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CONSTRUCTIONS EN FER

Si Tarchitecture est, plus encore que tout autre ouvrage de Tesprit, l'expression des sociétés^ il est clair qu'une civilisation nouvelle s'annonce et que les générations futures composeront un monde nouveau. Quel sera ce monde?

On peut le prévoir vaguement, sans qu'il soit aisé de le définir. Mais ce n'est pas pour rien que l'architecture est entrée dans l'âge de fer, et ce n'est point le hasard qui lui a donné à résoudre ce problème : couvrir des espaces immenses où des multitudes innombrables, où des peuples entiers puissent se réunir, à l'abri des intempéries de Tair, sans que ces espaces soient encombrés de colonnes ou de piliers, sans que la place

d'un seul homme lui soit disputée par un point d'appui.

Quand je jette un coup d'œil rétrospectif sur l'architecture et que je remonte jusqu'aux Égyp- 'tiens, une chose me frappe, c'est que le troupeau humain a marché, depuis soixante siècles, lentement, insensiblement vers la liberté, avec des intermittences d'immobilité^ des haltes, des temps d'arrêt; qu'il a tendu constamment à s'affranchir, et qu'au fur et à mesure de son affranchissement graduel, les édifices à l'usage du peuple se sont agrandis, par Famincissement des supports, autant et plus que par l'élargissement des proportions.

Les temples de l'antique Egypte, à en juger par celui de Denderah, qui fut bâti du temps de Cléopâtre, sur les plus anciens modèles, n'étaient pas éclairés par la lumière des cieux. Les prêtres seuls y pénétraient, et le Pharaon luimême n'y pouvait entrer qu'après des cérémonies de purification et de consécration. Quant au peuple, il était tenu en dehors. Peut-être élait-il admis, aux jours de fête, dans le vaste péribole que les Grecs appelaient téménos ; mais il ne dépassait jamais le seuil du temple, où

tout était plongé dans une obscurité solennelle, quand les flambeaux n'étaient pas allumés. Les pylônes avaienf une épaisseur formidable ; les colonnes étaient colossales, et quelques-unes le sont tellement que cent hommes pourraient se tenir debout sur le chapiteau. Or les entre-colonnements n'étaient guère plus larges que le diamètre de ces prodigieuses colonnes; mais il restait encore assez de place, entre ces énormes supports, pour les prêtres, pour le roi, sa famille et ses officiers, pour les jeunes filles qui exécutaient les danses sacrées au son des flûtes et des cymbales, enfin pour les envoyés du pays de Ghanaan ou de la Mésopotamie, que le Pharaon recevait en pompe.

En Grèce, les temples construits par les Grecs sont petits^ et tous ceux d'Athènes, y compris le plus grand de tous, le Parthénon, n'étaient pas Taits évidemment pour recevoir la foule, dont la moindre partie les eût encombrés. Les portiques du temple sont étroits et il y a, comme dit Vitruve, de l'âpreté dans les entre-colonnements^ asperitas. A Rome, les proportions des monuments publics furent agrandies ; on y fit, pour le peuple, des amphithéâtres, des thermes,

des basiliques, des hippodromes, des temples périptères, ayant quelquefois des ailes doubles en largeur, autour desquels les oisifs pouvaient se promener^ et où les passants, en cas de pluie soudaine, trouvaient un abri. Au moyen âge, c'est encore pour le peuple qu'on bâtit ces grandes cathédrales qui doivent être pour lui, comme l'a si bien dit M. VioUet-le-Duc, un forum sacré. L'architecte euf à couvrir la plus vaste surface possible avec le moins possible de matériaux, et en faisant porter l'édifice sur les points d'appui les plus légers. Mais il n'en fut plus de même à partir de la Renaissance, lorsqu'on renonça au style de l'architecture ogivale pour se rattacher aux formes grecques et romaines, ou plutôt aux formes romaines que l'on prenait pour des formes grecques, malgré les altérations qu'elles avaient subies en passant d'Athènes à Rome.

De nos jours, ra\ènement de la démocratie conduit les architectes à se faire ingénieurs et à chercher dans les constructions en fer la solution du problème qui consiste à réunir sous un abri commun des multitudes sans nombre. Au

4M>mmencement, le métal ne fut employé qu'à

remplacer le bois dans les charpentes, comme il Favait été, en 181 i, lorsqu'il fut question de reconstruire la coupole de la Halle aux blés, de Paris, qui avait été formée d'arcs en bois, par le fameux Roubo, selon le système de Philibert Delorme, et qui fut dévorée par les flammes en 1802. Sous la Restauration, des combles et des planchers en fer furent introduits dans la construction du palais de la Bourse, et Ton refit en métal les charpentes de quelques théâtres incendiés.

