ALLEMAGNE
Je l'avouerai, ce n'est qu'après quelque hésitation et parce qu'il le fallait, afin de mener à bonne fin jusqu'au bout sans laisser de lacune, ce travail d'écoles comparées, que je me décide à aborder à son tour cette section allemande, vers laquelle autrefois, des sympathies désormais impossibles, grâce à deterribles déceptions, m'eussent dès le début spontanément entraîné. Ces temps d'illusions, généreuses jusqu'à la naïveté, vis-à-vis de gens qui, eux, ne Tétaient pas du tout naïfs, ne peuvent plus renaître ; les événements y ont mis bon ordre. Mais laissons là ces réflexions, elles sont en dehors de notre programme d'études toutes pacifiques.
Et cependant, puisque je suis avec vous en voie d'aveux, permettez que je dise toute ma pensée, quitte à vous paraître trop franc. Eh bien! c'est que j'avais espéré, que je m'étais persuadé même, et cela peut-être parce que je le souhaitais, que ces envois d'outre Rhin se trouveraient d'un mérite inférieur à la grande majorité de tout ce que j'avais remarqué jusqu'ici ; il me semblait qu'ils ne devaient atteindre, tout au plus encore, que le niveau du médiocre. Reconnaissez là les dangers de l'esprit de prévention, et de ce partiepris, quand même, dont je signalais plus haut l'injustice.
Aussi, qu'en arriva-t-il ? c'est qu'ayant négligé pour mon propre compte de mettre en pratique la sage recommandation faite aux autres d'éviter Técueil, j'y tombai ne plein, et qu'il s'en fallut peu que mes suppositions ne devinssent autant de certitudes anticipées. La conséquence devait être et fut donc ceci : c'est qu'à la suite d'un rapide coup d'œil jeté au hasard de côté et d'autre, en arpentant cette grande salle vers le déclin d'une jour* née pluvieuse qu'assombrissait encore le vélum tendu dans le but de modérer les excès de lumière, très-convaincu que je n'avais rien aperçu de bon dans tous ces cadres, je fus fort surpris, en y revenant la semaine d'après, avec le projet de sacrifier une couple d'heures estimées plus que suffisantes pour mon examen — du moins je le supposais ainsi — de m'apercevoir qu'il y avait lieu de modifier à cet égard des idées préconçues à la légère, mon attention se trouvant sollicitée au delà de ce que j'imaginais. Et alors je voulus absolument avoir le cœur net de la valeur exacte de l'ensemble; mais pour être bien fixé, il n'y avait pas d'autre moyen que d'observer d'un peu plus près ; c'est ce que je fis.
Voici ce que, en résumant mes observations, je suis amené à vous déclarer nettement :
C'est que ces envois sont certainement bien au-dessus de ce que je m'attendais à voir, et qu'on y trouve même de remarquables tableaux, parmi les toiles de genre surtout; qu'en outre il y a quelques compositions d'un caractère plus élevé, qui, sans être bien fortes, témoignent néanmoins d'études sévères dues au reflet précieux des riches musées de Dresde, de Munich, de Dusseldorf ou de Berlin ; qu'enfin, le paysage y est représenté par des spécimens où l'on constate le souci de la vérité avec d'heureux effets habilement rendus ; mais rien de bien saillant, somme toute. Pour du talent il y en a, doublé parfois de qualités plus particulières; de l'originalité aussi, mais pas de l'originalité comme nous l'entendons nous autres ; on en peut relever çà et là plus d'un grain étrange. A droite et à gauche en entrant, on est salué
par des portraits plus ou moins bons, quelques-uns d'une singulière tournure et d'un pinceau sec et méticuleux, d'autres d'un modelé d'ivoire qui fatigue et ôte toute animation aux ligures. Les attaches des membres et les formes féminines laissent parfois à désirer sous le rapport de la distinction — l'idéal de là-bas n'est pas le nôtre. Leurs traits placides et la fixité des mouvements contrastent avec notre vivacité française ; ils ne marchent pas non plus comme nous; à chaque peuple son tempérament. J'avoue préférer mon pays, même avec ses défauts.
