‹ Les beautes de la foiChapitre 8 sur 33 · TROISIÈME LECTURE · texte numérisé non relu

TROISIÈME LECTURE

L'apparition de l'étoile ou la manifestation de la Foi

Les Mages vinrent d'Orient à Jérusalem, et ils demandèrent : Où est le roi des Juifs rjui est nouvellement né, car nous avons vu son étoile et nous sommes venus pour l'a-

INTRODUCTION

§ 1" Importance de ces deux vérités que l'homme est âme et corps, et que Jésus-Christ est Dieu et homme. Comme l'histoire de la création de l'homme démontre les conditions de sa nature, de même l'histoire de la conception et de la naissance de Jésus- Christ nous fait connaître les mystères de sa personne. Sujet de cette lecture.

De même que la vraie philosophie est fondée sur ce dogme naturel que l'homme est âme et

1 Ecce Magi ab Oriente venernnl Jerosolymam, dicentes : Obi est qui natus est rex Judaeorum ? Vidimus enim stellam ejus, et venimus adorare eum (Mat th.).

corps , ainsi la vraie théologie et la vraie religion reposent sur ce dogme surnaturel que Jésus- Christ est vrai Dieu et vrai homme.

Car, si selon les rêveries des Idéalistes, l'homme n'est qu'esprit et son corps qu'un fantôme , qu'une illusion , tous les corps ne sont que des illusions , que des fantômes, et le monde entier qu'un vaste théâtre où les esprits sont le misérable jouet de perpétuelles et invincibles illusions. Ou, si selon les délires des Matérialistes, l'homme n'est qu'une matière organisée , son âme n'est qu'un mot vide de sens, et son intelligence, sa liberté, son immortalité et toutes les vérités de l'ordre intellectuel se réduisent à un jeu de mots. Ainsi, les anciens philosophes, divisés en deux sectes, insultant l'humanité pendant huit siècles, en lui présentant deux erreurs opposées, furent contraints de professer qu'il n'y a rien de certain ni d'incertain ; qu'il n'y a ni vérité ni erreur, ni vice ni vertu , ni droits ni devoirs , ni récompenses ni peines , et par conséquent point de lois divines, point de Providence. Et en effet, la fausse philosophie des temps anciens et modernes , en refusant à l'homme ou la spiritualité de l'âme ou la matérialité du corps, s' est trouvée engagée à nier toutes les vérités

primitives, fondement de l'ordre naturel, et par là est allée s'abîmer dans un honteux et ruineux scepticisme.

De même, si comme l'ont débité les Fantastiques, Jésus-Christ est uniquement Dieu , et son humanité seulement une chose idéale , apparente , fantastique ; sa vie sur la terre , sa mort , sa résurrection , sa doctrine , son Eglise , ne sont non plus que des choses idéales, apparentes et fantastiques. Si au contraire, selon les blasphèmes des Humanitaires, Jésus-Christ n' est qu un homme appelé Dieu , dans un sens métaphorique ; sa mission, son ministère, son enseignement, sa religion , ne sont non plus que des choses humaines. Et ainsi les hérétiques de tous les siècles , divisés en deux sectes contraires , vomissant , comme les deux larrons, le blasphème contre le Fils de Dieu , sont arrivés , par ces deux voies opposées , à nier la Trinité des personnes en Dieu , l'Incarnation du Verbe, la Rédemption de l'homme, et par là le péché originel, la grâce, la gloire éternelle, l'Église, le christianisme enfin. Et en effet, la fausse théologie des temps anciens et modernes , en niant plus ou moins impudemment l'humanité ou la Divinité de Jésus-Christ, s'est trouvée engagée à rejeter

par là même toutes les vérités révélées, bases de la vraie religion, et ainsi est allée se perdre dans le plus monstrueux et le plus abject indifférentisme.

Quelle a été la conduite de Dieu pour confondre d'avance les scandaleuses et ridicules inepties que les philosophes devaient débiter sur la nature de l'homme , et pour démontrer clairement que l'homme est corps et âme tout à la fois ! Il ne s'est pas borné à manifester à Adam cette vérité fondamentale de la science et à en instruire le monde par la voie traditionnelle ; mais il a voulu que cette vérité fût si minutieusement décrite, que pour savoir ce qu'est l'homme, il n'y eût qu'à faire attention à la manière dont il a été formé ; il a voulu que l'histoire de sa création fût une complète démonstration de sa nature.