Bientôt, cependant, le fer changea de rôle et, de matière supportée, il devint support. Henri Labrouste^ lorsqu'il éleva, en 1845, la Bibliothèque Sainte-Geneviève, fit un emploi remarquable de la fonte de fer, et ce furent des colonnes en fonte qui portèrent un plancher cintré, dont les arcs principaux sont des poutres de fer, devenues d|une solidité inébranlable par le fait même de leur courbure. Dix ans plus tard, l'église Saint-Eugène fut construite, à Paris, par M. Boileau, qui, pour reproduire les formes décoratives du style gothique, divisa l'église en nefs par des colonnettes en fonte, du haut desquelles s'élancent, dans tous les sens, des

arcs en fer, faisant à la fois fonction d'arcs et de fermes, et supportant, à leur partie inférieure, les panneaux des voûtes, et, à leur partie supérieure, le plancher de la couverture.

Mais, pour couvrjr de vastes halles, pour dresser les immenses galeries que demande une Exposition universelle, il restait à faire deux progrès : d'abord à éviter les toitures de verre, telles qu'elles existent, par exemple, sur le Palais de l'Industrie, aux Champs-Elysées, ensuite à supprimer tous les points d'appui intérieurs pour ne laisser que du vide à la circulation d'une grande foule. C'est ce qu'a réalisé au Champ de Mars, sous la direction générale de M. Krantz, l'architecte du palais, M. Hardy> assisté de MM. Duval et de Dion, dans ce qu'on appelle la Galerie d'Iéna, et dans les galeries des machines.

Au centre de la Galerie d'Iéna s'élève un dôme assez semblable à celui de Sainte-Sophie de Constantinople, en ce qu'il est flanqué de voûtes en demi-coupoles, ou si l'on veut, de coupoles absidales, qui sont là, du reste, non pour contre-buter un dôme qui n'a pas besoin de contreforts, mais pour la satisfaction du

coup d'œil. Elles ne font pas, en effet, roffice d'accotement, elles figurent là pour raccorder les formes. Aux deux extrémités de la galerie dont nous parlons, se dressent deux coupoles, plus élevées que le dôme central, et qui représentent une demi-sphère, coupée verticalement sur quatre faces, et, comme toute section de la sphère par un plan est un cercle, les sections de la demi-sphère forment au-dessous de la calotte quatre surfaces cintrées. Ces surfaces^ restées vides, ont été remplies par des vitrages dont une partie est en verres de couleur, et qui rappellent, dans le temple de l'industrie, Fidée et la lumière d'une église.

Une disposition analogue ayant été adoptée pour le dôme central, il en résulte que les trois pavillons ne reçoivent le jour que par des fenêtrages verticaux, et qu'ainsi on a supprimé les vitrages ménagés dans les couvertures, dont l'inconvénient est aujourd'hui bien reconnu. 11 est reconnu, cet inconvénient^ depuis vingt ans et plus, depuis surtout que le Palais de l'Industrie, aux Champs-Elysées, a été couvert d'une voûte en verre par ceux qui voulaient avoir, à Paris comme à Londres, un Palais de Cristal, et

qui, pour rivaliser avec les architectes du «S'ydenham Palace^ ont construit cet informe bâtiment qui sert aujourd'hui, fautç d'un local mieux approprie, à l'exposition des sculptures et des légumesy des tableaux et des volailles, des bestiaux et des gravures.

Dans une serre de jardin, la couverture en fer et en verre a sa raison <l'êtrc. Le fer y remplace avantageusement le bois, qui était promptement détérioré par les alternatives de soleil et de pluie, et le verre y concentre les rayons du soleil ; il forme cloche pour les plantes délicates. Mais dans un édifice destiné à des expositions, et qui, étant vaste, doit avoir une hauteur proportionnelle à sa largeur, la couverture vitrée est on ne peut plus malencontreuse, et nous en avons fait nous-mème l'expérience, plus d'une fois, lorsque nous avons eu à organiser le Salon annuel, au palais des Champs-Elysées. A tout instant, lesinfiltrationsd'eaudepluieetles suintements dus à la condensation de la buée faisaient couler ou égoutter Teau sur nos tètes. Souvent, des vitres brisées par le vent tombaient en pièces sur les spectateurs, sur les ouvriers, et il va sans dire qu'il n'est pas facile de

remettre des carreaux, à une pareille hauteur, sur une toiture convexe dont le châssis en fer encadre nécessairement des panneaux plus larges que ceux d'une serre de jardin.

