ABRAHAM
S XI. — Abraham envoyant Èlièzer chercher une épouse pour son fils, nous figure Jésus-Christ envoyant ses Apôtres convertir les Gentils.
Dans plusieurs lieux de l'Ancien Testament
1 Abraham Deum Palrem signiflcat; Isaac, Christura; Rebecca, Ecrlesiam, imo quamvis fidelem aniniam; servus Abralia? Apostolos-
nous voyons Dieu dire de lui-même : " Je suis lell Dieu d'Abraham, le Dieu dlsaac, le Dieu de Ja- 1 cob \ » Comprenons bien, nous dit Cornelius-à- | Lapide, d'après saint Basile, que Dieu en pre- 1 nant ce nom qu'il répète si souvent avec une es- i pèce de complaisance, n'a pas seulement voulu faire connaître son amitié , sa prédilection, sa ten- H dresse pour ces trois grands patriarches , mais encore, a voulu par là nous révéler le mystère auguste de la Trinité ; car le seul mot Dieu i répété trois fois, nous montre que Dieu est un1 dans sa nature et trois en personnes et que chacune: de ces personnes est Dieu. Les trois patriarches j sont donc la figure de chacune de ces trois perron- 1 nés divines ; Abraham, par sa prévoyance , nous fl-| gure Dieu le Père; Isaac, Dieu le Fils, par soni obéissance ; et Jacob , le saint Esprit , par sa fé-f condité2.
Voyons d'abord la ressemblance d'Abraham
Attende quid hse quatuor personae gesserint; et videbis quid ad salulera nostram fecerit Deus Pater, quid Christus, quid Apostoli et quid nobis faciendum sit (A Lap.).
1 Ego sum Deus Abraham, Deus Isaac, Deus Jacob.
2Signihcatur hic rayslerium S. Trinilatis. \omen enim Deus, toi repetilum, significat unitatem Esseniiae in tribus personis. Rursui Abraham représentai Deum Pativm; Isaac, Filium; Jacob, Spiriluq Sanctum (In III, Exod.].
;i\tr Dieu .le Père. Selon le célèbre interprète Nicolas de Lalyre , la circonstance où Abraham nous rappelle mieux DieulePère, est sans contredit celle du mariage d'Isaac avec Rebecca; cette union étant la figure de celle de Jésus-Christ avec son Église ' .
1° Abraham est père d'un seul fils enfant d'un miracle ; car Isaac naquit de Sara naturellement stérile par sa vieillesse 2. Quelle image plus frappante de Dieu le Père qui n'a qu'un seul fils , le Verbe éternel consubstantiel à lui, et qui par sa naissance, selon la chair, est enfant d'un miracle, étant fils de Marie, volontairement Vierge et ainsi stérile par excellence de vertu.
2° Il est dit d'Abraham qu'il aimait tendrement Isaac, et que riche de toutes sortes de biens, il lui en donna l'entière possession et la solennelle investiture en le constituant son unique héritier. Et Jésus-Christ est appelé par son divin Père , son fils chéri , objet de ses éternelles complaisances 3; et le divin sauveur n'a-t-il point déclaré que toute puissance lui a été donnée et que son Père
1 Per matrimonium Isaac en m Rebecca sigirîiicaïur allegorice conjunclio Chrisli el Ecclesiœ. Abraham igilur significat Deum Palrem [In 24 Gènes.).
1 Quem Sara peperit in scneclule sua.
1 Hic est Filins meus dilectus, in quomihi bene complacui-
Tamis en possession de tous ses biens ' ; et saint Paul ajoute que ce divin fils a été établi héritier de toutes choses 2. Abraham, dit Éliézer, atout donné à Isaac, les brebis , les bœufs , les ânes et les esclaves. Comment peut-on lire ces paroles sans se rappeler ce que dit saint Paul , appliquant à Jésus-Christ le psaume VIII. Dieu le Père , nous dit-il, atout soumis à Jésus-Christ, sans rien excepter 3 , et, par conséquent, les brebis, les bœufs et les troupeaux des champs 4 ; c'est à dire tous les hommes distingués seulement entr'eux par le seul titre de leur vocation religieuse ; car, les esclaves nous indiquent les prophètes et les apôtres ; par les brebis sont désignées les âmes dociles et fidèles. Les bœufs, selon saint Grégoire, indiquent le peuple juif dont la tête a été assujétie au joug de la loi ; et l'âne enfin nous montre le Gentil qui, par sa stupidité, s'est laissé dominer comme un vil animal, par toutes sortes d'imposteurs et a été le jouet des erreurs les plus monstrueuses 3. Et Jésus-Christ faisant son entrée solennelle à Jérusalem , monté
1 Daia est mihi omnis potestas [Matth , 28 . Omoia dédit ei Pater Joan., 15).
3Quem conslituil haeredem universorum (Hebr- i). 1 Ineoquodomnia eisubjecit, nihil dimisit non subjectum (/fcô.,2). ' Oves et boves et universa pecora campi. - nuis bos, nisi Judaicus populus, cujus cervicem jugumlegis altri-
sur uneânesse, a voulu par là nous montrer, ajouté le même Père , qu'il devait prendre possession dus cœurs simples des Gentils , les guider et les conduire à la vraie Jérusalem (mot qui signifie vision de paix), c'est à dire à la bienheureuse immortalité '.
3° Isaac ayant atteint l'âge de 40 ans , Abraham songe à lui donner une épouse , afin de former une nouvelle génération, un peuple privilégié, le peuple hébreux. Et c'est quarante siècles après la promesse de l'incarnation de son Verbe que Dieu le Père lui donne l'Église pour épouse , afin que de cette union naisse une nouvelle génération, un peuple privilégié, le peuple chrétien.
4° L'idée de donner à Isaac une épouse et une telle épouse, est entièrement d'Abraham. C'est lui qui appelle Eliézer, qui lui donne pour sa mission les instructions convenables, et par ce moyen introduit dans sa maison la fille de Bathuel qui était loin de s'attendre à d'aussi brillantes destinées. Ainsi Eliézer ne serait point parti s'il n'eût
vil? Quis asiiius, nisi Gentilis, quem quilibet seduclor reperit, quasi brutum animal, et quo votait eirore substravit {Mor., I, G).
• Quid est enim, sedendo asinam, Jérusalem veoire ; nisi Gentilium corda possidendo, ea adtfeionem pacis regendoel prâeeundo perducere {Mor., i. 6),
été envoyé par Abraham , et Rebecca ne serait pointarrivée dans sa maison, si elle n'eût été appelée et conduite par ce moyen. De même le dessein de donner l'Église pour épouse à Jésus-Christ, est de son divin Père, car, comme dit saint Augustin, celui-là seul vient à Dieu, qui est prévenu par sa miséricorde l . Il fit briller l'étoile miraculeuse , qui appela et conduisit les Mages à la vraie maison d'Abraham, à la grotte de Bethléem. Et plus tard, c'est encore lui qui par l'entremise de Jésus- Christ, envoie les apôtres et les docteurs qui, selon saint Grégoire, dispensantla sainte parole auxâmes bien disposées , font l'office de ses représentants chargés de faire épouser Jésus-Christ à toute âme fidèle2. De même, comme dit saint Paul , nos pères n'auraient point reçu la parole évangélique sans la prédication des apôtres 5 ; et les apôtres ne l'auraient jamais annoncée avec succès si Dieu ne les eût envoyés 4. Les Mages ne seraient point allés à Bethléem , les Gentils ne seraient point venus à
1 Ille vcnit, quem gralia Dci prœvenit (InJoan.).
a Quis puer, qui ad ducendam uxorem rnillilur, nisi Apostolorum ordo omniumque Doclorum; qui dum Yerbum prrcdieationis bonis meniibus faciunt,ad unamquamque animam l'nigeui unigenito rili- • T)ei conjungendam quasi provisores fiunt.
3Quomodo audient, sine prœdicante (Rom., j .
' Quomodo praedicabunl nisi miltantui I
Jésus-Christ dans la vraie Eglise , si la grâce de Dieu le Père ne les eût touchés, si sa lumière ne les eût éclairés et attirés aux pieds du Sauveur, comme il a dit dans son Évangile : « Personne ne vient à moi si mon Père ne l'attire \ »
Ainsi , de même que Rebecca fut redevable à Abraham de son alliance avec Isaac; de même, sommes-nous redevables à Dieu de notre vocation à la Foi \
Eliézer le plus ancien, le premier serviteur d'Abraham, l'intendant de toute sa maison, n'estil pas une figure admirable de saint Pierre que l'Évangile nomme le premier des apôtres 5 , le pasteur suprême auquel a été confié d'une manière spéciale le soin des brebis et des agneaux 4; il est l'intendant de la vraie maison d'Abraham, c'est-àdire de toute l'Église , dans laquelle il possède la primauté, non-seulement d'honneur, mais encore de juridiction avec la plénitude de l'autorité5; et, selon saint Jean Chrysostôme, il est le chef du corps des apôtres, la bouche des disciples, le
1 Xemo vciiil ad me, nisi Palcr meus traxeril illum (Joan., G). -' Qucesili sunt, et non quresierunt; dilecli simt, et nondilexoruni S. Prosp.).
'Primas Simon (Malth., lu).
1 l'asceoves meas, pasce agnos meos (Joan , I2v
■ Tîbi dabo clavesregni cœlorum (Matlh., 16),
firmament de la Foi, la base de la confession , le
pêcheur du monde entier. Et pour dernier trait de ressemblance avec Éliézer , Pierre , ce vénérable vieillard , est tendrement aimé de son maître ; il est l'objet du choix spécial de Jésus-Christ , qui l'envoie à Rome pour y former l'Eglise romaine , mère et maîtresse de toutes les Églises et épouse bienaimée du fils de Dieu.