Le n. 55, une dame à cheveux blancs, coiffée d'un bonnet et vêtue d'une robe puce, manque de relief, et ne se détache pas sur ce fond chocolat si plat; à quoi le peintre a-t-il songé?
Le portrait en pied d'une belle personne, par M. Oustaf Richter (n. 425, en face de nous), attire tous les regards. Elle est en toilette de satin blanc, toute prête pour quelque soirée, et paraît médiocrement s'amuser, si, comme on doit le supposer, elle attend qu'on la vienne chercher. Derrière son fauteuil où elle est fièrement campée, jambes croisées, dans une attitude songeuse, brûle un feu de coke au foyer ; un magnifique dogue à poil ras, est couché à ses pieds. Je ne sais pas le nom de cette aristocratique beauté. C'est ferme et d'un bon modelé.
Le même peintre a sous les n. 426 et 127, deux autres portraits à mi-corps, d'un père avec son premier-né, un beau petit gars, tous deux encadrés dans une lucarne, sculptée, trornpe-1'œil assez drôle et qui a l'avantage de sortir de la banalité des pourtraictures ordinaires; et comme pendant, la mère tenant aux bras un plus jeune petit frère, dans les mêmes dispositions de mise en scène. Ces deux toiles, quoique d'un pinceau moins franc et plus travaillées que le grand portrait de la dame qui s'ennuie, font plaisir avoir.
Rangerai-je dans cette même catégorie l'image gracieuse d'une jeune femme blonde vêtue d'une robe noire un peu longue qui dessine finement sa taille minces ce
tableau réduit participe du genre intime et du paysage. Je le prends néanmoins pour le portrait d'une mère offrant son cher nourrisson aux rayons caressants d'un doux soleil printanier. Si je me trompe, Terreur sera sans importance, et j'aurai pu signaler une riante peinture signée du nom d'Amberg, un artiste d'un talent des moins contestables.
Indiquons encore le n° 56, une dame, jeune aussi, qui s'est fait peindre en pied, un peu dans la tournure d'un Vélasquez, le corps presque vu de dos, comme s'éloignant, mais la tête retournée sur l'épaule droite pour regarder un tout petit chat qui cherche à saisir la traîne de sa robe de soie...
Çà et là, de plus ou moins grands sujets de genre adroitement exécutés, en général : les uns très-serrés de pinceau, d'autres traités d'une façon archaïque, à ce point qu'on les prendrait pour des panneaux d'il y a trois ou quatre siècles; d'autres encore, agréables en tant qu'effet de couleur, mais sans aucun intérêt, d'une touche trop fantaisiste, et brossés en vue d'une pure préoccupation commerciale; les meilleurs sont ceux qui traduisent des scènes de la vie intime, et parmi lesquels je vais d'abord ranger une toute petite toile ayant pour titre : La Vente à l'encan, n. 73 ; c'est étudié en conscience, mais toujours dans cette manière sèche qui leur est trop habituelle.
Je suis sûr que les Defregger vous plairont. C'est du genre sans autre prétention que de nous donner des types vrais d'ailleurs, avec leur caractère individuel. Ces figures pensent; elles agissent et ont du naturel. Le Benedicite (n* 32) m'attire par ses candides physionomies d'enfants. C'est de ce peintre aussi que je dirai, sans crainte de m'abuser, qu'il a fait son tableau sous l'influence d'un sentiment de préférence pour l'attrayante simplicité du sujet.. Tous ces petiots sont à leur place autour de la table, les mains jointes. Rien de gentil comme ces bambins avec leur air grave, tandis que l'un d'eux récite, avant la première bouchée, la prière d'usage
90us l'œil vigilant de la grand'mère. La scène est bien éclairée, la couleur excellente, et les clairs-obscurs donnent le relief voulu pour bien modeler ce groupe dans la lumière. L'exécution est ferme.