Nous lisons dans l'Ecriture que le Créateur forma de terre le corps du premier homme ' ; ainsi , le corps humain n'est ni un fantôme ni une illusion , mais une substance . ignoble il est vrai , mais réelle comme la terre.

Il est dit en outre , que le corps étant organisé et achevé dans toutes ses parties. Dieu répandit sur son visage un soufle de vie ou une âme qui le fit

1 Formavit r>eu> hominem delirao terra? Gem., I .

vivre '. Ainsi , lame humaine est d'une substance entièrement différente de celle du corps, et produite par le Créateur dans l'instant même où il l'unit au corps disposé à la recevoir.

Il est à remarquer que ce souffle divin est souffle de vie avant qu'il soit uni au corps qu'il devait animer 2. Ainsi, l'âme humaine a une forme et une existence propre et indépendante du corps auquel elle est unie , et par là survit à la destruction du corps ; elle est immortelle et éternelle, en cela bien différente de l'âme des brutes , qui créée en même temps que le corps , en vertu du même commandement divin , n'a d'autre existence que dans le corps et par le corps dont elle suit la destinée 5.

Il est dit en outre que Dieu fit l'homme à son image et ressemblance 4. Ainsi l'âme de l'homme est d'une nature non-seulement différente de celle des brutes, mais elle est semblable à celle de Dieu; c'est-à-dire que, sans être une partie de Dieu, elle est dans sa petitesse de la nature de Dieu, simple, spirituelle, libre et intelligente.

' Inspiravit in faciem ejus spiraculum vitœ [Ibid-

3 Spiraculum vitae.

: Div. Thom. de Anim.

4 Ad imaginem et similitudînem nostram (Ihid.)-

11 est dit enfin , qu'après que le corps d'Adam eut reçu le souffle de vie , ses yeux , son visage s'animèrent , son cœur palpita , sa bouche sourit à son Créateur ; et cette argile sans couleur et sans vie se couvrit d'un teint de chair et se mit en mouvement ; et de l'union de ces deux substances résulta un seul sujet, une seule personne, l'homme vivant1. Ainsi, l'âme humaine est le principe de l'existence , du mouvement , de la vie du corps; comme dit le concile de Vienne : l'âme intellective est la forme substantielle du corps humain 2. Telle est la vraie doctrine , la vraie profession de foi sur la nature de l'homme , d'après ce qu'il a plu à Dieu de nous révéler clairement; et par là sont convaincus de témérité et de folie les faux sages qui osent opposer au témoignage divin les délires de la raison humaine , prétendant mieux connaître l'homme que celui qui lui a donné l'existence.

De même , pour confondre d'avance les erreurs que les faux chrétiens et les hérétiques devaient avancer sur Jésus- Christ; et pour montrer clairement qu'il est vrai Dieu et vrai homme , Dieu ne

' Lt f.jctus est homo in animam viventem !Div. Thom-, de Amm -'■■. ' Anima iatettecliva est forma sabstantiatie eorperie Mnafii

s'est point borné à manifester aux apôtres cette vérité fondamentale de la vraie religion, à la transmettre à l'Eglise par voie de tradition; mais il a voulu qu'elle fut exposée dans l'Évangile avec tant de détails, afin que pour savoir ce qu'est Jésus Christ, il n'y eût .qu'à considérer le mode de sa ve nue en ce monde ; il a voulu que l'histoire de sa conception et de sa naissance fût une démonstration des mystères de sa personne.

Et en effet, cette divine histoire nous apprend que le Fils du Très-Haut a été réellement conçu de Marie ! ; qu'il est né d'elle comme son vrai fils, après avoir passé dans son sein le même temps que les autres hommes passent dans le sein de leurs mères 2 ; que sa mère l'enveloppa de langes et le mit dans une crèche pour le garantir du froid et de la fraîcheur de la nuit 3. Ainsi , Jésus-Christ est vrai homme, d'une nature réelle et possible comme la nôtre, en un mot vrai Fils de l'homme.

