DANEMARCK
loi, un aspect calme qui va jusqu'à la froideur et à la monotonie. Vous n'y rencontrerez pas de ces orgies de couleur que nous avons signalées ailleurs ; tout, au contraire, dans cette section, procède d'une méthode réfléchie qui ne laisse guère le champ libre à la fantaisie, pas plus qu'au hasard. On se tient assez volontiers dans une honnête réserve d'action qui en fait de style ne dépasse guère la médiocrité. Ce qui réussit le mieux chez les artistes du nord, de ces pays où l'observation est plus lente, plus profonde aussi peut-être par cette même raison, c'est le genre intime ; ils y sont mieux à Taise parce qu'ils n'ont qu'à regarder autour d'eux pour trouver leurs modèles; de là une exactitude rigoureuse dans le caractère des physionomies. Ce n'est guère que la vie vulgaire, ou à peu près, qu'ils copient dans ces petites scènes qui sont, pour ainsi dire, autant de contrecalques de la réalité et c'est par là pourtant qu'ils nous intéressent, parce qu'on respire dans leurs naïfs tableaux un sentiment doux, sincère et discret qui repose l'âme ; ne leur demandons pas davantage, à chaque peuple son génie propre.
Il demeure bien entendu, après tout, que nos réflexions ne visent que l'ensemble de ces envois, sans rien impliquer d'absolu à l'égard d'aucun talent particulier
gui aurait des droits à être classé en dehors et an-dessus de la moyenne appliquée à cette portion des races Scandinaves. Ainsi noris trouverons dans des sujets du genre tempéré ou anecdotique, et même dans le genre le plus familier d'heureuses qualités d'un ordre plus relevé. Une toile de deux figures de taille naturelle, un captif dans sa prison, signée ; Bloch (n. 7), est conçue dans cette mesure sobre ; c'est de la bonne prose, mais d'idéal point ou fort peu. Ne parlons pas des sujets religieux ; c'est à peine même si ceux empruntés à l'histoire justifient leurs prétentions. Il y a de vrais portraits, justes d'accent, certainement ressemblants et peints avec talent. On voit encore parmiie groupe des paysagistes quelques toiles d'une couleur et d'une facture qui tranchent avantageusement sur la masse un peu mélangée du reste ; elle est belle et grande pourtant cette nature qui devrait les inspirer ; il est si simple de s'en tenir à la voir telle qu'elle est, à ne voir qu'elle et à oublier tout ce qui n'est pas elle ! C'est précisément ce qu'asu faire le même peintre (M, Bloch), qui dans plusieurs autres petits tableautins d'une ou deux figures est resté naturel, mais sans beaucoup de frais d'invention : un capucin qui plume des volailles dans un coin de cuisine, est le plus franchement peint. Le n. 40 (dévotions domestiques), est agréable de ton et très -étudié, mais avec un peu trop de recherche dans les accessoires, flatterie risquée à l'adresse d'un public amateur de menus détails. Les ouvrages de M. Ottesen sont trop parfaits. C'est ennuyeux la perfection ; avec elle plus de vie réelle, rien que des abstractions. En peinture, cet excès produit la lourdeur et l'insignifiance. Quelques petites scènes militaires, mais toujours avant ou après l'action ; le genre bataille n'est pas leur fait. Sous le n. 40, une agréable petite toile signée Lund (les Gardes suisses au Vatican), ne laisse aucun doute sur l'influence du séjour de leur auteur à Rome. C'est habilement peint. De M. Rosenstand, Italiens jouant à la Morra (n. 54), même influence sans le moindre doute.
M. ZaUrtmann, dans un sujet historique, a montré de bonnes intentions, mais c'est bien faible d'exécution. Sous le n. 26, un lourd effet de soleil couché, très-rouge. Le nom d'Exner est inscrit au bas de plusieurs toiles, d'un travail très-soigné qui ont pour titre : VEnfant malade, le Déjeûner de famille* Paysanne de l'île d'Amack au temps de la moisson, la Petite convalescente (n. 17 à 20). Mêmes observations que ci-dessus sur les dangers de cet excès de fini qui donne de la monotonie à l'œuvre et annihile l'intérêt ; et à côté de cela pourtant des clairs obscurs bien rendus, un dessin correct et de la physionomie dans ces têtes si calmes, mais quelle patience de pinceau, quel labeur !
Une forge, n. 35. par Krayer. De M. Marstrand, une scène burlesque : politiques dérangés dans leurs discussions par la femme de l'un d'eux, c'est à qui, la femme elle-même comprise, aura le plus long nez, passe encore pour un croquis, mais de la caricature peinte ! Hogarth seul a pu, mais autrement, dans ses tableaux philosophiques, faire grimacer le faciès humain; il ne faut toucher à ces sortes de choses que bien armé de toutes pièces.
Une excellente petite toile, c'est sous le n. 28, un intérieur d'appartement à Lubeck, par M. Hansen ; boiseries sculptées du haut en bas et jusqu'au plafond luimême orné de caissons luisants de vernis. C'est une œuvre de mérite, et d'une rare conscience d'exécution. La table est dressée au beau milieu de la salle, un jeune dame avec un enfant attendent l'arrivée d'un cavalier aperçu derrière la vitre ; l'effet perspectif est des mieux réussi, la lumière éclaire bien la pièce et en fait valoir le luxe.
Il y a encore du même artiste la salle des quatre portes à Venise, également remarquable de dessin et de ton; ainsi qu'un intérieur de salon de M. Jerndorf, mais dans ce dernier les bonshommes sont mal rendus, c'est fâcheux.
Un reproche que je ferai à propos de ces dernières toiles, surtout, c'est qu'elles sont chichement encadrées, et l'on n'ignore pas l'importance, pour donner la profon-
deur voulue à un tableau, de l'entourer d'une bordure un peu ample et en rapport avec le caractère du sujet. A MM. Dosph, Dalsgrand et Yermeshen, un peu de critique motivée pour leur peinture trop léchée ; un peu plus de liberté d'allures ne nuirait pas à la fidélité de leur travail, et le n. 29, de M. Helsted, Maître et écolier, un petit intérieur familier, est plus large d'exécution, il y a plus d'expression et de vie.
Des marines et des paysages par MM. Jérichau, Koelle, Rasmussen, Skovgaard, etc.. Les n 0a 32 et 39 surtout sont traités d'une main sûre d'elle-même et avec le sentiment d'une couleur locale en rapport avec le climat ; ainsi une vue de Capri ne pourra pas être conçue dans les mômes conditions de lumière que s'il s'agit des bords de la Baltique.
N* 53, un soleil de minuit d'un effet singulier de rayons. Rochers de glace bleue ; c'est fort curieux d'aspect. On assure que c'est exact.
Bonnes études que ces deux toiles de M. Otto Ballu : un jeune garçon disputant aux prétentions des chiens le plat dont ses mains sont chargées, et l'apprenti gâtesauce nettoyant un chaudron. C'est vulgaire, soit : mais c'est vivant et brossé avec l'aplomb du praticien observateur.
Du môme encore, des chevaux et des figures humaines en mouvement dans la cour d'un moulin à eau.
Les animaux et les natures mortes sont en très- petit nombre.
Les sculptures, quoique restreintes à quelqnes morceaux seulement, n'offreni guère que des reflets du style de Thorwaldsen, le grand statuaire danois, dont s'honore à bon droit ce pays. Quatre ou cinq figures en pied tout au plus, avec le buste d'un de leurs poètes nationaux.
J'ai aperçu encore quelques bonnes gravures, par Ballin, et plusieurs dessins dont il n'y a rien à dire.