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BUSTES ET BAS-RELIEFS

Chez un peuple qui fut artiste par excellence, dans la patrie des grands statuaires, la sculpture était considérée comme un art trop élevé pour descendre à la familiarité du portrait. Les tyrans eux-mêmes, ceux qui exerçaient le droit de battre monnaie, n'osaient pas imprimer leurs effigies sur les espèces métalliques, et Alexandre le Grand, tout grand qu'il était, se déguisait en dieu pour figurer sur les statères ; il se faisait diviniser en Hercule ou en fils de Jupiter Âmmon. Il se croyait et on le croyait au-dessus de rhumanité, quand son portrait était modelé par Lysippe pour être coulé en bronze.

Ce fut seulement au troisième siècle avant notre ère, au temps de Démétrius, fils d'Antigone, et de Hiéron II, tyran de Syracuse, que

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commença le portrait. La Grèce alors ne s'appartenait déjà plus; elle était déchirée par les conquérants qui se la disputaient. La décadence de Tart devait porter la même date que Tasservissement de la patrie hellénique.

Le premier qui eut la pensée de mouler un visage, c'est-à-dire d'appliquer du plâtre sur le masque de ceux dont il voulait sculpter les traits, s'appelait Lysistrate. C'était un élève et un frère ou un beàu-frère de Lysippe. Il florissait au troisième siècle. Les vrais artistes durent mépriser, sinon l'invention elle-même, du moins l'usage que Lysistrate en voulait faire ; car c'était là le commencement du naturalisme dans lequel devait s'abaisser, s'affaiblir, s'amoindrir graduellement et se perdre, l'art des Phidias et des Alcamène. Mais, quoique l'inventeur du moulage des têtes vivantes fût un Grec, on peut regarder l'usage des bustes comme une création romaine ou, si l'on veut, comme une Innovation introduite à Rome par les artistes que le vainqueur y avait amenés, et qui devint bientôt un moyen d'honorer les Césars et leurs familles, leurs courtisans et leurs courtisanes.

Voilà donc le marbre, en dépit de sa fierté,

mis au service d*un art purement imitateur, d'un art condamné à copier le vrai quel qu'il soit, à être naïf et sincère, dût-il n'attraper que la naïveté du commun, la sincérité du laid. Le christianisme, qui ne reconnaissait d'autres difformités que celles de l'âme, dut favoriser le naturalisme de la sculpture et tout ce qui s'en suit, partant le buste. Tous les hommes sont appelés désormais à l'immortalité du marbre, et le sculpteur est engagé, pour de l'argent, à consacrer sous les trois dimensions l'ignoble figure d'un Garacalla, à représenter des êtres qui ne sont pas dignes de cet honneur, et à les représenter dans une matière qui, les accablant de sa réalité cubique, reproduit en ronde bosse les disgrâces d'un crâne mal construit, 1^ mèches rebelles d'une chevelure mal plantée ou rèche, des lèvres tuméfiées de travers, un nez bourgeonnant, ou, comme dit Rabelais, « bubelé, boutonné et brodé de gueules lo^ des yeux enfoncés, petits, couverts, ou bien exophthalmiques, des yeux qui, en peinture, pourraient avoir une expression spirituelle, ^une étincelle de malice ou de bonté, mais qui, dans l'épaisseur du Carrare, ne sont que des trous mal

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faits, et dont la conformation ne peut être sau- Tée, ni par la présence des cils, ni par Tabon* dance d'un sourcil impossible à rendre, ni par les éclairs de la prunelle, impossibles à exprimer. Quelle nécessité qu'un artiste emploie son talent à transmettre aux générations futures l'imitation coûteuse et pénible d'une tête dont les organes ont été altérés, défigurés par les vices héréditaires ou par les habitudes morales, ou par les accidents survenus pendant le voyage de la vie? Est-ce bien là ce que la sculpture a mission de nous conserver? N'est-il pas sensible qu'à l'exemple des avocats éminents qui n'acceptent pas de plaider toutes les causes, le sculpteur ne doit pas accepter de tailler en marbre ou de jeter en bronze tous les portraits ?... C'est à cela que devaient conduire le mépris des dieux olympiens, l'oubli des idées qu^ils personnifient et la tendance de la sculpture à se christianiser, c'està-dire à sortir de ses limites pour chercher, dans les physionomies individuelles, cette physionomie des âmes qui est du ressort de la peinture.

