cette précieuse parole de vie paese d'une nuit à une autre comme d'un jour à un autre jour1. Ainsi Jésus-Christ a été reconnu d'une manière publique et solennelle pour le vrai Messie et Rédempteur du monde, d'abord par les Mages, au nom de l'Orient; et ensuite par Ponce-Pilate , au nom de l'Occident et de toutes les nations soumises à l'empire romain ; et les uns et les autres l'ont reconnu au nom de la gentilité en général. Bénis soient nos pères qui ont rendu au Messie, au Fils de Dieu, des hommages aussi solennels aux deux extrémités de sa vie précieuse! Les uns l'ont annoncé à sa naissance pour Messie et Sauveur, et à sa mort, les autres lui ont reconnu ce s deux ti-

' Utrerum fidem et régna orientisperMagos discerent, et Romanorum imperium non lateret (S. Léo, St. 2, de Epiph).

très et les ont publiés. Les uns ont été les apôtres d'Orient et les autres d'Occident pour faire retentir son nom d'un bout du monde à l'autre '.

Les Mages apprirent de l'étoile à connaître dans Jésus-Christ le Messie et le Sauveur du monde 2. Ainsi, dit saint Émiscène , l'étoile eut aussi un langage propre, et sans chercher si loin une comparaison pour me faire comprendre, elle leur parlait comme les lettres que je trace parlent à l'esprit du lecteur, comme un hiéroglyphe qui, présentant un objet aux yeux , en découvre le sens à l'esprit 2. Voilà encore, dit saint Augustin, un autre trait de ressemblance entre l'étoile de Bethléem et l'inscription de la croix. Car, que élisait cette inscription , sinon que celui qui mourait d'une manière si ignominieuse était Jésus de Nazareth, Roi des Juifs : Et que disait l'étoile en apparaissant aux Mages 1 L'Enfant né dans la Judée est le roi des Juifs et le Messie. Mais les Mages ignorant le lieu où devait se trouver

enfant , que fait l'étoile? Elle les conduit jusqu'à la grotte de Bethléem qu'elle environne et rem-

1 Ubi est rex Judceoiurn ? Vidimus stellam ejus- * Habuit enim nguam suam ; ne enim longe petamu? exempta, -sic illu slella loquebatur, sieut istae filera loquuniur nobis.

plit d'une lumière éclatante; elle s'arrête sur la tête de Jésus naissant , de même que l'inscription de Pilate demeure fixée sur la tête de Jésus mourant. Si l'étoile ne parle point, elle dit asse; en s'arrêtant d'une manière aussi miraculeuse sur l'Enfant de Bethléem : celui-ci est le roi des Juifs que vous cherchez ' .

Ainsi, la grotte et le Calvaire sont deux lieux de souffrance, d'ignominie et d'avilissement aux yeux de l'âme charnelle, inhabile à comtempler les mystères de Dieu ; mais au yeux de la Foi, la grotte et le Calvaire sont deux cours de grandeur et de gloire, les seules qui convenaient à un roi Dieu et Homme ; car les rois de la terre ne peuvent commander, ni régner qu'avec l'appareil de la force et de la puissance sensibles. A Dieu seul est donné de régner dans la douleur et de triompher dans la faiblesse. Et en réalité, l'étoile du berceau est le titre de la croix, ces armoiries des deux cours du Dieu Monarque disent en leur langage, que Jésus-Christ est le roi des Juifs ou

1 Ut Christo plénum redderet obsequium lemperavii graduai ; douée Magos perducerei ad puerum. Hospiiium radiavii amplissimo lumiae, ei tecta nati perfudit. Sietit supra capul pueri, quasi dicens : Hic est rex Judaeorum; ut quia loquendo moiistrarc non poterat.staodo demonstrarct (50, de Temp.)

le Messie. Nous lisons dans ces deux signes que Jésus-Christ est un roi qui, d'un trône d'humiliation et de douleur, déploie toute l'étendue de son pouvoir divin, de son indépendance, de la souveraineté de son empire, en convertissant, en pardonnant, en sauvant et, par là, régnant en Dieu. Et en vérité, dit saint Maxime, il n'attendit point qu'il fut attaché à la croix pour vérifier cette magnifique prophétie de David : » que le Messie attaché au bois devait régner sur les Gentils ' ; - il commença dès le bois du berceau ce règne mystérieux qui devait un jour avoir son accomplissement sur le bois de la croix ; car, de même que sur le bois de la croix, au milieu des Juifs, il régna sur les Gentils d'Occident en convertissant le centurion et la cohorte romaine ; de même en pleurant près des Juifs, sur le bois de son berceau, il régna sur les Gentils d'Orient , en appelant les Mages à sa Foi et à son amour 2.

Quelle grandeur, quelle sublimité dans cet acte de pouvoir royal par lequel ce roi pacifique signale son règne dès son entrée dans le monde 3 !

1 Dicite in gentibus quia Dominus regnavit, a ligno {Juxta Eccl. Trad.), 1 Vagiebat apud Judaeos, regnabat apud Gentiles (#om.,5). ' Rex pacifiais magnificatus est.

Il n'appartenait qu'à un Roi-Dieu de se montrer si grand dans ses œuvres , sous les dehors d'un faible enfant ; de faire des lois, de commander au ciel avant d'articuler une parole sur la terre ' ; car non-seulement il manifeste aux Mages les principaux mystères de la Rédemption et du salut, mais il leur inspire la Foi dans ces mystères, le désir de les mieux comprendre, le courage de les confesser, la volonté d'y demeurer fidèles ; il fait briller à leurs esprits une lumière si éclatante, les comble de grâces si abondantes , orne leurs âmes de tant de perfections, que de pécheurs , de superstitieux, d'orgueilleux, d'idolâtres qu'ils étaient, ils deviennent dans un instant, des justes, des croyants, des adorateurs du vrai Dieu, d'humbles disciples; et ces œuvres, c'est Jésus-Christ qui les opère dans l'étoile et par l'étoile; c'est Jésus- Christ qui donne aux Mages cette grâce triomphante qui les amène à ses pieds, les met au nombre de ses adorateurs, de ses disciples et de ses sujets 2. C'est ainsi que Jésus-Christ érige en trône son chétif berceau 5 !

1 Quis est islc rex tam parvus, et lam maguus ; nondum Ioquens in terris, et jam e coelo edieia propodens?

2 Ab ipso acceperunt ut ad eum vei-irent. Vagîebatapud Judseos, regnabatapud gentiles

0 belle et glorieuse conquête de notre Dieu, de ce Roi Enfant! Les Mages ne l'ont point encore vu, et déjà ils sont devenus son peuple, et lui leur roi î Déjà ils croient en lui, le cherchent et le reconnaissent ' . Tout en le désirant , ils l'adorent ; car désirer d'adorer, c'est adorer, comme c'est aimer que de désirer d'aimer 2. Mais ne nous étonnons point de ce prodige , car les Mages ont été convertis par Jésus-Christ , qui commença à accomplir, du trône de son berceau , la promesse qu'il a faite d'attirer tout à lui du trône de sa croix 3. Il a attiré trois souverains des confins de l'Orient à son obéissance, à son empire, afin de montrer que malgré sa pauvreté, son humiliation, son enfance, sa condition de vrai homme, il ne règne pas moins en vrai Dieu, en vrai roi, en maître absolu des esprits et des cœurs, comme de la langue des hommes pour les changer à son gré, obtenant des Mages païens la soumission de leurs esprits, le sacrifice de leurs cœurs et les louanges de leurs bouches4.

O Jésus! qu'ils sont sublimes, qu'ils sont grands

1 Natus est. Rex Judaeorum-

2 Yeiiimus adorare.

' Si exaltatus fuero a terra, omnia traham ad me ipsuœ Joan . \ 2. ■ v^jphat Hpud ludaeos r^snabat ap'id gentilcs.

vos mystères ! Qu'il est beau de vous voir ainsi dans le berceau et sur la croix, glorieux dans l'humiliation , puissant dans la faiblesse , Roi dans la dépendance, Dieu dans l'humanité! Mais autant ces mystères sont précieux , autant il sont doux et chers à mon cœur ! Comment à tant de signes ne pas vous reconnaître pour vrai homme et pour vrai Dieu, pour, vrai Roi, pour Messie et Sauveur i Soyez à jamais béni d'avoir bien voulu affermir ma foi par des preuves aussi lumineuses ; recevez l'hommage humble et sincère de cette foi ; je vous crois vrai homme , vrai Dieu et vrai roi ; et cette Foi que votre grâce a établi dans mon cœur, loin de me coûter aucun sacrifice, fait mes délices, ma joie, ma félicité. Non-seulement je crois en vous, mais ma foi fait l'objet de mon amour, de ma gloire, de mes complaisances. 0 mon Dieu! pourquoi mon amour n'égale-t-il pas ma foi? Achevez l'œuvre de votre miséricorde, et faites que je vous aime sans mesure, comme je crois en vous sans effort.

i VI. La révélation faite aux Mages n'a point cessé dans le monde en eux ni avec eux. Nous avons appris par la prédication de la Foi ce qu'ils apprirent par le moyen de l'étoile L'étoile sur la grotte, figure de Jésus-Christ, toujours avec son Église. Comment Jésus Christ , selon la doctrine de saint' Paul, éclaire l'Église de son regard divin. La doctrine de l'Église, doctrine de Jésus-Christ. Malheur et châtiment de ceux qui la méprisent.

Le prodige de cette grande manifestation arrivée à la naissance du Sauveur par le moyen de l'étoile , n'a point été seulement opéré en faveur des Mages, et n'a point cessé d'exister avec eux ; car, dit Procope, ce prodige qui fut pour les Mages une grâce des plus signalées , fut l'annonce et la prophétie de cette lumière spirituelle, de cette révélation qui devait se propager et se perpétuer dans le monde ' .

Saint Augustin parle aussi dans le même sens : car, nous dit-il , l'étoile des mages ne fut point un signe muet . un vain ornement dont il plut à Dieu d'illustrer la naissance de son Fils sur la terre ;

1 Stella demoBstrat magnum elsjrîriluale lumen cœlitusdemissuro, totum orbem illustrons {In 2;. Num.).

mais elle fut une langue magnifiquement éloquente dont le ciel se servit pour annoncer la divinité , la grandeur et la gloire de Jésus-Christ. Comme un interprète divinement inspiré , elle expliqua , par sa lumière miraculeuse et divine , l'enfantement miraculeux d'une Vierge , donnant à connaître que l'explication de ce nrystère ne devait point cesser avec l'étoile , mais se continuer par la prédication évangélique qui, plus tard, devait retentir dans le monde entier1.

0 paroles sublimes du grand docteur! L'étoile ne fut donc que l'avant-coureur, le prélude , l'aurore , la préface de l'Evangile ! L'Evangile a donc été dans le monde la suite de la manifestation de la Foi qui a commencé à l'étoile. Ces grandes vérités que les Mages apprirent de l'étoile , nous les avons reçues de la prédication et de la doctrine de la Foi. Ainsi, dit saint Augustin, la Foi est pour nous ce que l'étoile fut pour les Mages ; elle est l'apôtre, l'évangéliste de Jésus-Christ; elle nous a éclairés , nous a instruits de ses mystères , nous a conduits à Lui et nous l'a fait trouver

1 Quid erat illa Stella, nisi mugnifica lingua cœli quae enarrarei gloriam Dei; quae inusitatum Virginis parlum, inusitato fulgore clamaret : cui non postea apparenli, Evangelium tolo mundo succederet (30, de Temp.)'

en cette vie dans l'Eglise, comme l'étoile le fittrouver aux Mages dans la grotte de Bethléem et leur en I assura, et à nous dans leurs personnes, lajouissance pour la vie future ' . Ainsi n'avons-nous rien à envier aux Mages, car, toute âme fidèle, dit Cornelius-à-Lapide , possède son étoile dans la Foi et par la Foi 2 qui est cette étoile dont parle saint Pierre lorsqu'il dit : « Jusqu'à ce que l'étoile du matin se lève dans vos cœurs 5. » Nous pouvons dire aussi comme les Mages , que nous avons vu l'étoile de Jésus-Christ, et que nous avons été nonseulement appelés avec eux ( comme nous avons vu dans la lecture précédente), mais encore instruits comme eux. Et telle est, dit saint Chrysostôme , la raison pour laquelle l'Évangile remarque cette particularité : •• Que les Mages vinrent d'Orient, * car de même que le jour matériel commence à l'Orient, ain>i le jour spirituel de la Foi, qui est la vraie lumière et la vraie étoile, commença à l'Orient à la révélation des Mages \

De même que les Mages connurent Jésus-Christ

1 Stella ejus lux fideiest qua aspirât! sumus, et in eum erederedebemus [In Matth.).

3 Stella hominis fidelis est fides {In Matth.).

3 Donec Lucifer oriatur in cordibus vestris (l, Petr.).

■ Ab oriente venerunt, unde dies nascitur, ibi iaitium lidei proces- -it ; quia fide? lumen e?t animarum (In 2. Matth.}.