Généralement parlant , dit de Lalyre, Eliézer , est la figure de tout prédicateur évangélique qui est serviteur par son humilité et vieillard par la gravité de sa conduite. Et remarquons encore que le mot Eliézer signifie : secours de mon Dieu, autre admirable qualité qui est également celle de tous les prédicateurs de l Evangile, car en parlant d'eux et de lui-même , saint Paul nous dit : Nous sommes les coadjuteurs de Dieu \
5° Abraham défend à Eliézer de la manière la plus expresse de choisir l'épouse d'Isaac parmi les Chananéens; ainsi J.-C. fait-il défense aux apôtres d'aller chez les Gentils et d'entrer dans les villes des
' Por Eliezerum signiûcalur prœdicator, qui dicitur Servus pei virtulem humilitatis, et Senior per maluritatem honcslatis. Et Isle vocatusfoit. riiezer quod interpretatur, Dei met adjutorium. Dode paulus de se et alite praedicatoribus rli il \. rr,Y.. 2). /><-< adjatoret
iumus lu -1 « ».
Samaritain •> ' On comprend qu'il ne faut pas entendre ce passage dans le sens littéral, ce qui contredirait l'Évangile qui nous dit que les apôtres furent envoyés évangéliser le monde entier et qu'ils remplirent cette mission2. Jésus-Christ entra lui-même avec ses disciples dans Samarie et y demeura plusieurs jours 3. Il faut donc entendre ces paroles selon leur esprit; Jésus-Christ défend donc à ses apôtres de prêcher la parole sainte aux peuples indociles , orgueilleux et pervers qui ne la recevraient point, et il leur enjoint de secouer la poussière de leurs pieds en sortant d'une maison ou d'une ville qui refuseraient de les recevoir et d'entendre leurs discours \
6° Abraham veut que l'épouse d'Isaac soit de sa propre famille, et c'est à cette fin qu'il envoie Eliézer dans la maison de Nachor. De même , Dieu veut que l'Eglise, l'épouse de Jésus-Christ, soit animée de son esprit qui est un esprit de simpli-
1 1n viam gentium ne abierilis, et in civitates Sarnarilanorum ne inlraveritis {Matth., 10).
2 Euntes in mundum universum. I1U aulem prœdicaverunt ubique (Marc, 16)
5 Joan-,4.
4 Quicumque non receperil vos neque audierit sermones vestros ; exeuntes foras de domo'vel civitate, excutite pulverem do pedibus xcslris (Matth-, 10).
cité, d humilité, de docilité et d obéissance. Aussi n'a-t-il point voulu former son Église du peuple juif qui est appelé dans l'Écriture : Race de Chanaan et non de Juda ' ; car de même que Cham,père de Chanaan, avait outragé Noé dans sa mystérieuse ivresse, dans son sommeil et sa nudité; de même les juifs dans leur orgueil ont outragé le véritable Noé, Jésus-Christ nu sur la croix, enivré d'amour et s'endormant du sommeil de la mort : et ainsi les Juifs étaient étrangers selon l'esprit à la famille de Jésus-Christ, tout en lui appartenant par la chair. Dieu a voulu former son Église principalement des Gentils, parce que, semblables au pieux Sem , ils avaient reconnu et vénéré leur père dans Jésus-Christ crucifié, et qu'ainsi, ils sont par l'esprit, de la famille de Jésus-Christ, quoiqu'ils lui soient étrangers selon la chair.
7° Enfin Abraham pouvait directement charge1" Isaac de se chercher une épouse , en lui donnant les instructions nécessaires; cependant il confie ce soin à Éliézer , son serviteur , et s'en rapporte entièrement à sa fidélité dans une affaire d'une si grave importance. Cette conduite d'Abraham nous révèle le mode que Dieu devait employer dans la
1 Scmon Chanaan el non luda (Dan-, 13).
plénitude des temps pour propager l'Évangili convertir les hommes.
Et, en effet, il n'est point entré dans les conseils de Dieu , de charger son Verbe d'enseigner immédiatement ses mystères aux nations , et de s'en former lui-même une Eglise , une épouse , mais il a confié ce soin aux apôtres ses serviteurs : aussi, saint Paul se dit-il «le serviteur de Dieu et l'apôtre de Jésus-Christ ' ». Et ailleurs encore , il rappelle ses qualités en d'autres termes: «Paul, apôtre de Jésus-Christ, par la volonté de Dieu le Père2.»
Ainsi, la raison abandonnée à elle-même n'invente pointlaFoi chrétienne, le sentiment ne la devine point, elle ne se trouve point dans l'interprétation privée de Mettre del'Écriture; mais comme l'a déclaré le même apôtre , elle se transmet par la voie de l'enseignement extérieur des vrais envoyés de Dieu 3. Et parce que l'homme déchu par l'orgueil ne peut se relever ni se sauver que par l'humilité , il a plu à la sagesse éternelle, dit encore saintPaul, de révéler au monde ses mystères , de le conduire à la Foi qui devait le sauver , par le moyen de la
Paulus servus Dei, Apostolus autem JesuChrislî (I, Tit., I), Paulus Apostolus Jesu CUristi, per voluntalem Dei. Ficles ex audilu (Rom., 2).
prédication de ses ministres , en sacrifiant la raison à la folie apparente de leurs paroles \ Ainsi , les hérétiques qui, en matière de Religion, attribuent tout à une révélation immédiate et à l'action directe de grâce sur les âmes; qui tiennent pour inutiles le ministère des vrais serviteurs d'Abraham, des ministres de l'Église dans l'enseignement et la direction des fidèles, ces hérétiques demeurent convaincus d'erreur et d'ignorance sur le véritable esprit du christianisme : et ceux qui n'admettent que l'Ecriture pour règle unique de leur Foi, non-seulement se trouvent condamnés par des décisions formelles , mais encore par les prophéties, les figures et les faits historiques de l'Ecriture. Au contraire, la Foi catholique, en exi géant une soumission entière à la parole des envoyés de Dieu, se trouve parfaitement en harmonie avec les enseignements de tout genre de la sainte Ecriture : une telle Foi est donc, sous tous les rapports , une Foi vraie et sûre , digne de fixer notre croyance 2.
1 Placuil Deoperstultitiampraedicâftionis salvos facere credcntes [i. Cor., 1 .
' Teslimonia tua credibilia facta sunt Dirais {Psal.i 02).
ELIEZEft.
•; XII. — Les qualités, les vertus d'&liezer et tes moyens qu'il a mis en usage pour obtenir iïebecca , nous figurent les qualités, les vertus des apôtres et les moyens qu'ils ont mis en usage pour convertir tes Gentils. Reconnaissance que nous leur devons.
Si la conduite d'Abraham nous révèle les desseins de miséricorde de Dieu le Père , ce7le d'Éliézer nous fait connaître les qualités , les fonctions , les devoirs des apôtres et des prédicateurs de la vraie Église ainsi que les bienfaits dont nous leur sommes redevables ' .
1° Éliézer est envoyé par Abraham en qualité de son représentant près de la famille de son frère; et cette mission a pour but la gloire de son fils : il ne peut outrepasser les ordres de son maître, ni dans ses paroles ni dans sa conduite. Figure bien remarquable des vrais apôtres et des vrais prédicateurs qui, selon saint Paul, sont les représentants de Dieu pour lui attirer les hommes , les
' In servo Abrah.v describHur officium Apostoloruni et praedicatorum 'A Laj-iit.\
amener à la réconciliation , à l'union avec Dieu et à son amour , et ainsi procurer la gloire de Jésus- Christ '. Ils ne prêchent que ce qu'ils ont entendu et appris de la bouche du Dieu qui les envoie : » Remarquez bien , nous dit l'apôtre saint Jean, que ce que nous vous prêchons sur le Verbe de Dieu , nous l'avons vu en lui , nous l'avons entendu, nos mains l'ont touché et nous vous l'annonçons afin que vous puissiez venir dans la maison de Dieu vivre avec lui en communauté d'amour et avec son fils Jésus-Christ 2 .
Et, comme dit encore saint Paul, à l'occasion de la question qui s'éleva parmi les fidèles de Corinthe , touchant l'état de virginité : « Le Seigneur ne m'avant point chargé de faire un précepte de la virginité , je me borne à vous en faire un conseil , ne devant point outrepasser les pouvoirs de la mission que Jésus- Christ a bien voulu me confier dans sa miséricorde 5. » Quelle consolation, quel encouragement pour l'âme fidèle qui écoute les vrais
1 Pro Christo legalione fungimur, ubseeranles vos : reconciliamin, Deo (2, Cor., 5).
2 Quod vidimus, quod audivimus, quod manus noslrae conireolavcrunt de Verbovilae, hoc annuntiamus vobis; utsocietalemhabealis cum Deo Pâtre, et cum filio ejus Jesu Christo (l, Joan.,i).
5 De virgimbusprcecpplum Domininon habèo; consilium auleni d.>. lanquam misericordiam consecalus a Domino, ut son fidelis [i,C, 7S
apôtres , les vrais représentants de Jésus-Christ , les pasteurs, les ministres de la vraie Église ! Elle ne peut craindre d'être trompée , elle sait que ceux qui l'instruisent ne peuvent lui enseigner que ce que leur a ordonné le Dieu qui les envoie , c'est-àdire sa doctrine, ses oracles, ses promesses; aussi le Seigneur leur dit-il , en leur confiant cette mission d'amour : « Celui qui vous écoute m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise \ »
2° Eliézer ne part pour sa mission qu'après avoir chargé dix chameaux de ce qu'il y avait dans la maison d'Abraham de plus précieux en vêtements et en objets d'or et d'argent. De même les apôtres ne vont évangéliser les nations que chargés de richesses ; ils sont dénués , il est vrai , de tout bien terrestre , mais ils sont riches des dons du ciel . Aux dons des langues , des miracles et de prophétie , ils joignent la puissance de régénérer les âmes par le baptême, d'effacer les péchés, de conférer les précieux ornements de la grâce , de donner à l'âme les consolations de la paix et la sainteté de la vie 2.