Dans les temps modernes, l'art statuaire a tellement changé de doctrine, il s'est tellement

écarté de son but primitif, de sa mission originelle, qu'un Sculpteur aujourd'hui ne sourcille point quand on lui parle de modeler un héros contemporain en gilet» veste et culotte, de lui nouer une cravate en métal, de lui mettre des boutons de chemise ou des boutons de manchettes^ de l'envelopper dans un vaste paletot à gros plis, soulevés par le vent et tombant jusqu'à la genouillère d'une botte molle, comme Falguière* l'a fait pour son Lamartine. Hélas ! de telles hérésies ne font pas le moindre scandale : elles sont admises en libre pratique, sans protestation aucune. El pour ce qui est des bustes, chacun yeut le sien. Quasimodo descendrait des tours de Natre-Dame pour avoir[son portrait, que personne ne reculerait à l'idée de le pourtraire en ronde bosse. Monsi^r Prudhomme désire assurer la « pérennité » du marbre à l'effigie de son épouse et à la sienne propre ! De façon que les salles de l'Exposition universelle abondent en bustes dont les modèles se sont trompés d'adresse en allant demander leur portrait au statuaire, au lieu de le demander au peintre. Hais quelle apparence qu'un simple écnyain

changera quelque chose aux mœurs et à l'esprit de son temps I Et à supposer qu'il eût la puissance de convertir les artistes, comment arriverait-il à persuader tout un publie? Il nous faut donc continuer notre besogne en nous résignant aux choses accomplies. Aussi bien, nous ne voulons écrire ici que sur les bustes heureusement venus, et il y en a au Champ de Mars un assez grand nombre.

Ceux de M. Guillaume comptent parmi les meilleurs. Plus d'une fois nous avons vanté sou buste de Farchevèque de Paris, cette tète rava-> gée, pensive, douloureuse, j'allais dire pâle, sur laquelle est imprimé déjà le sceau de la mort. Nous avons eu aussi plus d'une occasion de relever le mérite des artistes qui ont signé les bustes les plus rejnarquables de l'Exposition, celui de M. Lavallée, par Ponscarme — un maître dans la gravure en médailles; — de M. Prugneaux, par Gustave Grauck; de M. Le Play, par Ghapu ; d'Eugénie Doche, par Delaplanche ; de Léonide Leblanc, par Tony Noël, et deux bustes d'homme et de femme, par M. Gharles-Élie Bailly — pour ne parler encore que des marbres. II est bien difficile de faire

mieux que ces artisies. lis ont poursuivi, ils ont s^isi la vérité vraie, la vérité pure, celle qu'affectionnent la famille et les amis les plus proches, celle qu*on pourrait appeler domestique, en s'attachant au sens latin, au sens élevé du mot.

M. Chapu, dans son buste de M* Le Play, a mis, a poussé aussi loin que possible l'accentuation du caractère par Timitation voulue de certaines irrégularités de traits, attaquées franchement et bien rendues, c'est-à-dire rendues sans insistance, avec sobriété, avec mesure.

Cette ressemblance intime n'est pas suffisamment sentie dans le buste d'Henri Monnier, par Hippolyte Moulin, l'auteur du Secret d'en haut. Et pourtant il faut s'y arrêter, car, dans ce loustic qui a passé sa vie à faire rire les honnêtes gens et à parachever rinvention d'un type immortel, il y avait un philosophe. C'était sous un crâne à la Platon qu'il aiguisait ses plaisanteries tour à tour mordantes, réjouissantes, frappées à l'emporte-pièce, qui pénétraient dans les œuvres vives de la société française, et souvent de la société humaine.

La tête d'Eugénie Doche a été modelée par H. Delaplanche d'une touche caressante et

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comme beurrée, qui, coulant sur la chair, en a exprimé la douceur, a dit la finesse des traits, et a passé sous silence tout ce qui n'était pas la grâce. C'est dans le même sentiment que M. Tony Noël a sculpté le buste en marbre de Léonide Leblanc, à cela près qu'il y a mis une yariété de travaux, et par cela même des oppositions de couleur, qui, réveillant partout l'intérêt optique du portrait, en font un ouvrage plein d'esprit.