à l'instant de l'apparition de l'étoile ; ainsi le monde le connut à l'instant de la prédication de la Foi. Et de même que le terme moyen renferme et fait connaître les extrêmes, ainsi Jésus-Christ, une fois connu comme grand médiateur, grand moyen entre Dieu et l'homme par sa qualité d'Homme-Dieu, le monde comme les Mages connut Dieu en Jésus- Christ , l'unité de sa nature et la Trinité de ses personnes; l'homme y découvrit son origine, les vicissitudes de l'humanité , ses besoins , ses moyens de secours, ses devoirs, ses espérances et sa fin.

En outre , l'étoile n'apparut point seulement aux Mages, mais à tout l'Orient, selon l'opinion de saint Jean Chrysostôme. Cependant les Mages seuls arrivèrent à la vraie connaissance de Jésus - Christ et de sa religion , parce que seuls ils suivirent l'étoile , seuls ils affrontèrent les dangers pour aller à Bethléem, où seulement ils pouvaient trouver le Dieu sauveur que Tétoile leur avait fait connaître. La Foi fut aussi prêchée au monde entier ' ; mais tous ne se montrèrent pas dociles à cette manifestation de l'Evan-

' lu omiiom terrain oxivit -omis coriim.

gile \ tous n'eurent point le courage d'abandonner les sentiers de l'erreur pour suivre cette étoile mystérieuse de la Foi, et entrer avec son secours dans la vraie Bethléem, dans l'Église catholique, où seulement on doit chercher JésusrChrist, qui ne se trouve que dans l'Église2.

L'étoile s'arrêta sur la grotte, parce que dans la grotte était Jésus-Christ3; car, dit saint Ambroise, là où est Jésus-Christ , là seulement se trouve l'étoile , et quand Jésus-Christ abandonna la grotte, l'étoile disparut avec lui 4. Ainsi l'étoile fit connaître Jésus-Christ aux Mages , et les conduisit à son berceau ; ce fut Jésus-Christ qui par sa présence maintint dans toute sa clarté et sa lumière l'astre miraculeux. De même la vraie Foi n'est que dans l'Église, parce que c'est dans l'Église seule que se trouve et se trouvera Jésus-Christ jusqu'à la fin du monde5. Ainsi la vraie Foi fait connaître Jésus-Christ et conduitàLui; et c'est Jésus-Christ qui, par sa présence,

' Non omnes obediunt Evangelio-

3 In Bethléem ; idest in Ecclesia calholica quaerendus est (Haim . in 2, M ut th.).

'' Stetit supra ubi erat puer (Matth., 2).

4 Ubi Christus ibi et Stella, et ubi Chrislus non est, Stella non videtur (In 2, Luc.\

5 Ecce ego vobiscum sum usque ad consummationem sseeuli (Mattft., 28).

maintient dans toute sa clarté la lumière de la Foi et la fait briller dans son Église et par son Église. Telle est sur ce point la théologie de saint Paul ; car, nous dit-il , par la lumière que Dieu fit briller dans le monde matériel, au commencement de la création, il voulut figurer dès-lors une lumière infiniment plus noble et plus précieuse, la lumière de la science de Dieu , de la vraie Foi qu'il devait faire briller dans le monde spirituel au commencement de la rédemption1. Et de même que, selon la belle expression de saint Ambroise, la lumière sensible qui éclaire les corps est comme le reflet de la face de Dieu créateur 2 ; de même , selon saint Paul , la lumière surnaturelle et divine de la Foi qui éclaire les intelligences , est le reflet de la face de Jésus- Christ Dieu rédempteur 5.

Cherchons à donner, autant qu'il est possible, une idée de ce touchant et sublime mystère. Dieu le père, contemplant son Verbe, reproduit en lui sa parfaite image, et par là le Verbe éternel est appelé, « la splendeur de la gloire du Père et l'image de sa

1 Deus qui dixit de tenebris lucem splendescere ; ipsc illuxit in cordibusvestris, ad illuminalionem scienliœ clarilatisDei (-2, Cor., 2).

■ Deus lucem vidit et vultu suo illuminavit {Exam.).

1 Ad illuminationem scientia? clarilatis Dei in facie Christi Jesu {Loc. cit.-)

substance * : » et Jésus-Christ a dit » que ceh qui connaît le Verbe connaît aussi le Père *. »Or, ce Verbe de Dieu fait homme contemplant son Eglise avec laquelle il a promis de se trouver toujours , reproduit en elle sa parfaite image , et par là l'Église est figurée dans cette femme mystérieuse que saint Jean nous montre revêtue de la splendeur du soleil de justice s; et cette cité (l'Église) ayant pour lumière l'agneau de Dieu, n'a pas besoin de la lumière du soleil ni de la lune , c'est-à-dire de la science humaine et terrestre, pour se voir elle-même et pour éclairer le monde 4. Et comme Jésus-Christ est l'image fidèle de Dieu le père , en contemplant son Église et réfléchissant en quelque sorte en elle son image , il fait par là connaître Dieu le père ; et comme le père n'est connu que de son Verbe , et que le Verbe de Dieu fait homme n'est vraiment connu que de son Église , il s'en suit que c'est dans l'Église seule , dans cette vraie Bethléem où est l'enfant et l'étoile, Jésus-Christ et la vraie Foi, que se trouvent la vraie connaissance de Dieu, la vraie science du salut , qui de la face bien-aimée

' Splendor gloriae et imago subsiantise ipsius (Uebr-, l).

-Qui videt me, videtet Patrem meum {Joan,, 14).

: Mulier amicla sole (Apoc.,i-2).

4 Noneget sole nequo luna. Lucerna ejus es! Agiras (Apoc,2).

du Sauveur, brille comme une lumière \ Qu'est-ce donc que la doctrine et l'infaillibilité de l'Église? sinon la doctrine et l'infaillibilité même de Jésus- Christ qui esttoujours avec elle et l'éclairé constamment de sa lumière 2. Ainsi, quiconque est dans l'Eglise et écoute l'Église en admettant sa doctrine , se trouve avec Jésus-Christ , reçoit sa lumière et sa doctrine. Et au contraire, celui qui méprise la parole de l'Église, méprise par là même la parole de Jésus-Christ , repousse sa lumière et éteint de ses propres mains l'unique flambeau , la seule lumière qui puisse fidèlement guider ses pas au milieu des ténèbres de la raison humaine 5; il s'assied pour sa ruine dans l'obscurité et les ombres de la mort ; comme les Juifs, il s'ensevelit dans les ténèbres dont parle Tertullien , qui sont le crime et la punition de quiconque ne veut point voir, jusqu'au moment où ces ténèbres passagères dans cette vie deviendront dans l'autre extérieures et éternelles en l'environnant de toutes parts, et seront à jamais pour lui un sujet de plaintes et de douleurs 4.

' Ad illuminalionem scientiœ claritatis Dei in facic Chrisli Jesu. 2 Luceroa ejus est Agnus.

' Sicut luccrna in caliginoso loco (2, Pelr-, 1). 1 Et millent eum in tenebras exteriore? : ibi orit tletus et stridor deniiuin (Matth., 8).

§ VII. Rapport entre la lumière matérielle qui éclaire les corps et la lumière de la Foi qui éclaire les esprits. V étoile arrêtée sur Bethléem, figure de lavraie Foi établie principalement à Borne. La vraie Foi ne se maintient et ne se prouve que par la sainteté. Devoir de prouver ainsi à Dieu notre reconnaissance. Promesse de remplir ce devoir.

1°. La lumière matérielle ne vieillit point par la longueur du temps, ne s'altère point par l'étendue de l'espace qu'elle occupe, ne se souille point en éclairant les lieux les plus infects, et depuis six mille ans brille aussi pure , aussi vierge qu'au premier jour de sa création. Il en est de même de la doctrine de l'Eglise : le temps ne l'a point vieillie; sa diffusion parmi tant de peuples ne l'a point altérée ; les blasphèmes des gentils, les délires des philosophes, les erreurs des hérétiques, les vices des mauvais chrétiens n'ont pu la souiller, et depuis dix-huit siècles, elle est aussi pure, aussi vierge, aussi vive qu'au jour où elle commença à briller dans l'étoile de Bethléem et que plus tard elle retentit de la bouche des premiers envoyés de Jésus- Christ. Ainsi, depuis tant de siècles, nous connaissons, nous croyons les mêmes vérités que connu-

rent et crurent les Mages et les premiers fidèles ; car, de même que le Créateur présent dans le monde y maintient la lumière telle qu'il l'a créée , de même Jésus-Christ, toujours avec son Eglise, y maintient la doctrine telle qu'il l'a révélée ' .

2° Dieu fait luire pour tous la lumière matérielle, tous peuvent en jouir gratuitement sans aucun effort, et il suffit d'avoir des yeux et de vouloir les ouvrir. De même la doctrine de la Foi n'a point été donnée pour un seul peuple , mais pour tous les peuples; tous peuvent jouir gratuitement de son bienfait, il suffit de vouloir l'accepter. » Enseignez toutes les nations a dit Jésus-Christ2. »

3° Il ne faut ni travaux ni études pour jouir de la lumière matérielle; l'enfant au berceau qui ne la saurait nommer, le simple habitant des champs qui en ignore les conditions en jouissent aussi bien que le philosophe qui consume sa vie à en étudier la nature ; il suffit pour tous de posséder sain l'organe de la vue. De même la doctrine de l'Eglise n'exige ni étude, ni examen; l'enfant, l'homme sans lettres, l'humble artisan peuvent y participer comme le théologien qui en approfondit les preu-

Lucerna ejus est Agnue Docete omnes Gentes.

ves ; la seule disposition requise est de posséder une intelligence saine, c'est-à-dire l'humilité d'esprit, la docilité de cœur, la pureté d'affection ; et l'âme croit d'autant mieux qu'elle s'anéantit et s'abaisse davantage; et mieux elle croit plus elle aime ; et plus elle aime, plus elle comprend , plus elle est en paix, plus elle est assurée, joyeuse et heureuse dans sa Foi ' .

4° Enfin la lumière matérielle marche d'Orient en Occident. Il en est de même de la lumière spirituelle, de la doctrine évangélique que nous avons le bonheur de posséder. Apparue d'abord en Orient dans l'étoile et la conversion des Mages, et plus tard en Judée, dans la prédication du fils de Dieu et de ses apôtres, elle est passée en Occident; elle est venue de Jérusalem se fixer à Rome comme l'étoile des Mages vint d'Orient se fixer sur Bethléem. O Rome ! ô heureuse cité! ô vraie Sion . plus chère à Dieu que tous les tabernacles de Jacob2.

Oui, le Seigneur a choisi particulièrement Rome pour foyer de la lumière qui doit éclairer toute la terre: il l'a choisie comme un sanctuaire pour

' Lux 01 ta et-t juslo et rectis corde Iselitia. DifigilDomious portas Sion Âiperomnia taberculà Jacob (f»*.86.

y maintenir sa doctrine dans toute sa pureté et sa splendeur. C'est à Rome qu'il a posé la grande pierre sur laquelle est bâti et se soutient l'édifice de son Église; pierre contre laquelle se brise celui qui vient s'y heurter. Il a prêté à Rome une spéciale assistance, afin d'y maintenir intact l'héritage de la Foi. Munie de ce secours divin, Rome maintient sans altération cette Foi que lui confièrent les premiers apôtres, en sorte que saint Paul, en écrivant aux chrétiens de Rome que leur Foi s'annonçait dans le monde entier, parut ajouter une prophétie à l'éloge qu'il faisait de l'Église romaine; car depuis ce temps, on a toujours tenu pour caractère distinctif de la vraie Foi, celui de Foi romaine ; et encore de nos jours celui-là possède la vraie croyance , qui croit comme l'Église romaine ; et ainsi, la Foi de Rome est toujours la règle sûre, la pierre de touche de la vraie Foi pour le monde entier *

Cependant, quoique le flambeau de la vraie Foi ne puisse s'éteindre à Rome, il pourra bien cesser d'éclairer ces Romains qui n'alimentent point ce feu par la sainteté des œuvres ; car l'apôtre saint Jacques a dit pour tous les chrétiens ; « Qu'une i Fkîo? vestra annuntiantur in universo mundo (.Rom. I

Foi qui rougit de se manifester par les paroles et par la sainteté des œuvres, est une Foi faible et languissante, qui finira par s'éteindre, comme nous le démontre une funeste et journalière expérience ! . Ecoutons sur ce sujet l'avertissement de l'apôtre saint Paul : puisque la divine clémence, par l'admirable lumière de la Foi, a dissipé les ténèbres de notre esprit, c'est pour nous un devoir de reconnaissance de rejeter les œuvres de ténèbres qui obscurcissent notre conduite , de nous revêtir des armes de lumière , de mettre en harmonie la vérité de notre croyance avec la sainteté de nos œuvres , et de vivre dans cette pureté de mœurs qui convient à des hommes qui marchent au grand jour de la Foi 2. Prenons donc la résolution de rendre à Dieu lumière pour lumière , et selon le commandement de Jésus-Christ, répondons à la lumière de la Foi dont-il nous a gratifié, par la lumière d'une piété sincère, de cette vraie sainteté qui doit briller dans toutes nos œuvres, afin que notre vie serve à l'édification de nos frères et glorifie le Père Céleste 3.