1 Qui vos audit, me audit; qui vos spernit, me spernil (Matlh., iQ).
2 Sic Aposloli non vénérant vacuî ; sed magna mimera allulerunl , scilicet, gralîam, pacem, miracula, sanctitalem vilae et morum
{À Lapid.).
Cependant, ces divines richesses , dit saint Grégoire , ne préservent point des tentations ni des misères de la chair les ministres de l'Evangile; car, malgré l'intelligence la plus sublime, la sagesse la plus élevée, la vie la plus austère, l'apôtre saint Paul se plaignait d'éprouver en lui les révoltes de la chair contre l'esprit; «il portait, disait-il, les trésors célestes dans un vase d'argile. •• Ainsi, Éliézer portant sur le dos tortueux des chameaux, les richesses d'Abraham, est encore une figure des apôtres qui sentent le poids et les inclinations dépravées de la chair; et c'est avec cette chair infirme et rebelle qu'ils portent les dons de Dieu et annoncent les vérités célestes \
3° Éliézer arrivé près de la ville de Nachor s'arrête près de la fontaine et songe au moyen de trouver l'épouse que Dieu destinait à Isaac. De même , les vrais apôtres , les vrais ministres de l'Église , fidèles à l'avertissement que leur donne
' Ipsi quoque predicatores sancli, quamvisjam ad superiora intelligenda atque proferenda intellectu et vita micaot ; adhue tamen in semetipsis carnis conlradictionem sentiunt. Nara vident aliam legem in membris suis rcpugnanteni legi mentis suœ (Rom., 7). Habent ihesaurum islum in vasis ficlililms (2, Cor., 12). Qui ergo per carnem cœleslia loquuntur, et tamen adhuc incarne contradictionem de vitio sentiunt, quid aliud, quam super tortuosa caraelofnra dorsa divitias ferunt?
Jésus-Christ dans son Evangile.de ne point jeter les pierres précieuses des grâces célestes devant les animaux immondes , ne se dirigent point en aveugles, n'admettent point sans distinction au baptême ou à la réconciliation les indignes et les obstinés, afin de ne conférer la grâce qu'aux vrais pénitents et aux âmes disposées à la recevoir V
4° Eliézer s'arrête près du puits dans l'attitude1 d'un homme qui n'a d'autre intention que de prendre du repos ; mais il voulait observer le maintien des jeunes filles parmi lesquelles il devait faire son choix; il voulait juger de leurs qualités intérieures sans laisser soupçonner son dessein. Cependant malgré tous ses soins, pour ne point se tromper et n'être point trompé, il croit n'avoir rien fait si Dieu ne vient à son secours. Il recourt donc à la prière et n'attend point de sa propre sagesse , mais de la miséricorde de Dieu , l'heureux succès de sa mission. Ainsi agissent les vrais prédicateurs de l'Eglise ; ils prennent tous les moyens pour ne point errer , ils se munissent des connais sauces et des vertus nécessaires pour assurer le
'■ Servusad fonlem délibérai. Sic A-posloli non projecerunt mai gantas aille porcos ; nec obstinatos aul indignos baplisarunt, aui rcconciliarunt ; sed pœnitentes, elapte dispositos(il Lapid-
succès de leur saint ministère , ayant toujours présent cet avertissement de Jésus-Christ : « Quand vous aurez fait toutes ces choses , dites encore : nous sommes des serviteurs inutiles ' . * Ainsi , ils recourent à la prière qui doit toujours précéder la prédication, afin de la rendre fructueuse ; et ils n'attendent point la conversion des âmes de leur éloquence ni de leur savoir, mais de la grâce et du secours de Dieu 2.
5° Le signe auquel Eliézer se propose de connaître l'épouse destinée à Isaac, et auquel il la reconnaît en effet , est principalement la charité qu' elle exercera envers lui. C'est au même signe que Jésus- Christ veut qu'on reconnaisse ceux qui seront dignes d'être chrétiens : aussi, dit-il à ses apôtres, et, en leur personne, à tous les prédicateurs de l'Évangile : » Que ceux qui les recevront avec charité le recevront lui-même et en lui son Père céleste qui l'a envoyé 5. * Et afin de montrer plus clairement que Rebecca donnant à boire à Éliézer est l'image de ceux qui recevront et traiteront avec charité les
1 Cum feceritis haec omnia dicite : Servi inutiles sumus {Luc ,17).
2 Servus Abraha? antequam rem aggredialur, orat. Sic Apostoli, praedicalio enim sine oralione pra?via nullum fruclum facil (A Lap.)-
' Qui recipit vos, me recipil : rs qui mo recîpit, redpîl eum qui nir nii-ii Matth. 10 .
ministres de L'Évangile, Jésus-Christ promet avec serment une récompense à celui qui donnera à boire, ne serait-ce qu'un verre d'eau fraîche, à un de ses disciples , en sa qualité de disciple ! .
6° Et peut-on songer à Éliézer assis près du puits, demandant à boire à Rebecca2, sans se rappeler Jésus-Christ, assis près du puits de Jacob, demandant à boire à la Samaritaine 3? Et de même qu'Eliézer n'avait point en vue l'eau de Rebecca, mais bien Rebecca elle-même , voulant en faire l'épouse d'Isaac; de même , Jésus-Christ ne désirait point l'eau de la Samaritaine, mais son âme pour la convertir, la purifier, la sanctifier et en faire son épouse. Ainsi , Eliézer et Jésus-Christ demandant un léger rafraîchissement , Éliézer à Rebecca et Jésus-Christ à la Samaritaine , offrent chacun à ces heureuses femmes des richesses inappréciables qu'elles étaient bien éloignées de désirer \ 0 précieuse soif du salut de nos pauvres âmes ! Soif, dit saint Grégoire, qui provenait dans le fils de Dieu , de la grandeur de sa miséricorde et
1 Quicumque polum dederit uni ex mioimis islis, vas aqtne frîgidœ tantum, in îiomini discipuli, amen tlico vobis, non perdel raerec- (\cms\iam(Matth , 10).
- Pauxillum aquae da mini ut hibam.
1 Mulier da mitai bibere [Joan>, •"> ■ o si scires donum Dei <Joa» . 5
22 I du feu de son amour; soif dont sod cœur fut constamment brûlé dans le courant de sa vie mortelle, et qui le consumait dans les angoisses de la mort, comme il le déclara sur l'arbre de la croix '. Et Jésus-Christ ayant communiqué ces sentiments à ses vrais disciples . nous a montré en eux les vrais Eliézers. demandant à boire; car, selon saint Grégoire . le serviteur d'Abraham dans cette circonstance est la figure de tout prédicateur chrétien qui a soif du salut des âmes de ses auditeurs" : la vraie soif des apôtres de Jésus-Christ est en eux le désir du salut des hommes, ditCornelius-à-Lapide3. 7° Dans le choix que devait faire Ehézer parmi les filles qui devaient venir puiser de l'eau, il ne se propose point de s'adresser à la plus noble , à la plus riche , à la plus gracieuse, à la plus belle, mais à la plus humble , à la plus charitable, à la plus laborieuse, à la plus chaste. Ainsi les vrais envoyée de Jésus-Christ, ne recherchent point de préférence les riches . les nobles , les grands du monde dont, a dit saint Paul , qu'il s'en trouverait peu pour embrasser l'Evangile 4 ; mais ils trouvent l'objet de
• Sîtio; sitb baecest deardoredHeclionis! 3 Polum vero petiit: quia omuis praedicaior auimam sui auditoris util.
Jsi;: • ira est dcsiderium saluik hominum.
■. rnulti polentes-
leur prédilection dans lésâmes ignobles selon le monde ' ; dans les âmes disposées à entendre la doctrine évangélique avec humilité, à la recevoir avec docilité, à la pratiquer avec zèle, à se signaler dans l'exercice de la charité, à se maintenir dans la pureté : c'était ces âmes détachées de la chair et du monde , ces vierges d'esprit , sinon de corps , que saint Paul s'empressait de donner pour épouses à Jésus-Christ , seul époux digne de les posséder 2. Consolons-nous donc, nous qui sommes pauvres, ignorés, méprisés et persécutés! Un esprit docile , un cœur fidèle , voilà nos richesses, nos gloires et nos titres à la préférence des ministres de l'Evangile qui nous conduiront et nous présenteront avec confiance à Jésus-Christ, pour nous élever au rang de ses épouses privilégiées.