Le marbre et la terre cuite sont les matières qui conviennent aux bustes, surtout aux bustes de femmes, par la raison que le buste est un objet d'art où l'imitation domine et doit dominer, et que ces deux substances se rapprochent du ton de la chair et en donnent l'apparence, pour peu que l'une soit blanche et pure, et que l'autre soit claire. Le bronze, par sa dureté, sa sonorité, ses luisants, ses noirs, nous semble beaucoup moins propre à constituer la matière d'une œuvre dont la qualité principale est la vérité.

Cependant les bustes en bronze ne sont pas les moins beaux de l'Exposition universelle.

Nos artistes y ont donné carrière à la liberté de

leur exécuion^ aux facilités que procure Tébaucboir. Lorsqu'on travaille pour le bronze, on est, à proprement parler, un statuaire plutôt qu^un sculpteur. Les anciens faisaient dans leur langage cette distinction qui n'existe plus dans le nôtre, bien qu'elle soit parfaitement juste, car si Ton exécute une figure qui doit être coulée en bronze, on ne la sculpte pas, on la modèle, on la pétrit. Une fois jetée en métal et r^ ;9ar^(?,' cette figure consenrera les accents que le pouce de l'artiste y avait imprimés, tandis que, dans le marbre, il faut répéter ces accents avec le ciseau et la râpe, ce qui est rendu difficile par la résistance de la matière. Voilà pourquoi plusieurs de nos statuaires les plus habiles ont choisi le bronze pour faire le buste de leurs amis, malgré la dissemblance de ce métal généralement som\)re, avec les tons généralement clairs de la carnation humaine.

Us sont vivants, non*seulement de la vie organique, mais de la vie de l'âme, les bustes de Henner, de Paul Baudry, du docteur Parrot, les deux derniers surtout, que Paul Dubois a modelés complaisamment et magistralement, je veux dire avec l'intimité que permettent les re-

lations amicales, et avec la dignité que commande la réputation des modèles. Ces bustes sont à la fois pleins de vérité et pleins de style. Ils font mieux que d'être parlants : ils respirent la pensée. L'artiste, après les avoir vus largement, les a rendus avec finesse, insistàut sur les formes caractéristiques pour abréger les autres par une habile application à son art de ce qu'on appelle, dans le discours, la prétention, substituant, par exemple, au travail achevé de la chevelure, des indications qui n'en donnent que l'esprit. Houdon, dans ses bons jours, n'eût pas mieux fait ; peutrêtre même n'aurait-il pas fait aussi bien.

Sur une ligne moins haute se placent les bustes de M. Langlois^ député; de MM. Charles Gosselin et Jean-Pierre Laurens, i>eintres, paV Moreau Vauthier. Les moindres plans de la chair, les accidents expressifs de la bouche, du nez, de l'œil, la tournure et le caprice des cheveux, les grains qu'a laissés la petite vérole sur l'épiderme, les menus plis de la peau sur les tempes attendries, tout cela est exprimé avec un sentiment juste et une vérité frappante, mais non absolument sans reproche. Là où le poil de la

barbe est compact, touffu, massé, la tête semble finir à la bouche; d'où il suit qu*il importe que l'artiste fasse sentir sous la barbe, par quelque artifice, la présence des os, la construction et la solidité du menton, que l'on devine si bien dans le fameux buste de Lucius Verus. Une observatioa du même genre pourrait s'appliquer à la tête de feu Martinet le graveur, par M. Gautherin, qui, tout en chargeant et en détaillant le vrai, au lieu de le simplifier pour l'agrandir, a su nous restituer son modèle dans sa beauté ravagée, dans ses chairs frémissantes et avec sa chevelure de Jupiter Olympien. En revanche, je n'ai rien à redire au portrait de M. Lefort des Ylouses, par M. Granet, car il est excellent, sans restriction, sans mais^ le portrait de ce jeune homme, au nez sec, au masque volontaire, osseux et raffiné, à Tœil superbe, à la barbe naissante, courte et rare, disséminée en fines boucles, chaudes encore des moiteurs de la vie. Enfin, je trouve les mêmes qualités, à un degré moindre, dans le buBte hérissé, crépu et fier^ que Barrias a fait en bronze de son ami Henri Regnault, dont le caractère aussi fut de bronze. Un autre portrait de M. Barrias me suggère