1 Fides sine operibus mor tua est (Jac . . 1 ] .

3 Eripuitriosdepotestaletenebrarum; abjiciamusergo opéra tenebrarumi'iî., 13} Induarnur armalucis:sicutindiehonesteambulemus

' Sic luceat lux vestra coram hominibus ut videant opéra ?estra booa, pt gloriflcent patrem vestrum qui incœlis est (Matth ,

O Seigneur! vous dirons-nous avec l'Eglise, dans ce jour où nous sommes éclairés de la nouvelle lumière de votre Verbe incarné, accordez-nous la grâce d? montrer dans nos œuvres cette Foi sainte qui éclaire nos esprits f ! Et en action de grâce de l'avantage inestimable de vous connaître, de croire en vous, de vous adorer; je veux, ô mon Dieu! m'adonner tout entier à gagner mes frères par mes paroles , et surtout par mes exemples , afin qu'ils entrent dans la voie du salut, qu'ils vous connaissent, vous adorent et vous servent. Et cette lumière, dont votre grâce me favorise , je veux la répandre 2 pour la gloire de votre loi sainte et de votre Église, afin d'obtenir la vie Éternelle, récompense que vous promettez à ceux qui vous font connaître s.

Examinons maintenant avec quelle magnificence ce sublime et consolant mystère de la manifestation de la Foi aux Mages , se trouve annoncé quinze siècles avant son accomplissement , et par les actions, et par les paroles d'un Mage habitant

1 Da nobis ut qui nova incarnât! Verbi luce perfundimur, hoc in nosiro resplendeat opère, quod per fidem fulget in même (Orat. -2, Miss. Naliv-).

2 Docebo iniquos vias tuas, et impii ad te convertentur (Ps. 50)-

3 Qui élucidant me vitam neternam habebunt.

de l'Orient et ancêtre des trois Mages. Cette prophétie se trouve aux chapitres xxn , xxm et xxiv du livre des Nombres.

SECONDE PARTIE

HISTOIRE TIREE DE LA BIBLE

Balaam bénit le peuple hébreux. Prophétie du mystère que nous exposons.

§ VIII. L'alac roi de Moab, invite le magicien Balaam pour maudir les Hébreux. Les intentions perverses du magicien, se rendant à cette invitation, sont découvertes et condamnées par son âne qui lui parle et par un ange qui le menace. Efforts inutiles du roi pour faire maudir Israël par le magicien qui ne prononce que des bénédictions et des prophéties Traits principaux de ce divin charme.

Les Israélites étant arrivés après une suite de glorieuses victoires , près du Jourdain, en face de Jéricho, ville-frontière de la terre de Chanaan, que Dieu leur avait promise , Balac roi de Moab, et les princes de Madian , ses voisins et ses alliés.

craignirent que dans peu leurs peuples n'eussent à subir le malheureux sort des Amorrhéens qui avaient été défaits et taillés en pièces par les Hébreux au premier choc de la bataille. Mais ce qui ajoutait surtout aux craintes du roi , c'était la consternation et la frayeur dont la renommée et la bravoure des Israélites avait frappé son peuple ; il se voit incapable, avec un petit nombre d'hommes découragés par la peur, de faire face au peuple victorieux '.

Cependant Balac ne se tient point pour vaincu ; mais comptant sur les enchantements pour triompher d'un peuple devenu désormais invincible par la force des armes, il résolut d'appeler à son secours Balaam prêtre idolâtre et magicien renommé dans toutes ces contrées, et de le prier d'employer ses maléfices et ses charmes pour conjurer, maudire et mettre en fuite un peuple qu'il était incapable de vaincre par d'autres moyens2.

1 Videns Balac quae fccerat Israël, et quod perlimuissent cum MoabiUc, et impelum ejus ferre non possenl; dixit ad majores natu Madian : Ita delebit hic populus omnes qui in nostris finibus commorantur, quomodo solet bos herbas usque ad radices carpere. Ipse erat eo lempore rex in Moab.

2 Misit ergo nuntios ad Balaam Ariolum, ut vocarenl eum, et dir.erent : Veni, et maledic populo huic, quia fortior me est; si quo modo possim percutereet cjicore eum de terra mea

Projets insensés! Dans le moment où Balaam reçoit l'invitation du roi, le Roi du ciel, le vrai Dieu lui défend formellement de suivre les envoyés de Balac dans l'intention de maudire un peuple que Dieu lui-même avait béni \ Le magicien invité une seconde fois parles envoyés de Balac, chargés de lui faire les offres les plus séduisantes2, se rend à leur instance; mais, quant à maudire Israël, il proteste qu'il ne dira ni plus ni moins que ce que le Dieu d'Israël lui a commandé ; il déclare que quand même le roi devrait lui donner sa maison remplie d'or et d'argent, rien ne serait capable de le faire changer de résolution3.

Mais ces bonnes intentions de Balaam ne furent point de longue durée ; les trésors que le roi avait fait briller à ses yeux lui revinrent à l'esprit et le déterminèrent à se prêter enfin aux desseins sacrilèges du roi, il se leva et se mit en chemin, monté sur son âne4.

L'insensé ! il espère dérober son coupable des-

1 Xoli ire cum eis ; neque maledicas populo, quia benedicius est ■

3 Paratus sum honorare te, et quidquid volueris dabo tibi.

1 Si dederis mihi Balac plenam domum suam argent i et auri, non potero imtnutare Verbum Domini Dei mei, ut et plus vel minus loquar.

' Surrexit Balaam ; et strata asina profectns est cum eis.

sein au regard d'un Dieu qui sonde les cœurs- Déjà l'indignation du Seigneur s'était levée sur lui1 ; car à peine avait-il fait quelques pas que l'ange de Dieu se présenta dans son chemin pour l'arrêter.

L'ânesse voyant l'ange qui se tenait dans le chemin, ayant à la main une épée nue, se détourna de la voie et allait à travers champs. C'est en vain que Balaam qui né voyait point l'ange frappe l'animal pour l'obliger à rentrer dans le chemin; mais serré de plus près par l'ange et accablé de coups par son maître, au lieu d'obéir, il tombe sous les pieds de celui qui le portait2. Alors le magicien, bouillonnant de colère, se mit à frapper son ânesse à coups redoublés5. Dans ce moment le Seigneur donna à l'ânesse la faculté de parler à Balaam, comme le démon la donna au serpent pour parler à Eve. «Que vous ai-je fait, lui dit-elle? pourquoi m'avez-vous frappé déjà trois fois? Ne vous ai-je point toujours été docile et obéissante jusqu'aujourd'hui? Si dans ce moment vous me voyez agir contre ma coutume, ne devez-vous point penser

1 Iralus est Deus.

2 Quam cum verberarel Balaam, et vellet ad semilam reriucere, concidit sub pedibus asina sedentis.

3 Quiiratus vehementius caedebat fuste latera ejus.

que j'y suis forcée par une cause supérieure à ma volonté1. ••

L'ânesse avait à peine fini de parler que le Seigneur ouvrit les yeux à Balaam, qui vit l'ange dans le chemin, tenant une épée nue ; et il l'adora la face prosternée contre terre2. "Alors, lui dit l'ange, pourquoi traiter aussi brutalement cet innocent animal, tandis que c'est moi-même qui m'oppose à votre voyage, parce que votre voie est corrompue et m'est contraire5. A ce reproche Balaam, confus et repentant, reconnaît et confesse sa faute, et demande à l'expier : « J'ai péché, dit-il, et je suis prêt à retourner si mon voyage vous déplaît4. — Allez, lui dit l'ange, mais prenez bien garde de ne rien dire que ce que je vous commanderai3. -

Il arrive enfin au camp de Balac, mais avec des intentions bien différentes de celles qu'il avait à son départ et surtout de celles de Balac. Aussi

1 Apcruitque Dominus os asinas et locuta est; quid feci libi? ecce

percutis me jam tertio Xonne animal tuum 'suuiu, oui sempei

sedere consuevisti usque ad prœsentcm diem ? die quid sic unquam fecerim tibi ?

3 Prolinus aperuit Dominus oculos Balaam : et vidit angelum ?tantem in via evaginalo gladio; adoravilque eum promis in terrain.

3 Quid verberas asinam tuam? Ego veni, ut adversarcr t î 1 >ï : quia perversa est via tua, mihique contraria.

* Et nuoe -i displicel libi m vadam, revr-riar.

: r.ave ne aliud, quam praecepere Sbi, loquarfe.

eonimenee-t-il à protester hautement en face du roi, qu'il ne vient pour dire autre chose que ce que Dieu devait lui inspirer1.

C'est en vain qu'à trois reprises et en divers lieux on élève des autels , on immole des victimes , on offre des holocaustes aux idoles ; c'est en vain que Balaam, se transportant d'une montagne à une autre pour découvrir le camp des Hébreux, est invité par le roi à lancer l'anathème et la malédiction sur Israël. Par trois fois Balaam se sentant l'esprit transporté, le cœur ravi et la langue dominée par une force secrète et irrésistible, se trouve forcé de bénir le camp des ennemis au lieu de le maudire2. Alors le roi lui reprochant de faire tout le contraire de ce qu'il attendait de son ministère et de combler de bénédictions l'ennemi commun qu'il devait perdre par ses anathèmes ; Balaam lui répondit : « Je ne puis dire ni faire que ce que le Seigneur m'ordonne5.

Le roi, irrité contre Balaam, le menace de sa co-

1 Numquid aliud potero loqui, nisi quod Deus posueril in ore meo.

1 Ad benedicendum adduclus sum, et benedictionem prohibere non valeo.

5 Dixitque Balac : quid est hoc quod agis ? Dl malediceres inimicis meis vocavi le ; et tu e contrario beneduis eis? Cui respondit : Non aliud possum loqui nisi qund jusserH Dnminus.

1ère et de sa vengeance1; mais ces menaces de Balac sont aussi impuissantes sur l'esprit de Balaam que ses promesses avaient été d'abord séduisantes. Au contraire, la troisième fois que le prophète ouvre la bouche pour bénir Israël, il se sent particulièrement transporté de l'esprit de Dieu, qui lui commandait de bénir son peuple. Il dépose alors tout respect humain , toute crainte servile , et de la hauteur d'où il découvrait le bel ordre du camp des Hébreux, il jette sûr eux des regards d'une sainte envie, d'admiration et d'amour; et s'abandonnant tout entier à l'inspiration divine, il leur adresse de nouveaux souhaits de prospérité et de paix, et dans toute l'affection de son cœur prédit et annonce leur grandeur et leur gloire2.

Voici réunis les principaux traits de ce mystérieux cantique de bénédiction que Balaam chanta à plusieurs reprises.

» Balac roi des Mohabites, m'a fait venir d'Aram, des montagnes de l'Orient — : Venez, m'a-t-il dit, et maudissez Jacob ; hâtez-vous de détester Israël. Mais comment maudirai-je celui que Dieu n'a point

4 Iratusque est Balac contra Balaam, complosis manibus.

1 Cum vidisset Balaam quia placeret Domino ut benediceret Israël dirigens conlra desertum vultum suum et elevans, \idit Israël in tentoriis eommoratem, et ait : Quam pulchra tabernacula tua Jacob-

maudit? Comment détesterai-je celui que le Seigneur ne déteste point ?

-Je le verrai du sommet des rochers , je le considérerai du haut des collines. Ce peuple habitera tout seul et ne sera point mis au nombre des nations. Qui pourra compter la multitude des descendants de Jacob, innombrable comme la pous- ' sière , et connaître le nombre des enfants d'Israël l Que je meure de la mort des justes et que la fin de ma vie ressemble à la leur.

»I1 n'y a point d'idoles dans Jacob et on ne voit point de statues dans Israël ; le Seigneur son Dieu est avec lui, et on entend déjà parmi eux le son des trompettes pour marque de la victoire de leur Roi. Ce peuple s'élèvera comme une lionne , il s'élèvera comme un lion ; il ne se reposera point jusqu'à ce qu'il dévore sa proie , et qu'il boive le sang de ceux qu'il aura tués.