8° Éliézer ayant trouvé dans Rebecca toutes les qualités que devait réunir l'épouse d'Isaac, lui orna les oreilles de pendants précieux et les bras de riches bracelets. Le serviteur d'Abraham , dit ^aint Paul , a admirablement figuré en cela les vrais apôtres qui trouvant les âmes bien disposées à faire
Sed fgnobilia et contemptibilia niundi elegit Deus(l, Cor., r. Despondi eniin vos uni viro virginem castam exhibcrc Christo Cor-, H).
partie de l'Eglise , à devenir épouses de Jésus- Christ , leur ornent les oreilles en leur communiquant les enseignements de la Foi par l'organe de l'ouïe \ et les mains en leur remettant la règle d'une sainte conduite '. Et pour rendre encore cette figure plus juste et plus appropriée, la sainte Écriture fait observer que les pendants d'oreilles pesaient deux sicles et les bracelets dix, parce qu'en effet , la Foi du chrétien se réduit à deux principaux mystères , et ses œuvres à l'accomplissement des dix commandements : croire un seul Dieu en trois personnes , l'incarnation et la mort du Sauveur; pratiquer les dix commandements, voilà la Foi et la vie chrétiennes3. Ainsi, dire comme les hérétiques, que la Foi seule en Jésus-Christ suffit pour nous sauver et que les œuvres sont inutiles , c'est vouloir orner seulement les oreilles du chrétien et laisser nus ses bras. Et en disant, comme les déistes et les indifférents dont notre siècle abonde , qu'il suffit pour être sauvé de ne faire tort à personne, d'être honnête homme ; qu'il est indifférent
1 Fides ex auditu.
2 Servus dal sponsae ornamenta aurium et manuura. Apostoli ornant Ecclcsiara, ut habeat aures ornalas per Qdem, manos per bona opéra.
' Armillse sont siclorum de cm, quio recta operatk) ox deealogi operatîone complelor (Greg.).
de croire ou non à tel ou tel dogme , c'est prétendre embellir les bras et laisser les oreilles sans ornements. Déjà depuis quatre mille ans la conduite d'Éliézer a répondu à ces théories délirantes, et les apôtres, fidèles à l'ordre qu'ils avaient reçu d'imposer en même temps et l'obligation de croire et celle de pratiquer ', n'ont point omis d'enseigner à l'Eglise, ni l'Eglise de nous enseigner qu'une seule des choses ne suffit point sans l'autre , « mais que la justice vit de la Foi et que la Foi sans les œuvres, est une foi morte 2. «
9° Que Dieu me garde , dit Éliézer , de toucher à la moindre chose de votre festin avant de vous avoir exposé ce que j'ai à vous dire et assuré le succès de ma mission. Comme ces paroles nous rappellent bien le divin Sauveur convertissant la Samaritaine et pressé par ses apôtres de prendre quelque nourriture 3. » J'ai, leur répondit-il, une autre nourriture que vous ne connaissez point4.» Et cette nourriture est de faire la volonté de mon Père
1 Qui crediderit salvuseril (Marc , 1G). Docentes servare omnia iMatlh-, 38).
2 jusius meus ex fide vivil (Rom., 1). rides sine opérions morlua est (Jac, 1).
'■ Rabbi manduca {Joan., 5).
' Ego alîum cibiini liabec- manducare quem vos nescilis V
céle>te , d'accomplir avant tout son œuvre, la conversion des âmes '.
Formés à cette école, les apôtres et les vrais prédicateurs de Jésus-Christ, préfèrent les intérêts de Dieu à tout, et ne s'abaissent point, dit -aint Grégoire à recevoir rien de temporel , si avant tout ils n'ont assuré les intérêts éternels des âmes, et ils refusent le moindre rafraîchissement de ceux qui ne commencent point par leur offrir une réfection spirituelle dans l'espérance de leur conversion 2.
0 vertu! O désintéressement des apôtres, combien vous nous êtes chers ! Vous avez choisi nos contrées pour y planter la religion de Jésus-Christ! Envoyés par Jésus-Christ, ils ne pensaient qu'à Jésus-Christ. De même quEliézer ne cherche point une épouse pour lui-même , ainsi les Apôtres n'ont enduré tant de fatigues que pour gagner les âmes au fils de Dieu 5; car, comme dit saint Paul , au nom de tous les apôtres: » Je me
1 Meus cibus est ut faciam voluntatem Palrismei,utperficiamopus ejus-
3 Puer noluil comedere ; quia praediealores sancti percipere nolunt lemporalia, nisi prius oblinenl aeterna. Si enim in animabus fruclum n m inveniunl, stipendia corporibus conlemnunt.
•Serras non <-\\A adducit sponsaœ, sed Domino. Sic et Paulus A Lapid. .
suis fait le serviteur de tous , je me suis tait tout à tous pour les sauver tous, et tout ce que je fais, c'est pour l'Évangile de Jésus-Christ '. » Leur nourriture , leur soutien , leur vie était de procurer la gloire de Jésus-Christ 2.«0 mes enfants1 disait encore saint Paul aux premiers chrétiens, enfants que ma prédication et mon amour ont engendré à Jésus-Christ, je ne cesserai point mes travaux tant que Jésus-Christ ne naîtra et ne vivra en vous \ Quel désintéressement enfin , quel oubli des secours temporels! En se montrant plus empressés de conserver le royaume de César que de reconnaître le fils de Dieu , les ministres de la synagogue, comme l'observe saint Augustin , perdirent le royaume spirituel , sans conserver le royaume temporel 4. Les apôtres, au contraire , méprisant les avantages du siècle , pour répandre la connaissance et le règne de Jésus-Christ, ne manquèrent de rien et laissèrent même à leurs successeurs un royaume temporel en
1 Omnium me servum feci... omnibus omnia factus sum, ut omnes lacérera salvos. Omnia faeio propter Fvangelium(l, Cor., 9).
J Mini enimvivcre Cîirislusest (Philip., 1).
5 Filioli mei , quos iterum parturio . donec in vobis efformetur Clirislus (Gaîat , 4).
' Temporalia perdere limueruni, et vit an* œternâm non cogitaverunt ; at sic utrumque amiserunt [Tract. 4<», fa Joan.).
établissant à Rome le siège du royaume spirituel . Il eurent toujours présent cet oracle de Jésus- 1 Christ, qui a été et sera toujours la règle et la devise? des vrais apôtres et des vrais ecclésiastiques 3 » Cherchez d'abord le royaume de Dieu pour vous' et pour les autres , et ne craignez point que le tem-, porel vous manque, il vous sera donné par surcroit ' . »
1 0° Éliézer commence son discours en disant : - Je suis le serviteur d'Abraham ». Ainsi Eliézei quoique éloigné de son maître, non-seulement démontre à son égard le plus grand respect, mais i semble qu'il regarde comme un titre de gloire ei d'honneur la qualité de serviteur d'Abraham , car> dans tous ses discours, comme dans sa prière , il £ sans cesse dans la bouche ces expressions : •• Mors maître Abraham , le fils de mon maître ». Et dans les apôtres aussi quelle humilité ! Car, dans toutes, leurs prédications ils ne prennent d'autres titres! que celui de serviteurs de Jésus-Christ. Servi» Jésus-Christ dans le sublime ministère des âmes! est pour eux plus glorieux que de commander i l'univers. Saint Paul en particulier commence ses
2 Quoerile primum regnum Dei et justitiam ejus, et hxc omnia adl iicieutur vubis (Matih.. <;)•
Jpîtres par ces paroles : « Paul, serviteur de Jésus-Christ»; et non content de mettre sa gloire ses complaisances dans son titre de serviteur, il prend celui d'esclave, de prisonnier de Jésus- Christ '.Et en réalité, quoi de plus sublime, de plus glorieux , de plus cher , de plus doux pour un chrétien que de pouvoir dire : Je suis le serviteur de Jésus-Christ ; le fils de Dieu est mon seul et vrai maître , je ne dépends que de lui , je n'appartiens qu'à lui , son service fait dès maintenant ma gloire et me conduit à régner un jour avec lui2.
11° Éliézerne mêle à ses paroles aucun artifice pour obtenir Rebecca et persuader à sa famille qu'elle n'a qu'à gagner en passant de sa maison dans celle d'Abraham; il parle avec une admirable simplicité des qualités et des richesses de son maître , de la mission dont il est chargé et de tout ce qu'il a fait pour la remplir.
De même , pour attirer les Gentils et leur persuader que loin de perdre, ils ont tout à gagner à échanger le culte de leurs honteuses idoles avecla Religion sainte de Jésus-Christ, les apôtres,
1 Ego Paulus vinclus Christi (Eph., 5). J Servira Doo regnare esl !
comme le déclare expressément saint Paul, n'ont point recours aux charmes de l'éloquence ni à l'érudition profanes1 ; mais prenant le langage de la simple vérité , ils annoncent les dessein > de Dieu, l'esprit de sa religion, la force de sa grâce , et les trésors de sa bonté 2. Et de même qu'Éliézer appuie sa mission en faisant de riches présents à Rebecca et à toute sa famille , de même les apôtres se montrent les envoyés de Dieu en faisant les miracles qu'il a plû à Dieu, d'opérer par leur ministère afin de donner de l'autorité à leur prédication et d'en confirmer la vérité \
12° Éliézer était venu de loin chercher l'épouse, et après tant de fatigues , de soins et de prières . l'avait enfin trouvée telle qu'elle convenait au fils d'Abraham. Voyez cependant quelle indifférence dans ce serviteur lorsqu'il est sur le point de conclure une affaire d'une importance aussi grave et qui faisait l'objet de tous ses désirs. Mon devoir, dit-il à la famille de Rebecca , est de cher-
1 Non in persuasibflibus humance sapientiœ verbis.
3 Sed in ostensione spirilus et virlutis (1, Cor-, 2). ad diviliu bonitalis [Ro7n-, 2).
5 illi amena praedicaverunt ubique, Domino coopérante, et serrao nem confirmante sequentibus stgnis 'Marc-. !<; .