De plus, le jour aveuglant que versent les couvertures vitrées est si peu favorable à Texposition d'un objet d'art, qu'il faut une quantité prodigieuse de toiles.et de faux plafonds en pans coupés, en abat-jour, pour tamiser, tempérer la lumière, et pour en corriger la mauvaise direction en rendant obliques les rayons qui tombent perpendiculaires. Le tapissier devient ainsi le :ollaborateur indispensable de l'architecte, et Ton sait combien sa collaboration est coûteuse ! Quant aux sculptures exposées dans le jardin, frappées de ce jour funeste, enveloppées de reflets, elles ne se modèlent plus ; elles reçoivent un clair là où l'artiste prévoyait une ombre, et elles n'offrent plus au regard que des formes aplaties, sans accent, parce que le relief n'en est soutenu par aucune vigueur. Enfin, dans la saison d'été, les toitures vitrées produisent une chaleur insupportable qui dispose tous les cerveaux à la congestion.

Ces graves inconvénients ont disparu au pa-

lais de fer du Champ de Mars, au moins dans la Galerie dléna et dans la Galerie des machines, et c'est là une amélioration notable. Malheureusement, cette fois encore, les galeries intérieures de l'Exposition et les salles destinées à l'exhibition des tableaux reçoivent le jour par les Titrages de la couverture, de sorte que les beaux-arts, même avec le secours inévitable du tapissier, n'auront pas eu un jour plus favorable au Cbamp de Mars qu'ils ne l'ont aux Cbamps- Élysées.

Le second progrès accompli dans les constructions en fer, à l'Exposition universelle, consiste en ceci : que les points d'appui intermédiaires ont été complètement supprimés, de manière que la multitude des visiteurs pût circuler librement sans se heurter à aucune colonnette de fonte, à aucun pilier. II fallait, pour cela, des poutres cintrées, capables de franchir une grande distance, des poutres en fer, à treillis, composées d'une suite de trapèzes, en partie curvilignes, traversés par des diagonales qui en rendent la déformation impossible. Ce système, établissant par des rivets la solidarité de toutes les pièces de l'ensemble, est ce que

les ingénieurs appellent le contre-yentement. De même que, dans la charpenterie, les liens obliques ont pour effet de résister au roulement de la ferme, au va-et-vient, c'est-à-dire à toute force qui agirait en sens transversal, de même la ferronnerie architectoniquê emploie les croix de Saint-André, insérées et rivées dans chacun des compartiments de la poutre, afin d'empêcher le ballottement de l'ensemble sous l'effort d'un vent violent, d'une trombe^ et aussi afin de résister à la déformation que pourrait produire un tassement imprévu.

Au Champ de Mars, le treillis des poutres a été recouvert de panneaux en tôle qui ont bour ché le jour, de façon que la lumière n'entre dans la Galerie d*léna que par des vitrages verticaux^ assez élevés pour que la nef soit éclairée dans toute sa largeur par des rayons à 4S degrés. Cela revient à dire que cette nef est aussi haute que large.

C'est encore un progrès sensible, réalisé dans les galeries dont nous parlons, que d'avoir débarrassé la vue de Tatlirail des pièces en fer dout se composent les fermes ordinaires, dites à la Polonceau. Ces fermes, telles que nous les

iroyons dans les gares de chemins de fer et dans les marchés, comportent deux pièces inclinées, les arbalétriers, une pièce horizontale, rentrait ou tirant, des liens obliques appelés tendeurs et des pièces articulées, obliquant en sens contraire, appelées bielles, qui ont une certaine élasticité. Mais la disparition des fermes à la Polonceau ne pouvait avoir lieu partout. Les constructeurs de FËxposition au Champ de Mars ont pu supprimer Tattirail de la charpente en fer dans la Galerie des machines, par la raison que celte galerie est accotée, jusqu'aux deux tiers de sa bauteur, sur les constructions attenantes. Celles-ci^ quoique moins élevées, forment trois galeries parallèles, qui n'ont pu se passer dV voir des fermes à la Polonceau, parce que leur solidité eût été compromise, la dernière n'étant accotée sur rien.