«Que vos pavillons sont beaux, ô Jacob! Que vos tentes sont belles , ô Israël ! Elles sont connue des vallées couvertes de grands arbres, comme des jardins le long des fleuves , toujours arrosés d'eau; comme des tentes que le Seigneur même a affermies, comme des cèdres plantés sur le Lord des eau\

• 0 peuple fortuné ! celui qui te bénira sera béni lui-même ; et celui qui te maudira demeurera enseveli dans sa malédiction. Je le verrai , mais non maintenant , je le considérerai , mais non de près. Une étoile sortira de Jacob, un rejeton s'élèvera d'Israël , frappera les chefs de Moab , et ruinera tous les enfants de Seth. Il possédera ridumée, l'héritage de Se'ir passera à ses ennemis, et Israël agira avec un grand courage. Il sortira de Jacob un Dominateur qui prendra les restes de la cité.

IX. Veux règles dont il faut se rappeler pour bien entendre la prophétie de Balaam Balac figure Sa tan. Balaam les prêtres juifs et V Anesse les Païens. Explication du mystère annoncé par le magicien devenu prophète.

Telle est la célèbre et sublime prophétie de Balaam , qui plus elle est admirable et empreinte d'un caractère de vérité et de sainteté, moins on devait l'attendre de la bouche d'un impie et faux prophète. Mais pour bien l'entendre, il faut se rappeler deux règles suivies par les interprètes de* prophéties.

11 faut premièrement savoir que les prophètes.

lorsqu'ils parlent du peuple juif , dans leurs transports d'amour, passent tout à coup à Jésus-Christ qui est le but principal de leurs discours. On peut donner deux raisons de cette manière de parler des prophètes. Premièrement, en s'exprimant de la sorte , ils montrent que leur discours n'est point un récit préparé , mais une inspiration. Secondement, en ne faisant qu'un tout des prophéties sur l'avenir des royaumes de Juda et d'Israël, et de celles des mystères de Jésus- Christ, l'accomplissement des premières sert à donner foi aux secondes; car un prophète qui parle sous l'influence immédiate de l'inspiration divine ne peut être véridique sur un point sans l'être sur un autre. Et ces transitions de l'histoire des Juifs aux mystères de Jésus-Christ, n'ont lieu chez les prophètes qu'à mesure que les événements qu'ils prédisent, relativement aux Juifs, ont quelques rapports avec les mystères de Jésus-Christ et de son Église et qui frappent davantage l'esprit et le cœur du prophète*.

On doit conclure de là , que tout ce qui dans les prophètes ne saurait s'appliquer littéralement au sujet immédiat et prochain de la prophétie , doit >A Lapid-, m rroph. Majoi ( anon., i«

s entendre de Jésus- Christ et se prendre pour une prédiction littérale de ses mystères et de sa personne.

Il faut savoir en second lieu , comme saint Paul nous le répète dans ses sublimes épîtres , que toutes les vicissitudes du peuple Hébreux, dans leur vérité historique , ont été des figures , des allégories, des ombres, des mystères de Jésus- Christ et de son Église. Et selon saint Thomas . d'après saint Jérôme , non-seulement ces transitions de l'histoire des Juifs aux mystères de Jésus- Christ , mais encore toutes les prophéties littéralement et immédiatement applicables aux Hébreux et à leur époque , doivent s'entendre allégoriquement de l'avenir, c'est-à-dire de Jésus- Christ et du peuple chrétien ' .

En suivant ces deux règles, nous allons entreprendre d'expliquer cette prophétie si remarquable , et de mettre au jour les mystères sublime^ et les instructions qu'elle renferme. •

Il est passé en règle dans la science des Ecritures , que par les nations barbares , voisines et

' Verba prophetarum <ir respiciebam praesen? tempus, quôd etiam in figura futuri dicebanlur. ut dîcit Hieronynius super I .Dir- Thow . f. -, qnœit 102 a

ennemies du peuple élu , comme les Mohabites , les Philistins, les Égyptiens, etc., on doit entendre les puissances de l'enfer, ainsi que les impies qui sont leurs esclaves , leurs ministres et leurs imitateurs. Origène nous parle dans ce sens lorsqu'il dit que Balac , roi des Moabites , méditant la ruine du peuple d'Israël au moyen des malédictions et des enchantements et désespérant de parvenir à ses fins par la force , représente le démon que saint Paul appelle la puissance du monde , qui ne pouvant par la force détruire Jésus-Christ , l'Israël spirituel, s'est servi à cette fin de la fourberie, de l'avarice, des tromperies des prêtres, des Scribes , des Pharisiens de Jérusalem; et c'est ce que nous indique même le mot Balac , qui en hébreux signifie exclusion et abîme1. De même Balaam, dont le nom signifie en hébreux peuple de vanité , est la figure, nous dit Raban-Maure , des Pharisiens et des Scribes qui, poussés par le démon , maudirent constamment Jésus-Christ et les chrétiens, qui sont les vrais Israélites : mais Dieu sut tirer nos titres de gloire et les gages de notre

1 Balac exclusio vel devoralio. In quo signiûcatur mundi hujus aliqua contraria potestas ; quaj cxcludere et devorarc voluit Israelem spirilualem ; nec ulitur ministris, nisi Pontificibus, et Scribis, et Pharisœis; ipsos invitât; mercedem promittit (Rom. 13, m Num.}.

salut des affronts et des ignominies du Sauveur ' . Balaam était en outre un idolâtre fanatique , un magicien fameux , homme ambitieux , pervers , ministre de Satan et initié à ses secrets. Cependant , malgré sa perversité , il ne dit ni plus ni moins que ce que Dieu lui inspire, et devenu prophète , il fait , avec l'assistance divine , une vraie prophétie. Quelle figure plus expressive des Scribes et des Pharisiens , qui vains et ambitieux, avares et cruels comme Balaam, n'étaient pas moins les dépositaires des oracles de Dieu, arbitre de leur parole ; et quoi qu'ils fussent adonnés à tous les vices, Dieu les empêchait d'errer dans l'interprétation de la loi. Aussi en parlant d'eux , Jésus-Christ disait au peuple : - Les Scribes et les Pharisiens ne peuvent errer étant assis sur la chaire de Moïse , ainsi faites ce qu'ils vous disent et non pas ce qu'ils font 2 <\ Et quand Hérode les rassemble pour savoir d'eux où devait

• Balaam, idesl populus vanitalis, sigm'ficat Scribas et Fharisœos ; qui impulsu dœmonis maledicere et perdere voluerunt Chrislum, et Chrislianos, qui surit veri Israelita?. Sed Deus maledictionem e >rum et morlem crucis in benedictionem et gloriarn convertit (Apud A Lap.).

-Super cathedram Hoysi sederunt Scriba? et Pharisaei. omnia, quaecumquae dixerint vobis, senate p\ faciir; op^ra antem eorum nolite facere [Mat th., 23).

naître le Messie , voyez avec quelle assurance et quelle vérité en même-temps ils interprètent la prophétie de Michée, et décident sans hésiter et infailliblement que le Messie devait naître à Bethléem. Et remarquons que Dieu fit servir à sa louange et à sa gloire cette interprétation que le roi , représentant de Satan , voulut tenir des prêtres juifs , dans le dessein de perdre Jésus-Christ ; car, ce fut d'après cette décision de la synagogue, que les Mages purent trouver, connaître et adorer le Sauveur.

Nous aurions aussi , nous autres fidèles , le

même sujet de confiance et de consolation dans

notre Foi, si , ce qu'à Dieu ne plaise , nous avions

la douleur de voir la vie des ministres de l'Église

en contradiction avec la sainteté de leur ministère.

S'ils ne sont point impeccables , ils sont sûrement

infaillibles, lorsque, unis au chef de l'Eglise, ils

prononcent en matière de Foi. Etant assistés du

secours de Dieu , qui s'exprime par leurs bouches ,

ils nous disent le vrai; et alors qu'importe à notre

Foi que leurs œuvres répondent ou non à leur

enseignement^ De même que la perversité de

Balaam, non-seulement ne préjudicia en rien à sa

prophétie, mais en rendit plus évidente la vérité

de même , les faiblesses qu'on aurait à déplorer dans certains ministres de l'Evangile, comme disent fort bien Bellarmin et saint Thomas, loin de préjudicier à leur discours, leur donnent de l'autorité, parce que l'assistance divine que Dieu a promise à son Eglise paraît plus visiblement.

Et comme observe encore Origène : de même que dans l'état, le prince fait concourir au bien commun les hommes les plus criminels, les repris de justice, en les employant aux travaux les plus pénibles et les plus humiliants; de même, Dieu dans le gouvernement du monde n'emploie pas seulement les hommes de bien, mais encore les méchants pour procurer l'avantage de sa religion et de son Eglise; et ainsi, selon saint Paul, il se trouve dans l'Eglise, comme dans chaque maison, des vases destinés à des usages honorables et d'autres aux usages les plus vils; et les uns et les autres sont nécessaires V

Et quel vase plus vil et plus indigne que Balaam, continue Raban-Maure? 0 sagesse! ô profondeur admirable des desseins de mon Dieu! De

1 Sicul in magnis urbibus teterrima? vitae hommes ultima opéra et iaboriose operari condemnantur ; ita non solum utitur bonis Deus ad opus bonum, sed eliam malis. Suut enim vasa ad honorem, et sunt rasa ad conîumeliam, utraque taœen necessaria [Hom. iô,in JYum.j

cet homme, si dépravé et .si infâme , le Seigneur a fait un ministre de bénédiction, non-seulement pour une nation, mais pour le monde entier '. Et avant Raban Maure, Origène avait dit que les divines paroles, les bénédictions et les prophéties que Dieu inspiraàBalaam, au lieu des malédictions qu'il méditait, servirent à l'édification et à l'avantage de tous les peuples 2.

Et, continue Origène : de même que Moïse consigna dans les livres sacrés, la prophétie de Balaam , il est à présumer que les disciples du magicien recueillirent aussi ses paroles, habitant avec lui la Mésopotamie, et surtout que leur maître jouissait près d'eux d'une haute réputation5: d'ailleurs ces prophéties avaient été un événement public et solennel dans ces contrées, tant par les circonstances extraordinaires qui les accompagnèrent que par la présence de tous les rois voisins et de leurs armées. 0 conduite admirable de laPro-

1 Vide quomodo Dei sapienlia vas ad contumeîiam prépara tum proûcere fecit non uni Geuli, sed loti mundo [In 22 Num-).

3 Deus Verbum suum injecil in os ejus ; et pro maledictis proferre fecil benedielioncs et prophetias quae édifierait etiam reliquas génies (Loc. cit.).

3 Si prophetiœ ejus a Moysc scripta?. sunt; multo ma gis ab iis qui, cum eo liabilabanl in Mesopotamia ; apud quos tanquam discipulos. Ibjus artis magnifiais habebatur ; Loc- i

vidence divine, conclut Origène, les prophéties sur le Messie et les signes de son avènement dont les Juifs avaient été jusqu'alors les seuls dépositaires sont manifestés à toutes les nations par le ministère de Balaam ' !

Ainsi , dans sa divine et ineffable miséricorde , Dieu prépara, quinze siècles avant son accomplissement, le sublime et précieux mystère de l'adoration des Mages. Car. continue Origène, noustenons delà tradition que la famille et la secte des Mages a commencé à Balaam et s'est ensuite propagée en. Orient. Ainsi, les Mages descendants et disciples de Balaam . possédaient la prophétie de l'étoile de Jacob avec toutes les autres du magicien leur premier maître. De là , les Mages évangélistes comprirent le mystère de l'étoile qui apparut à la naissance du Seigneur , et plus sages que les Juifs , virent en elle l'accomplissement des prophéties que ceux-ci ne voulurent pomt comprendre, quoiqu'ils eussent entre leurs mains les oracles des prophètes. Xe doutant donc point de l'accomplissement du mystère , ils se mirent à la recherche du Sei-

1 Agebatur mira dispensatione M Prophetarum verba, quœ ïnlra israetiticam aulam continebantar, per Balaam ad Gentès pervenirent hoc. cit.).

gneur, le reconnurent et l'adorèrent comme roi, malgré sa pauvreté et sa condition d'enfant, et nous laissèrent ainsi une preuve éclatante de la vérité de notre Foi1.

Quant à l'ange qui arrêta Balaam sur son chemin, c'était, dit Cornélius-à-Lapide , l'Archange Saint- Michel qui veillait à la défense de la Synagogue , comme maintenant il protège la véritable église 2.

Dans le sens allégorique , cet ange est la figure de Jésus-Christ que le prophète Isaïe appelle l'Ange du grand conseil 3; et Malachie l'Ange du Testament , le Désiré de la nation sainte 4.