cette remarque : les bustes ont mauvaise grâce à se prolonger jusqu'au nombril. Représenter une personne qui n'a que le torse et les deux bras, c'est trop ou trop peu. L'on comprend qu'il soit fait abstraction de la tète, mais ni l'esprit ni l'œil ne s'habituent aisément à voir une figure coupée en deux. Ce défaut est sensible dans le buste, d'un grand air, que M. Alfred Lenoir ap* pelle Sylvia, et dans les deux demi-figures symboliques, nommées par M. Clésinger Poésie lyrique^ Poésie dramaHquej morceaux pétris de main de maître, mais sans rapport de caractère avec la pensée qu'a voulu manifester le sculpteur. Que si l'on veut allonger un buste en y ajoutant les bras et les mains, il faut alors suivre l'exemple des Grecs, composer des figures engaînées, comme celles que M. Guillaume a exposées dans le Pavillon de la ville de Paris^ figures conçues dans le goût de Cfirardon, de Coysevox, et dont l'une signifie V Amour blessant la Jeu-nesse, l'autre V Amour consolant Page mûr. Ah ! quels artistes que ceux qui inventèrent les hermès, les termes, les gaines, pour les placer au bord des chemins, au détour des allées ombreuses, dans les promenades du Lycée, dans les

jardins d'Academus ! Qu'il y a loin de ces con- Tentions charmantes à notre gros amour pour le réel ! quelle grâce inattendue dans cet emblème de la sculpture sortant du giron de l'architecture ! le magistrat avait posé des limites aux héritages; il avait placé des bornes au bord des routes pour guider les voyageurs. Mais ces pierres, dressées en pleine campagne, ont reçu du grand Pan le don de la vie. Les voilà qui s'ani^ ment, qui sourient à ^'existence et qui vont parler aux laboureurs dont elles ont divisé les terres, aux voyageurs en quête de leur chemin, aux amoureux cachés sous les myrtes. Cependant il ne leur sera donné d'accomplir que la moitié de leur métamorphose ; le piédestal les retiendra au sol; ils resteront des dieux vivants sans changer de place. Ainsi l'imagination du poète garde ses droits dans la sculpture antique, et elle n'est jamais mieux inspirée que lorsqu'elle prête du sentiment à une vague, à un arbre, à une montagne, à la borne d'un chemin, 9 la limite d'un jardin ou d'un champ. Il faut aujourd'hui presque du courage pçur revenir à la convention antique, en incorporant dans un piédestal évasé le torse d'une nymphe chagrinée par le dieu Amour,

OU celui d'ua Anacréon consolé par le même dieu.

La convention! elle' exerce son empire même dans un art qui semble n'avoir rien de fictif, puisqu'il s'attaque à une matière pesante pour en tirer des formes positives, réelles, tangibles. Qu'est-ce pourtant que le bas-relief, si ce n'est une fiction? Est-il possible que le plan solide d'une muraille de marbre nous apparaisse comme représentant l'air et le ciel, alors que nous voyons des figures en relief projeter leur ombre sur ce fond de marbre? Et si la muraille reste à nos yeux ce qu'elle est, sUl est vrai que nos regards n'y sauraient creuser des profondeurs, comment croire que des êtres vivants peuvent agir, se mouvoir, se promener sur un mur dans lequel s'enfonce leur corps jusqu'aux deux tiers environ de son épaisseur? Cette convention est admise pourtant; que dis-je? elle nous persuade, elle nous ravit, et notre âme est complice de l'illusion, elle est de moitié dans le mensonge qui Tenchante.

Que n'a-t-on exposé le mqjdèle en plâtre du bas-relief de Perraud, celui qu'il appelait Us Adieux/ Combien le modèle était supérieur au

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marbre ! On ne peat Toir, ou da moins nous nV Yons jamais pu voir sans émotion cette scène touchante : un jeune héros des temps homéri* ques, au moment de partir pour la guerre, vient dire adieu à son yieux père aveugle et à sa fiancée. En entendant les pas et la voix de son fils, le vieillard assis lui tend les bras, il le regarde à tâtons du bout de ses mains, dont Tune caresse la joue imberbe de ce jeune homme qui peut-être périra sous les murs d'Ilion ! la jeune fille, appuyant sa tète sur les épaules de son fiancé, cache son visage et ses larmes aux dieux pénates, témoins muets de la simple grandeur de ce drame intime, rendu plus émouvant par leur image.

Elle est déparée aujourd'hui par une exécution lourde et par la malencontreuse substitution d'un trépied banal aux figures des dieux domestiques, cette composition sublime, œuvre de jeunesse, dont le modèle était si finement touché, et pourtant il y reste encore l'empreinte d'un sentiment héroïque.