cher une épouse pour Isaac dans votre maison , comme étant, par les liens du sang, la plus rapprochée de celle d'Abraham. Si vous voulez me donner votre fille, dites-le moi, si vous avez résolu autre chose, faites-le moi connaître et je chercherai et je trouverai dans ce pays l'épouse que vous me refusez. Cette franchise et cette indifférence n'ont rien d'étonnant dans l'envoyé d'Abraham , choisi pour être le modèle et la figure des envoyés de Dieu et de la liberté entière , que les apôtres ont laissée à leurs auditeurs, d'embrasser le christianisme malgré leur ardent désir du salut des hommes et les fatigues qu'ils endurèrent pour l'opérer en eux. Ils savaient, ces envoyés de Dieu, que Jésus-Christ voulait des épouses gagnées par l'amour et non des esclaves conduits à ses pieds par la violence ; ils savaient qu'il n'avait admis à sa suite que des compagnons volontaires et que malgré sa tendresse pour les premiers disciples que le Père éternel lui avait choisis, pour coopérateur dans son ministère , il s'était montré toujours disposé à les laisser s'éloigner de lui, pour peu qu'ils eussent trouvé de répugnance à le sui- \ re; ils savaient enfin que l'Evangile se persuade etne se commande point. Comme ÊKézer à la fa
mille de Rebecca , les apôtres dirent aux Juifs de Jérusalem : » Xous avons dû commencer par vou^ notre prédication , parce que vous êtes le peuple choisi et que le Messie est né de vous selon la chair ; mais puisque vous le rejetez et vous rendez indignes de participer à la vie éternelle, nous allons porter ce bienfait aux Gentils ' . Non , Jésus- Chri>t ne manquera jamais d'épouses: les Eliézers lui trouveront toujours des âmes généreuses qui s'estimeront trop fortunées de lui appartenir à ce glorieux titre. Si une ville le rejette , une autre l'accueillera; si une nation refuse la lumière de l'Évangile et le royaume de Dieu , cette lumière et ce royaume, selon la terrible menace de Jésus- Christ , lui seront ôtés et donnés à un autre peuple plus docile '. Ainsi, l'Evangile fait le tour du monde pour recueillir les élus : malheur à la nation qui n'accueillera point Eliézer, qui fermera les veux à la lumière de la vérité ! Une fois repoussée , cette lumière disparaît pour jamais et laisse plongées ces malheureuses nations dans les ténèbres
1 Vobis opporlcbat primum loqui verbum Dei : sed quoniam rcpcllitis illud, et indignos vos judiealis vilse aelernae; ccce convertimur ad goules {Ad., 15).
* Auferetur a vobis regnura r>ci;ei dabilui geoti facienti fructus ejus(l/rtffc., -2i
zoo
de l'esprit, la corruption du cœur et la barbarie do la société.
13° Quoique Eliézer n'eût désigné pour le suivre que la seule Rebecca , il semble cependant inviter toute sa famille , en lui faisant apprécier le bonheur de vivre en la compagnie d'Isaac dans la maison d'Abraham. Cependant la seule Rebecca suivit Eliézer , et quelques-unes seulement de ses filles se résolurent à l'accompagner ; et ni son père ni ses frères n'en eurent pas même la pensée. Admirable figure des divers effets de la prédication évangélique, effets que le divin Sauveur nous décrit dans sa parabole de la Semence ' . Le grain que le père de famille fit semer dans son champ était tout de même qualité, c'était un grain choisi, bien rempli et plein de vie ; cependant selon la qualité et la disposition des terres du père de famille , nous voyons cette semence choisie, ou foulée aux pieds par les passants , ou enlevée par les oiseaux ; une partie ne prend point racine, une autre, germée à peine, est suffoquée par les épines , et ce n'est que dans une partie du champ qu'elle parvient à une heureuse maturité , et rapporte au centuple. Il en ost de même de la prédication évangélique; elle
' Mallh.. H.
ÏÔ6
porte toujours en elle la force , la vertu divine , de convertir les âmes ! ; mais selon les disposition^ des auditeurs , elle ne produit point toujours le même fruit dans tous. Le même Evangile est souvent prêché à tout un peuple , mais tous ne lui obéissent point , dit saint Paul 2. Les orgueilleux lui résistent, les mondains le dédaignent, semblables aux frères de Rebecca qui n'ont que de la froideur envers Éliézer et que l'Écriture ne nomme pas même. Semblables à Laban , un grand nombre se contentent d'admirer l'Évangile, de le croire vrai et sublime, d'être humains et respectueux envers ses ministres; mais ils reculent devant les sacrifices et les œuvres qu'il leur commande , et charnels comme ils le sont, dit saint Grégoire, ils croupissent dans les œuvres de la chair , et le courage leur manque pour suivre l'Église des élus dans le chemin de la sainteté5 , ils accomplissent en eux. à la lettre, cet oracle de Jésus-Christ: • Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus4. O
1 Lex Domioi immacnlata convertens animas [Psal. 18).
J Non omnes obediunt EvangeHo Rom . lu .
"' Sunt caraales, qui dura spirilualia dona conspiciuul, etsi non isque ad opéra, lamen in animam, usquead suscipieodara fidem. verbura prœdicationis admitluDl; quamquam etectorum Ecclesiam
on " quentes, in carnali operatione remaneant.
' Multî -uni vocal i, pauci veroclecti Malth., 30'
infortunés parents de Rebecca , vous avez négligé de suivre votre fille, votre sœur, dans la maison d'Abraham, vous n'y serez plus appelés! Mais plus malheureux encore ceux qui sont favorisés des divines inspirations et ne s'y rendent point avec empressement. Jésus-Christ nous appelle le premier, mais il n'appelle point toujours : empressons-nous donc de nous rendre à ses premières invitations et craignons de n'être plus appelés.
14° Malgré l'indifférence des frères et de la mère de Rebecca , Eliézer ne les fait pas moins participer à ses libéralités. Ainsi en agissent les vrais ministres de l'Evangile envers ceux qui s'obstinent à lui résister, qui refusent de pratiquer sa morale. Animés d'un zèle et d'une charité sans bornes , ils se fatiguent , ils prient pour eux , l'Eglise elle-même tient la même conduite à l'égard de la Synagogue , véritable mère de Rebecca. Remarquons cependant que Rebecca a une plus grande part à la générosité d'Eliézer , suite de la généreuse hospitalité qu'elle a exercée envers lui, et de sa promptitude aie suivre dans un pays étranger pour s'unir à un époux qu'elle ne connaissait point. Outre les bracelets et les pendants d'oreilles, elle reçoit de riches vêtements et des vases précieux :
Éliézer la traite en fille d'Abraham, en épouse d'Isaac. Ces dons précieux que cette heureuse vierge reçoit au moment où elle consent à se donner î Isaac, nous font connaître, dit Cornelius-à-Lapide , les trésors de l'Esprit saint, trésors infiniment plus précieux dont les ministres de Jésus-Christ enrichissent l'âme au moment où elle consent à se donner à lui * .
Combien, ajoute saint Grégoire, est plus sublime encore l'état de ces âmes généreuses qui deviennent épouses de Jésus-Christ, non-seulement par leur Foi, mais encore par leur charité, en embrassant, avec les préceptes, les conseils évangéliques, ne s arrêtant point à la bonté, mais visant à la perfection ! Les âmes privilégiées ont pour trésors, non-seulement la Foi des principaux mystères de la Religion et l'usage des œuvres indispensables de la Foi avec la robe nuptiale de la charité , mais encore le vêtement des plus sublimes vertus, la participation fréquente aux sacrements , vases précieux qui produisent et augmentent la grâce. Elles possèdent sur la perfection évangélique , les connaissances les plus éten-
1 Yirgini in conjugium conseniienti majora mimera dat- Sic cl lidefibus majora Spiiïtus Sancli dona subministraniur.
dues qui enrichissent et ornent de plus en plu* leurs âmes , pour en faire les délices de leur époux céleste, pour les faire croître en sainteté et en grâce !.
15° Éliézer se voyant en possession de Rebecca ne peut contenir son allégresse; ce serviteur fidèle et affectionné ne cesse de se réjouir des avantages de ses maîtres , comme s'ils eussent été les siens propres ; nous le voyons dans ce joyeux empressement jusqu'à ce qu'il pût partager à son retour la satisfaction qu'éprouvèrent Abraham et Isaac, l'un en recevant pour enfant et l'autre pour épouse, une vierge si belle et si vertueuse. Et considérant comme accordé à lui-même le bienfait dont Dieu venait de favoriser son maître , il le remercie en son nom et au sien : « Béni soit, dit-il , le Seigneur Dieu de mon maître 2. Qui ne reconnaît dans ces paroles sublimes, ces autres de saint Paul : « Béni soit Dieu et le père de Notre -Seigneur Jésus- Christ 5. » Mais de quoi saint Paul bénit-il le Seigneur? La ressemblance des termes nous indique
1 Vasa aurea et vestes Rebecca? dedit ; quia doctores S. Ecclesia.1 lot ornamenla prasbent, quotvirtutum doua docuerunt; et Ecclesia, quœ antea per fidem, obedientiam et opéra lionem percepit, eliam ad spiritualia dona convalescit-
-' Benedictus Dominus Dons domini mei-
5 Benedictus bous cl pater pomini noslri Jcsu Chrisli (2, Cor*, i
une identité de motifs dans les bénédictions du serviteur d'Abraham et de celui de Jésus-Christ. Les sentiments d'Éliézer nous montrent les sentiments des apôtres de Jésus-Christ qui remercient le Seigner de leurs succès , qui sont au comble de la joie d'avoir converti un grand nombre dames, d'avoir fondé l'Église, de lavoir donnée pour épouse à Jésus-Christ. Ils ne sont pas seulement les serviteurs, mais les amis de l'époux divin ; ils sont ces amis dont l'Évangile fait dire à Jean-Baptiste et parmi lesquels il se place lui - même , ces amis sincères, affectionnés, désintéressés, généreux, qui éprouventla même joie de trouver l'époux commun que si cet époux était pour eux seuls; et comme si Dieu en bénissant leurs travaux, en leur accordant la gloire d'unir tant d'âmes à Jésus-Christ , leur eût accordé une grâce , un bienfait personnel ; comme si la gloire, l'honneur, les conquêtes de Jésus-Christ, eussent été leur propre gloire , leur honneur , leurs conquêtes , ils en font leur force , leur consolation, dans leurs persécutions et leurs peines ' .
