SECONDE LECTURE
le mystère de l'Epiphanie en général , ou la vocation des Gentils à la Foi.
a Xous avons vu son étoile en Orient, et ious venons pour l'adorer '. n
INTRODUCTION
§ I. Misère cVAdam après son péché et miséricorde de Dieu lui offrant son pardon. Ce que le Verbe de Dieu fit alors à V égard du premier homme , est la figure de ce qu'il devait faire dans la suite avec l'humanité tout entière. Sujet et division de cette lecture.
La misère profonde du cœur humain nous rend raison de la chute du premier homme. Adam avait à peine consommé son crime qu'il en ressentit à l'instant les funestes suites. Une obscurité nrystérieuse recouvre son âme , le remords et l'épouvante s'emparent de son cœur, il éprouve dans tout son être une funeste rébellion , la honte couvre son front , et cette révolution subite dans son corps comme dans son âme lui ouvre les yeux
4 Viflimu? steUam ojus et venimus adorare eum (Malth., 2).
pour lui faire connaître la grandeur de sa perte, la profondeur de sa chute et l'impossibilité de se relever de lui-même ! . Dans cet état de misère , d'abattement et de consternation , le parti bien naturel et bien facile, il semblait, était pour Adam de revenir à Dieu par le repentir et la prière , et d'implorer, pour sortir de l'abîme du péché, la main puissante qui l'avait tiré de l'abîme du néant : mais non, dans un besoin si extrême de Dieu, Adam et sa compagne ne pensent à Dieu que pour le fuir, pour se dérober à ses regards, et loin d'invoquer son secours ils sont saisis d'épouvante à son nom et au son de sa voix 2.
Ainsi , dit saint Bernard , voilà une preuve de la misère et de la faiblesse de l'homme qui n'étant que trop libre de s'éloigner de Dieu, de fuir ses regards, d'éviter tout ce qui peut lui en rappeler la pensée , ne saurait retourner sur ses pas ; la voie funeste de son égarement se trouve fermée pour lui, il ne peut chercher Dieu si Dieu ne va le premier à sa recherche ; il ne peut retourner à Dieu si Dieu ne le prévient dans sa misé-
1 El aperti sunl oculi eorum (Gen., 5).
2 El cura audissenl voccvn Dominis Dci... abseondit se Adam et uxor ejus a furie Domini [Gefi-, 3).
ricorde , ne l'appelle de sa voix et ne l'attire par sa grâce * .
Ainsi Adam eut perdu pour jamais la pensée de Dieu , si Dieu , dans son amour , n'eût tourné vers lui des regards de bonté. Et le voilà, ce Dieu abandonné de l'homme qui va le premier à la recherche de l'homme, et, selon l'expression de l'Écriture, nous le voyons marcher dans le paradis terrestre pour chercher Adam dans l'obscurité des bois où l'infortuné s'était réfugié, craintif et tremblant : il lui fait entendre sa voix chérie, m'appelle amoureusement par son nom , il veut qu'il lui réponde2.
0 Dieu de miséricorde et de clémence ! s'écrie Procope sur ce passage : Quel père s'est jamais montré plus tendre pour un fils perdu, plus empressé à le rechercher, plus désolé de le voir tombé dans l'abîme du malheur3. Car, ajoute saint Jean- Chrysostôme, Dieu ne va point trouver Adam pour le punir comme ferait un juge; c'est une tendre mère qui, voyant de loin tomber son enfant , vole à son
1 xoverit anima se prevenlam ; nisi quœsila non quaereret ; nisi voeata, non reverteretur.
2 (Dei deambulantis in Paradiso')-. (Abscondit se Adam in medio ligni). (Vocem Doniioi Dei). Vocavitque Dominus Deus Adam; etdixit ei : ubi es ?
* Quispater tanta cura et clementia perdilum quaesivit filium, dolens quod in tantam miseriam devolum* sil (Ai G
secours*. Ainsi sa parole n'est ni menaçante, ni sévère ; point de reproches, point de paroles dures, il ne lui crie point : scélérat! impie! il l'appelle par son nom : Adam ! Adam ! 2 Et nous, pour éviter une réminiscence pénible , nous éloignons de notre esprit l'idée de ceux qui nous ont offensé, nous souffrons à les entendre nommer , il répugne à notre bouche de prononcer leur nom. Mais, pour Dieu, nous l'entendons répéter le nom d'Adam pécheur, avec la complaisance que mettrait un tendre amant à redire le nom de l'objet qu'il aime z.