La parole donnée miraculeusement à l'âne de Balaam , nous révèle aussi des mystères d'une haute importance; car l'Écriture ne contient rien qui ne mérite les considérations les plus sérieuses. Nous avons vu que le bœuf était la figure du peu-

' Ex illo fcrtur Magorum genus et institiilio in partibus Orienlis vigere. Quia scripla habenles omnia quae Balaam prophetaverat, hoc inler caetera habebant ; quia orietur Stella ex Jacob- ldeo magi, nato Domino, agnoverunt stellam et intellexerunt impleri propheliam magis quam Judsei qui sanctorum Prophetarum valicinia conlempserunt. Illi ergo agnoscenlesesse tempus, venerunl et adoraverunt ; et, ad magnum ûdei argumentant, parvum puerum quasi magnum rogem venerali sunl.

2 Angélus hic fuit Michael; qui prœsens oral Syoagogae Judaeorum, utijamest Ecclesiae christianorum-

5 Magni consilii Angélus {Isa-, 9).

4 Angélus Testament!, quem vos vûîlis (Malac, 5).

pie juif gémissant sous le joug de la loi ; de même l'âne nous indique les Gentils, vu leur docilité à se prêter aux impostures et aux turpitudes de l'idolâtrie. Saint Grégoire tire cette interprétation des Ecritures elles-mêmes qui désignent les Gentils sous le symbole de la stupidité des brutes. Et en effet, il est dit des Gentils au psaume 48 que l'homme n'ayant point voulu comprendre la dignité de sa condition, est descendu à la vie des brutes en devenant semblable à elles par ses dissolutions1. Et en outre, quand le même prophète nous dit :-"Yous sauverez, Seigneur, les hommes et les animaux", il n'entend point les animaux sans raison, mais les hommes devenus semblables aux animaux par leur dégradation, de même qu'il entend par hommes les Juifs affermis dans la Foi et rendant à Dieu une obéissance raisonnable. C'est Oiïgène qui interprète ainsi les paroles de David en ajoutant que l'âne monté parBalaam nous figure aussi les vrais croyans du paganisme qui, par leur ancienne stupidité et la simplicité chrétienne, peuvent se comparer à l'âne , selon ces paroles de saint Paul : « Dieu n'a pas choisi les sages, mais

1 Homo cum in honore essot non iniellexit.

cetlx qui passaient pour insensés aux yeux du monde1 ».

Ainsi, dit De Lyre, nous voyons d'abord dans cette prophétie clairement décrits et annoncés l'esprit et l'économie de la Foi chrétienne. Car, par l'âne, animal stupide, qui aperçut l'ange que Balaam, réputé pour sage, ne put voir d'abord, il faut entendre les secrets divins, les saints mystères qui sont obscurs pour les hommes vains, présomptueux et enorgueillis de leur science, tandis qu'ils apparaissent dans tout leur jour aux âmes simples et humbles, selon ces paroles de Jésus- Christ s'adressant à son Père : « Vous avez caché vos secrets à ceux qui se glorifiaient de leur sagesse et de leur science, et vous les avez révélés aux humbles 2!

En second lieu, nous voyons dans l'indignation de l'ange , à la vue des mauvais traitements dont

' Quia Scriplura dicit : Hommes et jumenta salvabis Domine (Ps. ôli); asina cui Balaam insidebal pars eredeniium polcsl intelligi, quœpro slullilia, vel innocentia animalibuscoinparabilur. Unde I , Cor., 27) : Non multi sapientes, se I quœ stulta sunt mundi eleqit Deus (Loe. cit.).

2 Per hoc quod asina, quœ esl animal stolidum, vidit angelum, rjucm Balaam, repulatus sapiens, non videbat, significatur, quod divina secreia fréquenter hominibus de saeculari sapientia praesumentibus absconduntur, cl illileralis, atque simpUcibus revelantur : juxta illud {Matth., lo). Abscondisti liac a sapienlibus et prodenlibus, o\ revelasli ea parvulis {In 22, Xum.).

Balaam accablait son âne. une figure bien expressive de l'indignation de Jésus-Christ, à l'occasion des énormes et insupportables charges que les Pharisiens chez les Juifs , et les imposteurs de toute sorte chez les Gentils , imposaient à leurs peuples victimes malheureuses de leur* fraudes '.

Pourquoi me frappez-vous, dit l'âne à son maître! ne vous ai-je point été jusqu'aujourd'hui obéissant et fidèle? Si j 'agis maintenant contre ma coutume, si je tombe à vos pieds, c'est que j ai vu un ange auquel je ne puis résister. Ne sont-ce point là les paroles des premiers chrétiens de la Judée aux Pharisiens, et de ceux du paganisme à leur.:, tyrans? Car, excités par la prison et les supplices , les uns à judaïser, les autres à fléchir le genou devant les idoles; et opposant une résistance passive aux ordre* impies de leurs persécuteurs, ils tombent à leurs pieds en perdant la vie , et se contentent de répondre avec une patience et une douceur inaltérables : Nous vous avons toujours été fidèles en vous suivant dans vos erreurs; et si nous vous résistons aujourd'hui , c'est que nous

1 Circumspiciens eos cumira Mare., 5). Imponunt saper hameros bominum onera gravia et imporlabilia [Mat th., 23>,

avons vu un ange; nous avons connu Jésus-Christ le vrai Dieu, le vrai Sauveur des âmes, le vrai Seigneur, notre maître comme le vôtre; c'est lui qui nous arrête et nous oblige à le suivre de préférence à vous ; et sachez que c'est un devoir d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes \

Ce fait , dit Origène , nous rappelle encore l'ordre que Jésus-Christ donna à ses apôtres de lui chercher une ânesse pour lui servir de monture. Il voulut par là montrer que dans peu de temps il délivrerait les Gentils du joug de leurs oppresseurs, par le ministère de ses apôtres. O mystère de miséricorde, de douceur et de paix! Le stupide animal qui jusqu'alors avait porté le blasphème, porte le Dieu de bénédiction et de sainteté ; et Jésus-Christ, la douceur, la libéralité, la miséricorde, la clémence même, succède au cruel, à l'avide, à l'oppresseur Balaam2.

Dans l'âne de Balaam, voyant avant son maître l'ange de Dieu, lui obéissant et lui adressant la parole, nous voyons clairement, dit saint Isidore,

' Oportcl obedirc magis Deo quam bominibus (Âct. 5).

: iltc asina, idest Ecclesia gentium, prias porlabal blaspbemiatn . sed a discipulis solula Christum portai; et cui insidebat Balaam mercedis cupidus; nunc sedel Jésus (Ivc cit.)

comment les Gentils traités en brutes par leurs maîtres, et entraînés dans de honteuses erreurs, devaient un jour, à la vue de Y Ange par excellence, devenir dociles et sages , d'obstinés et de stupides qu'ils étaient , et délier leurs langues pour confesser le Seigneur, reconnaître sa majesté et sa gloire *.

Et n'avons-nous pas vu les Mages , aussitôt après l'apparition de l'étoile, de stupides adorateurs des faux dieux, d'inventeurs et d'apôtres d'impostures qu'ils étaient, devenir des adorateurs sincères du vrai Dieu, se faire les apôtres , les évangélistes, les confesseurs du nom de Jésus- Christ, l'annonçant publiquement et sans crainte dans Jérusalem , comme vrai Homme , vrai Dieu et vrai Roi, Messie et Sauveur du monde?

On vit alors s'accomplir, avec l'histoire prophétique de l'âne de Balaam, cette prophétie d'Isaïe : « Le bœuf a reconnu son maître , et l'âne la crèche

1 Loquebatur Arioli asina : pronuni quippe animal, et naluraliter mspiciens terrain; ut manifeste signaret indiiio ; quod umversa Gentililas, qua? terrenis caris dedila, et in terrain semper perfidiae sua? pondère pressa, despieiens omuem Dei cullum, taeila erat ei muta; advenianie Stella ex Jacob, axHomine de Israël, ereetfe ad rœlum oculis; xteroi Del gforiàm quotidiaoîs esset ooafessionibus loculura [Hom. 3).

de son Seigneur; Israël seul ne l'a point reconnu '». Car, à l'apparition de l'étoile, les bergers juifs désignés par le bœuf et les Mages par lane, reconnurent le Messie , les uns comme les autres , tandis que la superbe Jérusalem ne songea pas même à le chercher.

On ne terminerait point si l'on voulait rapporter toutes les interprétations si bien fondées des Pères et des commentateurs, relatives au miraculeux langage de l'âne de Balaam , fait si peu intéressant à la première vue , mais si fécond en sublimes et consolants mystères.

Ajoutons encore une considération qui nous est suggérée par le prince des apôtres. En parlant de l'âne de Balaam , c'est dit-il, l'animal muet qui parle comme un homme , qui reprend , qui guide et instruit le prophète , lui qui devait l'instruire, le guider et le reprendre2 : C'est l'âne qui confond la présomption de Balaam, qui lui reproche d'aller maudire un peuple béni de Dieu, comme le Seigneur l'avait déclaré ; c'est l'âne enfin qui lui fait voir l'ange de Dieu. Prophétie admirable de la

1 Cognovit bos possessorcm suum ; et asinus prœsepe Domini sui : Israël aulem non cognovit f Isa. i).

2 Subjugale mutum, hominis voce loquens, proliibuit prophelœ in- Hpientiam (-2, Petr., 2).

conduite de> Mages! car leur confession, eomme plus tard celle de Pilate. l'une qui annonce le Messie dans un enfant né dans la misère ; l'autre qui le montre dans un accusé expirant dans la douleur, sont faites dans Jérusalem, devant les Prêtres, les Scribes, les Docteurs de la loi, tous vrais prophètes comme interprètes et dépositaires des livres saints. Or, que font les Mages par cette joyeuse et courageuse annonce? Ils font d'abord tacitement, au sacerdoce juif le reproche de partager le trouble d'Hérode , à la nouvelle de la naissance du Messie. Ils lui reprochent de conspirer avec ce monarque barbare la perte du béni du Seigneur, en qui toutes les nations devaient être bénies. Ils lui prêchent le Messie déjà né, lui montrent au milieu d'eux le vrai Ange du Testament, et par leur exemple l'exhortent à le chercher. Ce sont des étrangers qui font connaître aux enfants leur propre père; des adorateurs des faux dieux, qui montrent le vrai Dieu à ceux qui possèdent seuls l'avantage de le connaître. Et pour voir l'entier accomplissement de cette prophétie, il est encore à remarquer que, comme l'âne ouvrit les yeux à son maître et lui fit connaître et adorer l'ange ; ainsi arrivera le temps où les Juifs, qui au moyen

des Écritures , possèdent maintenant sans le voir Jésus-Christ, le vrai ange, seront instruits par nous et ouvriront enfin les yeux pour reconnaître le Messie et l'adorer avec nous. Alors ils uniront leur voix à la nôtre, changeant leurs malédictions en bénédictions, leurs blasphèmes en hommages comme fit Balaam, dont il nous reste à expliquer le cantique.

§ X. Explication de la prophétie de Balaam. L'Église est le vrai Israël. Sa bénédiction est son accroissement. La mort des justes. Le soutien et la sécurité des chrétiens. Le triomphe de la prédication évangélique.

Ainsi , commence le ministre de Satan changé tout à coup en vrai prophète : » Comment maudiraij e celui que Dieu n'a point maudit? Comment détesterai-je celui que le Seigneur ne déteste point ! ? »

Balaam veut dire, observe Rupert, que Dieu ayant déjà béni le peuple d'Israël, quel mal pourrait lui faire sa malédiction? Oh! sans doute que peuvent la malédiction, la haine de l'homme terrestre, si elles n'ont point d'écho dans le ciel, si au con-

' Quomodo malcdicam, cui non maledixerit Deus? Qua ratione détester, quera Doraiuus non detestatur?

traire le Dieu du ciel a béni ' ! O consolation ! ô soutien du vrai Israël, du peuple chrétien, des vrais enfants de l'Église catholique ! c'est pour eux que le Seigneur a parlé par la bouche de Balaam! Ce peuple et cette Eglise dont nous avons le bonheur de faire partie, ont été bénis de Dieu en celui et par celui dans lequel toutes les nations ont été bénies. Que peuvent contre nous les malédictions, la haine, le mépris des païens, des mahométants, des hérétiques et des mauvais chrétiens 1

Au contraire, « bienheureux, a dit Celui qui dispense toute bénédiction, si vous êtes maudits et persécutés à mon occasion, votre récompense n'en sera que plus riche et plus abondante dans les cieux2. " Oui, Seigneur, cette récompense seule fait toute mon ambition! les louanges des hommes ne disent rien à mon âme ; leurs malédictions ne m'attristent point; je ne redoute, ô mon Dieu, que votre malédiction ; et votre bénédiction seule fait l'objet de tous me : vœux. Accordez-moi donc, Seigneur, d'être du nombre de ces âmes privilégiées, objet de vos affections, et aux-

1 xemo quippc maledicere aut detestari efûcaciler potesi eura, cui benedictio a Domino data est [In -22, Nion.].