Trois plans suffisent à un bas-relief; encore faut-il que le dernier se fonde sur la muraille et s'y perde. Si l'on veut multiplier les plans dans un ouvrage pareil, comme dans un tableau, l'on

est contredit par la lainière, parce que les figures éloignées^ en dépit de leur vagnesse, c'est-àdire de leur peu de relief, recevront la même lumière que celles du premier plan, sans autre différence que la faiblesse des ombres, et ne pourront pas, comme sur la toile du peintre, fiiir dans le fond en yertu de l'atténuation graduelle des couleurs rompues. C'est donc une idée malheureuse que celle de reproduire VApo-théose dCHomère en bas-relief, comme Ta fait M. Etex dans le monument élevé à Ingres par la ville de Montauban. La solidité du marbre, sur lequel s'étend une lumière égale et inexorable, jure avec l'entassement de tant de figures superposées et,' pour ainsi dire, imbriquées. Mais il faut reconnaître que le sculpteur s'est tiré aussi habilement que possible d'une difficulté qu'il n'aurait pas dû se donner à vaincre^ et que la statue d'Ingres, assise et vigoureusement modelée en ronde bosse, forme un repoussoir au bas-relief et le fait paraître moins saillant qu'il n'est.

On sculpte peu de bas-reliefs dans notre école et on les* comprend en général comme une annexe de la peinture plutôt que comme une dépendancede la statuaire. L'on y recherchele plus

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souvent la couleur aux dépens de la forme, et l'effet aux dépens de la vraisemblance. Tel morceau ^ par exemple, V4ssa$sinat d'Alexandre de Médicis par M. Lecointe, bas-relief d*un sentiment énergique, et farouche avec élégance, présente un désaccord entre les saillies particulières, faute de modération dans la saillie générale. Le bras gauche de l'assassin est en ronde bosse et la main en relief méplat, tandis que l'épaule droite est perdue dans l'épaisseur du mur. C'çst trop d'un côté, trop peu de l'autre. J'en conclus que les effets, même tempérés, de la perspective, ne conviennent pas le moins du monde au bas-relief, et j'ajoute qu'ils sont surtout déplacés quand les figures sortent du fond en sens oblique, comme dans le bronze de M. Lecointe.

Ces sortes de fautes ne sont pas commises par les graveurs en médailles lorsqu'ils se font sculpteurs, parce que les lois du bas-relief leur sont plus familières. Témoin M. Soldi, qui est un érudit dans son art et qui a écrit sur la sculpture égyptienne un opuscule très-intéressant. Son il ctéon sort du marbre comme il dut sortir de la forêt, avançant la tête avec une timide curiosité, et retenu sur la lisière par le spectacle ravissant

d'une divinité surprise au bain avec ses nym-^ pbes.

Nous retrouverons plus tard les maîtres de la

gravure en médailles et nous leur paierons le tri-

but. Nous aurons à parler aussi de ces jolis basreliefs en cire coloriée, dont s'est fait une spécialité M. Henri Gros, qui cultive avec grâce, avec délicatesse, ce petit domaine^ province rétrocédée à la sculpture, comme dirait le traité de Berlin. Mais il jmporte, avant d'explorer le cabinet des médailles, de revenir sur nos pas pour achever la revue, malheureusement bien rapide et bien incomplète, de notre exposition de sculpture. Que de pages il nous faudrait encore. si nous voulions tout dire, au risque de découvrir le redoutable secret d'ennuyer ! Cyrus savait le nom de tous les soldats persatis ; mais il ne leur adressait pas à tous la parole. Cependant, est-il permis de passer sans les saluer devant les artistes qui ont un ruban à leur boutonnière ou des chevrons à leurs habits?

Dans cette exhibition morcelée de TÉcole f ran-

çaise, bien des morceaux pourraient nous échapper si notre attention était disséminée comme Ta été la montre de nos 'sculptures. A côté do

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la Jeanne dCArc de M. Cbapu, il en est une autre plus jeune, plus naïve et plus rustique, ceUe de M. Albert Lefeuvre. Elle est debout, en jupon court, filant sa quenouille et prêtant l'oreille aux voix d'en haut. L'expression de cette figure est bien sentie et bien Tendue, sans trous, sans noirs, sans aucune intention de couleur, et le marbre en est travaillé avec délicatesse, avec suavité. Même suavité, même délicatesse dans la Tentation de M. AUar, ouvrage qui malheureusement confine au joli, et dans la statue couchée

à'ismaël, par M. Just Becquet, figure dont les membres, appauvris par la faim, desséchés par la soif, sont rendus d'un ciseau merveilleusement fin, 'mais, enéore une fois, mal employé, car la statuaire n'est pas faite pour nous conserver rimage d'un adolescent qui n'a que la peau sur les os.