La seconde toile du même artiste (n 9 33) est plus vive d'accent; en voioi le sujet : Deux jolies villageoises de piquante physionomie malgré l'affreux tuyau de poêle masculin qui écrase leur front et dérobe leur soyeuse chevelure, arrivent de je ne sais quelle province dont elles portent le costume. Elles sont amicalement reçues dans un intérieur campagnard par une jeune mère, qui, tout d'abord, tend son poupon à leurs baisers ; le père sourit en homme heureux, sans quitter sa pipe. La coupe et la nuance des vêtements, copiés sur nature, sont d'un effet qui relève le ton de ee petit tableau. C'est de la bonne peinture : les figures accortes font plaisir à regarder. Tout y respire la vérité. L'artiste, s'il a pensé à quelques maîtres hollandais, s'en est assez librement inspiré pour ne pas être taxé d'imitation servile; il a disposé cette Visite de famille avec le sentiment tout personnel qui dirige ses études et qu'il puise dans la sincérité, de l'expression, et il a réussi.
Il y a certainement un talent des plus précieux et de la science de palette dans les deux toiles enfumées (n* 77 et 78) qui rappellent, à s'y méprendre, des panneaux de la renaissance allemande; mais ces figures sont muettes et comme figées dans leur cadre, et ni Memling, ni Martin Schœngauer ne sont plus de notre temps. On les admire avec la vénération due à ces grands précurseurs de l'art, on ne songe plus autrement que comme sujet d'étude aies copier. Ces belles œuvres, pieusement recueillies par les amateurs gourmets, et gardées avec un soin jaloux dans le coin mystérieux d'un cabinet d'élite, ne peuvent plus être pour nous, dix-neuvième siècle, que de rares curiosités. Notre vie d'actiQn, dans les mœurs actuelles, ne comporte plus ce style étroit et mystique, ni cet ordre d'idées. Ne demandons point au passé de revenir, ce serait aller contre les lois d'impulsion forcée
qui entraînent vers le nouveau et l'inconnu nos sociétés modernes si impatientes de changement.
Mais, pardon ! permettez que j'ouvre ici une parenthèse oubliée, pour vous faire remarquer ce que mes yeux n'avaient d'abord pas aperçu à cette hauteur, une inscription en lettres majuscules avertissant le publie que la section allemande se tenait hors de concours. Tous n'aurez donc point à vous étonner de ne pas voir les noms de ses artistes figurer sur la liste des récom-
Ma parenthèse fermée, je continue.
M. Gussow est un peintre habile, exact, doué d'un esprit d'observation qui lui aura sans doute donné l'idée de cette bizarre petite toile (n* 57), qui nous montre une brave vieille femme accroupie dans un coin d'atelier, et, lunettes sur le nez, l'éponge en main, faisant la toilette d'une réduction de la Vénus de Milo. Tout le monde s'arrête et rit. Son n" 38, intérieur vivement coloré, avec un buste de Vitellius posé sur un large guéridon chargé de toutes sortes d'objets, me plaît moins. Ce n'est que la reproduction, sous une cbaude lumière, d'un cabinet d'artiste, rien de plus, et à mon avis, c'est trop peu pour M. Qubsow,
Sous le n' 14, l'Examen des gravure», par Becker, n'est qu'un bon fac-similé d'une scène très-ordinaire. Quelques personnes s'amusent à feuilleter des dessins dans un salon, sous un jour distribué avec discernement, et leur attitude est naturelle, c'est vrai ; mais c'est tout, — aussi rénétersi-je encore que ce n'est pas assez pour nous.
