‹ Les beautes de la foiChapitre 7 sur 33 · ISAAC · texte numérisé non relu

ISAAC

$ XIV. Isaac dans la campagne, figure de Jésus -Christ dans le monde. Amour de .Jésus-Christ pour son Église figuré dans l'amour d' Isaac pour Rebecca. Bonheur de Vdme qui vit dans l'union avec Jèsusrhrist.

Examinons Isaac, le dernier et le plus cher per-

1 tcclesia quanlo subtilius Salvaloris sui mysleria pénétrât, tanio

sonnage de ce drame divin . parce que c'est en lui que nous voyons figuré, tant de siècles avant l'avènement du Sauveur , tout ce que ce divin époux des âmes a opéré au moment de son union avec l'Église1.

1° Il est dit d'Isaac que, lorsqu'il joignit Rebecca, il était occupé à méditer les grandeurs de Dieu hors de sa maison, au milieu des champs, au moment où le soleil était sur son déclin.

Toutes ces circonstances, comme mystérieuses et prophétiques, sont remarquées par la sainte Écriture. Car, dans cet Isaac sortant de la maison de son père et allant par les champs, qui ne reconnaît Jésus-Christ qui a dit dans son Évangile : » Le champ est le monde2. » Je suis sorti de mon père et suis venu dans le monde3. L'heure du soir indique le dernier âge du monde, dit Cornelius-à- Lapide K ; et comme dit si bien saint Grégoire : Isaac dans cette circonstance est la figure de Celui

altius de anteacta sua vita confunditur. Unde eidem Ecclesiœ a priore elatioDe conversas per Apostolicam vocem, quasi Rebeccœ de camelo descendenti, sibique pallium superduceuti, dicitur : Quem fructum habuistis iu illis in quibus nunc erubescitis (Rom., S •

1 In Isaac videmus quid Christus fecerit tempore desponsalionis sus .4 Lap. .

ger est mandas Motlh.. 13).

i:\ivi a Pâtre, et veni in înundum (Joan.. 16 ' mima niundi anale 'A Lap. .

qui, sur la fin de cet âge du monde , vint dans le monde comme à la fin d'un jour, parce qu'étant invisible , il se rendit visible à tous sur cette terre ' .

On peut encore dire dans un sens plus précis et plus particulier qu'Isaac dans les champs représente Jésus-Christ né dans une cabane solitaire au milieu des campagnes de Bethléem. Et comme ajoute saint Grégoire, l'expression méditer signifie encore s'exercer. Ainsi, Isaac dans les champs nous représente bien Jésus-Christ sur la terre se livrant aux exercices les plus pénibles et donnant les exemples les plus remarquables de pénitence dans ses humiliations et ses douleurs 2.

2° Il est remarqué, en outre, qu'Isaac suivait le chemin qui conduit au puits de celui qui vit et de celui qui voit quand il rencontra Rebecca. Quel est donc ce puits, source de tant de biens l car c'est près d'un puits que Rebecca reçoit les premières faveurs d'Eliézer et qu'on traite de son mariage ;

1 Isaac designavit eum qui exlremo hujus mundi tempore, velut in diei fine veniens, quasi in agrum foras exivit ; quia cum sit invisibilis, se \isibilem demonslravit (Moral., 43, il).

2 Isaac ad meditandum in agroexiit; quia Redempior noster, per exercitium longanimitatis suae, passioflrris in se et patientise exempta monstravit.

et c'est près d'un puits qu'elle rencontre Isaac et devient son épouse. Ce n'est point seulement dans cette circonstance, dit Origène, que la sainte Écriture fait mention des puits, car il est dit de Jacob et de Moïse qu'ils rencontrèrent près d'un puits, l'un Rachel et l'autre Sephora. Or, ne croyons point, ajoute ce profond interprète, que ce soit par hasard que les patriarches aient conclu leurs alliances près des puits ; car ces alliances figuraient l'union de l'âme fidèle avec le Verbe divin, et cette union ne peut s'opérer qu'au moyen des doctrines contenues dans les livres saints1. Et, plus loin, le même interprète ajoute encore : le puits est la doctrine prophétique des Écritures que l'âme doit recevoir et croire pour devenir épouse de Jésus-Christ2. Et comme nous l'avons remarqué, l'Écriture entend par l'eau la doctrine céleste du salut éternel". Or, cela posé, le puits auquel l'Écriture attache tant d'intérêt dans cette circonstance n'est autre chose, dit