Du reste, il y a des avantages au point de vue esthétique à montrer l'appareil du fer lorsqu'il est élégant, et il ne peut l'être qu'à la condition d*étre simple. Ainsi, dans les longues rues de l'Exposition, qui mesurent cinq mètres de large, 00 a tiré un excellent parti, pour le plaisir des yeux, des arcs faisant l'office de fermes qui por-

lent une couverture vitrée, inévitable, cette fois, parce que les jours latéraux eussent entraîné une perte considérable d'esjpace, en exigeant des cours, tandis que les parois qu'on aurait vitrées servent à l'exposition des objets qu'on y suspend.

La question du vitrage nous amène à parler du modèle de halle-basilique, exposé parM.Boileau dans la classe 66, qui est celle du génie civil, et dont les bâtiments sont situés près du pont d'Iéna, entre la Seine et la tranchée.

M. Boileau a fort bien montré, dans ce modèle en relief, qu'on pouvait utiliser, comme châssis vitrés, les fermes d'un comble. Si l'on couvre un espace considérable d'une voûte formée par des poutres en treillis, voûte qui se divise en travées alternativement hautes et basses^ la différence qui existe entre les travées basses et les travées hautes est occupée et mesurée par les poutres en treillis, lesquelles, étant à jour dans leur épaisseur, laissent pénétrer, à travers un vitrage vertical, une lumière oblique, comme celle des ateliers de sculpture. Ces poutres sont posées simplement sur des montants en fonte, l'un extérieur, l'autre intérieur, qui por-

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tent la couvertare et contribuent à la contreyenter.

Pour construire une halle, une usine, une salle d'exposition, et même certaines écoles pra* tiques, le système de M. Boileau nous parait remarquable, économique et très-satisfaisant à l'intérieur; mais il présente au debors une suite de Toutes en berceau extradossées^ dont l'aspect manque de grâce, dans son prolongement, parce qu'il manque de yariété. Facilement, d'ailleurs, on pourrait éyiter cet inconyénient, en terminant la couyerture par des lignes tangentes, qui rachèteraient la mollesse des courbes par la fermeté des droites. Le comble serait ainsi à deux yersants sur les travées hautes, et il pourrait être surmonté, suivant la destination de Védifice, tantôt d'une flèche, tantôt d'une lanterne, qui en achèyeraient l'élégance.

Bien qu'un des principes de l'architecture soit de mettre en évidence le jeu des supports et des parties supportées, pour tirer un effet agréable de la franchise même avec laquelle on avoue la construction, il est impossible de nier que, dans les charpentes de nos gares et de nos halles, la multiplicité des fermes apparentes et la

répétition des triangles sans nombre que le fer y dessine obstruent le passage du regard, etqu'au lieu de procurer à Tespritla sécurité dont il a besoin, elles peuvent inquiéter l'imagination par rétalage même des moyens qu'on emploie pour la rassurer.

L'appareil qui contribue si puissamment à la beauté de l'arcbitecture en pierre ne saurait être accusé dans la construction en fer, comme il Test, par exemple, dans la composition d'une grille, parce qu'il présenterait à l'œil une complication fatigante de lignes sèches et formerait up spectacle sans repos. L'architecture en pierre produit d'heureux effets par le contraste des parties pleines et lisses avec les parties évidées et ouvrées ; mais le fer, étant d'une extrême minceur dans tous ses pleins ou plutôt n'ayant pas de pleins, manque, en son aspect général, de tranquillité, de gravité, et, par cela même, de la dignité convenable aux édifices qui n'ont pas une destination de pure utilité. On peut, il est vrai, boucher les vides du fer avec des panneaux de tôle; mais rien n'est moins propre à figurer le plein de la pierre que ces feuilles de métal battu, dont la minceur, à supposer qu'elle

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ne fut pas connue dé Tesprit, sérail devinée par le regard. Il y a donc quelque chose à trouver, d'une part, pour que les charpentes en fer accusent le jeu de leurs assemblagesavec plus de simplicité, là où on ne peut les faire disparaître; d'au* tre part, pour que les points d'appui intérieurs, dont la suppression est si louable dans une galerie d'exposition, où des multitudes doivent se mouvoir à l'aise, ne soient pas entièrement supprimés là où ils peuvent jouer un rôle esthétique dans la perspective, servir de jalons pour la mesure mentale des distances, et produire l'impression de supports à la fois puissants et légers.