Les Ackenbaeh sont, je le reconnais, d'un peintre qui possède les ressources de sa palette et ne tâtonne pas pour en tirer les effets dont il a besoin ; mais quel abus de facilité, et combien peu sérieusement sont cherchés les sujets qu'il traite 1 Le même pinceau et les mêmes tons serviront tour à tour a des groupes, à des marines, voire à des paysages ; il ne se refuse à rien, tout lui est
bon, c'est une entreprise à tant la pièce. (Ce sont deux frères qui semblent ne faire qu'un)»
Le nom de Eaulbach me faisait déjà rêver. — Mais il ne s'agit pas ici de l'illustre artiste qui a laissé à son pays les grandioses compositions murales que 1855 «xaltait à juste titre, au palais Montaigne. — Son homonyme est loin de prétendre au génie du savant peintre apocalyptique de Munich. Il est plus modeste dans ses visées (voyez 76 et 77).
J'arrive à un autre nom bien connu dans nos Expositions, celui de Enauss. Tandis que je m'approche pour examiner de plus près sa peinture facile et attrayante, et d'un dessin libre qui ne prétend pas au style héroïque, j'entends dire à mes côtés : c II faut le reconnaître, ces Allemands font bien, surtout en fait de peinture de genre. x> Et la réflexion est juste. Le n. 82 se compose d'une figure en pied, un garçonnet assez maigrement vêtu, qui témoigne, par le rictus de sa physionomie, de la jubilation d'encaisser la première pièce blanche peut-être que va engloutir son porte-monnaie. —Dans le n. 83, le même gamin, assis auprès d'un vieux Juif retors, écoute d'un air épanoui les conseils pratiques de celui-ci sur la manière de faire prospérer et accroître les bonnes aubaines. — Ces petites toiles, gaies et animées, sont très-adroitement peintes. Si l'artiste a reçu autrefois pour son propre compte des conseils de ce genre, il doit en avoir profité, car ses tableaux sont très-goûtés pour leur finesse d'expression. — J'aime moins le n. 80, Une noce campagnarde au dix~huitième siècle, où tous les âges sont groupés séparément ; c'est agréablement composé, et les plans sont bien distribués, mais c'est dénué de caractère.
Les n" 79 et 80, du même artiste toujours, lui sont à mon gré bien supérieurs, principalement le n. 80. Un vieil intendant ou tabellion, debout devant une table longue sur laquelle sont étalés des parchemins féodaux avec cachets de cire au bout d'une soie, donne des explications à cinq paysans assis sur des bancs, qui l'écoutent
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attentivement, la pipe aux lèvres. Cet intérieur, largement rendu, est d'une excellente couleur, et les figures sont bien dans le sujet. Dans le 79, une scène de deuil, des hommes descendent un cercueil par un escalier en pierre au pied duquel une troupe d'écoliers chantent un chant religieux, dirigés par leur vieux maître ; derrière eux et à l'en tour, des gens venus pour assister au convoi ftmèbre. — C'est grave et arrangé avec beaucoup de
tact.
Je regrette de n'avoir pu déchiffrer le nom de l'auteur d'une très-petite peinture, n° 40, ayant pour titre : le Fou, une seule figure couchée à terre sur le ventre. C'est correctement dessiné et bien peint.
De M. Anton Seitz, n° 145, une riante petite toile d'effet lumineux. Toute une jeune famille pose devant l'objectif du photographe, dans un intérieur assez rustique. Ma seule objection, c'est que l'espace manque, l'objectif n'étant pas à la distance voulue. Pour être dans le vrai, il eût fallu modifier la disposition de la scène ; à part cette erreur, c'est un agréable tableau.
De Meyerheim, n° 141, Intérieur (Tune baraque de saltimbanques. Le peintre a certainement vu ce sujet : deux sauvages de foire dansent et gesticulent sur les planches en costume de plumes et de verroteries indigènes... Accent de vérité très-prononcé dans les têtes des assistants.
Du môme, n* 442, un attelage de bœufs dans un site des plus pittoresques. Hautes montagnes, soleil vif. — Très-juste d'effet. — Son n° 112, la Tonte des moutons, est une gentille petite toile étudiée avec soin.
Sous le n° 54, encore une Scène de deuil. Un homme pleure, la tête cachée dans le rideau du lit où vient d'expirer sa jeune femme après avoir donné le jour à un petit être qu'emporte dans ses bras la grand'mère pour le déposer au berceau préparé à ses côtés. C'est triste et dramatique sans viser au larmoyant.