: Beati eritis, cnm maledixcrint vobis homines et perseculi vo fuerint proptermo : EcceHMnrcesvestra molta est in rœiis [M

quelles vous direz un jour : " Venez, les bénis de mon Père , posséder le royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde! »

" Ce peuple, continue Balaam, habitera solitaire et n'aura point de demeure parmi les nations*. » Ce trait s'est trouvé littéralement accompli dans le peuple d'Israël, qui différent des autres nations par la singularité de son gouvernement, de ses lois et de sa religion t fut comme un peuple unique et seul sur la terre. Mais cette prophétie s'est accomplie plus à la lettre encore dans la primitive Eglise , qui persécutée , humiliée et détestée des rois et des peuples, vécut dans le monde comme solitaire et étrangère au monde.

Cependant cet état ne devait point être permanent ; le nombre des chrétiens devait grandir ; le sang des martyrs devenu une semence de héros devait enfanter au vrai Israël, à l'Eglise de Jésus- Christ une famille comparable par le nombre de ses enfants, au sable de la mer, selon la promesse faite à Abraham père de tous les cro}^ants : promesse qui, selon le sens spirituel, eut son effet, d'une manière plus parfaite, dans le nombre prodigieux des chrétiens que, selon le sens lit—

' Habilai)i t soHtarius, el inter génies non ropuiabilur.

téral, dans le nombre des Hébreux, enfants d 'Abraham, auquel Dieu avait dit : •• Je multiplierai votre race comme la poussière de la terre; si quelqu'un d'entre les hommes peut compter la poussière de la terre, il pourra compter aussi la suite de vos descendants1. ••

Or. Balaam avait présent à l'esprit cette promesse et cette prophétie, quand il dit, usant pour ainsi dire des mêmes termes : « Qui pourra compter la multitude des enfants de Jacob, innombrable comme la poussière, et connaître le nombre des enfants d'Israël2. « Et considérant à la lumière du même esprit prophétique la mort douloureuse des martyrs, mais dont les effets sont d'autant plus précieux et glorieux aux yeux de Dieu qu'ils sont plus ignominieux et cruels aux yeux des hommes, et se .^entant transporté d'une sainte envie : ■ Que je meure, s'écrie-t-il, de la mort des justes, et que ma mort ressemble à la leur0. ■•

Xous voyons dans Balaam désirant de mourir

1 Faciam semen tuum sicut pulverem terrae. Si quis potest hominum numerare pulverem lerrae, semen quoque tuum numerare polerit (Gènes., 13).

2 Quis numerare possit pulverem Jacob, et nosse numerum stirpis Israël ?

Moriatur anima mea morte justorum; et ûaat novissima mea liorum shnilia :

de la mort des justes et vivant en imposteur, la vraie figure de ceux qui, persévérant dans l'hérésie , désirent mourir en catholiques , comme disait ce seigneur calviniste dont parle Cornélius-à- Lapide : « Je préfère le calvinisme pour la vie et le catholicisme pour la mort ; parce que la vie est commode dans le calvinisme, etque dans le catholicisme seul la mort est sûre» : mais se faisant illusion à eux-mêmes, ils espèrent, contrairement aux oracles divins, arriver à la fin sans les moyens et meurent comme ils ont vécu, semblables à Balaam, qui termina sa vie d'imposteur par une mort désespérée, ayant été enveloppé dans le massacre des Mohabites.

Balaam ayant ainsi prédit le premier âge de l'Eglise, continue à en décrire les caractères, la force et la gloire, commençant ainsi la seconde partie de sa prophétie : ««Il n'y a point d'idoles dans Jacob, on ne voit point de statues dans Israël ; le Seigneur son Dieu est avec lui et on entend déjà parmi eux le son de la trompette, pour marque de la victoire de leur roi'.» Cependant les Hébreux d'alors

1 Non est idolum [alia vcrsio, Labor) in Jacob ; uec videtur simulacrum [alia versio, Idolus) in Israël- Dominus Deus ejus cum eo esl : clangor vîctoriae régis in eo.

avaient déjà été idolâtres en Egypte et dans le désert; ils le furent depuis dans la terre deChanaan, en adorant Belphégor ou Priape, idole des Madianites : et dans les temps postérieurs, ils idolâtrèrent une infinité -de fois. Cependant les paroles de Balaam ne furent pas moins applicables au peuple Hébreux , dans ce sens que leur religion défendait et punissait sévèrement l'idolâtrie ; mais relativement à l'Église, cette prophétie s'est accomplie et s'accomplira dans un sens rigoureux et littéral, en ce qu'elle seule n'a jamais adoré et n'adorera que le vrai Dieu , et que son culte , tout d'esprit et de vérité, n'inspire que l'amour envers Dieu, la charité envers le prochain , la tempérance et la pureté envers nous-mêmes.

C'est en outre dans l'Eglise seule que s'accomplissent à la lettre ces paroles : « Il n'y a point de travaux ni de tromperies dans Israël; » paroles qui s'expliquent par ces autres de Jésus-Christ : •• Venez à moi vous tous qui êtes travaillés et opprimés, et je vous soulagerai1. "Et c'estdes enfants de l'Église qu'a dit Jésus-Christ : » Qu'ils imitent la simplicité des enfants nouveaux-nés, et que sans

1 Venite ad me omnes qui laboratis n oneraii estis : et ego refieiam Hat th.. s

feinte et sans tromperie ils soupirent après le lait des saintes instructions que leur dispense cette tendre et amoureuse mère ' . »

Et quelle est pour l'Église la source de ces immenses avantages, sinon Jésus-Christ son Seigneur et son Dieu, qui réside toujours en elle et avec elle, comme il l'a promis : » Je suis et serai toujours avec vous jusqu'à la consommation des siècles. » Car Jésus-Christ n'est pas seulement dans l'Eglise pour recevoir nos hommages en qualité de Dieu; mais encore comme roi puissant pour défendre et perpétuer en elle les effets et la gloire du triomphe qu'il a remporté sur l'Enfer ; car, dit Origène, en perpétuant dans son Église laparole, et la prédication évangéliques toujours efficaces et toujours fécondes, le vrai roi Jésus-Christ, en nous et par nous, triomphe et triomphera à jamais des puissances infernales ; et c'est dans ce sens que doivent s'entendre ces paroles de Balaam : « Le bruit de la victoire du roi sera perpétuel dans Israël2.

1 Quasi modo geniti infantes sine dolo lacconcupiscite (1, Pelr.]. : Clangor victoriœ régis in Mo, est admonilio pra-dicationis , qua in nobis rex, idesl Christus diabolum triomphât (Hom. i f, mi Num. ■

;, XI. Suite de V explication de la même prophétie. Le lion figure de la confiance et de la force du parfait chrétien. Boire le sang des tués signifie se nourrir de V Eucharistie et goûter la doctrine apostolique. Autres prérogatives de la vraie Église. Malheur et châtiment de ceux qui blasphèment contre Jésus-Christ.

Balaam continue en ces termes sa prophétie sur Israël : « Ce peuple s'élèvera comme une lionne, ou selon une autre version, comme un lionceau; il se dressera comme un lion et ne se reposerapoint jusqu'à ce qu'il dévore sa proie et boive le sang de ceux qu'il aura tués1. » Entendues à la lettre, ces paroles indiquent les victoires qu'Israël devait remporter sur Chanaan , et la force qu'il aura pour détruire ses ennemis. Mais dan- ces paroles de Balaam, dit Origène, nous y voyons prophétisées et décrites la confiance et la liberté que le vrai chrétien trouve dans sa Foi et la joie que lui procurent ses espérances2.

' Ecce populos sicut ieaetiu [alii, ui catulos leouis) cousurgei, et quasi lco erigetur- Non accubabit donec devorct pnedam, et sàoguioeod occisorum bibat.

2 videlor bic describere coiifideniiam populi in Christo credeotis, •- 1 Dberlalem quam babet in fido ; o{ exollationem quam sont Sa spr

Et en réalité, le chrétien n'est-il pas semblable au lionceau dans sa joie et sa promptitude à entrer dans la carrière de la perfection, et au lion quand il a atteint le terme désiré1? Car, continue le même docteur, de même que le lion ne redoute aucun animal , mais que tous le redoutent et lui sont soumis; de même le parfait chrétien prend sa croix selon le précepte de l'Évangile, et se met à la suite de Jésus-Christ, disant avec saint Paul : le monde est comme crucifié et mort pour moi, et je suis comme mort et crucifié au monde ; il regarde d'un œil d'indifférence et de mépris tout ce qui appartient au monde , à l'imitation de Jésus-Christ, qui dans les Écritures se nomme le Lion de la tribude Juda ■ . Et admirons, conclut ingénieusement Origène, l'économie ineffable de sa bonté : Jésus- Christ est lumière du monde par sa sagesse et lion par sa vertu. Or, de même qu'en nous faisant participer à sa sagesse il nous a attribué la condition et le titre de lumière du monde ; de même en nous

1 comparalur enira caiulo leonis, cum icndil ad perfeclionem ; leoni vero, cum jam obtinet quse pcrfecla sunl.

2 Sicut enim lco nullum animal limcl, scd cunctasunt ci subjecta; ita perfectus Christianus, qui iollit erucem suam, et sequitur Christian, diceus : nvhi mundus rrucifixiis est, et ego mundo ; despicil omnia quac in mundo sunl ; imitans euro, qui leo de tribu Juda, ••' cjflulus leonis dieîtur.

communiquant sa vertu et sa force , il nous a attribué la condition et le titre de Lion \

Et quelle est cette proie que le chrétien se hâte de dévorer, et ce sang des blessés ou des tués qu'il est impatient de borne? Cette proie, c'est Jésus- Christ qui est devenu notre bien, notre possession; car le Père nous en a fait don, et en lui et avec lui nous a fait part de tous ses biens2. Xous pouvons donc, et nous devons, dit Tertullien, le réclamer et faire violence pour le posséder, car il est à nous5 ; nous devons nous unir à lui, nous remplir de son esprit, nous nourrir, nous rassasier de lui, pour pouvoir dire avec saint Paul : » Jésus-Christ est notre vie, Jésus-Christ vit en moi plutôt que moi en lui4-. Origène soutenant la même opinion , dit qu'il est impossible de prendre à la lettre les paroles de Balaam; car. ce ne serait point faire l'éloge d'un peuple saint et charitable de dire de lui, qu'il mettra ses jouissances dans le carnage et le sang. Savez-vous donc de quelle nourriture, de

! Sicol eoim ipse est lux mundi (Joan., 8'; ita cum sit Léo, etcatulus leonis, dédit in se credeulibus nomen leonis et catuli leonis Loc-

2 Puer datas est oobis [Isa., I). Cum ipso ûobis omnia donavit Rom., 8).

'Meusesl Jésus; mihi vindico Jesum-

' Mihi vivere Christus est Philip., i . vivo ego jam nbîi ego; tîVïI vero in me Christus GnJm . -2

quel breuvage veut parler le prophète! C'est de cette nourriture et de ce breuvage dont parle Jésus- Christ dans son Évangile , lorsqu'il dit : « Si vous ne mangez ma chair et si vous ne buvez mon sang, vous n'aurez point en vous la vie ; car ma chair est véritablement une nourriture et mon sang véritablement un breuvage. » Ainsi le blessé et le tué dont le chrétien doit boire le sang et dont parle Isaïe, a été mis à mort pour l'expiation de nos péchés1.

Non-seulement, conclut Origène, nous buvons le sang de Jésus-Christ, en participant à son sacrement, mais encore en goûtant ses enseignements et ses doctrines qui sont esprit et vie. Aussi par les blessés et les tués il faut encore entendre les apôtres de Jésus-Christ qui ont prêché sa parole et l'ont scellée de leur sang. Et ainsi quand nous écoutons avec docilité la doctrine apostolique qui nous maintient dans la vie spirituelle de la Foi , nous accomplissons la prophétie nous buvons le sang des blessés et des tués 2.

Et que dirons-nous de ce trait délicieux de la

1 Quomodo isie populus lam laudabilis sanguincm vuloeratorum bibet, cum jubeatur a sanguine abstinere? Sed nisi manducaverimus carnem Filii hominis et biberiraus ejus sanguinem non habebimus vitam in nobis. Caro enira ejus vere esteibus, elsanguis ejus vere esi potus ; et vulneratus est propter peccata noslra {Origen., loc cit- .

