SALLE XIII
Les deux royaumes unis de Suède et Norvège se sont cotisés pour nous offrir une exposition collective vraiment digne d’intérêt, moins par le nombre des œuvres que par leur mérite. Il y a là, en effet, quelques toiles d’une réelle valeur, surtout des paysages, d’un excellent sentiment, où nous retrouvons la nature du Nord sous des aspects divers, mais toujours pleine de grandeur et de poésie.
Telle est, par exemple, cette jolie marine que M. ScHANCHE a peinte sur les côtes de Norvège, à l’heure où la mer, à peine soulevée, n’a pour le marin que de séduisantes promesses. Au large, nous apercevons les navires qui s’avancent avec lenteur, majestueux et calmes. Sur la côte, les maisons basses, aux toits rouges, promettent leur hospitalité à ceux qui voudront quitter les flots mobiles et changeants pour le solide plancher des vaches.
A ce tableau rassurant comparez, si vous voulez avoir un effet de contraste, la tempête si bien peinte par M. Baade. C’est la même mer, vue sous deux aspects différents... Quelle femme fut jamais plus
changeante que cette grande inconstante et cette éternelle perfide ?
La cascade écumante qui se précipite du sommet d’une montagne, et qui suspend aux rochers les franges d’argent de sa blanche écume, a trouvé dans M. ViGDOT un interprète inspiré. Il a ranimé et ravivé en nous les grands souvenirs de ces belles scènes alpestres qui furent le charme de notre vie nonchalante et voyageuse, aux belles heures de la jeunesse, quand nous errions seul et sans guide dans les grands déserts de la Scandinavie.
M. Walhberg est certainement un des artistes les plus éminents du royaume de Suède et Norvège. Il sait trouver sur sa palette plus d’éclat et de lumière que tous les peintres d’Espagne ou d’Italie les plus renommés pour le prestige de leur coloris. Voyez plutôt le beau tableau intitulé Une Nuit Æaoût^ à Wingu, à l’entrée de l’archipel de Gothembourg, et vous aurez l’idée la plus juste, et en même temps la plus poétique, de ces admirables nuits du Nord, en leurs belles saisons, nuits incomparables, nuits sans ténèbres, d’un calme, d’une douceur et d’une sérénité que ne connaissent point chez nous les plus beaux jours ; où les ombres mêmes sont transparentes, et où le regard pénètre jusque dans les plus lointaines profondeurs du ciel. La mer elle-même, toute frémissante et à demi-soulevée, reçoit avec amour les lueurs phosphorescentes qui lui tombent des étoiles, et rend au ciel rayon pour rayon. A ceux qui ne connaissent point l’étonnante magie de ces spectacles, le tableau de M. Wahlberg semblera peut-être quelque peu fan-
tastique. Mais pour ceux qui ont vécu, comme nous, dans l’intimité de ces étincelantes nuits du Nord, il ne sera qu’un reflet affaibli de la plus saisissante comme de la plus magniflque réalité.
L’exposition Scandinave ne nous offre qu’une seule toile historique ; mais elle est d’une réelle valeur et fait honneur à l’école qui l’a produite. Elle a pour auteur M. Oederstrom, et elle nous montre des soldats suédois transportant le corps de leur roi, Charles XII, tué par la balle d’un ennemi inconnu sous les murs de Frederickshall. Le sinistre convoi s’avance sur une route en corniche, couverte de neige, et suspendue au flanc d’une montagne escarpée. Un vieux chasseur, le fusil à l’épaule, un grand coq de bruyère lui battant les reins, s’arrête, se découvre et salue le cadavre de celui qui fut son maître. L’impression qui naît de ce tableau est profonde et saisissante.