1 Hsec putas sola referri de puteis? At Jacob ad puteum invertit Rachel. Ad puteum Hoyses irrvenit Sephoram. An pulas casu contingere quod patriarchae adpuleos conjugia sorliantur? Désignant baec conjunctionem animse cum YerboDei; liœc autem conjunctio fit per instructionem divinorum librorum.

2 Puteus sermopropheticus est, que m nisi prius susoeperis, oubei e Christo non poteris Orig. in G en*).

'' Aqua sapîentiae salutaris.

saint Grégoire, que 1 Écriture elle-même qui, corn me un puits , contient la science profonde de Dieu qui vit et voit en lui par l'application qu'il nous fait des mystères de ce livre divin : il vit et voit en nous, c'est-à-dire qu'il nous éclaire et nous vivifie ' . Et avant la venue de Jésus-Christ , ce livre mystérieux, selon les paroles de l'Apocalypse, était fermé et scellé ; car personne ne pouvait l'ouvrir pour le lire et bien moins encore pour le comprendre2 ; et ce fut l'agneau divin seul, le Lion de la tribu de Juda qui obtint la gloire de rompre le sceau mystérieux de ce livre, de le donner à lire à tous les peuples après les avoir rachetés de son sang 3. Et, en effet, selon la doctrine de saint Paul, tout l'ancien Testament étant la figure du nouveau , il fallait la réalité pour comprendre la figure , il fallait avoir vu la personne pour reconnaître son image. Et sans sortir du fait que nous exposons , dit saint Grégoire, nous en comprenons le sens en le lisant, parce que les mystères dont il était la figure sont accomplis: mais avant la venue de Jésus-Christ,

1 Puteus viventis et videntis est Sacra Scriptura profundilas quam nobis adiri potionem mentis prabuit Deus-

1 Et nemo polerat aperire librum et solvere signacula ejus.

5 Vieit Léo de tribu Juda aperire librum, et solvere signacula ejus. Quia redemïsti nos. Domine, in sanguine luoex omni tribu et populo el nalione.

le grand mystère figuré dans ce trait de l'Écriture était une énigme pour le Juif '.Ainsi, la voie qui conduit au puits , et dans laquelle nous voyons marcher Isaac, est l'humilité de la passion du fils de Dieu dont la vie a mis au grand jour les mystères figurés dans cette fontaine de l'Ecriture 2.

3° Il est dit d'Isaac qu'il habitait la partie méridionale de la terre de Chanaan, et quil va luimême à la rencontre de son épouse. Or, la sainte- Écriture, par l'Aquilon ou le Septentrion, indique la réprobation ou la punition de Dieu ; et par le Midi, sa miséricorde et son empressement à nous rechercher. Ainsi, Isaac habitant le Midi nous figure Jésus-Christ, tournant vers nous des regards de miséricorde, et apparaissant sous les devises de la clémence et de la bonté 5.

Et, selon la parole de Jésus-Christ, le Fils de l'homme n'est point venu pour juger ni pour punir

1 QucT quia facta coguovirnus, jain non inlelligimus audila. Prias legi poterant, sed intelligi nonvalebant.

2 Via quae ducit ad puteum est humililas passionis unigeniti, pei queni nobis apertum est hoc quod prius latenter Scriptune fluenta loquebantur.

' Isaac habitabat io parte auslrali ; Chrislus convertit se ad auirum mi^ericordire A Lap.

le monde, mais pour l'éclairer et le sauver * ; et selon l'expression de de la Lyre, il n'attend point notre arrivée, il vient au-devant de nous avant que nous n'allions à lui 2.