2 Sanguincm ejus bibimus non solum Sa< ramenlorum rilu, se»!

prophétie de Balaam : « Que vos pavillons sont beaux, ô Jacob! que vos tentes sont belles, ô Israël! Elles sont comme les vallées couvertes de grands arbres, comme des jardins le long des fleuves, toujours arrosés d'eau, comme des tentes que le Seigneur a affermies, comme des cèdres plantés sur le bord des eaux1. -

Qui ne reconnaîtra dans ces paroles, la félicité, la beauté, la gloire de l'Eglise? dont l'apôtre saint Jean nous dit : « Qu'elle est sainte la cité de Jérusalem descendue du ciel, procédant de Dieu, ornée de toutes les beautés , de tous les enchantements d'une nouvelle épouse qui ravit le cœur de son époux ; qu'elle est le tabernacle que Dieu s'est choisi parmi les hommes pour pouvoir habiter avec eux ; que ceux qui habitent dans son intérieur lui sont acquis comme son peuple, et que le Dieu qui habite avec eux est particulièrement leur Dieu 2. "

Et peut-on mieux comparer l'Église qu'en la

etiam cum sermones ejus recipimus, in quibus est spirilus et vita. Et illi homines vulnerati sunt, qui nobis verbum ejus prœdicaverunt; ipsorum enim, idest apostolorum ejus, verba cum legimus, et vitam ex eis consequimur ; vulneratorum sanguinem bibimus (Origen.. loc. cit.).

1Quam pulchra tabernacula tua, Jacob ; tentoria tua, Israël : Dt valles nemorosa? ; ut horli juxta fluvios irriguos ; quasi cedri propo aquas; ut tabernacula quœ fixit Dominus. 2 vidi sanciam civitatem Jérusalem novam, descendentem de cœl<>

montrant dans une vallée? Elle est vallée par son humilité, et par là jouit de l'abondance des eaux célestes dont se trouvent privées les collines, c'està-dire les superbes, les impies, les hérétiques qui lui font la guerre ; et comme dit encore un autre prophète : « Toute vallée sera remplie et toute colline sera abaissée1. » Mais l'Eglise n'est point une vallée désolée et déserte, elle est plantée d'arbres touffus et verdoyants disposés en bel ordre pour lui faire un ombrage, l'orner et l'embellir2. C'est un jardin arrosé d'agréables ruisseaux, c'est une terre plantée de cèdres qui, raffraîchis parles eaux qui coulent à leurs pieds, élèvent vers le ciel leurs tiges majestueuses! Car, dans l'Église réside l'abondance de la grâce qui, par le moyen des sacrements, enrichit les âmes , fait germer en elles les vertus et produit des fleurs majestueuses et odorantes semblables aux Cèdres du Liban qui répandent dans l'Église la bonne odeur de la grâce et de la sainteté, lacouvrent de leur ombrage, font sonornement, l'embellissent, la font connaître et aimer. Et comme

a Deo, sicul sponsam ornatam viro suo. Ecce tabernaculum Dei cum hominibus ; et habitabit cum eis. Et ipsi populus ejus erunt ; et ip?e Dens cura eiserit eorum Deus (Âpoc, 21).

1 Omnis vallis implebilur cl omnis eollis humiliabitur ( Luc, à).

1 Sirut valles nemorosae.

dit encore le prophète royal en parlant des saints : - Ils seront comme un arbre planté près du courant des eaux qui donnera son fruit dans son temps et dont la feuille ne séchera point, et toutes leur^ œuvres auront un heureux succès \ » » Bienheureux, conclut Balaam en terminant ce trait de sa prophétie, bienheureux celui qui te bénira, ô Israël! car il sera béni lui-même, et celui qui osera te maudire sera aussi maudit, et demeurera enveloppé et enseveli dans sa malédiction2 "Or, dit De Lyre, Balaam désigne ici Jésus-Christ sous le nom d'Israël5. Ainsi bienheureux nous autres chrétiens qui ne cessons de louer et de bénir Jésus-Christ , car nous serons bénis de cette bénédiction que le Père céleste a répandue sur son propre fils qui nous fera participer à sa gloire*.

O infortunés, au contraire, et dignes de compassion, ces impies qui, de concert avec les Juifs, blasphèment et maudissent Jésus-Christ, le Très-

1 Et erit tanquam lignurn quod plantatum est secus decursus aquarum, quod fructum suum dabit in tempore suo; et folium ejus non deQuet ; et omnia quœcumque faciet prosperabuutur (Psal. i).

2 Qui benedixerit tibi erit et ipse benediclus. Qui maledixeril tibi, in malediciione reputabitur.

' De Christo hœc reciiusintelligenlur.

' Qui benedicunt Christo, benedîcuntur in communionem patern; benedictionis assumpli.

Saint, le Filsbéni de Dieu! Ces malédictions aussi sacrilèges qu'insensées retombent du ciel sur leurs têtes pour causer leur ruine ; car Jésus-Christ étant la vérité et la vie, quiconque le maudit et le blasphème , maudit et blasphème la vérité et la vie, et s'en éloignant volontairement, il s'ensevelit dans la profondeur des ténèbres, dans la honte des erreurs, dans la mort éternelle'.

XII. Particularités qui précédèrent le principal et dernier trait de laprophétie. Balaam a vu le Messie dans la personne des Mages. L'Etoile dont parle Balaam, est V Étoile des Mages. Il prédit, en termes clairs, la divinité et V humanité de Jésus- Christ.

Il est à remarquer que la sainte Écriture a soin de signaler différentes particularités qui accompagnèrent le dernier trait de cette célèbre prophétie.

Balaam , d'imposteur devenu prophète , et se disposant à bénir Israël pour la troisième fois, n'a

1 Qui autem maledicunt, malediclî sunt; sicut ludaei, nui male-

dnerunt Chrisio, lacrymabiliter maledicti sunt. Quid enim posseï

iliis evenire, qui maledicunt sapientiae, et verilaii et vila?, nisi ut ab

iisomoibHsesules jaceant? Hœc enim omnia Chri*lus est [De Lyra

\ vmX

plus recours aux maléfices, comme il avait fait auparavant ' ; il est tout à coup transporté par l'esprit de Dieu 2 qui lui ouvrit les yeux et l'esprit , et lui fit voir, comme présent, le grand œuvre qui devait s'accomplir dans un avenir lointain 5; Dieu lui fit entendre sa voix et lui mit sur la langue la grande parole qu'il devait prononcer. Or, pourquoi le texte sacré énumère-t-il toutes ces admirables particularités, si ce n'est pour nous montrer que la magie, qui sans doute n'avait eu aucune part dans ce que Balaam avait dit jusqu'alors, devait être même en apparence entièrement étrangère à tout le reste de sa prophétie; et que cette partie était la plus importante et la plus précieuse comme objet principal du mystérieux événement que le prophète avait en vue. Entendons cette grande parole, cette prophétie si célèbre, qui termine le cantique de Balaam.

« Je le verrai, mais non maintenant; je le contemplerai de mes yeux, mais dans long-temps; une étoile sortira de Jacob et un sceptre, (ou selon une autre version) T homme s'élèvera d'Israël ; je le

1 xequaquam abiit, ut ante perrexerat, ut auguruiin qusererei.

: irruente in se spirita Dei.

' visionem omnipotenti? Dei intàitasest.

verrai, mais non maintenant; je le considérerai, mais non pas de près. Une étoile sortira de Jacob, un sceptre (ou selon une autre version), l'homme s'élèvera d'Israël \ » Qui ne reconnaît dans ces paroles une magnifique et sublime prophétie de la venue de Jésus-Christ, de ses grandeurs et de sa gloire !

Nous ne nous arrêterons point à argumenter avec les Juifs, qui naturellement doivent soutenir le contraire; mais que nous importe leur croyance! il nous suffit de savoir que tous les Pères, tous les interprètes catholiques, et ce qui est tout pour nous, l'Eglise elle-même, ont vu Jésus-Christ dans cette prophétie, dont nous allons donner l'explication en prenant ces autorités pour guides.

Observons d'abord, avec De Lyre, que Balaam s'exprime ici en' paraboles , comme le remarque l'Ecriture : » Ayant pris le style de la parabole, » est-il dit de Balaam 2.

Il est encore à remarquer que dans les Écritures, les entreprises, les vicissitudes, la prospérité

1 Videbo eum sed non modo ; intuebor illura sed non prope. Orietur Stella ex Jacob ; et consurget virga valii) homo Je Israël.

2 Balaam parabolice loquebatur m patet in textu : et assumpta parabola ail.

d'une dynastie ou d'une nation sont attribués à leurs chefs primitifs, parce que toute dynastie et toute nation sont considérées comme ne formant qu'une seule et même individualité avec les chefs auxquels elles doivent leur origine; c'est dans ce sens qu'il est dit que Jacob a conquis la terre de Chanaan, quoiqu'on doive en attribuer la conquête à ses descendants. Ainsi, selon l'observation des interprètes, Balaam a pu dire avec raison qu'il verrait le Messie, parce qu'en effet il devait le voir dans sa postérité; car, les saints Mages qui contemplèrent Jésus-Christ de leurs propres yeux, descendaient de Balaam. comme nous l'avons fait remarquer1.

En outre, Balaam était pa}ren et au nom du paganisme qu'il représentait, il a pu dire : je le verrai, parce qu'en réalité le paganisme l'a vu, étant représenté non-seulement dans les Mages, mais encore dans une foule de payens qui se trouvaient en Palestine au temps de la prédication du Seigneur ; les payens le virent, furent témoins de ses miracles, et crurent à sa divinité, accomplissant ainsi en

■ Yidebo eum sed non modo : quia non vidii eum in persona propria; sed in posieiïs suis : quia Magi, qui venerunt adorare Chrisinm natum, fuerunt de stirpe Balaam.

eux cette prophétie d'Isaïe : » Toute chair verra le Dieu Sauveur1 ».

Cependant à ces paroles : » Je le verrai, « Balaam ajoute : <• Mais dans long-temps. » Car selon la remarque de De Lyre, il devait se passer plus de quinze siècles avant la venue de Jésus-Christ. Mais afin de déterminer le moment de sa naissance, le prophète ajoute : «Il s'élèvera une étoilede Jacob." C'est comme s'il eût dit : Voulez-vous savoir quand je verrai le Messie dans mes descendants^ Ce sera au moment où paraîtra une étoile nouvelle et miraculeuse dans le pays habité par la race de Jacob ; et cette étoile sera le signe de la naissance du Sauveur2.

Selon la remarque d'un grand nombre de Pères et de Docteurs, cette interprétation est encore justifiée par la manière dont les Mages parlèrent de l'étoile 3. Car les Mages ne dirent point simplement : « Nous avons vu une étoile dont nous ignorons la signification , « mais ils dirent ouverte-

1 Et videbit omnis caro salutare Dei (Isa., 40).

2 Sed non prope; quia nativilas Christiadliuc distabatper magnum lempus. Consequcnler ostenditur signum dicii advenlus cum dicitur : orietur Stella ; quia in nalîvitatc Christi Stella apparuit.

5 Origène, sainl Ëpipbane, saint Basile, saint Ainbroise <lo Nicée, saint Léon, saint Chrysoslôme, saint .Jérôme, saint Prospère, Eusèbc, Rupert, Entime3 ele

ment : » Nous avons vu son étoile. » Ce qui revient à dire : Nous avons vu l'étoile dont l'apparition, au su du monde entier, a été annoncée par Balaam notre maître, comme devant signaler la naissance du Messie1.

Mais ne pourrait-on pas se demander, 1° pourquoi Jésus-Christ a choisi une étoile pour annoncer sa venue ? 2° pourquoi a-t-il voulu se servir d'un magicien , d'un paven pour annoncer cette étoile \ Saint Augustin répond ainsi à la première question : •• Dieu avait promis à Abraham une postérité innombrable, surtout sous le rapport de la famille spirituelle qu'il devait engendrer par sa Foi; et pour faire connaître que cette postérité promise au patriarche de toutes les nations ne devait être ni charnelle, ni terrestre, mais entièrement spirituelle et céleste, Dieu voulut la comparer à la multitude des étoiles. Or, cette postérité d'étoiles spirituelles commençant à Jésus-Christ, quoi de plus naturel que d'annoncer sa naissance aux hommes par une nouvelle étoile '. « Saint

1 Id verba Magoram signilicanl ; vidimus stellam ejus ; quasi dicant : vidimus non stellam aliquam incognitam, sed stellam ejus, nolam scilicet ei ri BalaaiD praediclam, quod furet Stella ejus scilicei Cbristi index.