Je ne sais si je vous ai déjà cité une autre toile dans le môme ordre d'idées, portant le n° 41 , et signée Fager-
lin. — Le malade est condamné, le médecin dit qu'il n'y a plue d'espoir possible. C'est du Destouches ou du Roehn, peinture un peu ronde et sans beaucoup de nerf.
Une maison mauresque, joli intérieur aveo fond de maisons. Bonne peinture d'un ton chaud et très*lumi* neux (n 9 444, par Seel).
Idée bizarre h la Holbein que ce cortège d'individus de tout âge et de toute condition, pape, empereur, soldat, moine, princesse, bourgeoise ou manant qui mène la mort encapuchonnée, clochette en main (n° 147).
N° 10S. Mortel Deux figures de grandeur naturelle* Cette toile m'a fait songer à la Fille du Tint ont. L'auteur est M. Gabriel Max.
V Enfant malade > par Hildebrand (n. 66), est une petite scène expressive. Le père et la mère suivent aveo une anxiété visible la marche de la maladie. Les physionomies sont très-justes. Je ne reprocherai à cette peinture qu'un excès de lumière. J'y voudrais plus de demi- teintes adoucies pour faire mieux reculer les plans.
«N 103. A pour titre : Au couvent. C'est une scène bachique ; les moines sont pansés au delà du raisonnable ; on ne s'en aperçoit que trop. Aussi est-ce avec un sourire tant soit peu ironique que salue en s'inclinant devant le gros prieur à face rubiconde, un jeune et élégant cavalier... C'est drôle, et de style tout à fait rabelaisien (Me i sel, de Munich).
Dans le genre tempéré il conviendrait de ranger les ouvrages qui se distinguent, soit par la nature du sujet, soit par une certaine recherche de formes, soit encore par des imitations de styles plus ou moins relevés empruntés aux vieux maîtres. — J'ai remarqué, sous le n° 142, une étude, car je ne saurais comment définir autrement cette toile, où il y a tout à la fois, de la science de dessin et de coloris avec un caractère trèsmarqué d'individualité. C'est une jeune mère assise, ses deux enfants à ses côtés, au pied d'un arbre. Je l'ai examinée avec beaucoup d'attention et d'intérêt, L'auteur!
— il» —
Clandi Bchoendoph, de Munich également, mérite qu'on se rappelle son nom.
Bans ce-même genre encore, de M. Peterssen, trois demi-figures de femmes priant, vues de profil. Contrastes d'Age. Reflet du seizième siècle allemand.
N° 67. Un baptême au dix-septième siècle. Il s'agit d'un intérieur de famille de la religion réformée ; l'enfant que baptise le ministre doit être l'héritier d'un nom frappé par la foudre de quelque catastrophe douloureuse, caries figures sont en deuil, et c'est le chef de la maison que doit pleurer la jeune femme, toute de noir vêtue, que des parentes ou des amies entourent de leurs sympathies. Sans être de premier ordre, cet ouvrage, un peu sec de modelé, est étudié avec soin. Les têtes ne sont pas toutes irréprochables.
Je le préfère néanmoins encore, avec ses défauts, a un autre sujet de même dimension, ou à peu près, traitée par un pinceau plus adroit et plus serré de dessin, mais qui ne peut nous intéresser. Cette foule pressée qui sort d'une « Wolks-Bank » et nous offre des gens de toute condition de fortune discutant leurs impressions, est assurément l'œuvre consciencieuse d'un physionomiste *, chaque figure y a bien son expression personnelle, et je ne puis qu'affirmer le talent d'observation qui la distingue, mais en tant que peinture, c'est plâtreux et glacial, et involontairement je reviens toujours à la pensée d'une photographie prise sur l'instant, qui deviendra plus tard le tableau, modifié par l'habile artiste. — On me dira : Pourquoi pas ce moyen? — Et de fait ; Pourquoi pas? Qu'on ne veuille cependant pae oublier que nous raisonnons d'art et non pas de métier, ce qui n'est pas la même chose a nos yeux. — Ce tableau est de M. Bekelmans.