1 BenedictusDeus et Paier Domini nostri Jesu Chrisli ; Pater misevicordiarura, qui consolatur nus in omni tribulatione Dostra. Sive iribulamor pro vestra exhortation»' et sainte; sive eoe.solamur pro veslra co solaiione(2, Cor., i
16° Est-il rien enfin de plus admirable et &e plus héroïque que ce parfait oubli de lui-même dont Eliézer nous donne l'exemple dans toutes les circonstances de sa mystérieuse mission \ Pour parvenir à ses fins, il avait eu à supporter les ennuis d'un long et pénible voyage, il avait employé tous les soins que commande la prudence et une profonde connaissance du cœur humain, afin de faire un choix conforme aux instructions d'Abraham et digne de son fils Isaac. En demandant l'épouse, il avait usé de la délicatesse et de la prévoyance requises ; sa prudence et son zèle avaient su triompher de toutes les difficultés et de toutes les répugnances. Si l'idée de l'entreprise est d'Abraham seul , c'est à Eliézer seul qu'il faut rapporter l'honneur de son exécution et de son heureuse fin. Mais le verrons-nous pour cela s'en attribuer la moindre gloire ! Non , il rapporte tout à la miséricorde de Dieu , à l'assistance de son ange , au mérite , à la foi , aux prières d'Abraham. Aux yeux de ce serviteur vraiment humble et fidèle , tous ont contribué au succès de cet heureux événement , excepté lui seul qui l'a si admirablement conduit à sa fin. Il rend gloire à tous, il fait mention de tous, il n'oublie que lui-même, et pour rendre sa
reconnaissance envers Dieu plus solennelle , plus respectueuse et plus édifiante , il se prosterne , il adore et bénit la majesté de Dieu en présence de Rebecca et de toute sa famille. Il hâte son retour ; il remet saine et sauve à Isaac l'épouse qu'il lui a choisie ; il lui rend compte de son voyage dans le plus grand détail; sa mission evt remplie et là finit Eliézer , l'Écriture n'en parle plus. 0 homme vraiment admirable ! 0 vertu digne de l'Evangile! Et en réalité , elle appartient à l'Evangile , car Dieu l'a inspirée pour figurer le désintéressement, l'humilité , l'oubli parfait d'eux-mêmes dont les apôtres et les dispensateurs fidèles de l'Évangile devaient un jour donner l'exemple! Et, en effet, combien de voyages n'ont-ils point entrepris, que de fatitigues endurées, que de sang versé pour la cause de la Foi ! Calomnies , persécutions , tourments , ils ont tout souffert pour planter la croix dans nos contrées , pour gagner nos pères et nous-mêmes à Jésus-Christ : ô âmes vraiment grandes , sublimes et généreuses! Les voyons-nous se louer jamais pour tant de conversions et de conquêtes? Voyez saint Pierre mettant tout Jérusalem dans l'admiration en guérissant par un miracle le boiteux de la porte du temple ; loin de se complaire dans cette
admiration, cette grande âme s'en afflige, craignant d'ôter à Dieu la moindre partie de sa gloire. Et «adressant avec une espèce d'impatience à la foule; qui l'environnait: « Pourquoi, dit-il, porter vos regards sur nous comme si nous étions pour quelque chose dans le miracle qui fait l'objet de votre étonnement ; ce que vous voyez sous vos yeux est entièrement l'œuvre de Dieu, nous sommes étrangers à cette merveille. C'est Dieu qui a voulu opérer ce prodige pour vous faire connaître la force du nom de Jésus , et glorifier son divin fils1.»
Entendons saint Paul , devenu l'objet de l'admiration du monde par les prodiges de son zèle , par la gloire de ses entreprises et de ses conquêtes. Offensé , pour ainsi dire , et contristé de cette admiration importune : » Ne vous y trompez point, s'écrie-t-il , ce n'est point moi qui opère ces œuvres qui font l'objet de votre admiration , je ne suis qu'infirmité , faiblesse et misère , je ne suis qu'un néant, tout ce que vous voyez est l'effet de la grâce et de la puissance de Dieu qui agit en moi 2 Planter et arroser ne sont rien . c'est la force fé
1 ACt.,3-
1 Xon ego, sed gratia Dei mecum (l, Cor., 15).
fondatrice qui assure le fruit. Ainsi , nous qui distribuons la semence de la parole sainte , qui l'arrosons de nos sueurs, nous ne sommes rien; c'est Dieu qui est tout , lui seul la fait germer et mûrir et les fruits qu'on en recueille sont son œuvre '.« Ainsi , s'écrie encore ailleurs le même apôtre : • Au roi des siècles immortel et invisible , à Dieu seul appartient tout honneur, toute gloire dans letemps et dans l'éternité 2. »
0 saints apôtres , si nous avons le bonheur de connaître et de professer la vraie Foi, c'est à Dieu sans doute que nous devons en rendre gloire ; c'est lui qui dans sa miséricorde vous a choisi , vous a envoyés pour nous tirer du paganisme dans la personne de nos pères, pour nous conduire à l'Église. C'est ainsi qu'Eliézer fut choisi pour tirer Rebecca de la maison de Nachoret la conduire dans celle d'Abraham. Si nous devons bénir Dieu de vous avoir chargé d'une mission si importante et si précieuse pour nous, nous ne devons point vous oublier, vous qui avez rempli cette mission avec un zèle si ardent et un amour si tendre ! O âmes
1 xcque qui plantât, nequc qui rigat est aliquid, <cx\ qui incremenlum dat Deus (1, Cor.. 3
' r.egi ssculoram immortali et invisibili. soli Deo honoret glorin in saecula sxculorura ,1. TU. i
sublimes, c'est par vos fatigue>, vos sueurs et votre sang que vous avez conquis le inonde à Jésus-Christ. Semblables à Rebecca, qui n'oublia point Éliézer , nous aurons toujours présent le souvenir bien cher de nos bienfaiteurs , de nos amis, de nos pères dans la Foi! O hommes de Dieu , après Dieu vous serez à jamais l'objet de nos louanges et de notre amour !
RRBECCA.
'. Xîil. — Conduite de Rebecca envers Éliézer et fsaac, figure de la conduite de l'Eglise et de toute cime fidèle envers Jésus-Christ.
La conduite de Rebecca, non moins mystérieuse que celle d'Eliézer, devient pour nous une source de lumière et d'édification; car si Éliézer est le parfait modèle des apôtres de Jésus-Christ, nous voyons dépeints dans Rebecca de la manière la plus expressive , les mœurs, le caractère , l'esprit de l'Eglise et de l'âme vraiment fidèle ' .
1° Éliézer va chercher l'épouse d'Isaacdans la Mésopotamie , mot qui signifie pays entre deux fleuves ; admirable figure , s'écrie saint Anabroise '
'Rebecca oslendil mores Ecclesiae, <•! animae fideJis '.( Lapid.)
car, la vraie Église se trouve au milieu de deux fleuves , formés des eaux du baptême et des larmes de la pénitence; ainsi toute âme qui aspire avec l'Eglise à la noble qualité d'épouse de Jésus-Christ non-seulement doit recevoir la grâce du baptême , mais encore pleurer ses fautes f . Aussi l'Église insiste-t-elle d'une manière aussi pressante et aussi solennelle sur la nécessité de la pénitence que sur celle du baptême ; c'est de la même bouche divine que nous tenons ces deux avertissements : » Si l'homme ne renaît par l'esprit et par l'eau, il ne peut entrer dans le royaume des cieux 2 ; et si vous ne faites pénitence , vous périrez tous 3. »
Et le divin Sauveur qui a prononcé en quelque sorte la réprobation des heureux du siècle 4 , a promis une éternelle consolation à ceux qui consument leur vie dans la douleur et la tristesse de la pénitence 3.
2° Rebecca sort de la ville pour aller puiser l'eau
' Ubi invenitur Ecclesia nisi in Mesopolamia? Ibi duobus slipatur fluminibus : lavacro gratiae et flelu pœnitentiae. Etenimnisi peccata defleveris, nisi graliam baplismi acceperis, non libi acquiritur Ecclesiae ûdes De lsaac).