'Abrahae innumerabilis fuil promis . non carafe semi-

Maxime répond ainsi à la seconde question : "Jésus-Christ en naissant avait pour but, non-seulement de racheter les Juifs, mais encore les Gentils. Or, pour confirmer d'avance cette grande et consolante vérité , il voulut que sa venue fut annoncée par un infidèle comme par les fidèles, etque la voix profane d'un gentil s'unît à la voix des prophètes d'Israël ! . »

Balaam dit encore : « Il sortira un sceptre , ou selon une autre version, un homme d'Israël. » Or, quel peut-être cet homme sans nom désigné dans un sens absolu et général , sinon celui dont avait dit David : « Il est né un homme en Sion 2 » ; celui après lequel la faible humanité soupirait en vain depuis des années dans la personne du paralytique de la piscine , lorsqu'il disait : Je n'ai point l'Homme avec moi; celui qui a pris lui - même le titre de Fils de l'Homme, et que montra Pilate en disant : Voilà l'Homme. En un mot,

ne, scd fidei fecunditale generanda; et ideo slellarum mullitudini comparata, ut ab omnium Gcnlium Paire non terrena sed coelestis progeiiies speraretur. Ad credendum autem promissœ poslerilatis hœredes in syderibus dc^ignari ; no\i syderis orluexcitanlur (r>, De Temp.).

' Voluit ut inter sanctissimas prophetarum vocesetiam ab infideli <eminc ejtts praedicereiur adventus, qui pro fidefium, infideliumque crat redemptione venturus (Bot

2 Homo natus est in ea [Psal <v'. ,

cet homme par excellence, c'est Jésus-Christ,

l'homme parfait, l'homme modèle, l'homme exemple , qui seul peut sauver les hommes ; homme avec lequel seront confrontés tous les autres au jour du jugement, parce qu'étant vrai homme, de la même nature que nous , il est en même temps Dieu.

Ainsi . reprend Oiïgène , avant d'être manifesté aux Mages par le moyen de l'étoile , le grand mystère de l'Incarnation , la vérité fondamentale de notre Foi, Jésus-Christ Dieu et homme se trouve annoncé dans un ordre admirable par le ministère de Balaam ; car par ces paroles : » Il se lèvera une étoile •• , Balaam fait allusion à la divinité de Jésus-Christ, et par le mot l'Homme d'Israël . il entend son humanité ' .

1 Ordo quoque propheliae idem ostendil ; cum de Deitate dicit : Orietur Stella ex Jacob ; de humanitate vero exurgel homoex Israël, ul uiruraque evidenter prophetatum appareat Hom. 14 ïh Ifwn.)

io;

§ Xlll. Balaam prédit encore que Jésus-Christ est fiai et Messie , qu'il triomphera du démon et sauvera les Gentils , qu'il fixera à Borne le siège de son empire sur la terre. Aveuglement et obstination des Juifs à ne point le reconnaître. Hommage à Jésus rhrist.

En outre, cet Homme-Dieu est Roi, Messie ou Sauveur. Ces éminentes qualités, ce ministère sublime de Jésus-Christ, sont encore décrits par ces paroles de Balaam : « Il brisera l'orgueil des chefs de Moab * . » Par ces chefs de Moab , il faut entendre les puissances des ténèbres; puissances, dit saint Paul , qui ont été dépouillées, humiliées, et conquises par Jésus-Christ qui les a enchaînées à sa croix comme à un char solennel de triomphe 2. Ces puissances de l'abîme étaient les chefs et les tyrans des peuples idolâtres; ainsi, pour pouvoir délivrer les peuples infortunés figurés dans les Moabites , il fallait, avant tout, vaincre les auteurs

1 Et percutiet duces Moab.

*Expolians principaïus et pot esta tes, palam triumphans ilios in bmelipso (Cotes., 2).

de leur oppression , les chefs , les maîtres de leur impiété \

Après avoir ainsi annoncé la victoire de Jésus- Christ , Balaam chante les conquêtes qui devaient en être la suite. » Il ruinera, dit-il, tous les enfants de Seth; il possédera l'Idumée, et l'héritage de Séïr passera à ses ennemis ". « On voit d'abord que par les enfants de Seth on doit entendre tous les hommes , car le genre humain descend de ce patriarche , la race de Caïn n'a)Tant point échappé au déluge. Il est hors de doute encore que le héros dont parle Balaam ne peut être ni Salomon , ni David, ni aucun autre homme ; car, quel conquérant triompha jamais du genre humain tout entier? Il faut observer qu'on lit dans le texte hébreux : Il réunira, il captivera tous les enfants de Seth. Cette explication , dit Cornélius-à-Lapide , est la vraie et la plus convenable ; car il viendra un temps où Jésus-Christ réunira tous les hommes dans son Eglise, les soumettra tous à ses lois et à sa grâce. Cependant l'Écriture emploie souvent les termes dévaster et détruire à l'occasion

1 Aliter non posset salvare Moabitas, nisi prius vastasset duces impietatis.

2 Et vastabit omnes fllios Seth ; et erit Idomaea possessio ejus ; haeredilas Seir cedet inimicîs suis.

de la conversion des hommes à la Foi catholique ; car, en les convertissant , Jésus - Christ a détruit dans les Gentils leur infidélité et leurs vices, les a entièrement changés , et les a ainsi dévastés et détruits \

Quant aux Iduméens et aux enfants de Séïr , descendants d'Ésaù , on sait qu'ils furent les plus grands ennemis de David , vraie ligure de Jésus- Christ, comme l'observe avec tant de justesse Cornélius-à-Lapide. Ces paroles servent admirablement d'appui aux précédentes ; car, si les descendants de Séïr, les Juifs, les plus obstinés et les plus cruels adversaires du nom chrétien, et si bien figurés dans Esaù , doivent tomber au pouvoir de leurs ennemis, c'est-à-dire devenir des enfants soumis de Jésus-Christ et de son Eglise , à plus forte raison Jésus-Christ étendra-il sa conquête sur ses autres adversaires moins obstinés et moins pervers , c'est-à-dire sur tous les hommes en général2.

Et qui peut être cet Israël qui agira avec un grand

* Dicuntur vastari filii Seih per eonversionemadCatholicam fidem; in quantum desierunt esse quod erant per infidelitaiem (De Lyra in 24 Num.).

' Idumaei hostes maxime infensi ; ergo multo magis caetnï homit>.o> subjictentur ei-

courage , sinon le vrai chrétien auquel on a appliqué avec tant de vérité ce que les anciens Romains disaient d'eux-mêmes : Il est d'un chrétien d'agir et de souffrir avec courage ■ .

Enfin Balaam a chanté dans sa prophétie les privilèges et la gloire de Rome , quand il dit : « Il sortira quelqu'un de Jacob qui perdra les restes de la cité et y dominera en souverain. "Quelle peut être cette cité dont parle le prophète? Cette ville, dit un interprète, ne peut être que Rome , qui est appelée la ville par excellence, ayant été le siège de la gentilité, la demeure des- plus cruels ennemis

de Jé;us-Christ2. Par ces restes de la cité il faut

entendre l'idolâtrie que Rome protégeait , nonseulement dans ses murs , mais encore dans toute l'Italie et dans une grande partie du monde soumis à son empire. Ainsi, continue le même interprète, Balaam a prédit que les restes impies de la cité seraient détruits par les descendants du vrai Jacob, par les apôtres de Jésus-Christ , héritiers de son esprit et dépositaires de sa puissance, et que cette destruction aurait lieu, non-seulement dans Rome,

1 Agere et pati fortia Christianumest.

: Civitatis idest Romae, qaae amonoraastice civitas et urbs dicitur ; quœque caput fuit GentilUmi et Cenlilium hoslium Cliristi [dpud A Lap ■

lOfJ mais que par k puissance decetterein< d< çlle s'étendrait dans le monde entier '.

Nous voyons encore cette prédiction accomplie à la lettre, relativement à Rome, sous ce dernier rapport , savoir : Que le descendant de Jacob dominera en souverain dans la cité. C'est bien la ville de Rome, dit De Lyre , que Balaam envisage dans dans cette partie de sa prophétie , car Jésus- Christ, fils de Jacob, ayant détruit l'idolâtrie dans cette cité par le ministère de ses apôtres, y a régné et y règne toujours dans la personne de son auguste vicaire, qui siège à Rome comme pontife et comme souverain .

Ajoutons que ce règne de Jésus-Christ dans la personne de son vicaire, s'étend à tousles chrétiens; car, dans l'ordre spirituel, le souverain pontife ou plutôt Jésus-Christ, exerce en lui et par lui, sur toute l'Église, une vraie souveraineté, la souveraineté la plus réelle et la plus précieuse, car, les cœurs et les intelligences en sont les sujets, l'obéissance vo-

' Ex Christo nascenlur, qui Genlilismum Romanum everteront, et Romani toiam facerent Chrislianam ; indeque reliquœ provincial et civitates Romam quasi orbis Dominant sequentur, atque Geniilismum climinabunl. {Âpudà Lap)-

f> J Intelligitur civitas Romana ; el ipse acta est possessio Cliristi, quia factaest sedes principale sui vicarii (In 94 Num.).

Ion taire le lien, l'infaillibilité de doctrine le fondement, et le salut éternel la fin dernière. Àinsii comme la vraie Rome est l'Eglise , de même tous les catholiques sont Romains, ayant Jésus-Christ pour monarque. Que nous importe que les Juifs s'obstinent encore à rejeter le Messie qui est leur roi proprement dit1 et promis à eux directement ; que nous importe qu'à l'invitation de le reconnaître, ils répondent par l'indifférence et le mépris, comme ils en agirent avec les Mages, ou par des vociférations infernales, comme au jour où Pilate leur présenta leur roi. A voir leur obstination, il nous semble encore les entendre s'écrier : « Nous ne le reconnaissons pas ; nous ne le voulons point pour notre roi ; nous n'avons d'autre roi que César: qu'il soit crucifié! crucifiez-le 2. »

O infortunés! vous ne voulez point votre Roi, votre Messie, votre Sauveur, vous qui depuis si longues années soupirez après sa venue et figurez ses mystères ; vous ne le voulez point, et nous Gentils étrangers à sa famille, nous le recevons, nous succédons à vos droits, à vos privilèges ! Vous re-

1 Rex Judaeoruui.

'xolumushunc régnait super nos. Non habemus regem nisi Cœsarem. crucifige, erucifige eiim.

niez votre Dieu et nous le confessons, vous le rejetez et n ms l'accueillons, vous l'outragez et nous lui répondons par nos humbles hommages !

En rejetant votre Sauveur, vous vous privez volontairement de tous les biens, de toutes les espérances, de toutes les grâces dont il est la source. Votre mission est remplie depuis que l'Écriture à la main vous nous avez montré le Messie. Ce livre divin, source de nos espérances n'est plus dans vos mains que la preuve convaincante de votre condamnation. Vous possédez ce livre sans le connaître, vous le lisez sans l'entendre, parce que son esprit est venu se reposer sur nous, avec Celui qui en a la clef. Ainsi, le Sauveur, le Messie est tout entier et seulement pour nous; et si un jour vous voulez ce Roi, il vous viendra du milieu de nous. Quelle jouissance nous éprouverons de vous initier à son service sans rien perdre de nos privilèges dontnous jouirons en commun , rassemblés avec vous sous le même pasteur, dans la même bergerie! O vrai Roi de la grâce , Roi du salut , Roi de la gloire , nous vous recevons pour notre roi, nous nous soumettons de tout notre cœur à vos lois et à votre empire î Qu'il est beau , qu'il est doux votre règne! vous êtes an roi ]>aa-

tique, dont la paix, là miséricorde et l'amour fou la magnificence ; un roi dont toute la terre désir mettre ses délices à contempler les, regards de mi séiicorde et de tendresse '.Vous êtes un roi plein de douceur qui, sous les traits de la grâce et de l'amabilité , vous présentez aux âmes qui cherchent votre règne2. Toujours attentif aux besoins spirituels du vrai Israël , vous régnez sur lui comme un tendre père; votre amour pour ce fils de prédilection est celui d'un pasteur pour ses chères brebis5. Est-il un règne plus aimable, plus doux, plus précieux que le vôtre , ô mon Dieu !

Vous êtes donc notre vrai roi, régnez sur nos esprits par la puissance de votre Foi, sur nos cœurs par votre grâce, sur notre conduite, par vos exemples ; régnez en nous et avec nous dans le temps et dans l'Eternité. Xe vous séparez point de nous, ne nous rejetez point ; et en roi tout-puissant et affectionné, préservez-nous des maux qui nous menacent. Oui, mon Dieu, nous sommes votre troupeau! que les ennemis de nos âmes tremblent

1 Rex pacificus magnificalus est. cujus vuiium desiderat uufrersa terra In Off. Nai. .

- Ecce rex mus veail »il>i mansuelug {Matth., .i ,

Israël intcodc-,qui déduis, velui ovem lu» ph In Off.

devant nous, et qu'à leur ruine ils reconnaissent

que Jésus-Christ est notre roi , un roi qui préserve son peuple de tout mal en le couvrant de l'égide de sa miséricorde et de son amour*.

» Christus régnât ; Chrislus imperal ; Chrislus plebem suam ab ornni malo defendat.

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