Il est dit qu'il fut conçu sans l'œuvre de l'homme 4, par la vertu de l' Esprit-Saint, qui forma son

' Ecceconcipic^... lilius Allissimi vocabitur (Luc-. •!,• ■ Impleti surit dies ut parerel. Peperil filium suum (Luc.,?). ' Kt panais eum involvii, et reiiinavit eum in praesepio [Lue., - 1 Vira» non cornoseo.

corps du sang très pur de Marie ' ; qu'il devait en devenant homme demeurer toujours saint et Fils de Dieu 2 ; il est dit que dès le sein très pur de Marie , il se fit connaître et annoncer par son précurseur Jean-Baptiste, qui n'était point encore né , et qui dès-lors , selon l'expression de saint Luc, annonça par un tressaillement prophétique que celui qui était présent était l'agneau de Dieu 3. Xous lisons aussi dans l'Écriture, qu'aussitôt après sa naissance , dans la pauvreté même de sa grotte, il se fit annoncer, environner et louer par les anges comme étant leur roi et leur Seigneur 4 : et l'évangéhste le nomme le Verbe fait chair qui de toute éternité était en Dieu, étant Dieu lui-même *. Ainsi Jésus-Christ est Dieu et n'a point commencé d'être Dieu à son incarnation , mais il est Dieu éternel comme son père ; Dieu qui ne s'est point fait chair par nécessité, mais qui est devenu vrai homme en se revêtant de l'humanité sans aucune altération de son existence comme Dieu.

1 Spiritus Sanctus superveniet in te... Quod iu ea natum est, de Spiritu Sanclo est {Luc, 2).

'Quod nasceturex le sanctum, vocabitur Filius Dei (Lmc.,2). 5 Exuliavit infans in utero ejus {Luc-, 2).

4 Facta est raultiludo militiœ cœleslis {Luc, 2).

5 In principio erat Verbum, et Verburn erat apud Deum, et Deui erat Verbum. . . et Verbum rare faclum est [Joan., 1).

Il est dit enfin que cet homme Dieu, fils de Dieu et fils de l'homme, est un Roi éternel \ qui sera nommé Jésus ou Sauveur , parce qu'il sauvera son peuple du péché2. Ainsi Jésus-Christ est nonseulement vrai homme et vrai Dieu , mais encore vrai Roi, vrai Messie, vrai Sauveur et Rédempteur de l'homme. Telle est, touchant la personne adorable de Jésus-Christ, la vraie doctrine, la vraie profession de foi montrée et révélée clairement dans l'histoire de son incarnation et de sa naissance. Ainsi sont convaincus d'insolence sacrilège les faux chrétiens qui osent opposer le délire de leur raison à ce divin témoignage, prétendant mieux connaître le mystère de l'Incarnation que Celui qui l'a opéré.

Telle est la Foi que reçurent et professèrent les Mages qui déclarent solennellement à Jérusalem que le nouveau-né qu'ils cherchent, non-seulement est un homme qu'ils veulent connaître, mais encore un Dieu qu'ils veulent adorer; qu'il est le Roi et le Messie dont ils attendent le salut 3.

Remarquons que c'est par le moyen de l'étoile

1 Regnabit in œternum, et regni ejus non erit finis (Luc, 2). "Vocabis nomen ejus Jesum; ipse enim salvum faciet populum uum a peccalis eorum (Matth. , l).

1 l'bi est, qui natus est, rex Juda?orum. .. Venimus adorare.

que les Mages ont été gratinés de l'insigne faveur de connaître Jésus-Christ , de croire en lui , de l'honorer comme Dieu et homme, et sauveur de l'homme \ L'étoile a été pour eux en quelque sorte leur Evangile , leur apôtre qui leur a révélé et prêché Jésus-Christ , c'est-à-dire qui a été pour eux la grande manifestation de la vraie Foi fondée sur la vraie connaissance de Jésus-Christ. L'objet de cette lecture est de nous faire connaître comment l'étoile a rempli cette grande et importante mission. Car de même que dans la précédente, nous avons vu que l'étoile en appelant les Mages a été la figure, le gage , le principe de notre vocation à la Foi ; de même dans celle-ci nous verrons que cette même étoile, en instruisant les Mages, a été aussi la figure^ le gage et le principe de notre instruction sur les grandes vérités de la Foi ; et que la divine bonté a opéré ce prodige , non moins pour notre avantage, notre consolation et notre soutien, que pour l'honneur et la gloire de Jésus-Christ.

1 vidimus siellam ejus, et ventants.

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