2 Joan., 5.
1 Luc-, 13.
' Vae vobis qui ridetis nunc (lac, 6). Ronii qui lugent, quoninm ip^i coAsolabuntur [Matth., '<'
qui se trouve seulement hors de la ville. En cela , elle représente les Gentils qui , pour trouver l'eau que l'Écriture appelle eau de la vrai sagesse et du salut éternel, doivent sortir delà ville, c'est-à-dire du cercle de leurs superstitions profanes, de l'enseignement des impostures, des erreurs et des fables pour recourir à la lumière de l'Eglise universelle qui est sur le boisseau , qui est publique et accessible à tous. Remarquons que Rebecca ne trouve point la félicité près d'un puits quelconque , mais au puits près duquel l'attendait Éliézer exténué de fatigues. Il en est de même de la Samaritaine ; elle ne trouve point à un puits quelconque l'eau mystérieuse de la grâce , qui devient dans son cœur une source jaillissante pour la vie éternelle ; mais c'est au puits de Jacob près duquel l'attendait Jésus-Christ fatigué, et si bien représenté dans Éliézer. Ou , pour parler sans figures , les vrais enseignements chrétiens ne se trouvent point dans toute communion qui se dit chrétienne , mais dans celle où se trouve Jésus-Christ, dans celle qui est sous la tutelle et la dépendance du vrai Éliézer, de l'apôtre saint Pierre et de ses successeurs , en un mot, dans l'Église catholique, car, dans celle-là seule se trouve Pierre, et avec Pierre
Jésus-Christ qui a dit à son apôtre : -Je serai avec vous jusqu'à la consommation des siècles \»
Cette Eglise est la source à laquelle Jésus-Christ invite tous ceux qui ont la vraie soif, le vrai désir de la science et de la grâce de Dieu. «Que celui qui a soif, nous dit-il , vienne à moi et qu'il se désaltère ' . » Le Sauveur remplit ainsi à la lettre la prophétie dTsaïe, qui avait annoncé que le Messie in viterait à une source d'eau vive tous ceux qui auraient soif5. Et quiconque cherchera cette source la trouvera 4 , parce que la vraie religion, la vraie Foi , comme la grâce de Dieu , seront toujours accordées à une prière sincère et ardente. Ainsi bienheureux, dit Jésus-Christ, ceux qui ont faim et soif de la vérité, de la grâce, de la justice , parce qu'ils seront rassasiés ".
3° Rebecca s'empressa de donner à boire à Éliézer. Or, comme nous avons remarqué, la soif d'Éliézer nous figure dans ses apôtres et les ministres de l'Évangile leur désir de la conversion des
1 Ecce ego vobiscum sum usque ad consummalioncm s&culi
Uatth., 28).
' Siquis sititveniat ad me, et bibal (Joan., ' ■ 1 Omnes sitieutes venito nd aquas [Isa
oui quaerit invenil (Hallh., 7 • Reaii qui esuriunt el sitiunl justitiam, quoiùara ipsi salurabun- \latth . :•
âmes : dé même Rebecca s'cmpressant de donner à boire à Éliézer est , dit saint Grégoire, L'image de l'Église et de toute âme fidèle , se rendant docile à la prédication de l'Évangile et satisfaisant aux désirs de ses prédicateurs, parce qu'en confessant Jésus-Christ qui est annoncé parleur ministère , c'est satisfaire leur zèle en leur offrant la boisson la plus délicieuse et la plus propre à réparer leurs forces \ Il y a même un mystère, dit un interprète, dans cette circonstance remarquée par l'Écriture : » Rebecca descend son vaisseau de son épaule sur ses bras. » Nous voyons par là, que la profession delà Foi, pour être agréable à Dieu et à ses ministres, doit être accompagnée de bonnes œuvres ; car le vase d'eau sur les bras, nous figure la doctrine évangélique dans la pratique
4° Rebecca ne donne pas seulement à boire à ÉJiézer, mais encore à ses chameaux et à toutes les personnes de sa suite; ainsi l'âme fidèle se montre docile, non-seulement à Pierre , dans .la
' Potum Rebecca obtulil ; quia Ecclesia praedicalorum suorum desiderio satisfecit, ex virtule suai fldei. Quia enim Deum quèin audivit confessa est, i>r«dicalori suo aquam refectionis obtulil, ejusqueaoimam refrigeravit.
■ Hydriam ab numéro in ulnas posuit, quia nia est placila cdrifessio quae a bono opère procedit. Hydria aquœ est doclrina prœdicalio uis in 0|>ere.
personne de ses successeurs , les souverains pontifes , mais encore aux compagnons de Pierre , aux évêques , à leurs représentants et à tous les prêres qui ont reçu la mission de convertir les âmes et de les diriger.
5* Comme nous avons remarqué, les chameaux portant les objets précieux de la maison d'Abraham , nous figurent les corps des saints apôtres et des ministres de Jésus-Christ chargés des trésors célestes dont ils doivent disposer en faveur des âmes. Ainsi, Rebecca étendant ses soins jusqu'aux chameaux, est l'image des fidèles qui rassasient les âmes des prédicateurs en se montrant dociles à leur parole, et exercent envers eux la charité en leur donnant la nourriture du corps dont parle Jésus-Christ, en leur disant : " Mangez ce qui vous sera offert ' . »
6° Rebecca donne à boire àÉliézer, à ses serviteurs et à ses chameaux; elle conduit dans sa maison le maître, les serviteurs et jusqu'à leurs bêtes de somme. « Il y a, dit-elle, tout ce qu'il faut pour les chameaux et bien du lieu pour demeurer.» Rebecca est par là , dit saint Grégoire , la figure de l'Eglise , recevant dans son cœur la prédica-
1 Manducate quœ apponuntur vobis (Matth-, 10).
tion évangélique , sans excepter , comme font les hérétiques, les dogmes les plus abstraits, et comme les débauchés, les lois les plus austères et les plus saintes; elle est en cela l'image de l'âme fidèle ouvrant son cœur au prédicateur évangélique en recevant la doctrine céleste avec toute l'extension de la charité \ C'est dans ce sens que saint Paul disait aux Corinthiens : - Comme mon cœur s'est ouvert pour vous accueillir, ainsi est-il juste que vous me rendiez amour pour amour, comme de tendres enfants, et que vos cœurs se dilatent dans mes enseignements *. »
7° Rebecca donne du foin et de la paille aux chameaux d'Éliézer, ce qui signifie, dit le même docteur , que l'Eglise recevant des prédicateurs évangéliques les paroles delà vie éternelle, leur procure les moyens nécessaires pour subsister 3. Et avant saint Grégoire , saint Paul avait donné la même interprétation lorsqu'il nous dit : » Il est écrit dans la loi de Moïse , vous ne lierez point la bouche au bœuf qui triture le grain. » Or, cette loi n'a pas
1 Doctori euim spatiosus ad manendum locus est in auditoris corde latitudo bonilaiis.
2 Ad vos cor nostrum dilatatura est; eamdem autem habentes remunerationem, tanquam liliis dico, dilalaminiel vos (-2, Cor., 6).
5 S. Ecelesia verba vil a* au» liens, lerrena stipendia praedicatoribus reddidil.
été portée en faveur des brute? . mais bien des prédicateurs évangéliques; car quoi de plus juste que celui qui laboure la terre se nourrisse de son fruit. Ainsi, est-il rien d'étonnant que ceux qui consacrent leur vie à répandre la semence spirituelle de la parole de Dieu , reçoivent quelque chose de temporel pour leur subsistance? Et comme dans l'ancienne loi. ceux qui servaient à l'autel participaient aux dons de l'autel , ainsi' le Seigneur a ordonne que ceux qui prêchent l'Évangile vécussent de l'Évangile \
8° L'élection de Rebecca commence par un acte profond d'humilité. Quoique de condition libre, et quoique distinguée par sa naissance , elle ne rougit point de se dire la servante du serviteur d'Abraham 2 ; et comme aurait fait la dernière de ses filles, elle ne se borne point à lui donner à boire, elle rend le même office à tous ses serviteurs et à ses chameaux. Aussi l'esprit d'humilité est-il la première disposition que la grâce de
' Scriptum est in lego Moysi : Non alligabis os bovi iriluranti < Deut., 23 . Kumquid de Bobos cura est Deo? au propter nos utique hoc dicii ? Kam pr { Ler dos scripla sunl : qoonîam débet in spe, qui arat, arare. NcscHgs quoDîana qui aliari deserriont eum altari parlîcipaul ? li i el dojginus ordînavit iis, qui EvangeKum annuntiant, de Evaogelio vivere I ' ' ■
la Foi et de la sainteté exige dans une âme. La Religion et la vraie sainteté, dit saint Augustin , sont fondées sur cette vertu , ainsi plus ses fondements seront profonds , plus l'édifice sera stable et pourra s'élever. Et remarquonsbien, dit le vénérable Bède, que dans cette vertu consiste un des principaux caractères de la véritable Église ; car sa naissance n'est-elle pas l'humilité même? Elle prend pour temple une étable et choisit pour premiers fidèle les pasteurs et les Mages ; les uns, humbles par leur condition et les autres plus humbles encore par leurs vertus.
Ainsi, née dans l'humilité , son divin fondateur veut qu'elle croisse par la vertu d'humilité , il veut par cette vertu la mettre en possession des récompenses éternelles qu'il a promises \
9° Rebecca ne montre pas seulement une grande humilité d'esprit, mais encore une tendresse et une sensibilité de cœur bien remarquables ; elle ne regarde ni à la fatigue ni au temps qu'il lui faudra pour donner à boire au maître, aux serviteurs, et aux chameaux. 0 âme précieuse! 0 cœur généreux de la générosité des saints! Car, dit saint Jean
' Quia Ecclesiam, quantalibet numerositate jam dilatatam, humililate vult crescere ; et ad proinissa sibi pra?mia humililate pervenii r In 1-3 Luc]
EH
Chrysostôme , c'est le propre des saints d'être si doux, si tendre, si affectueux, qu'ils étendent leur bienveillance et leur charité jusques aux brutes '.Et de même que la profonde humilité de Rebecca avait fixé l'attention d'Éliézer , sa grande charité acheva de la faire connaître et la désigna comme l'épouse destinée à Isaac. Ainsi, selon l'oracle de Jésus-Christ, c'est la charité en action qui fait connaître et distingue la vraie Église et l'âme véritablement chrétienne et fidèle 2. Aussi l'apôtre saint Paul, formé à l'école du Divin maître , recommandait-il aux premiers chrétiens, pour les distinguer des Gentils , de se servir, de s'honorer mutuellement, de s'aimer comme des fine res 5. Et en effet , le caractère distinctif du chrétien consiste dans la charité qui dans son héroïsme comprend amis et ennemis 4 , et dans son étendue embrasse non-seulement les justes qui sont le^ vrais sages figurés dans Eliézer , mais encore les pécheurs qui sont de vrais insensés et par là si
• Sanciorum anima? vehemenier mite? sunt; ut rnansuetudinem suam etiam ad bruta animalia extendant In 15, Rom.),
2 Io hoc eoguoscent homines quia discipuli mei eritis, si dilectionem habueritîs ad imïeem Joan., 15 .
T Honore invicem praevenieutes ; cliaritato fralernilatis nvicein diligentes {Rom., 1-2 .