Sous les n*' 46 et 47 (de Grutz), deux vigoureux sujets orientaux, l'un un campement aux portes de la ville, l'autre une école arabe en plein soleil, au pied de ruines égyptiennes.
N" 133. Une bonne étude de jeune femme mie, cou-
chéeetvuede dos, cheveux blonds épars qu'un beau lévrier vient flairer.
Dans la Montagne (n° 129, Riestahl), un fond de cimes alpestres, dont la crête déchirée est couverte de neiges éternelles, se dessine avec une pureté de contours qui ne laisse pas de doute sur l'exactitude du site. On distingue, à une certaine distance, un petit groupe escortant un cercueil qui se détaché d'une échancrure, et plus loin encore des formes humaines qui viennent se réunir au centre commun, le temple où sont déjà arrivés, debout près du porche, de nombreux invités pour la funèbre cérémonie. — Il y a dans cette toile oblongue de l'air et de l'espace. On y respire bien l'atmosphère sereine de ces régions pittoresques où le ciel est si haut! Ces figures-là vivent, pensent et parlent. Les premiers plans sont d'une valeur de coloration très-soutenue, avec de larges ombres transparentes qui donnent à l'ensemble du tableau un cachet de réalité simple dont l'effet grandit de lui-môme dans un tel cadre. — Je n'hésite pas à le placer au nombre des meilleurs.
Le n° 15 réclame une mention pour son mérite d'agrément.
V Intérieur d'une usine, n° 109, en mériterait une aussi, car cette complication de machines, d'engrenages et de plans confond l'esprit, et c'est ingrat!... - Des intérieurs de chapelle, Cosaques en campagne (n* 26). Que vous dire maintenant des sujets religieux et même des quelques sujets historiques dont le fort petit nombre, par bonheur les sauvent de notre, critique? Ni le saint Paul prêchant, ni le saint Jérôme méditant, ni la Pâque ne m'attirent. Je préfère donc les passer avec le reste sous silence pour me dispenser de formuler une opinion sur leur compte. Et j'agirai de la même façon à l'égard de certaines peintures dont je serais obligé de parler trop nettement.
Les meilleurs paysages avec ou sans animaux n'excèdent pas une moyenne modérément élevée. Il en est qui tirent leur principal mérite d'un effet de lumière heu-
reux ou de la reproduction fidèle d'un site exceptionnel ou simplement attrayant. Les n" 29, 37, 87, 88, 89, 448, 434, 452, doivent être classés dans ces diverses catégories.
Mais je mets au-dessus de tout le n. 44, signé H. Buisch : temps d'orage, troupeau de bœufe revenant le long de la berge de la rivière ; c'est une excellente *oile.
Très-peu de fleurs et de natures mortes.
N'excluons pas de cette revue à vol d'oiseau le n. 84, une frise antique sur fond d'or ; luttes et jeux de l'adolescence d'un côté ; de l'autre, Platon avec les philosophes. — Style d'école un peu décousu.
Et la scène d'écolier : Fixe I (n . 42-2) signée Piltz. — Gomme c'est bien là le pédagogue engommé de là-bas!...
Les quelques morceaux de sculpture qui meublaient cette grande salle carrée ne m'ont pas paru avoir un caractère bien tranché. — J'ai à peu près fait ressortir le meilleur de cette section allemande, et je ne pense pas que les intéressés aient trop à se plaindre d'opinions émises avec une sincérité scrupuleuse. Ce qui pourrait être désigné encore n'ajouterait rien à la valeur de l'ensemble, nous pouvons donc sans inconvénient nous arrêter à ce point extrême des nations étrangères. Il est temps d'ailleurs que la France entre en scène à son tour, car l'heure de la clôture n'est plus bien éloignée, et les droits de nos amis sont sacrés.