Que dis-je? non-seulement le marbre n'est propre qu'à la beauté, mais il est créé lui-même pour être beau. Il .faut qu'il soit pur, clair, calme, c'est-à-dire uni de ton, et s'il a des veines, qu'elles soient presque insensibles, presque invisibles. La preuve, c'est que les taches livides répandues sur la figure de M* Paufard, Jcwwe fille

retenant FAmoury nous font horreur et nous inspirent^ par réaction, de la bienveillance pour le sculpteur infortuné qui a été à ce point desservi, trahi par la matière. Oui, le marbre veut la beauté, il la veut en lui et dans les ouvrages qu'on tire de son sein. Imaginez ce que serait VAme de M. Loison, si elle était ainsi maculée, souillée d'encre bleue, de taches violettes. Sans doute ces accidents fâcheux le sont beaucoup plus dans les figures de femmes, d'amours, d'anges, de génies, qu'elles ne le seraient dans les statues de personnages historiques, comme le BrennuSy mâle et fier, de M. Taluet, ou héroïques comme le Corybante de M. Cugnot, V Achille de M. Lafirance, X Orphée de M. Aizelin. Ces marbres ont des qualités de sentiment ou de mouvement que Ton peut apprécier à l'aise sans que Toeil soit affligé par les disgrâces de la matière employée, tant il est vrai que dans les ouvrages palpables et encombrants, il faut regarder de près à la qualité des substances.

Toutefois, la beauté du marbre est, en sculpture, ce qu'était dans la fable le gâteau que Ton jetait à Cerbère. Pour pénétrer jusqu'à la pensée du spectateur, il faut d'abord satisfaire les-

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yeux, qui sont les Cerbères de Tâme. Ici, la blancheur immaculée du Carrare ne m'empêche pas de remarquer un certain anachronisme de physionomie dans les figures d'Achille et d'Orphée. L'amant de Briseîs, tel que l'a représenté le sculpteur, une lyre à la main, n'est pas un héros grec du temps d'Homère, mais un Romain de nos jours, un Transtévérin aux cheveux plats, au masque ude et court. L'antique nous a laissé un type admirable du fils de Pelée : c'est V Achille d'Alcàmene, la plus belle statue du Louyre. Cet Achille est à la fois un athlète qui semble invincible, et un poète qui parait accessible à la douleur, à la mélancolie. Son casque laisse voir des cheveux qui tombent sur ses tempes en boucles soyeuses ; sa tète fine, un peu penchée^ ses traits déliés, légèrement voilés de tristesse, annoncent un héros capable de s'attendrir autant qu'il est sûr de vaincre. Pourquoi s'écarter de ce type en prenant un modèle qui aurait pu servir aussi bien pour un Brutus?

Même remarque sur la statue de M. Aizelin, qui, dans sa toge aux plis gonflés, a moins l'air d'un Orphée que d'un Virgile. C'est diminuer la vénération que nous inspirent les personnages fa-

buleux que de les rapprocher de nous par le caractère modernisé de leur physionomie ; a Téloignement augmente la révérence » , dit le proverbe latin.

Si l'exposition des beaux-arts n'était pas coupée en deux, si l'on eût tout concentré, que de rapprochements heureux nous aurions pu faire ! N'eût-il pas été piquant, par exemple, de comparer le David de Bonassteux au David de Mercié, et de voir, par cette comparaison même, combien sont diverses les manifestations du beau, les manières de le sentir et les manières de l'exprimer? Le David de Bonassieux n'est plus un de ces pâles voyous que le poète des ïambes ^MV^xi pu faire passer dans un récit biblique : c'est un beau juif, au visage noble, et calme à force de contenir son émotion. Ses formes épurées sont modelées discrètement, sans humeur, sans heurt; de façon que la lumière glisse sur les pectoraux, sur les dentelés, sur Fabdomen, sur des jambes vêtues de chair et peu accidentées, comme le doigt du statuaire avait glissé sur l'argile. Le mouvement du héros qui met sa pierre dans sa fronde tendue est modéré sans manquer pourtant de résolution. Tout ce

qui sépare le classique du romantique éclate dans le parallèle de ces deux Da\id : l'un conçu comme un jeune homme qui est déjà prince, l'autre comme un jeune rustre qui sera roi.