Bcnefacile his qui oderuiil sos Mat!
bien représentés par les chameaux l. La charité enfin, embrassant l'âme et le corps pourvoit aux besoins spirituels et corporels 2.
10° Cependant nous voyons Laban égaler sa sœur en générosité et en charité : comme elle , il s'empresse de recevoir Éliézer et toute sa suite , . et pourvoit de la manière la plus officieuse aux besoins des hommes et des animaux: mais n'ayant point suivi Rebecca dans la maison d'Abraham, sa charité ne lui servit point. Il demeura étranger à la famille de ce grand patriarche et surtout aux bénédictions, aux promesses de la vraie religion, privilèges de la seule maison d'Abraham. Bien plus , il devint idolâtre , avare , dur , intraitable et cruel ; car c'est ce même Laban qui trompa Jacob en lui donnant Lia pour épouse , au lieu de Rachel qui lui était promise , exigeant de lui quatorze années de service, pour prix de ses deux filles. Il usa de tant de fraudes envers son gendre que sans une protection spéciale du ciel , il aurait été réduit à la plus extrême misère ; et enfin plus fanatique idolâtre que son père , il poursuivit Jacob dans sa fuite , non-seulement pour lui ravir ses épouses ,
1 Sapientibus et insipienlibus debitor sum.
3 Quodcumque ex minimis meis fecistis, mihi fecislis (Mallh. 25).
23fi
mais encore pour récupérer les idoles que Rachel lui avait enlevées. Cette conduite de Laban nous figure bien le peu de consistance, le peu de durée, le triste avantage de la charité pratiquées hors de l'Eglise, vraie maison d'Abraham; elle nous donne une image de la décadence progressive de la Foi chrétienne chez les malheureux peuples qui se séparent de l'unité catholique ; car si pour un temps ils conservent encore quelques principes de Foi , ils finissent par tomber dans cette désolante incrédulité dont les nations séparées de l'Eglise depuis trois siècles, nous donnent un si déplorable exemple ; car que leur reste-t-il des dogmes chrétiens? Tous les jours nous entendons leurs docteurs nier hautement la divinité de Jésus-Christ , dogme fondamental du christianisme.
11° Rebecca interrogée si elle veut partir à l'instant avec Éliézer, répond sans hésiter qu'elle y est déterminée. Elle n'éprouve aucune répugnance d'abandonner sa maison , ses parents, ses frères , pour se confier à un étranger sans avoir personne de sa famille pour l'accompagner dans un si long voyage. Elle a une confiance entière et parfaite dans les paroles et la bonne foi d'Éliézer; elle ne craint point d'être trompée ; elle est sûre de trou-
i er avec un tel guide l'époux qui lui est annoncé et promis. Est-il une figure plus frappante du courage et de la promptitude des Mages qui, à l'annonce faite par l'étoile de la naissance du Messie, n'hésitent point un instant à abandonner leur famille, à entreprendre, dans la saison la plus rigoureuse, un long et pénible voyage pour aller trouver l'époux de leurs âmes ' . Figure encore bien remarquable de la docilité des Gentils dont nous sommes les enfants ; car à peine les apôtres, hommes étrangers, pauvres, ignorants, persécutés, leur parlèrent-ils de Jésus-Christ , de sa grandeur, de sa miséricorde, de son amour; à peine leur firent-ils entendre ces paroles du prophète David, décrivant le ministère apostolique des siècles avant son apparition : Omatendre fille, prêtez une oreille attentive à mes paroles et méditez-les bien ; abandonnez le paganisme qui vous a enfantée, oubliez cette maison et ce peuple d'erreur et de vices, et venez avec moi , je vous promets pour époux le roi de Gloire qui fera ses délices de votre beauté ; et le Dieu que l'univers adore *era votre Seigneur et votre Dieu " ; à peine dis-je lés apôtres eurent-ils fait
' Vidinras sléUara fj,iusei venimus adorait- eum.
: Audi fi!i;i et vide, el inclina aurem luam, el obUviscere populutn
à nos pères cette invitation qui commandait d'immenses sacrifices, qu'ils les virent abandonner lea idoles , les superstitions, les erreurs, les vices passés en nature pour embrasser, sur leurs paroles et sans hésiter, la Religion, la Foi de Jésus- Christ1.
Rebecca monte un chameau pour aller trouver son époux. Le chameau , dit saint Grégoire , nous indique ici le peuple gentil défiguré par la dépravation de ses mœurs, et opprimé sous le poids de l'idolâtrie; culte onéreux et barbare, culte que luimême, en inventant tous ces dieux honteux, toutes ces odieuses superstitions, s'était imposé, comme le chameau qui plie le dos, les genoux à terre, pour recevoir sa charge2. Ainsi, Rebecca montée sur un chameau nous figure l'Église, qui de la gentilité vint à Jésus-Christ avec les habitudes
luura et douius patris tui, etcoocupiscet rexdecorem tuum quoniam ipse est DomiDus Deus tuus, et adorabunteuni (Psal. 44).
1 Populus Judaeorum, qui eral ad cœnam primas vocatus, non luit dignus venire. Congregatio aulem Genlilium, siraul ut arcessiri sevidit, accurrit [Ambr. de lsaac<.
2 Per caraelum tortus moribus atque onustus idolorum cullibus Gentilium populus desigualur. Qui ex seraelipsis sibi invenere deos quos colerent ; a semelipsis eis onus in dorso excrevcral quod portarent. Ad suscipienda onera sponte se camelus humiliât [Mot.. 55. 11
vicieuses, les idées dépravées et les folles passions de sa vie passée \
13° Rebecca croit bien voir son époux dans le jeune homme qu'elle voit venir à sa rencontre ; cependant pour s'en assurer, elle interroge Eliézer. Ainsi, l'Église comme l'âme pieuse et fidèle, se défie de ses lumières et de son propre jugement dans ses doutes en matière de Religion , aussi a-t-elle recours aux ministres de Jésus-Christ pour l'éclairer et la diriger ; et tous les jours dit saint Grégoire , elle veut tenir de ses prophètes et de ses apôtres, tout ce qu'elle doit croire de Jésus-Christ son Rédempteur ; et ainsi la Foi est toujours vraie et sûre 2.
14° Aussitôtque Rebecca apprend d'Eliézer que celui qu'elle voit venir est véritablement Isaac, elle ajoute foi sans hésiter à la parole du serviteur ; elle descend de sa monture et s'incline pour saluer son époux.
Or, parle chameau, dit saint Grégoire , l'Ecriture entend souvent l'orgueil qui produisait dans
1 Rebecca ad Isaac veniens dorso cameli deducilur. Ad chrislum Kcclesia ex gentilitale properans, in lorlis viliosisque xhx \cteris ronversationibus invenilur.
2 Quia quotidie S. Ecclesia adhuc Propliciarum et Aposloloruin dicta, quid de Redemptore suo credere débet, intelligit.
l'âme du païen une enflure, une excroissance comparable à la bosse du chameau \ Rebecca mettant pied à terre et se prosternant devant Isaac, nous figure en premier lieu les Mages qui, sur la foi de l'étoile fixée sur la grotte de Bethléem, descendent de la hauteur de leur orgueil, et prosternés à terre, adorent dans l'enfant couché dans la crèche , le Messie , le Sauveur et l'époux de leurs âmes2. En second lieu, Rebecca est l'image de nos pères, qui sur la parole des apôtres abandonnent leurs vices, et de la hauteur de leur orgueil descendent aux pratiques de la plus profonde humilité2.
5° Enfin Rebecca se prosternant devant son époux, se voile le visage par respect et par pudeur. Ainsi, dit saint Grégoire, l'âme qui se donne pour la première fois à Jésus-Christ, ou qui revient à lui après s'en être éloignée , se trouve d'autant plus confuse des égarements de sa vie passée qu'ellp est plus intimement pénétrée de
' Cameli noniine in sacro eloquio aliquando Geniilium soperbia exprimitur : quasi excrescente desuper tumore lortuosa Mural., 35, 11).
3 Procidenles adoraverunt eum.
3 Viro Isaac descendit : quia Domino coguito, vitia sua Geniili(;i desernit. et ab elalione celsilutidinis imu kumitilatis petiit.
la grandeur des mystères de Jésus-Christ ; parce qu'à la lumière de sa foi , elle découvre l'horreur et la difformité de ses péchés , sujet bien légitime de confusion. C'est dans ce sens que saint Paul disait aux Romains de la primitive Eglise : « Quel fruit avez-vous retiré des égarements de votre vie passée dont vous rougissez maintenant à si juste titre * . » O honte précieuse de la pénitence! vous êtes le plus bel ornement de l'âme fidèle qui se donne à Jésus-Christ; c'est par vous qu'elle pénètre dans le sanctuaire du céleste amour ; car telle est- la condition de l'âme fidèle, qu'elle captive d'autant mieux les regards et la tendresse de son divin époux, que son humilité est plus profonde.