4° Isaac introduit Rebecca dans la tente de Sara , sa mère ; ainsi , Jésus-Christ substitue l' Église des Gentils à la synagogue , dont il est fils selon la chair, conférant à l'Eglise tous les droits, tous les privilèges de l'ancienne synagogue, et en particulier celui de devenir la dépositaire de ses oracles, de la vraie Foi, du vrai culte, et d'être la mère de tout le peuple chrétien , comme la synagogue l'était du peuple juif.

5° Isaac solennise son mariage avec Rebecca et en fait son épouse et non son esclave. De même. Jésus-Christ accueillant les Mages dans la grotte de Bethléem, et plus tard les âmes des Gentils, formant d'elles le corps de son Eglise, ne les prend point à titre d'esclaves, mais d'épouses et d'amies, comme il le déclare dans son Évangile : « Je ne vous appellerai point mes esclaves, parce que l'esclave n'est point initié aux secrets ni aux

1 Non ut judicet mundum, sed ul salvetur mundus per ipsuni Joan.).

2 Dominus enim prias occurril nobis qunvn oossîbi (In SUGen.).

26* desseins de son maître; mais je vous appellerai mes amies, parce que je vous ai admises à mes confidences les plus intimes, à toute la tendresse de mon amour, et que je vous ai manifesté toutes les vérités, tous les desseins de miséricorde que je tiens de mon Père f . »

6° Selon saint Grégoire, les noms mêmes de ces saints Époux sont mystérieux et prophétiques ; car en langue hébraïque , le mot Isaac signifie le rire, et celui de Rebecca la. patience. Le rire naît de l'allégresse , et la patience se montre dans la tribulation 2. Ainsi, dans cette alliance, c'est le rire qui s'unit à la patience, ce qui nous montre le vrai caractère et la vraie condition, dans ce monde, de l'Église unie à son chef, qui selon saint Paul, est patience et allégresse -patience dans les tribulations que l'Eglise et l'âme fidèle éprouvent constamment en cette vie, et allégresse dans le soutien qu'elles trouvent dans l'amitié de Jésus-Christ, et dans l'espérance de la félicité qui leur est réservée dans l'autre vie 3.

' Jam non dicam vos serves, etc,

' Isaac, risus; Rebecca, patienlia, dicitur- Risus vero ex laniii.t est ; patientia ex tribulatione.

s Isaac ei Rebecca jimgilur ; idest risus et patientia permiscetur: quia lit in saneta Ecclesia hoc quod scriptura est: spegaudentes ; in

7° Isaac, très affligé de la perte de Sara, trouva sa consolation dans son union avec Rebecca, et l'amour qu'il conçut pour elle appaisa la douleur que lui avait causée la mort de sa mère. « 0 ! belle et touchante figure, dit saint Grégoire, des sentiments du cœur amoureux de Jésus-Christ! Lui aussi est accablé de douleur à la vue de la réprobation et de la ruine prochaine de la synagogue ; il verse des larmes sur Jérusalem déicide ' ; mais il se console dans la possession de l'Église que les apôtres lui formeront du peuple gentil; ainsi, Rome lui tient lieu de Jérusalem 2. »

Et pour mieux mettre en évidence le rapport qui existe entre l'union d'Isaac avec Rebecca et celle de Jésus-Christ avec son Église, saint Paul, parlant de l'amour de Jésus-Christ pour son Église, use de l'expression employée par Moïse, au sujet de l'amour d'Isaac pour Rebecca : «Il a aimé l'Église, nous dit-il, et il s'est livré pour elle 5. •< Et expliquant ensuite comment il existe entre Jé-

tribulatione patientes (Rom., 12); ut hanc et prospéra de contenir platione laetificent et adhuc adversa de tribulatione perturbent.