Légèreté et puissance, hardiesse et durée, telles sont les qualités que peut obtenir l'architecture dans la construction en fer. Je dis Tarchitectore, parce qu'il importe de ne plus distinguer dorénavant entre l'architecte et l'ingénienr. Celui-ci est préoccupé de l'utile à ce point qu'il ne recherche pas assez les conditions du beau comme s'il espérait que le beau se manifestera de lui-même, par-dessus le marché ; celui-là, porté par la tradition à résoudre des questions dé sentiment, a jusqu'ici beaucoup

trop négligé les ressources que l'art peut tirer de ravancement des sciences, de sorte qu'à l'avenir ces deux hommes, Fingénieur et Tarchitecte, loin d'être séparés par une rivalité orgueilleuse, doivent désormais se fondre l'un dans l'autre et ne faire qu'un.

C'est, en effet, une ressource merveilleuse et une merveilleuse nouveauté, que l'emploi du fer sur une grande échelle, non plus accessoire^ ment, mais comme matière principale. Que de problèmes pourront être résolus, dans l'art de bâtir, avec ces deux éléments : la fonte, qui, en sens vertical, résiste à l'écrasement six fois plus que la pierre du banc royal, par exemple, et le fer, qui peut franchir, en sens horizontal, des distances démesurées! Gomment n'être pas frappé des avantages que présente un métal capable de suppléer, s'il le faut, à des matériaux d'une grande dimension, lourds à transporter, difficiles à mettre en œuvre? Veut-on construire une voûte? Il n'y a plus à s'inquiéter des efforts de la poussée auxquels il faudrait opposer, dans l'architecture en pierre^ des masses consiàérable.9; culées, arcs-boutants,contreforts. La voûte en fer, n'exerçant plus do pression oblique sur les points d'ap-

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pui, se Iransfome en un plancher cintré dont les arcs principaux sont les poutres, et les arcssecondairesles solives, et quiacquiert par sa courbure même un surcroît de solidité. Chaque rivet, serrant, comme dans un étau, les parties qu'il assemble et qu'il rend solidaires, la^onstruction se trouve contre-ventée,c'est-à-dirc qu'elle résiste au roulement de droite à gauche ou de gauche à droite.

Depuis les temps antiques, deux grandes innovations ont été introduites dans l'architecture. La première est celle qui fut inventée au douzième siècle, et que M. Yiollet-le-Duc appelle à bon droit /î'awçats^jpuisqu'elle est née en France, et particulièrement dans Tlle-de-France. Cette innovation admirable consistait à faire porter tout rédifîce sur une ossature, autrement dit sur un système de piliers isolés et minces, portant la retombée de vo^es à nervures. La charge verticale de ces voûtes pèse sur les piliers, et la charge oblique, ou la poussée, est rejetée à Textérieur et va se résoudre sur les contreforts. £n vertu de ce système, qui se prêtait, dans l'intérieur, à des effets pleins de poésie, les murs n'avaient plus qu'un rôle tout à fait secondaire. Les

panneaux des voûtes à nervures n'étaient qu'un \oile de maçonnerie légère, et les parois du monument n'ayant rien à porter, pas même les clievtons de la toiture^ supportés par un arc^ ()*arc formeret) devenaient des cloisons qu'on pouvait transformer en vitrages.

Dans l'architecture antique, le mur est un support épais dont la fonction est de résister tout ensemble à l'écrasement et à la poussée ; dans l'architecture ogivale, le mur n'est qu'une séparation dont l'office est de résister seulement à un effort horizontal.

A une innovation mémorable qui restreignait à ce point l'utilité des murs ont succédé, dans cû siècle, les innovations, non moins étonnantes, introduites par l'emploi du fer dans toutes les parties de l'édifice où il est à la fois supportant et supporté. La faculté de couvrir des espaces immenses sans les encombrer de points d'appui intermédiaires, et celle de supprimer les murs intérieurs en les rejetant sur les limites du bâti-ment où ils n'ont plus à remplir que la fonction de clore : ce sont là, il faut en convenir, des nouveautés T|ui, combinées l'une avec l'autre, annoncent une civilisation bien différente de

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celle dont la traditon s'est conservée par les monuments et par Fhistoire. Aux multitudes qui veulent se réunir, aux peuples qui aiment mieux s'associer et s'entendre que de se combattre pour s'exterminer, il fallait des édifices nouveaux, des temples dont la construction répondit à des sentiments qui n'existent qu'en germe dans l'humanité, à des besoins qu'elle n'avait pas connus jusqu'ici, à des idées qui se développeront à l'abri même de ces temples. Lorsque ces prodiges, qui n'en sont encore qu'à leur commencement, auront reçu le baptême de l'art, lorsque la grâce aura consenti à se marier avec Vutile, on pourra dire vraiment que l'architecture révèle et consacre un nouvel ordre de choses. JVovtiS œdium et rcrum narcitur or do.

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