S'il ne fallait se borner, ne fût-ce que pour feindre de savoir écrire, nous aurions encore bien de la copie à faire : sur le beau Christ en bronze de M. Jules Thomas ; sur le Spartacus, ému et superbe, de Barrias ;*sur la statue équestre de Brennusqne nous avons oubliée, qui le croirait? bien qu'elle soit l'ouvrage d'un artiste dont le talent original a toutas nos sympathies ; sur les marbres caractérisés avec art et précieusement jQnis, de M. Degeorge, la Jeunesse cCAristote, que nous avions tant de fois regardée au jardin des Tuileries, elBemardino Cenci; sur laNyiftphe fluviale de Garrier-Belleuse, qui décore avec tant de grftce une des fontaines de Paris ; sur les savantes et robustes statues «de M. Gaptier, représentant Mucius Scœvola et Timon le Misanthrope ; sur le Petit justicier de M. Guilbert, ce jeune garçon qui délibère de punir un matou, chasseur d'oiseaux, et dont la pantomime est si spirituelle, si vive ; sur V Idylle de M. Millet de Marcilly ; le Retour de chasse de M. Eude ; la Bacchante au

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rhyton de M. Gougny, et la jolie statuette que M. Itasse appelle le Sabot de Noël; sur la Pari-sienne de M. Ghatrousse, marbre galamment chiffonné, élégamment retroussé, qui, en grand, serait critiquable, et qui en demi-nature est charmant ; sur les terres-cuites de M. Doublemard, depuis longtemps passé maître ; sur les bustes, si bien étudiés, de M. Oliva, de M. Houssin ; sur le beau portrait du général d^Wimpfen, par M. Richard, portrait si hardiment accentué dans la fermeté de ses plans, et si Trai dans son mâle caractère.

Nous aurions aussi un chapitre à ouvrir sur ces grands animaux qui, chose étrange, sont réputés d'autant plus nobles, dans les régions de Tart, qu'ils "sont plus féroces. Que n'ayons-nous un style aussi incisif, aussi expressif que le ciseau ou l'ébauchoir de Frémiet^ de Gaîn, de Jacquemard, de Rouillard, d'Isidore^Bonheur ! On entendrait beugler, mugir et rugir, dans notre yile prose, les taureaux, les tigres, les lions, les rhinocéros et les éléphants, toutes ces bêtes dont les pelages sont si bien rendus par le bronze, lorsqu'il est d'une sombre couleur et qu'il n'est pas doré.

Mais la patience du lecteur a des limites.

11 nous est donc commandé de finir, non toutefois sans avoir regardé, de nos yeux tout grands ouverts, quelques figures colossales d'Aizelin, de Glésinger, de Bartholdi, l'une personnifiant à merveillç le Japon, l'autre symbolisant la République, la troisième signifiant la Liberté qui éclaire le monde. Pacifique sous le casque, assise et tenant une épée debout, la République de Glésinger est meilleure par l'intention que par le style. On y voudrait quelque chose de plus nouveau dans la totirnure, dans les. formes, surtout dans cette draperie dont nous savons par cœur tous les plis. Quant à la statue de Bartholdi, , dont on n'a exposé ici que la tète gigantesque, nous avons consacré naguère trois colonnes à ce monument commémoratif de l'indépendance américaine. Sans y revenir, nous ne laisserons pas échapper l'occasion de saluer cette œuvre immense, dans laquelle la sculpture se confond avec l'architecture, cette figure, colossale par ses proportions, lumineuse par le phare qu'elle contiendra, mais plus colossale encore et plus lumineuse par la pensée qui a présidé à l'érection d'un tel monument. C'est la dignité de l'art

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statuaire, qu'il est appelé à manifester, non pas les vérités individuelles, mais les vérités génériques, à fixer, dans le marbre ou dans le bronze, l'expression des sentiments éternels, Temblème des vertus qui ne doivent pas périr, l'essence de toutes les beautés, et enfinles idées générales, qui, par excellence, sont les idées généreuses.

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