Il lui demande ensuite où il est4 ; par là il lui inspire la confiance, et l'invitant ainsi à considérer la profondeur de sa chute , il l'amène à reconnaître sa faute, à s'en repentir, à s'en confesser coupable, à en demander et à en obtenir le pardon et la grâce d'en réparer les funestes conséquences s.
Or, savez-vous , dit Tertullien , quelle est cette
1 Adcollapsum descendit ;jacenlem sublevavit (Hom. 7, ad Pop. Ânt.).
2 Non verbis gravissimis interpellât, eura sceleratum et impium norninans; noninjuriis afficit; sed proprio nomine (Ilid.).
5 Prima profecto vox statim ineffabilem illias amorem demostrat ; eorum enim qui nos lseserunl nomen commemorari nolumus; hno nec audire ; quanto minus pronunliare (Hom. 7, ad Pop. Ant.}.
4 Ubies?
s Non ignorans, sed fiduciœ occasionem praebens, ut per confes- Monem peccati peccatum ablueretur (Hom il, in Gen.).
voix amoureuse qui appelle Adam? C'est la voix du Verbe étemel de Dieu , car parmi les personnes divines , quelle autre que le Verbe lui-même , la parole de Dieu qui devait un jour se faire entendre aux hommes pouvait dès-lors converser avec les hommes 1 Et n'est -il point à remarquer que dans les entretiens entre Dieu et l'homme, dont fait mention la sainte Écriture, c'est toujours le Verbe divin qui parle aux hommes 2 ?
Et ainsi, en conversant avec Adam d'abord, et ensuite avec les patriarches et les prophètes au moyen de visions , de songes , de figures , d'énigmes , et sous des formes visibles , le Verbe avait dès-lors pour but de montrer comme il devait un jour descendre sur la terre et se familiariser avec les hommes 3.
Ainsi, le jour de l'apparition de Jésus -Christ sur la terre est le vrai jour où le Verbe de Dieu a fait en faveur de l'humanité tout entière ce que
1 Deus in terris cum hominibus conversari non alius potuit, quam sermo, qui caro erat futurus {Cont. Prax., 16).
■ Filius ad humana semper colloquia descendit (Cont. Prax., 16).
3 Ab Adam usque ad Patriarchas et Prophetas, in visione, in somno, in speculo, in enigraate ordinem sunna praslraens ab initio quem erat persecuturus in finem (C iG).
quatre mille ans auparavant il fit pour le premier homme prévaricateur, en allant lui-même à sa recherche, en lui parlant le langage de la tendresse pour se faire reconnaître et lui offrir son pardon. C'est en ce jour que le vrai et tendre Pasteur de nos âmes , comme il se nomme et se dépeint luimême dans son Évangile , abandonna les quatrevingt-dix-neuf brebis dans le désert, pour aller par les collines et les montagnes, les vallées et les hauteurs , rechercher celle qui était égarée ; c'està-dire , comme l'explique saint Thomas, qu'il laissa les anges dans le ciel, qui sont quatre-vingt-dixneuf fois plus nombreux que tous les hommes réunis de tous les siècles. Il traversa l'espace immense qui sépare l'être du néant , la sainteté du péché , la créature du Créateur, l'homme de la Divinité; il descendit jusqu'à l'humiliation de notre nature corrompue , et né homme pour l'amour des hommes, les invita tous à abandonner leur misère et leur péché , en rassemblant à son berceau les pasteurs de Bethléem et les Mages d'Orient ; et ce mystère de miséricorde , l'Évangéliste nous l'annonce par ces belles paroles qu'il met dans la bouche des Mages , et qui nous montrent la grâce de leur divine vocation comme leur promptitude à y correspon-
dre : »Nous avons vu son étoile en Orient et nous venons l'adorer '. »
Or, comme la vocation des Mages est aussi la nôtre, voyons dans cette lecture la manière ineffable dont elle s'opéra, les circonstances qui l'accompagnèrent, les mystères quelle contient, les devoirs qu'elle nous impose; considérations aussi attrayantes qu'instructives , et bien capables de nous toucher et de nous édifier.