1 Videns civitalem flevit super illam (Luc-, 19).

2 Isaac dolorem, qui ex morte nialris accesserat, lemperavit ; quia ex lucro sanctœ Ecclesne Redemploi* eoster ab ea, quae ex perdillone Synagogae accidere potuit, trislitia decessit

Dôtexil Ecclesiam et tradidit semetipsum pro eu{Eph

sus-Christ et soi] Eglise une véritable union , il conclut en disant que le sacrement de Mariage entre les chrétiens est un grand et ineffable sacrement, parce qu'il représente l'union de Jésus-Christ avec son Église -.

8° Enfin, l'union d'Isaac avec Rebecca fut durable et perpétuelle; car Isaac ne répudia point sa chère Rebecca , et ne prit point d'autre épouse comme il aurait pu le faire ; et Rebecca ne songea point à retourner dans la maison de son père , ni à abandonner son cher Isaac quoiqu'il n'eut point de demeure fixe, étant, comme son père, voyageur parmi des peuples étrangers 2. Rebecca préfère cette vie nomade, en quelque sorte vagabonde, à la vie aisée et stable de la maison de son père. La compagnie dlsaac la dédommage pleinement de tous les sacrifices qu'elle a faits pour le suivre Aurait-elle eu a supporter toutes les privations. Isaac lui aurait tenu lieu de tout ; elle aurait trouvé en lui sa richesse, sa gloire, sa félicité. Belle et touchante image de l'union indissoluble de Jésus-Christ avec son Eafise! Une fois

■ Saciamenlum hoc magnum ps\. ego dico in Christ" cl in Ecde sia Eph.,s).

■' Advena ei peregrinus e

qu'il l'a choisie , qu'il l'a purifiée de son sang, qu'il Ta embellie, enrichie, ornée de ses grâces et de ses privilèges divins, il ne l'abandonnera jamais, comme il l'a solennellement promis : » Je suis avec vous, lui a-t-il dit, jusqu'à la consommation des siècles f. »

O gloire ineffable de l'Eglise romaine, de la vraie Eglise, d'être toujours avec Jésus- Christ , de l'avoir sans cesse à ses côtés , et d'éprouver à tous les instants les merveilleux effets de son amour! 0 malheureux enfants qui l'avez abandonnée! qui croyez et publiez qu'elle est faillible et qu'elle périra; avez-vous jamais songé, dans vos égarements, que le Verbe de Dieu , la vérité par excellence, le principe de vie, est constamment dans l'Eglise et avec l'Église?

Semblable à Rebecca, la vraie Église, comme l'âme fidèle, ne songe point à abandonner son divin Époux, pour retourner aux erreurs et aux vices de ses pères et de ses proches. Elle voit qu'à la suite et en la compagnie de Jésus-Christ, auquel elle est unie par les liens de la divine charité , elle est comme étrangère au milieu d'un monde corrompu et corrupteur ; elle sait que la vie est un continuel

5 Eccc ego vobiscum sum usquc ad consummationem saeculi-

pèlerinage sur une terre, non-seulement étrangère, mais ennemie ; et qu'engagée à vivre détachée de tout , elle n'a rien de stable sur cette terre , comme nous dit saint Paul \ Mais que lui importe cet isolement? la possession, l'amour de son bienaimé , la dédommage de tous les sacrifices que lui impose la vie chrétienne; et dans sa pauvreté, elle s'estime plus heureuse avec Jésus-Christ que de posséder le monde entier séparée de Jésus- Christ; pour elle, Jésus-Christ est tout : sa consolation , sa force , son espérance , sa richesse, sa gloire, sa félicité; et sans Jésus-Christ, le monde entier devient vanité et affliction d; esprit. O vie vraiment céleste et divine de l'âme qui ne cherche, qui ne désire, qui n'aime que Jésus-Christ! Oh ! telle puisse être la vie de ceux qui méditent ces consolantes vérités, et de celui qui les expose d'une manière si imparfaite! C'est en vivant de cette vie , unis à Jésus-Christ dans ce monde, que nous parviendrons à régner avec lui dans l'éternité !

1 Dum sumus in corpore peregrinamur a Domino. Non habemu* hic manentem civitatem. *

FIN PU TOMF. PHF.ïtlER

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